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    Bataille d'Agounneda mai 1957 avec le 3eme RPC de Bigeard

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    Bataille d'Agounneda  mai 1957 avec le 3eme RPC de Bigeard Empty Bataille d'Agounneda mai 1957 avec le 3eme RPC de Bigeard

    Message par junker le Ven 8 Mar - 21:06


    Opération   « AGOUNENNDA »


             L'opération «AGOUNENNDA  » les meilleurs combattants de la Wilaya IV(1) ne sont pas prêts d'oublier le nom de ce minuscule point sur la carte qui n'est autre qu'un petit village délabré, perdu dans le djebel du massif Blidéen, encastré dans une échancrure de montagne, où coule l'oued Boulbane. Le 21 mai 1957, une compagnie du 5e Bataillon de Tirailleurs Algériens, tombe dans une embuscade vers Champlain. Une quinzaine de soldats tombent touchés à mort et huit autres sont faits prisonniers, les véhicules incendiés.

            Ce matin là,  le général Massu (2) fait appeler le colonel Bigeard à son état-major. Comme ce dernier doutait bien que ce n'était pas pour lui raconter des balivernes, il prévient le commandant Lenoir de préparer la «boutique» pour une mise en alerte de toutes les unités. L'affaire a du retard sur les fuyards, Bigeard avec son instinct infaillible de loup, après étude minutieuse de la carte, imagine la direction possible de fuite des rebelles et se doute que le passage obligatoire de cette troupe doit passer par l'oued Boulbane. En conséquence, il va placer ses embuscades sur le passage possible des fells, un coup de poker et la chance jouant avec lui.

             22 mai 1957.

           Je suis à ma base arrière de Sidi-Férruch au Camp des Pins dans une colonie de vacance, enfouie parmi les résineux odorants cette presqu'île à quelques centaines de mètres de l'immense plage Moretti, à laquelle nous avons accès aussi souvent que nous pouvons, profitant de ces lieux presque paradisiaque, avec les camarades du peloton, agréable moment
    de détente dans une eau bleue comme le ciel.
            Cette plage qui vit le débarquement des troupes Américaines en Afrique du Nord en novembre1942.(3)
            C'est Bigeard qui avait trouvé cet endroit, souvenir de son séjour en 1944 comme agent parachutiste du BCRA.(4)
            Il faut revenir un peu en arrière pour situer ce combat; après les opérations baptisées «Atlas» N° 1, N° 2, N° 3, N° 4, auxquelles j'ai participé au sein de l'Escadron commandé par le capitaine Le Boudec, un chef d'une classe exceptionnelle. Nous sommes mis à la disposition du général commandant la 20e Division d'Infanterie au PC de Médéa.
            Le colonel Bigeard a carte blanche pour assainir la zone montagneuse cartographiée MY 34. Du 7 au 15 mai, nous allons ratisser une étendue de prés de cinq cent kilomètres carré de djebel, talwegs broussailleux garnis d'épineux où coulent des oueds qui nous obligent à nous mouiller les pieds des dizaines de fois, par tous les temps de jour comme de nuit, à la recherche de rebelles qui paraissaient  insaisissables. Le bilan parle de lui même et sans aucune perte de notre côté, trente-neuf combattant du FLN sont abattus.

            22 mai 14 h30:

    J'entrevois une fébrilité chez les sous-officiers, s'activant vers le PC Le Boudec, je préviens les camarades de peloton, je m’empresse de rentrer mon linge étendu sur le fil, je range mes affaires dans mon sac à paquetage et commence la préparation de l'équipement de combat, les copains sourient de voir ma musette TAP prête.
            15 heures.  Mon chef, le sergent Dalmasso, est étonné de voir ses gars équipés, la dotation de munitions(5), les armes, le bidon plein, la paire de pataugeas en réserve dans la musette, la pièce FM est prête. Je ne me suis pas trompé, c'est bien un départ en vitesse pour une opération. Les deux boites rations et la boule de pain sont perçues, je roule ma veste molletonnée sur le sac, j'ai grelotté la dernière fois sans ma veste dans l'Atlas Blidéen.
            Rassemblement au complet de l'Escadron, un topo de la situation nous est fourni. Les camions du groupement du train  arrivent, nous sautons dedans, le convoi démarre pour rejoindre le régiment au PC commandement. Direction Médéa, ville ou nous arrivons à 19 heures. Arrêt de regroupement à la sortie de la ville ou le casse-croûte se fait, car après ce ne sera plus la peine. Le point est fait avec Bruno, et le convoi redémarre tous feux éteints vers Champlain. les chauffeurs sont des virtuoses avec leurs véhicules, sur cette route dont les ravins sont à  pic, nos vies sont entre leurs mains. On devine le précipice très très  près des roues et que l'on frôle à chaque virage, dans une montée  de ce djebel à peine carrossable, cinq heures de trajet cahoté, bousculé dans les coups de freins brutaux, les camions se suivent souvent de très près. Chapeaux les chauffeurs qui doivent avoir aussi peur que nous.  Le 23 mai, il est une heure trente du matin. Nous sommes à la cote 895, tout le monde descend des bahuts en silence. Les compagnies se faufilent dans un terrain rocailleux et galopent pour se mettre en ordre à la file indienne qui disparaît dans la nuit. Certains ont quinze kilomètres de marche jusqu'au point d'embuscade assigné par Bruno.

            La compagnie d'appui du capitaine Chabanne reste en alerte héliportée, dans les environs immédiat. Sur un terrain difficile, qu'elle va baliser pour les hélicos arrivant au lever du jour. Puis remontera avec le PC à la cote 1298, le point le plus haut ou la visibilité sur ses compagnies et la liaison radio est excellente
            Le capitaine Pétot, officier de  petite taille, guère plus d'un mètre soixante mais d'une énergie farouche, commande la 1ere compagnie, pose son embuscade dans l'oued Boulbane à l'ouest du capitaine Llamby.
            Le capitaine Planet, d'une grande classe, ancien d'Indo, est à la tête de la 2e compagnie son PC à la cote 944 avec embuscades dans les fonds par ses sections
            Le capitaine de Llamby, officier brillant commande la 3e compagnie trouve en embuscade à la limite Nord dans l'oued Boulbane.
            Le capitaine Florès dit Bir-Hakeim est à l'aise dans son commandement de la 4e compagnie, PC cote 907 et même genre d'action dans les fonds de l'oued.
            Le capitaine Le Boudec, ancien du bataillon Bigeard en Indochine, blessé sérieusement à Diên Biên Phu, commande l'Escadron, nous sommes posté à l'est de la zone.
            Le lieutenant Tiger, un fonceur avec son commando, se trouve en embuscade en bouclage à l'Est.
            Le lieutenant Allaire, ancien de DBP commande les mortiers de 81 de 60 et le 75 SR et le PC Bruno.
            Une équipe de spécialistes dévoués à leur chef pour le meilleur et pour le pire.
           Il fait froid en montagne sur les pitons. Le rythme imposé est sévère pour tout le monde, la sueur perle sous la casquette. Les commandos de Tiger marchent dans notre direction. Il est  trois heures  lorsque l'embuscade est soigneusement mise en place.
           700 paras immobiles (6) se confondent dans cette nature farouche et froide. Planqués dans les broussailles et les rochers, tout les paras le doigt sur la queue de détente. L'attente se poursuit encore sous un soleil qui monte au dessus du djebel, énorme globe rougissant devenant incandescent est nous réchauffe de ses rayons rouge flamboyant. Cela représente une multitudes d'embuscades. Cette zone nous est familière pour l'avoir fouillée de long en large du sept au quinze mai, le décor est le même. Nous avons ordre si rien ne se passe de lever l'embuscade à midi.

            A ce moment là, il est 10 h 30, lorsque le sergent-chef Sentenac (7) de la 3e compagnie du capitaine de Llamby détecte une bande d'une centaine d'homme marchant en  colonne par un et un arrivant par l'Est dans l'oued Boulbane , venant buter droit sur les paras planqués. La surprise devient importante . La Katiba est grossie d'au moins deux autres groupements, elle passe de 100 à 300 rebelles, commandée par le chef de la Wilaya IV, et rejointe par le commando Ali Khodja. A sa tête, un chef de valeur en la personne de Si Azzedine.

          BRUNO A TOUS : Vous avez bien suivi mes conversations avec Llamby, j'espère que ce  sont les fells. Je fais décoller l'aviation de Médéa et je donne l'ordre à Chabanne de faire chauffer les moteurs des hélicos.
            Llamby à Bruno. Ce sont des fells. Je fais tirer!.(Cool
            Du haut de ma plate-forme en haut de l'oued Boulbane, je perçois la bataille qui s'engage dans l'oued. Quand nous devons  rejoindre en marche commando, ainsi que la 4e compagnie, la zone d'héliportage pour être posés en renfort des compagnies qui se battent dans le bas de l'oued.
           Bruno à Florès et Le Boudec: suivez bien toutes mes communications radio, récupérez vos effectifs et préparez un posé pour les hélicos; je vous ferai héliporter dès que Chabanne aura terminé ses rotations.(9)
            La mêlée est furieuse les combattants du FLN, ont la mission de nous bloquer pour permettre le repli de leurs chefs au sacrifice de leurs vies, car ceux qui n'ont pu passer à travers les mailles du bouclage que nous faisons ne sortiront plus de la nasse.
           Toutes les compagnies marchent au canon, resserrent le bouclage avec précision, pas un ne doit sortir du piège, les ventilos à peine posés larguent leurs cargaisons de paras, pour tenir les crêtes, Chabanne commandant de la CA est en position de tir avec ses mortiers sur la cote 698, dominée par une mechta en ruine : Agounennda.
           Trois compagnies, après avoir posé leurs sacs à la garde de quelques gars, partent au pas de course à la rencontre des fells qui remontent l'oued cherchant une issue. Le Piper10) renseigne la chasse via le PC Bruno, donnant de la précision au tir de roquettes et au mitraillage des rebelles dont certains se sont retranchés dans des grottes.
          Les radios ont fort à faire, les ordres fusent entre Bruno autorité et les PC compagnies, et de là aux chefs de sections.       Je suis sur un point surélevé au bord du talweg et je vois les gars de la 3e compagnie se battre avec fureur dans un roulement continu de mitraille et de jets de grenades, le commando Ali Kodja est discipliné ce sont de rudes combattants, ils ne cèdent que pour mieux se ressaisir.. La bataille fait rage de partout. Nous sommes en position de tir et j'envoie des rafales de FM dans la contre pente garnie de broussailles, une réplique des fells ne se fait pas attendre,  nous sommes attaqués, les tirs deviennent précis. Les balles sifflent un peu partout dans notre direction. Comme dit mon camarade de combat Daniel Belot '' Quand çà siffle, c'est qu'elles sont passées, mais quand elles claquent, c'est qu'elles s'écrasent à tes pieds(11).
           Le fond de l'oued Boulbane est investi par les compagnies, notre tour d'entrer en action est donné. Notre voltige part à la bagarre, en milieu de pente ils sont repérés par des tireurs ennemis embusqués! Je fais un bond pour protéger avec efficacité les copains, je me poste en batterie avec le FM. Un cri!  Trombetta est touché à la jambe! L'infirmier bondit, pour lui porter secours, je tire par rafales pour protéger le blessé et l'équipe partie pour le ramener.
           Le combat va durer jusqu'à la nuit, de nombreux fells sont encore dans le piège et attendent la nuit pour s'échapper, des embuscades sont montées, des rafales se font entendes toute la nuit, tous le monde est épuisé de fatigue, il faut tenir encore.

          Le 24 mai 1957.

          le soleil monte au dessus du djebel et éclaire le champ de bataille de ce décor sanglant. D'autres accrochages se dévoilent sur de petits groupes de combattants isolés. Les combats  reprennent avec autant de violences qu'auparavent. Tiger avec son commando tente de déloger des fells d'une grotte bien défendue. Il a déjà six de ses commandos au tapis et veut continuer, Bigeard lui donne l'ordre d'arrêter le massacre et fait intervenir la chasse, elle traite la grotte à la roquette qui explose sous les impacts. Encore des tirs rageurs et des groupes de fells essayant de sortir de la nasse tout le long de la journée.
         La bataille ne  prend fin qu'après un troisième jour de combat durant lesquelles il faudra dénombrer les corps et chercher les armes qui ne seront pas toutes retrouvées. Un total de 45 armes et un fusil-mitrailleur, représente un bilan moyen en comparaison des pertes rebelles qui s'établit comme suit:
    96 rebelles tués dont des chefs importants, 12 prisonniers dont 5 tirailleurs Algériens de l'embuscade du 21 mai. Le peu d'armes récupérées sont soit bien cachées ou emportées par les rescapés des katibas.
        Par contre nous avons perdu dans cette dure bataille sur un terrain très difficile d'accès, huit de nos braves paras et vingt neuf blessés qui seront vite évacués par hélicoptères, toujours prêts à toutes les tâches les plus dures pour ces pilotes d'hélicos hors pairs.
       Le général Massu qui a fait un posé au PC Bruno, ne cache pas son étonnement et félicite le lieutenant-colonel Bigeard pour sa rapidité et son intuition, celui-ci répond: Mon général , on a le pif ou on ne l'a pas !.

       Au terme de ce combat, Bigeard ne cache pas son admiration envers cette katiba de première force, qui a su avec discipline et un courage sans pareil, contenir nos assauts pour permette la fuite des principaux responsables de la Wilaya IV.
      Pour moi cela se termine bien, je suis un peu déçu de n'avoir  d'avantage participé à ce combat. D'autres aventures m'attendent.


                             -0-0-0-0-0-0-0-0-0-0-

    Wilaya: Division administrative.
    Massu: général commandant la 10e division parachutistes
    Sidi-Ferruch: Débarquement des alliés « opération Torch » le 8/11/1942.
    BCRA: Bureau Central de Renseignementset d'Action
    dotation: 1200 cartouches pour fusil-mitrailleur 24/29. Soit 25 boites chargeurs à 25 cartouches.Une boite pèse 920 grammes.
    Katiba: Unité de l'ALN, bras armé du FLN (Front de Libèration National).
    Sentenac: Figure emblèmatique du 3e RPC, il mourra au combat à Timimoun en novembre 1957.
    Citation de Bigeard dans son livre'' Pour une parcelle de gloire'' page 293.
    idem.
    Piper: avion de reconnaissance et de liaison.
    Daniel Belot, mon camarade de combat, devenu correcteur de mes écrits.
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    Bataille d'Agounneda  mai 1957 avec le 3eme RPC de Bigeard Empty Re: Bataille d'Agounneda mai 1957 avec le 3eme RPC de Bigeard

    Message par LANG le Sam 9 Mar - 17:14

    Merci junker d’avoir soulevé un peu de poussière pour nous réveiller.
    Nous avons suivi vos loups pour trébucher et nous brûler sur les pierres d’un pays qui fut si proche…

    Un sacré combat, une Katiba qui passe de 100 à 300, une sacrée bataille… Encore une fois.
    Les cahots de la route, les ventilos avec le souffle des rotors, les cris, les rafales…
    C’est un peu comme si on était avec vous, avec ces gens dont les noms évoquent tant de souvenirs…
    Florès, Le Boudec, Allaire, Sentenac, Massu, tous les autres…
    Et Bruno… « Mon général , on a le pif ou on ne l'a pas !. »
    Bigeard ! Il savait « parler » à ses chefs !

    Merci également à Belot, il sait parler des balles : « Quand çà siffle, c'est qu'elles sont passées, mais quand elles claquent, c'est qu'elles s'écrasent à tes pieds »
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