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    DIEN BIÊN PHU Témoignage du Lieutenant Jean-Claude Mignotte

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    DIEN BIÊN PHU Témoignage du Lieutenant Jean-Claude Mignotte Empty DIEN BIÊN PHU Témoignage du Lieutenant Jean-Claude Mignotte

    Message par amarante


    En rejoignant Dien Bien Phu de Paris en une huitaine de jours, je dois dire que pour l’époque, j’ai battu une espèce de record. À mon arrivée à Hanoï, j’apprends que je suis affecté au 2e BEP (Bataillon Étranger de Parachutistes) dont la particularité est d’être composé pour la moitié de son effectif par des Vietnamiens volontaires, et qui avait déjà sauté sur le site quelques nuits auparavant.

    Là, je récupère mes équipements à la base-arrière du 2e BEP et je prends un véhicule pour me rendre au terrain d’aviation de Bach Maï où nous attendent les avions. Nous allons sauter de nuit.
    Ce sera mon premier saut opérationnel. Juste avant que je monte dans l’avion, arrive un officier dans une jeep précédée de deux motards. Il demande le responsable de ceux qui doivent sauter cette nuit-là.

    Je me présente et il me tend une enveloppe d’environ trente centimètres de longueur, vingt centimètres de largeur, et d’un bon centimètre d’épaisseur. Je dois la remettre en main propre au colonel de Castries qui commande la place de Dien Bien Phu. En cas d’atterrissage dans les lignes ennemies, je dois impérativement la détruire.

    La liaison pour rejoindre le camp retranché se déroule sans problème majeur. Je suis confiant, je crois en ma bonne étoile. J’ai appris, après, que nous avions « spiralé » (tourné en rond) pendant une vingtaine de minutes pour nous mettre en dehors de la trajectoire des tirs de l’armée française qui soutenait une contre-attaque en cours.

    Je dois sauter le premier. Dans l’encadrement de la porte ouverte, je vois les traînées lumineuses des balles traçantes des mitrailleuses ennemies qui tirent sur notre appareil. Et surtout, je sens une puissante odeur de brûlé. Au sol, des lueurs.
    Ce sont les éclatements des obus qui tombent sur Dien Bien Phu. Je franchis la porte sans appréhension particulière et je constate alors que nous avons été largués relativement bas, sans doute à une hauteur comprise entre 80 et 100 mètres car la descente est de courte durée. Il faut savoir que l’altitude normale de saut est de 400 mètres.

    Je constate aussi que l’on m’a attribué un parachute blanc, beaucoup trop voyant à mon goût !
    Le parachutage se fait directement au milieu des tranchées et des barbelés.
    Par chance, je les évite.
    Je ne sais pas exactement où je me trouve, je me libère rapidement des sangles de mon parachute et je sors l’enveloppe que j’avais mise dans la poche sur ma cuisse.

    J’arme mon PM, prêt à vider mon chargeur et à détruire le document en le transformant en confettis au cas où je serais tombé dans les lignes ennemies.
    Dans la semi clarté de la nuit, j’aperçois une petite silhouette qui se déplace et je me dis : Ça y est, je suis chez les Viets ! C’est alors que j’entends cette phrase, que j’entendrai toute ma vie : « Où il est, ce con-là ? ». Quel soulagement !

    Quant à l’enveloppe que l’on m’avait confiée, je vais donc pouvoir la remettre à son destinataire. Je me fais conduire au PC du colonel de Castries et je la lui donne en main propre avec grand plaisir ! On m’offre alors une tasse de mauvais café, tiède de surcroît.
    En revanche, je serai accueilli beaucoup plus chaleureusement quelques instants plus tard à 1’état-major du bataillon.
    Au matin, je suis conduit sur “Éliane 2” où stationne ma compagnie. Je suis affecté en remplacement du lieutenant Fragonard tué deux jours auparavant. Je l'avais accompagné à la gare de Sétif, en Algérie, à l'occasion de son départ pour l'Indochine. Il était le petit-fils du peintre du même nom.

    Nous nous dirigeons sur le point d'appui “Éliane 2” célèbre pour l'âpreté des combats qui s'y sont déroulés. Il y règne une forte odeur de cadavres en décomposition. Les vapeurs qui se dégagent des corps nous irritent les yeux. Après un court répit sur le point d'appui “Dominique 3”, nous nous regroupons en un bataillon complet qui doit reprendre le point d'appui “Huguette 1” tombé la nuit précédente.
    Oui, tous les points d'appui portent un prénom féminin. Ma compagnie reçoit comme mission de donner l'assaut. Pour atteindre les tranchées de “Huguette 1”, il faut traverser la piste du terrain d'aviation, c'est-à-dire plusieurs dizaines de mètres sous le tir des mitrailleuses placées en bout de piste. Mon radio sera gravement blessé et il perdra une jambe.

    Bien que je me sente toujours protégé par ma bonne étoile, j'éprouve alors une certaine anxiété et je me demande si je serai à la hauteur de la situation.
    Notre assaut échoue. Le bilan est lourd : 34 tués dont 2 officiers, 15 disparus et de très nombreux blessés. Par chance, ma section ne compte aucun tué. Mais presque tous mes hommes souffrent de blessures plus ou moins graves.
    Je serai blessé à deux reprises, sans que cela nécessite mon évacuation.
    Pour nous replier sur notre base de départ, nous retraversons la piste du terrain d'aviation et nous subissons de nouvelles pertes.

    Les jours suivants, nous sommes harcelés par des tirs d'armes automatiques et des pilonnages d'artillerie. Chaque jour, nous déplorons de nouveaux tués et de nouveaux blessés.
    La situation devient intenable. Dans la nuit du 6 au 7 mai 1954, vers deux heures du matin, le commandant du point d'appui “Huguette 2” ainsi qu'une poignée de légionnaires sont appelés à renforcer les points d'appui situés à l'est du dispositif où la situation est très critique. C'est à moi, jeune sous-lieutenant peu aguerri, que l'on confie le commandement du point d'appui “Huguette 2” et des rescapés, blessés pour la plupart. Je n'ai pas 22 ans.

    Ce n'est que beaucoup plus tard que j'ai pris toute la mesure de l'honneur et des responsabilités qui m'incombaient à ce moment-là.
    Il me faut, à ce stade, dire mon admiration pour les 3 500 volontaires qui, dans un formidable mouvement de solidarité, demandent à sauter de nuit alors qu'ils n'ignorent rien de la situation au sol et qu'il s'agit de leur premier saut ! 700 d'entre
    eux seront parachutés, pour « ne pas laisser tomber les copains » ! Je veux également évoquer ce moment irréel où le 1er BEP, par une nuit noire, s'élance à l'assaut pour reprendre le point d'appui “Éliane 1” tout en entonnant son chant traditionnel malgré les tirs et les éclatements d'obus, tandis que les parachutistes vietnamiens qui appuient l'action entonnent à leur tour La Marseillaise. Moment inoubliable !

    Mais revenons à la situation militaire. Elle est devenue tellement critique qu'il nous faut prendre une décision difficile. Le choix ? Soit cesser le combat et capituler, soit tenter une sortie en direction du sud en prenant d'assaut les différentes lignes viets sur notre parcours. Ce qui signifie encore beaucoup de morts et de nombreux blessés.

    Nous sommes alors complètement isolés du dispositif général et c'est par un courrier que m'apporte un légionnaire passé au travers des lignes ennemies que je reçois l'ordre de cesser le combat à 17 h 30 et de détruire les armes et les munitions encore en notre possession.
    Alors, les tirs cessent, les explosions aussi. Soudain, règne le silence. Un silence lourd. Un silence… assourdissant.
    Oui, j'ai entendu le bruit du silence. C'est une sensation inoubliable. Je l'entends encore.
    Nous avons détruit notre armement et nos munitions, j'ai donné l'ordre de quitter le point d'appui et nous nous sommes dirigés vers les lignes adverses.
    Nous avons été accueillis par deux responsables Viêt qui ont demandé qui était le chef du groupe. Je me suis présenté. L'un des hommes a demandé : « Où sont les autres ? » En effet, nous n'étions plus qu'une trentaine. (Pour le 2e BEP, Dien Bien
    Phu, ce fut 107 tués, 16 disparus et 315 blessés, en moins d'un mois.)

    J'ai suivi les deux responsables dans une espèce de niche creusée dans une tranchée. Là, ils m'ont offert un bol de soupe au soja. J'ai été sensible à ce geste.
    Ému par cette manifestation d'une sorte de fraternité d'armes, j'ai alors cru que la captivité ne serait peut-être pas aussi dramatique qu'elle le fut.

    Escortés par des sentinelles vietminh, nous avons marché toute la première nuit. En fait, nous ne dormions pas depuis des jours. Nous étions à bout, complètement épuisés physiquement et nerveusement. Et au cours de cette première nuit, malgré le désaccord des sentinelles, j'ai imposé les haltes et les pauses nécessaires.
    J'étais tellement épuisé que je n'ai pas pensé une seule fois à m'évader. Ce n'est que trois ou quatre jours plus tard que j'ai pris conscience des atouts favorables qui auraient peut-être pu me permettre de réussir une évasion.

    En effet, mon officier de liaison et d'observation, celui qui est chargé de régler les tirs d'appui de l'artillerie, était un métis. Il avait la corpulence d'un Vietnamien. Il parlait Vietnamien. De plus, mon ordonnance portait un sac à dos bourré de nourriture. Un interprète et des vivres ! J'avais là une chance de m'évader. Je ne l'ai pas saisie. Mais aurais-je réussi ?

    Je voudrais également évoquer les jeunes prostituées vietnamiennes qui se sont transformées en aides-soignantes et se sont comportées de façon exemplaire en allant chercher les blessés dans les barbelés.
    On a beaucoup parlé de Geneviève de Galard et on a complètement occulté l'existence de ces jeunes femmes que l'on n'a pas revues à l'issue du conflit indochinois.  Je tenais à leur rendre hommage.

    Et pour terminer, je voudrais exprimer ma joie et ma fierté d'avoir été promu Chevalier de la Légion d'Honneur à titre exceptionnel du fait de ma participation à la bataille de Dien Bien Phu.
    Cette médaille m'a été remise deux ans plus tard à l'occasion de mes 24 ans. Je dois souligner que j'ai été plus sensible à cette distinction qu'à celles qui ont suivi.


    Jean-Claude Mignotte
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    DIEN BIÊN PHU Témoignage du Lieutenant Jean-Claude Mignotte Empty Re: DIEN BIÊN PHU Témoignage du Lieutenant Jean-Claude Mignotte

    Message par LANG

    Un beau témoignage. Merci amarante.

    "...700 d'entre eux seront parachutés, pour « ne pas laisser tomber les copains » !
    Je veux également évoquer ce moment irréel où le 1er BEP, par une nuit noire, s'élance à l'assaut pour reprendre le point d'appui “Éliane 1” tout en entonnant son chant traditionnel malgré les tirs et les éclatements d'obus, tandis que les parachutistes vietnamiens qui appuient l'action entonnent à leur tour La Marseillaise. Moment inoubliable !"


    Le courage et la détermination ça existe.
    Ca a existé !
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