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    Un nouveau premier saut ?

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    Message par LANG

    Avec le sourire s’il vous plaît !

    C’est les vacances…
    Peu de monde sur ce forum… et sur les autres aussi d’ailleurs…
    Sauf quelques modérateurs assoupis…
    Tout le monde est parti… à la plage…
    Le ciel,  le soleil et la mer… comme chantait François un chanteur ancien para (c'est lui qui l'a dit)…
    J’en étais là de mes réflexions quand une idée est venue faire son chemin.
    Un peu à cause de VERT et de sa vidéo ?
    Elle a mis du temps. Comme le temps qui passe …

    Bref, je me suis dit que ça faisait longtemps que je n’avais pas sauté en parachute !
    Alors, j’en ai parlé à ma femme qui m’a regardé d’un drôle d’air. Elle a continué à repasser le linge après avoir envoyé un SMS à mon fils.
    J’ai eu un peu de mal à retrouver ma paire de rangers.
    Après les avoir graissée, mes pieds ont accepté d’y rentrer après accord des gros orteils.
    Pour information, j’ai quand même utilisé le marteau pour « arrondir les angles ». Ceux qui se rappellent  leurs efforts pour ramollir ces machins en cuir brun clair me comprendront .
    Pour le treillis, ce fut une autre affaire. J’en avais un, avec ses couleurs brun-vert qu’Emmaüs n’avait pas accepté. Le responsable était un gars de 1968 que ses parents avaient éduqué dans la haine des parachutistes…
    Ce fut ma chance. Sauvé par des gens qui avaient adoré Maxime Leforestier ! Un comble !
    Les mites n’avaient pas fait trop de dégâts. J’avais quand même un problème. La couleur camouflée correspondait à peu près à celle d’aujourd’hui mais… Mais, l’élastique du bas du pantalon était-il conforme ?
    J’avais remarqué que la mode était au bas du pantalon lamentablement étalé sur l’avant de la chaussure.
    Que faire ?
    Je me suis mis à… être lamentable.
    Pour le reste, j’ai placé mon béret « prépuce » dans la poche droite et ma plaque à vélo dans la gauche.
    J’y ai rajouté mon attestation avec son numéro à six chiffres. On ne sait jamais, d’ici qu’ils voudraient vérifier…
    Ma femme est partie arroser les tomates. C’était le moment.
    Un ceinturon US, rasé de près, le cheveux courts comme les « jeunes » d’aujourd’hui et d’un coup de vélo me voila parti vers l’aérodrome.
    Vous me direz, c’est ridicule, comment a-t-il fait pour rentrer, se glisser dans un stick, percevoir un parachute et tout ça sans éveiller les soupçons ?
    Et bien, je vais vous surprendre. J’y suis arrivé !
    Bon, je vous vois sourciller, une mimique ironique voire rigolarde au coin des lèvres…
    Ma réponse sera simple. On ne passe pas par le 13ème RDP sans conserver quelques habitudes et même des défauts… Voir sans être vu, se fondre avec le paysage, disparaître en creusant des trous…
    C’était il y a longtemps mais il faut toujours se méfier des vieilles bouteilles. Elles réservent souvent des surprises.
    J’ai donc surpris.
    Avec le camouflage du visage pour commencer.
    Aujourd’hui, pour faire guerrier, « ils » se mettent de la peinture sur le visage comme les indiens. A notre époque les « visages pâles » gagnaient toujours et ils n’étaient pas obligés de se rendre méconnaissables. Bon, d’accord, parfois, pour faire joli, on se barbouillait avec un bouchon dont l’extrémité avait été brulée mais c’était de nuit. Il est vrai qu’aujourd’hui on est plus proche de la nature et tout le monde veut ressembler à un buisson. Bon, il faut être de son temps.
    Je me suis rendu, d’abord lamentable avec mon bas de pantalon, puis méconnaissable avec un peu de peinture.
    Imparable non ?
    Comment ? Vous dites ?
    J’ai cru entendre quelque chose comme une remarque là-bas dans le fond ?
    Et le casque ? Comment j’ai récupéré un casque ? C’est ça la question ?
    Et bien, j’avais le mien ! Une casserole de la vieille époque qui se rabattait sur le nez .à l’ouverture du parachute et à l’atterrissage idem. L’intérieur était un peu marqué par les soupes des bivouacs mais c’était l’intérieur, donc invisible. L’extérieur noirci par le feu, avec un filet de pommes de terre, passait parfaitement inaperçu et camouflé.  
    Hé oui, ni vu ni connu, j’y étais arrivé.  
    J’étais dans un stick.
    Mes voisins, malgré leurs peintures de guerre,  étaient disons crispés, tendus et voire légèrement inquiets. Remarquez, moi aussi. Ca faisait quand même longtemps…
    Le parachute avait toujours un harnais mais la SOA était jaune vif et il comportait plein de petits trucs nouveaux. Le pire ce fut le ventral : il avait sa poignée au milieu ! Comment voulez-vous que je retrouve ce geste automatique de faire ventral sans chercher la poignée à droite !
    Tant bien que mal j’y suis arrivé à bidouiller mon harnais pour le rendre conforme à la forme de mes cuisses et de mon ventre. Avec le temps, les excès de toutes sortes - vous m’avez compris - un harnais se doit de s’adapter en serrant un peu les parties rebondies d’un individu.
    Et, quelqu’un est passé dans mon dos pour vérifier je ne sais quoi. Comme j’avais jonglé avec les mousquetons, les courroies et les drisses sans trop me tromper, il m’a donné une claque sur l’épaule. J’étais OK pour embarquer. Comme à la belle époque !
    Je m’attendais à la marche en canard, je ne fut pas surpris. Mais quelle surprise quand j’ai vu cette rampe d’embarquement bien adaptée à nos déhanchements ! Plus d’échelle métallique à vous faire perdre l’équilibre pour un salto arrière !
    Le pied ! La marche nuptiale je vous dis !
    Quel confort.
    Nous qui allions crier « Ceux qui vont sauter te saluent » avaient droit à un traitement de faveur. Des rois, nous sommes montés en utilisant une allée royale !
    Et à l’intérieur, pas question de s’assoir par terre. On avait des sièges !
    Je vous le dit, en vérité, ces jeunes d’aujourd’hui savent vivre mieux que nous.
    Bon, cela dit, il y avait du monde. On était serrés à l’intérieur comme « dans le temps » mais en pire car c’était un peu le métro…
    Il faut dire que cet avion avait un drôle de genre. Il était gros et grand. Silencieux et sombre. Et quand ils ont remonté la rampe d’accès, ça faisait un peu boite de nuit. Dans le noir, oui, dans le noir…
    On s’est donc retrouvé enfermés dans cette grosse caisse qui a commencé à rouler, presque en silence.
    J’avoue que le bruit peu sympathique du Nord me manquait. Ses portes ouvertes aussi, ainsi que ses vibrations inquiétantes qui avaient quand même un certain charme…
    J’ai regardé mes voisins, ils avaient les mêmes visages recouverts de peintures et bien entendu on a esquissé des sourires. Comme dans le temps je vous dis, on a le moral, la pêche, on va sauter, on est des paras avec la peur de rien mais un peu au ventre…
    Le décollage sympa (par rapport au Nord) et nous voila en train de monter.
    Ce gros oiseau montait plus vite que son ombre et bientôt on s’est retrouvé à l’horizontale.
    Et, bien entendu, comme dans le temps, c’est là que les ennuis ont commencé.
    Vous savez ces histoires de lumières, de klaxons, de hurlements, de pipis de presque la peur…
    D’abord, et c’était nouveau, un type en bonnet rouge bizarre est allé ouvrir la porte. Il a vérifié qu’elle était bien ouverte en faisant tout le tour avec ses mains. Des fois qu’elle aurait tendance à se refermer ?
    Curieusement, on n’a pas chanté.
    J’avais révisé mon histoire de tonneau à percer par la fille pour nous servir à boire mais pour rien. Ce ne devait plus être à la mode. Et puis, j’ai pensé qu’il y avait peut-être des filles parmi tous mes collègues camouflés. Sous la peinture difficile de s’y retrouver. Alors, c’était peut-être par correction qu’ils n’ont pas chanté ?
    Je n’ai pas eu le temps d’approfondir la question.  
    - Debout accrochez ! (je crois bien que c’est ça que j’ai entendu, mai j’ai un peu perdu de mon oreille droite).
    Le truc à accrocher dans le machin, la tape sur l’épaule et ce bruit… Ce même bruit qui vous fait avancer. Ces jeunes savent conserver l’essentiel. Ca m’a rassuré. Enfin rassuré c’est vite dit…
    - Go !
    - …
    Et là, je vous laisse imaginer ce retour à nos vingt ans avec un casque toujours aussi baladeur…
    Et la suite ?
    Pour la suite, je ne me rappelle plus très bien. Mais comme j’avais une caméra, vous allez tout voir sur cette vidéo…
    Allez, accrochez-vous, on y va !





    Bien entendu en arrivant, mon fils est venu me chercher. Mon épouse me connait bien. Quand je parle de parachute elle appelle toujours mon fils…

    PS : cet article n’est pas à diffuser aux plus jeunes. Chaque fois qu’ils vont sauter, ils vont penser que leur voisin est peut-être un petit vieux arrivé à vélo…
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    Message par jojo27

    Very Happy c'est super cheers
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    Message par VERT

    Quelle belle histoire LANG, il n'est pas interdit, ni de rêver, ni de fantasmer.
    Comme quoi rien qu'une vidéo peut réveiller de vieux souvenirs.

    Le texte ci-dessous est bien réel, malheureusement à cette époque je n'avais pas de caméra embarquée pour preuve :




    Le récit de mon 1er saut



    Mon premier saut en P.M.P





    Je saute de ce tabouret ridicule pour effectuer mon 237e roulé-boulé. Etait-ce un avant-droit ou un arrière-gauche ? Je n’en ai pas souvenance. Les autres du groupe auquel j’appartiens font de même. Quand le dernier se relève, le sergent, un dur à cuire qui est notre instructeur parachutiste, pointe son index vers le ciel et hurle :

    « La prochaine leçon se passera LA HAUT ! »

    Il fait un temps pourri. Le plafond de nuages est très bas, il y a du brouillard ; il n’est pas certain que nous pourrons sauter. Tous les matins, on nous réunit dans la salle de classe pour y attendre des nouvelles de la météo. Toujours la même chose : le plafond est trop bas, la visibilité insuffisante… Et on rentre passer la serpillière dans les chambrées.

    Un jour, on nous annonce que c’est peut-être pour aujourd’hui. On part s’équiper et on arrive devant les avions. Les types du groupe qui nous précède endossent leurs parachutes, montent dans le zinc… Et en ressortent aussitôt. Météo trop limite ! Aïe aïe aïe ! On les plaint. Tant d’émotions pour rien ! Mais au fond, on est un peu soulagés que ça soit remis à plus tard.

    Enfin, le grand jour arrive ! La météo est acceptable. On décolle tout à l’heure !

    En entrant dans l’avion, je retrouve un environnement familier. Je le connais par cœur ce bimoteur, le Nord atlas 2501. J’en ai même franchi la portière plusieurs fois vers l’extérieur. Sauf qu’alors, le sol, ou plutôt l’estrade, se trouvait 50 cm plus bas que le plancher de l’avion ! C’était pour répéter la chorégraphie qui précède le saut. Comme dans un cours de danse où, pour apprendre la rumba ou le mambo, l’élève pose ses pieds sur des traces de pas dessinées sur le parquet. Là c’est : pied gauche, pied droit, pied gauche, go ! Plus proche du rock'n roll que de la valse lente.

    L’avion est bizarre. C’est comme un œuf kinder avec des ailes où sont fixés deux tubes qui les relient au gouvernail. Ma hantise, complètement stupide je l’avoue, est de me manger la queue de l’appareil juste après le saut. J’aurais préféré un Transall, ou on sort par l’arrière, sans « obstacle ». Mais bon ! C’est pas moi qui choisis !

    On s’installe sur les banquettes disposées sur des deux côtés, en tenant bêtement dans la main droite le mousqueton de la SOA à laquelle sera bientôt suspendue notre vie.

    Les hélices tournent, le bruit est fort. Le Nord atlas s’élance sur la piste ; et le boucan devient insupportable. Enfin on décolle !

    Tiens ! Les portes sont ouvertes ? Je pensais qu’on ne les ouvrait qu’avant le largage. Il fait froid. C’est plein de courants d’air ici ! Mais le froid, on ne le sent pas ; on a autre chose en tête !

    Je vois, au travers du hublot crasseux, le sol herbu s’éloigner progressivement, puis des champs, des routes, des maisons. C’est magique !

    Issu d’un milieu plutôt modeste, je pensais que prendre l’avion était un privilège réservé aux PDGs et aux stars de cinéma. Et voilà ! J’y suis ! Je ne m’imaginais pas que c’était aussi bruyant. Dans les films on voit toujours les pilotes et les passagers discuter tranquillement. Dans ce coucou bringuebalant, il faudrait gueuler à l’oreille de son voisin pour lui faire entendre quelque chose. De toutes façons, on n’a rien à se dire !

    En face de moi, le stick qui va sauter par la porte gauche. Les visages sont blêmes sous les casques. Les grandes gueules, comme les timides, arborent de tristes mines. Le serre-pattes , par contre, affiche un air hyper décontracté. Il est accoudé à la paroi, près de la portière, dans l’attitude d’un employé de bureau devant la machine à café. Remarquant que ses passagers font la gueule (il doit en avoir l’habitude !) il porte deux doigts aux commissures de ses lèvres et nous fait un sourire . Comme pour nous dire : « Qu’est-ce qui se passe les gars ? Pourquoi êtes-vous si maussades ? Vous venez de recevoir un rappel d’impôts ? Votre nana vous a largué ? Mais souriez bon sang ! Un PARA ça doit être joyeux ! ». C’est à un autre type de largage qu’on pense ! Certains esquissent un sourire mais on sent que le cœur n’y est pas vraiment.

    Je me sens pris d’une étrange sympathie pour cet instructeur, qui n’était pourtant pas économe de coups de ranjo au postérieur quand nous effectuions mal les manœuvres, suspendus au portique de métal qui figurait le parachute à l’entraînement.

    L’avion a pris de l’altitude, on se lève et on accroche le mousqueton de la sangle sur le filin d’acier qui court au long de la paroi ; comme à l’entraînement.

    Le premier à sauter, c’est Hervé ou René ( je ne me rappelle plus son nom). Il ne manifeste aucune émotion en passant la portière. Il faut dire qu’il doit avoir plus de 2000 sauts à son actif ; et surtout que c’est un mannequin, une espèce de momie couverte de bandelettes dont la forme rappelle vaguement celle d’un corps humain. C’est pour évaluer le vent. Le moniteur suit d’un œil attentif les évolutions de notre ami dans l’atmosphère. Il semble satisfait. A tout à l’heure, Hervé !

    L’avion fait une boucle pour effectuer un deuxième passage sur la drop zone. On se colle les uns contre les autres, selon l’expression assez triviale mais très parlante qui décrit la position à adopter en pareille situation (éloignez les enfants !), et qui n’est pas celle du missionnaire : « bite à cul ».

    Les hasards du tirage au sort ou l’ordre alphabétique m’ont évité la chance d’être « premier de porte ». Il paraît que c’est encore plus impressionnant quand on est le premier à se jeter dans le vide. Moi, je suis déjà assez impressionné comme ça !

    Puis une lampe rouge s’allume sur la paroi qui nous sépare du cockpit. Et un avertisseur sonore, assez puissant pour qu’on le perçoive malgré le bruit des moteurs, retentit. L’angoisse est à son comble. C’est le moment où on a furieusement envie de lever la main en direction du serre-pattes et de lui dire : « Euh, M’sieur, j’ai bien réfléchi ; finalement j’y vais pas ! Ou si vous y tenez vraiment, on remet ça à la semaine prochaine. D’accord ? » Mais on sait bien que ce serait inutile. Et pas seulement à cause du boucan qui couvrirait notre voix !

    Après, tout va très vite. Tous les yeux fixés sur la lampe la voient passer au vert. Ça y est ! Et que ça saute ! C’est le cas de le dire ! Le pistonné qui a obtenu l’honneur d’ouvrir la cérémonie s’avance jusqu’à la porte, et disparaît. Les deux suivants en font autant. C’est mon tour. Je ne pense à rien. Je jette le mousqueton vers l’avant. Je fais mes trois pas. Peut-être pas dans le bon sens, mais c’est le cadet de mes soucis. Je prends mon appui et…

    D’abord, la sensation vertigineuse d’être aspiré dans un siphon aux dimensions cosmiques, ou une chasse d’eau divine et juste après, l’impression d’être violemment tiré vers le haut, comme si je devais réintégrer le zinc. Ou comme si Dieu vous tirait par le paletot. Mais ce n’est qu’une impression ; le paradis, le vrai, c’est pas pour aujourd’hui !

    « Il s’est ouvert, Mama mia ! Merci mon Dieu ! Merci au plieur de ne pas avoir forcé sur le beaujolais avant d’effectuer son travail. Merci sergent ! Merci au ministère de la défense pour consacrer suffisamment d’argent au matériel pour qu’on ait des produits de bonne qualité. Mon p’tit ventral, tu vas rester bien sagement plié dans ton sac ! »

    On a beau savoir que les accidents sont rarissimes, cette ouverture est vécue comme un petit miracle.

    Je vole, comme un oiseau. Je n’ai jamais été aussi loin du sol, même quand je suis monté sur la tour Eiffel. Je regarde à droite, à gauche. Des corolles blanches et vertes se sont épanouies autour de moi, soutenant des types qui sont dans le même état d’esprit.

    Et quel silence ! Il y a bien le bruit de l’avion qui s’éloigne, mais par contraste avec le vacarme qui régnait dans l’habitacle, je me sens très au calme.

    Bon, c’est pas tout ça. Au boulot ! D’abord, vérification de la coupole. Je lève la tête. Elle est là, toute belle, toute ronde, à quelques mètres au-dessus de moi. Je l’adore ! « Tiens ! Le mien est blanc ! » Ensuite, choisir un point de repère fixe au sol. Pas une vache, une vache ça bouge. Enfin, à mon avis ça ne bouge pas trop ; c’est ce que j’ai failli dire au sergent pendant l’instruction. J’ai trop tendance à ramener ma fraise, et j’ai bien fait de me taire… De toutes façons, il n’y a pas de vaches ici. Tiens ! Ce petit arbuste au bord du chemin, ça sera parfait. Donc le vent vient de par là. Je tire sur les deux sangles qui lui font face et ramène mes mains contre ma poitrine. Ça marche ! Ma vitesse horizontale diminue sensiblement. C’est beaucoup plus « doux » que sous le portique ; le parachute est maniable. Les dizaines de mètres cube d’air coincées sous la coupole la font réagir aux tractions comme la voile d’un bateau.

    Je n’ai plus qu’à attendre et jouir de l’instant. « Super ! J’ai sauté en parachute. Même pas mort ! »

    Je regarde en bas. La terre se rapproche. J’en suis maintenant peut-être à 30 m. Ne pas regarder ses pieds, fixer l’horizon. Je me fais violence pour ne pas observer le sol. Fléchir les jambes, préparer le roulé-boulé. Ça sera un avant gauche. Bon, ça sera… ce que ça sera !

    Boum ! Dans les semelles. J’ai repris contact avec le plancher des vaches qui bougent. Je m’affale. Je me relève. Je ramène à moi l’immense voilure en tirant sur les suspentes du bas et j’en fais un baluchon informe que je serre contre ma poitrine. Je cours vers le camion. Les visages que je voyais tirer une gueule d’enterrement dans l’avion sont maintenant épanouis. « super ! », « magnifique !», « génial ! », on n’entend que ça. On attend le deuxième saut avec impatience.

    Hélas ! Le temps est resté pourri sur la DZ . Des quatre sauts promis, on en n’a fait un seul je n’ai pu renouveler l’expérience que le lendemain.

    Les types qui ont sauté 1000 fois et qui passent la portière d’un avion comme ils franchissent la porte de leur salle de bain ont tous connu de semblables émotions au cours de leur premier saut. Il y a dans la vie humaine des premières fois plus ou moins réussies. Mais celle que connaissent les paras est toujours une expérience inoubliable.

    Je n’ai pas vraiment eu peur lors de ce premier saut. Je ne dis pas ça par forfanterie. J’étais en proie à une émotion qui transcende la peur. Presque aussi ému de prendre un avion que d’en sauter en marche. Mais…

    Avant de recevoir mon affectation, je me voyais conducteur de char ou chasseur Alpin, comme beaucoup de mon âge, et me voilà au 1er RCP à IDRON, Je suis fier et content d’avoir intégré cette unité dont j’ignorais tout, bien que ce soit dur. Mais bon, c’est les classes ! Après ça sera plus cool…

    _________________
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    Message par LANG

    Merci VERT pour ce récit du 238ème roulé boulé...
    Un retour vers le… plancher des vaches qui nous rappelle à tous quelque chose…
    Ces moniteurs étaient des brutes sympathiques… Ce Nord mal foutu quelle belle casserole… Seul suspendu dans le silence…
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    Message par salliere herve

    Merci Vert , merci Lang , pour ce magnifique retour à nos vingt ans .
    mais qu'il était beau le nord atlas .
    un vieux rapace qui ce sent beaucoup plus jeune aujourd'hui . cheers
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