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    Le Chant des Africains

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    13052019

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    Le Chant des Africains Empty Le Chant des Africains





    L'Armée d'Afrique s'est éteinte au lendemain de l'Indépendance de l'Algérie là où elle est née, 130 années plus tôt.
         Elle a légué à l'histoire les récits de ses glorieuses actions et à la postérité la ferveur de ses chants : les Turcos, les Africains, les Mousquetaires, la Marche (les Zouaves, la Marche des Tabors, etc.

         Chants patriotiques, chants de route, chants d'épopée ou chants de guerre, ils sont. quel que soit le sentiment qu'ils éveillent, chantés aujourd'hui avec une émotion contenue et sur un fond de nostalgie indéfinissable.
         Le plus prenant est incontestablement « C'est Nous Les Africains ».

         Les soldats venus d'outre-mer l'ont chanté crâne ment pendant la guerre de libération en 1944-1945 tout comme l'avaient fait leurs pères venus eux aussi de là-bas, pendant la guerre de 1914-1918..
         Ainsi s'est répétée l'histoire des « Africains » en ces périodes douloureuses pour la France.
        Ce chant est né sur le front en 1914, à l'époque de la bataille de la Marne, sous les bombardements d'artillerie, les rafales de mitrailleuse et la pression de l'ordre mémorable : « se faire tuer sur place plutôt que de reculer ».

    les paroles d'origine

    I
    Nous étions au fond de l'Afrique
    Embellissant nos trois couleurs,
    Et sous un soleil magnifique,
    Retentissait ce chant vainqueur :
    En avant ! En avant ! En avant !

    Refrain
    C'est nous les Marocains,
    Qui venons de bien loin,
    Nous v'nons d'la colonie,
    Pour défen'le pays.
    Nous avons abandonné,
    Nos parents nos aimées,
    Et nous avons au cœur,
    Une invincible ardeur,
    Car nous voulons porter haut et fier
    Ce beau drapeau de notre France altière :
    Et si quelqu'un venait à y toucher.
    Nous serions là pour mourir à ses pieds.
    Roulez tambour,
    A nos amours,
    Pour la Patrie
    Pour la Patrie
    Mourir bien loin.
    C'est nous les Marocains !

    II
    Mais lorsqu'éclata la guerre,
    On nous vit tous avec élan
    Nous élancer vers la frontière,
    Pour en chasser les Allemands.
    En avant ! En avant ! En avant !

    III
    Rien n'est plus beau que ma patrie.
    Rien n'est plus beau que mon drapeau.
    Nous avons donné notre vie,
    Au régiment Poëymirau.
    En avant ! En avant ! En avant !

    IV
    Et quand finira la guerre,
    Nous rentrerons dans nos gourbis,
    Le cœur joyeux et l'âme fière
    D'avoir défendu le pays.
    En avant ! En avant ! En avant


         Le texte est du Sergent-Major BENDIFALLAH et du Tirailleur MARIZOT du régiment de Marche de Tirailleurs Marocains formé à partir des restes de la Brigade de Chasseurs Indigènes Auxiliaires du Maroc, dissoute à la suite de très grosses pertes subies à la bataille de l'Ourcq, au Nord-Ouest de Meaux, en septembre 1914. Ce régiment était commandé par le Lieutenant-Colonel POËYMIRAU, et avait dans ses rangs des officiers de valeur dont le Lieutenant JUIN futur Maréchal de France.
         Ce chant, sincère témoignage de bravoure, se répandit assez rapidement dans les rangs des troupes Nord-Africaines.
         Les Africains était chanté sur l'air de la Marche des Coloniaux avec des variantes d'un régiment à l'autre, au gré des bivouacs, des cantonnements et des déplacements. A son désavantage, il n 'a été mis en musique que bien longtemps plus tard ce qui explique probablement pourquoi il ne fut pas joué lors des cérémonies qui marquèrent la victoire du 11 novembre 1918.
         La guerre terminée, les troupes qui le chantaient reçurent d'autres missions: certaines retournèrent au Maroc pour reprendre les opérations de. pacification d'autres furent envoyées au Levant, asseoir le Protectorat français sur la Syrie et le Liban.
         Alors coupé de ses racines, sans audience, il s'en alla lui aussi vers les mess et les popotes de quelques garnisons isolées d'Afrique et s'y éteignit doucement.
         Dès lors que l'ennemi était chassé hors de France et que la paix était revenue, le chanter n'avait plus d'impact. C'est la Madelon son cadet d'un an qui animait et égayait, maintenant, les tournées sur le zinc et les retrouvailles entre Poilus.
         Nos chibanis ne se souviennent pas de l'avoir entendu ailleurs qu'à Paris, pendant l'entre-deux-guerres, quand
    les « Anciens Marocains » s'y réunissaient pour leur banquet annuel placé sous les auspices de leur association « la Djellaba ».
         La débâcle de 1940 contribua implicitement à sa résurrection. Au Tchad d'abord, dans la colonne LECLERC en route vers Koufra, en Algérie ensuite, dans les Chantiers de Jeunesse puis un peu partout dans les unités stationnées outremer après le débarquement Anglo-Américain en Afrique, du Nord.

         La renaissance de nos armes en Tunisie, les exploits du Corps Expéditionnaire Français en Italie, les préparatifs du débarquement en France le ramenèrent à l'actualité et sur tous les tons. A nouveau de circonstance, il exaltait, comme en 1914 et à trente ans d'intervalle, le combat contre l'envahisseur, l'honneur au drapeau, la mort pour la patrie. Il conviait à la victoire et annonçait l'allégresse du retour, la guerre terminée.

         Le vigoureux souffle patriotique qu'il insufflait à des soldats venus d'horizons divers et appartenant à des Armes différentes nécessita son harmonisation et son adaptation à l'air du temps.
         C'est le capitaine Félix BOYER, chef de musique de la Garnison d'Alger qui s'en chargea : il recomposa le texte, fixa les paroles et le mit en musique, tout en lui conservant sa ferveur particulière.


    le chant dans sa version de 1944

    I
    Nous étions au fond de l'Afrique
    Gardiens jaloux de nos couleurs
    Quand, sous un soleil magnifique,
    Retentissait ce cri vainqueur :
    En avant ! En avant ! En avant ! ! !

    Refrain
    C'est nous les Africains
    Qui arrivons de loin
    Nous venons des colonies
    Pour sauver le pays
    Nous avons quitté parents, gourbis, foyers
    Et nous gardons au cœur.
    Une invincible ardeur,
    Car nous voulons porter haut et fier
    Le beau drapeau de notre France entière
    Et si quelqu'un voulait nous séparer
    Nous saurions tous mourir jusqu'au dernier
    Battez tambour
    A nos amours
    Pour le pays
    Pour la patrie
    Mourir bien loin
    C'est nous les Africains !

    II
    Pour le salut de notre empire
    Nous combattons tous les vautours,
    La faim, la mort nous font sourire
    Quand-nous luttons pour nos amours
    En .avant ! En avant ! En avant ! ! !

    III
    De tous les: horizons de France
    Groupés sur le sol Africain
    Nous venons pour là délivrance
    Qui, par Nous, se fera demain.
    En avant ! En avant ! En avant !

    IV
    Et lorsque finira la guerre,
    Nous reviendrons à nos gourbis,
    Le cœur joyeux et l'âme fière
    D'avoir libéré le pays
    En criant, en chantant : En avant !


    A la 3° D.I.A. (la division aux trois croissants) le chant fut enregistré sur disque Columbia, d'après un arrangement de la nouba du 3e R.T.A. Les unités Marocaines conservèrent le titre initial : C'est nous les Marocains.
         C'est ce chant qui traversa la Méditerranée, débarqua sur les côtes de Provence en 1944, remonta les Alpes, traversa les Vosges franchit le Rhin et anima des soldats de la 1 ère Armée Française jusqu 'au Danube.
         Les soldats de ma génération l'ont chanté, avec enthousiasme et fierté dans l'allégresse des heures glorieuses de 1944--1945 et puis quand la France fut libérée et que les jours de liesse passèrent, il passa lui aussi, comme si en retournant à nos gourbis, nous l'avions ramené avec nous, tels nos pères en 1918.
         Il continuait certes à être chanté, ça et là, dans certaines unités des forces françaises en Allemagne, lors des heureux événements de la vie de garnison, mais il paraissait emprunté. Il y avait le ton mais pas l'accent.
         L'Association « Rhin et Danube », Amicale des Anciens de la Ire Armée française, après une. légère modification du refrain, en a fait son chant de tradition.


    Le Passage :
    Nous venons des colonies
    Pour sauver le pays
    Nous avons tout quitté
    Parents, gourbis, foyers
    ……….
    Est devenu :
    Nous venons des colonies
    Pour défendre le pays
    Nous avons laissé là-bas
    Nos parents, nos amis

    Nos musiques militaires le jouent fréquemment lors des cérémonies traditionnelles et surtout, il est souvent chanté pendant les réunions et assemblées générales des anciennes troupes Nord-Africaines, etc…
         Devenu chant du souvenir, il fait l'effet de ciment dans le milieu Ancien Combattant et c 'est heureux qu 'il en soit ainsi.      
         Délaissé après la guerre de 1914-1918 qui l'a fait naître, les événements liés à la décolonisation le ramenèrent en France, à son point de départ.  
       
         « Tout chant militaire reflète, l'expression  spontanée du soldat a un moment de sa vie.,., », disait le capitaine Léon LEHUREAU. Le chant « les Africains » illustre parfaitement ce jugement avec ceci de particulier : il situe ce moment au feu en pleine bataille, avec une note d'espoir avant le combat et une autre d'allégresse après la victoire.
         Il reflète aussi et par-dessus tout, la bravoure et la fidélité de combattant exceptionnels, d'une troupe attachante, d'une Armée incomparable.

         La belle, image de l'Année d'Afrique s'estompe déjà : Elle ne survivra pas aux générations qui l'ont forgée. Les événements allant dans le sens de l'histoire et l'ingratitude de l'oubli l'effaceront bien vite des mémoires.

    II n'en restera plus alors que le chant « des Africains » pour rappeler aux générations futures les épopées de ces valeureux soldats venus d'ailleurs verser leur sang pour le salut de la France.




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    Le Chant des Africains :: Commentaires

    briselance13

    Message le Mar 14 Mai - 7:57 par briselance13

    Chanté le samedi 11 mai 2019 à Bollène, pour l'hommage rendu au commandant (soldat
    du 1er REP) Hélie de Saint Marc, où la rue du 19 mars 1962  fut remplacée par la rue du
    Commandant Denoix de Saint Marc, héros français, 1922-2013.

    Je le sais, j'y étais, avec Bernard.

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    Anonymous

    Message le Mar 14 Mai - 8:46 par Roger.

    Dans son Bloc notes du 08 décembre 2005, dans l'hebdomadaire " le Point " N°1734, BHL écrivait : " ...le célèbre et fétide " C'est nous les Africains qui revenons de loin... "- fétide, oui, inexcusablement vulgaire, je n'insiste pas... Quant au fond..."

    Ce phare de la pensée que le monde entier nous envie, ce va-t-en guerre quand c'est pour verser le sang des autres, ce conseiller militaire éclairé, l'homme qui murmure à l'oreille des chefs d'états, de sa plume infatigable, inscrivait en lettre rouge la condamnation sans appel, de ce chant guerrier.

    Le deuxième conflit mondial engagea environ 500 000 hommes des " colonies" , toutes origines et religions confondues.
    Plus de 30 000 de ces combattants ne revirent jamais leur foyer.
    Beaucoup sont revenus marqués à tout jamais dans leur âme et dans leur corps. Tous ont chanté ensemble ce chant fédérateur, rassemblés autour du drapeau français.

    Leur sacrifice méritait mieux que ce jugement grossier et ces qualificatifs nauséabonds. Ce chant militaire porte le sang la sueur et les larmes de ceux qui ont mêlé leurs voix, pour réaliser une aspiration commune : libérer la Patrie.

    On peut bien sur se boucher les oreilles, et détester la musique militaire. Cela n'empêche pas le respect dû à ceux qui nous ont permis de devenir ce que l'on est. Profiter de la liberté qu'ils nous ont rendue pour se permettre d'écrire tout et n'importe quoi est outrancier et injurieux.
    Surtout lorsque l'on est un intellectuel qui suinte de prétention et qui assène, comme d'autres médiatiquement surexposés, sa vérité unique qui n'autorise aucune contradiction.

    Tunisie, Corse, Italie, France, jusqu'en Allemagne résonnera ce chant qui n'a de fétide que l'odeur de la mort dont il est imprégné. Et s'il est vulgaire c'est dans son acception première c'est à dire : " ordinaire ".
    Oui ! Ce refrain fut repris avec enthousiasme par des hommes ordinaires, qui ont accompli l'" extraordinaire ".


    exode1962


    J'ai moi même vécu dans les années 2000 l'impossibilité de faire jouer le chant des africains dans mon département.
    la Préfecture, la mairie, et d'autres bien pensants, refusant au nom de je ne sais quoi ! .

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    briselance13

    Message le Mar 14 Mai - 9:12 par briselance13

    Oui Roger, vous avez raison. D'ailleurs, ce que j'ai écrit plus haut, quant à ce chant à Bollene.
    Non seulement les anciens légionnaires ou autres parachutistes, dont mon ami, mais tous
    les "Pieds Noirs" présents ont entonné " le chant des Africains".

    Et c'était la même chose à Béziers, lors du changement de nom de rue (ex 19 mars) pour
    la nouvelle rue Denoix de Saint Marc. Chose faite le 14 mars 2015.

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    LANG

    Message le Mar 14 Mai - 14:01 par LANG

    Merci musette tap d’avoir repris l’historique de ce chant.
    Pour compléter les commentaires précédents, je vous propose ces quelques réflexions.
    Un peu tristes…
    "C'est nous les Africains..." qui venons de loin.
    Ce chant a été le symbole de ceux qui ont sauvé l’honneur de l’Armée Française après sa défaite de 1940.
    Il symbolise aussi tous ces gens venus « d’ailleurs » qui se reconnaissaient dans les valeurs d’un pays qui s’appelait France.
    A un moment, près de chez nous ou là-bas dans les rizières, il a peut-être été le dernier cri de ceux qui voyaient partir un bateau qui s’appelait France.
    On n’a pas aimé ces pleurs sur les quais de gares ou ces embarcadères. On a interdit la chanson !
    Réduits au silence, peut-être ont-ils entonné : … la France elle m’a laissé tomber…
    Il y a des chants comme ça, on ne sait pas pourquoi, à certains moments, ils sont interdits ou mal vus…
    Il me semble que « Ich hatte Einen Kameraden » en a fait partie.
    Il avait été chanté à l’occasion de l’hommage au général Bigeard. Certains n’avaient pas aimé…
    Aujourd’hui, à l’occasion de la cérémonie en l’honneur de nos deux commandos marine, on a chanté « Loin de chez nous »…
    Oui, ils étaient partis loin de chez eux, en Afrique…

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