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    Geneviève de Galard

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    Geneviève de Galard Empty Geneviève de Galard

    Message par vent du sud le Dim 5 Mai - 21:46



    La "une" de Paris Match l'immortalise, en ce triste mois de mai 1954. La jeune infirmière est revêtue d'une tenue de parachutiste. Elle avance pieds nus dans des sandales, légèrement surprise par le soldat qui se met au garde-à-vous sur son passage. En arrière-plan, on distingue le Dakota qui vient de la déposer sur l'aérodrome de Luang Prabang, au Laos.

    Geneviève de Galard 410

    Geneviève de Galard, 28 ans, ne comprend pas ce qui lui arrive. "La France accueille l'héroïne de Dien Bien Phu", titre l'hebdomadaire. Les Etats-Unis la surnomment "l'Ange de Dien Bien Phu". Encore ignorante de cette effervescence médiatique, elle ne sait qu'une chose : la voilà libre, sortie de l'enfer, d'une histoire de boue et de feu, de souffrance et de mort.

    Geneviève de Galard 510

    Elle n'oubliera jamais l'odeur et les cris de la défaite, le 7 mai, l'immense champ de bataille crépusculaire perdu dans la jungle indochinoise, les plaintes des blessés, le souffle court des agonisants et la puanteur des cadavres abandonnés. Au terme d'un siège de plusieurs semaines, la France a rendu les armes et son bilan se passe de commentaire : on recense 3 420 tués et disparus et autant de blessés parmi les assiégés. Le vainqueur, personnifié par le général Giap, capture près de 11 000 prisonniers.

    La chute de Dien Bien Phu pourrait n'être qu'un terrible revers, mais il s'agit bien sûr de tout autre chose. Ces trois syllabes symbolisent brutalement l'effondrement d'un rêve - le maintien de la présence française en Indochine - et d'un espoir - refouler la progression des communistes. Avec Dien Bien Phu, l'empire français s'avoue vulnérable. Aveu terrible. Aveu à ce point intolérable que les Français vont écrire spontanément dans les marges de cette histoire une légende compensatrice : la chronique édifiante des faits et gestes de Geneviève de Galard. Une légende pour effacer le traumatisme de l'échec, l'horreur d'un sacrifice.

    Quelques mois plus tôt, la France ne doutait pas une seconde de sa réussite. Pour porter un grand coup aux Viets, expression d'époque, l'état-major imagine d'attirer l'essentiel de leurs forces sur son terrain et de les écraser. Après réflexion, le général Henri Navarre choisit de livrer bataille à Dien Bien Phu, une vallée d'une vingtaine de kilomètres, cernée par une forêt tropicale épaisse. Cette cuvette du bout du monde bénéficie d'une piste d'atterrissage qui permet de transporter de quoi aménager une base souterraine et des positions avancées sur des collines qu'on baptisera de prénoms féminins : Isabelle, Huguette, Junon, Eliane, Gabrielle...

    En quelques semaines, du matériel lourd (chars, canons, hôpitaux de campagne) et des milliers de soldats sont concentrés dans ce lieu improbable. Des bataillons de tirailleurs sénégalais et de goums algériens, des compagnies de soldats vietnamiens et de légionnaires se retrouvent à pied d'œuvre, sous les ordres du colonel Christian de Castries. La grande bataille peut commencer...

    Elle commence mal. Ce sont les forces du général Giap qui lancent une offensive le 13 mars 1954. La France découvre interloquée que les forces vietminhs disposent d'une puissance de feu ravageuse. Le 15 mars, le colonel Piroth s'accuse de la faillite de l'artillerie française et se suicide. Le 16, Dien Bien Phu se referme comme une nasse : la piste d'atterrissage placée sous les tirs ennemis devient difficilement praticable. Le ravitaillement, les renforts et l'espoir ne peuvent plus venir que du ciel.

    Très vite, les avions sanitaires n'opèrent que de nuit. Des centaines de militaires blessés attendent désespérément des secours. Une poignée de pilotes et une dizaine d'infirmières spécialisées dans le transfert des blessés tentent l'impossible.

    C'est alors que Geneviève de Galard commence à entrer dans l'Histoire. Par son courage, sa disponibilité, son sourire de cheftaine. Consciente des dangers encourus, elle écrit une longue lettre à sa mère et conclut avec panache : "Tous ces combattants méritent qu'on se dévoue pour eux. Dieu me protégera !"

    Le 28 mars à l'aube, son avion croit pouvoir profiter de la brume pour se poser sur un bout de piste défoncé, embarquer son lot d'éclopés, et repartir en trombe. C'est compter sans la malchance : un tir perdu perfore le réservoir d'huile de son appareil. Il ne pourra plus décoller. C'était l'ultime atterrissage...

    Le long siège de Dien Bien Phu commence. C'est la bataille de Verdun à l'envers. Tranchées contre tranchées. On se bat à la grenade et au fusil. L'aviation française répand du napalm sur la jungle tout autour. Bientôt, la boue et la gangrène règnent. Affectée au principal centre de soins, Geneviève de Galard reçoit la responsabilité de la salle des 40 lits de grands blessés. Elle assiste les deux chirurgiens et l'équipe d'infirmiers. Tous travaillent dans une chaleur suffocante, sous terre, de nuit comme de jour, dans le fracas des obus. Chaque assaut engorge les antennes de chirurgie et les centres de tri d'innombrables blessés.

    Dans ce huis clos de douleur, Geneviève de Galard secourt les jeunes soldats qui arrivent jambes et bras broyés, ou aveugles. "Geneviève, promettez-moi que je ne vais pas mourir !" Les légionnaires la surnomment bientôt "Mam'zelle".

    A des milliers de kilomètres de là, le monde libre assiste, tétanisé, à la défaite programmée. Il y a encore quelques semaines, l'issue ne faisait aucun doute ! Les Français, assurés de la victoire, se désintéressaient de cette lointaine Indochine exclusivement défendue par des soldats de métier ou des volontaires. Les Américains, bailleurs de fonds du corps expéditionnaire français à hauteur de 80 %, s'estimaient quittes et refusaient le secours de leur aviation.

    Aujourd'hui, l'arrogance n'est plus de mise. Pour apaiser la brûlure de l'échec, la figure de Geneviève de Galard s'impose et occupe rapidement tout le spectre émotionnel. Cette jeune femme d'exception n'illustre-t-elle pas la France des origines, cette France immémoriale qui rassure ? Sa famille remonterait à Clovis et l'un des plus vaillants de ses aïeux aurait accompagné Jeanne d'Arc dans ses combats. Bon sang ne saurait mentir !

    Et puis une gloire plus moderne s'ajoute à cet héroïsme reçu en héritage. Alors que l'aviation reste encore une aventure réservée à une élite de baroudeurs et de pionniers, Geneviève de Galard appartient au corps très restreint des convoyeuses de l'air : une trentaine d'infirmières volantes, bénévoles jusqu'en 1946. Bénie des dieux et recluse dans l'enfer, cette jeune femme devient ainsi en quelques jours le modèle parfait de la sainte laïque, otage d'un siège implacable. Par son dévouement, elle rachète le fiasco français.

    Le mythe peut alors se déployer à partir d'une geste réelle. L'infirmière lave, désinfecte les plaies, refait les pansements, allume les cigarettes, sourit aux jeunes foudroyés par la guerre. En rupture de médicaments et d'électricité aux pires moments, elle assiste comme elle peut les chirurgiens Grauwin et Gindrey, qui opèrent torse nu dans l'humidité étouffante des sous-sols du PC. Au fil des semaines, sa résistance fait l'admiration de tous dans le camp retranché. Elle devient la mascotte des milliers de soldats assiégés.

    Le 29 avril, elle est convoquée dans le bureau du commandant en chef, qui lui remet solennellement la Légion d'honneur et la croix de guerre. La citation du colonel de Castries la désigne comme "la plus pure incarnation des vertus héroïques de l'infirmière française". Le lendemain, la Légion étrangère la nomme première classe d'honneur en même temps que le lieutenant-colonel Bigeard.

    La légende sculpte l'image d'une exception. Elle serait la seule femme dans un univers exclusivement masculin. Paris Match insiste : "Bloquée dans la forteresse, elle y est la seule femme." La légende exagère : elle oublie la vingtaine de prostituées, essentiellement vietnamiennes, prises comme elle au piège de Dien Bien Phu. Ces femmes à soldats, réservées aux légionnaires et aux bataillons de l'empire, deviennent au fil des jours d'admirables aides-soignantes de fortune et, pour certaines, des combattantes. Mais, pour l'Histoire, Geneviève de Galard doit rester la seule femme ayant vécu la chute de la place forte. Rien ne doit venir ternir l'image de l'honneur.

    Jusqu'au 7 mai, alors que les fortins français tombent les uns après les autres, Geneviève de Galard incarne la perfection féminine. La dernière nuit, le colonel Langlais la retient au PC : "Geneviève, restez avec nous, vous êtes notre porte-bonheur ; tant que vous serez là, la chance nous sourira."

    Mais la chance se dérobe. Les forces du Vietminh envahissent Dien Bien Phu. La plupart des prostituées vietnamiennes sont massacrées. Les soldats indochinois au service de l'empire sont séparés de leurs camarades. Ils se battaient contre le communisme ; on les parque comme traîtres et suppôts du colonialisme. Les vainqueurs cherchent à sonder et endoctriner Geneviève de Galard. Elle observe le silence. Ils envisagent de la libérer. Elle s'y oppose et fait savoir qu'elle maintiendra son refus tant que les blessés graves ne seront pas tous rapatriés en zone française.

    SA légende enfle. Les premiers blessés libérés racontent sa patience et sa douceur. La voilà héroïne et héroïque sans le savoir. Finalement libérée le 24 mai, plusieurs dizaines de journalistes l'attendent au pied de l'avion. Coupée du reste du monde depuis deux mois, elle s'étonne de leur présence. Qu'a-t-elle fait sinon son devoir ? Le reporter du Monde note : "C'est une jeune femme étonnamment maîtresse d'elle-même qui s'encadre dans la porte du Dakota sanitaire. Trois de ses camarades infirmières, venues l'accueillir, sont infiniment plus émues qu'elle-même, et l'une d'elles éclate en sanglots."

    Des agences de presse américaines et un journal anglais lui demandent l'exclusivité de ses impressions en échange de sommes astronomiques. Elle refuse : "Je suis ici pour soigner les blessés et non pour gagner de l'argent en racontant leurs souffrances." Un producteur de cinéma veut tourner une saga et faire jouer son rôle par Leslie Caron. Elle écarte la proposition.

    Avec un mélange d'admiration, de hauteur et de machisme, le capitaine Hélie de Saint-Marc lui adresse, au nom des officiers du 11e bataillon parachutiste de choc, quelques lignes : "Vous ne saurez jamais combien nous avons été près de vous et de nos camarades pendant les terribles journées que vous avez passées à Dien Bien Phu. Vous avez représenté pour nous le dévouement et l'abnégation jusqu'à l'extrême limite. Nous vous demandons de nous laisser sur cette impression. Vous ne pouvez plus vous permettre d'être une femme comme les autres. Laissez de côté toute propagande et publicité. Nos camarades n'ont besoin ni d'articles ni de films. L'Histoire les jugera, vous étiez avec eux, c'est suffisant."

    La propagande ? La publicité ? Elle ne les a pas cherchées. Elle devient sans le vouloir une icône, une image destinée à estomper l'amertume d'une terrible défaite. Une sainte que les photographes immortalisent en train de prier dans une église d'Hanoï le jour de l'Ascension. De retour en France, début juin, son avion se pose à Orly. Les reporters de presse recueillent pieusement ses paroles.

    A peine a-t-elle le temps de souffler que les Etats-Unis l'invitent. Le 26 juillet, des centaines de milliers de New-Yorkais l'acclament, dispersant du sommet des gratte-ciel des tonnes de confettis. Un honneur rarissime, renforcé par une invitation à la Maison Blanche. La petite Française est reçue par le président Dwight D. Eisenhower et applaudie debout par les membres du Congrès.

    La légende nationale se transmue en légende transatlantique. Grâce à elle, les Etats-Unis aimeraient bien dissiper leur mauvaise conscience : ne se sont-ils pas rendus coupables de non-assistance à allié en danger ?

    Laurent Greilsamer
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    Geneviève de Galard Empty L'Ange de Dien Bien Phu

    Message par vent du sud le Mer 27 Nov - 9:17




    Une bonne odeur de poudre rose , c’est encore le plus émouvant souvenir  (olfactif) que je garde de la plus charmante vieille dame de France : Geneviève de Galard. C’était  l’an dernier dans la cour des Invalides. On célébrait la mort de « Conan » sous l’impalpable voilure d’un archange : Saint Michel. Et un ange était là, au garde-à-vous : celui de Dien-Bien-Phu. Et je vins lui faire hommage, évoquant avec les jours où il faillit  replier ses ailes au fond d’une cuvette tragique d’Indochine dans une odeur de poudre qui n’était pas rose, elle.

       Gabrielle, Anne-Marie,Béatrice, Dominique, Eliane, Huguette, Françoise, Claudine, Junon, Isabelle, ces prénoms dramatiques chantent toujours dans la mémoire de ceux qui n’ont rien oublié de ce qui était encore hier, une France héroïque à 12000 kms de Paris. Chant funèbre pour les morts de Dien-Bien-Phu. Ajoutons Geneviève. La première du nom défendit Paris. Geneviève de Galard elle, défendit l’honneur de son pays avec quelques milliers de nos camarades en béret rouge, vert, bleu, noir. . . A un contre dix.

       Bon sang ne peut mentir. Dans le sang de Geneviève de Galard qui n’a encore que quelque 20 ans, se ranime une succession d’ancêtres dont jusqu’alors elle négligeait la présence. N’en déplaise à Oussama (Ben Laden), un Galard s’est fait « croisé ». Un autre  croise le fer en tant que compagnon de Jeanne d’Arc, autre jeune fille assassinée à 19 ans, elle. . . Prestigieux cocktail génétique ! Geneviève choisit donc, le périlleux métier de convoyeuse de l’air. Mission : soigner les blessés lors des évacuations aériennes. La voilà infirmière volante sur les routes du ciel. Longtemps, un demi siècle , Geneviève de Galard aristocrate aussi du cœur, s’est tue, discrète, comme frappée de mutité, laissant dormir en elle une réserve de souvenirs singuliers mais indélébiles. Puis si j’en juge à l’ouvrage que me fait tenir Roland Vernaz, délégué Ile de France de l’Association Nationale des Anciens Parachutistes du « 2 », elle se décide à réveiller les terribles fantômes de sa jeunesse tricolore, pour les interroger. Et c’est la parution de « Une femme à Dien-Bien-Phu » (Les Arènes). Des souvenirs comme autant d’éclats d’obus dans son cœur de femme.

       De retour de sa captivité chez les Viets, elle avait d’abord pensé : dans un mois, dans un an… L’herbe repoussera sur tout cela. Mais les lessivages du temps ne sauraient venir à bout de certains souvenirs. Ils n’ont cessé de se lever en elle, comme une brume. Et remontant dans sa tête l’allée des souvenirs, elle a fait renaître les plus vifs, feuilletant sa mémoire.

    Parce qu’elle volait haut, dès avant son retour en France, elle est la proie de ceux qui volent bas et salissent tout, même les couleurs (surtout les trois). Le Colonel Langlais, « l’âme et animateur de Dien-Bien-Phu, le vrai patron » témoigne Bigeard, écrira à la jeune convoyeuse, spectatrice et actrice d’un des plus grands drames de la France des années 50 :  On ne sait pas que vous avez été volontaire pour prendre cet avion du 28 mars et je bondis de fureur quand j’entends les jaloux dire que c’est le hasard qui vous a conduit parmis nous .

    Alors que  7 Dakotas ont, tour à tour été détruits, rien qu’en mars, par la D C A des Viets qui tirent sur les avions sanitaires à croix rouge au même titre qu’ils volerons ensuite, ah l’humanisme socialiste !, les médicaments des blessés, les laissant mourir sans soins. Mademoiselle de Galard est bien, on ne plus, volontaire pour le dernier vol sur Dien-Bien-Phu ! Elle s’y pose la nuit, sous  un orage d’acier. Et la voilà bloquée sans retour. Elle n’était pas un personnage de roman. Elle va le devenir ; un roman rouge et noir.

    « Le para, disait le capitaine Sergent, ne peut revenir en arrière. Il est le seul soldat à ne pas avoir de chemin de repli. » Elle avait déjà règlé militairement son existence. Un ange casqué, en tenue camouflée, va dès lors se révéler. On a comparé Dien-Bien-Phu à Verdun. A ceci près que les blessés à Verdun, pouvaient être évacués. Pas à Dien-Bien-Phu, puisque Chinois et Viets, donc, tirent dessus.

    Les « jeunes » d’aujourd’hui et tous ceux dont la vie en 2007 n’est pleine que de petits évènements, ceux dont l’horizon n’a pour bornes que foot, télé, blog, frimes et fringues, ont-ils seulement un point de repère pour imaginer Dien-Bien-Phu ? L’arrière – arrière – arrière… petite-fille des croisés y va faire merveille sous les orgues de Staline auxquelles elle va avoir droit.
    Les volontaires de Dien-Bien-Phu  la considèrent d’emblée, comme l’une des leurs.
    Le capitaine Cabiro, dit « le Cab », grande figure du 2ème BEP, bénéficie, blessé, de ses bons soins. Dito, le très populaire « Loulou Martin » du 1er BEP,  (récemment décédé à Nice) blessé deux fois, lui l’homme au sourire et au calme légendaire dont la célèbre « bande à Loulou » aura les honneurs des plus beaux communiqués d’Indo et d’Algérie. Ainsi sur leur terrain, chez eux, elle est chez elle. Quand enfin libérée du Vietminh, elle descend à Luang  Prabang, du Beaver qui la rapatrie, le 1er REP lui rend les honneurs. Elle sera «1ère classe » (d’honneur aussi ) de la Légion. En attendant avant que  par milliers, les jaunes de monsieur Marx engloutissent le Camp expirant, comme des requins ayant flairé l’odeur du sang, elle va se battre avec ses armes : charme, compétence, dévouement, affection même, au risque perpétuel de sa propre vie. Oui … charme, car elle a une âme charmante qui, face à la détresse définitive des mourants, ne cesse de prodiguer ses trésors. Elle se fait mère, sœur, infirmière, confidente, grande amie des 40 blessés les plus atteints dont  elle a, au premier chef  la responsabilité physique et morale. « Rien ni personne dira le commandant-médecin Grauvin, ne peut remplacer une jeune fille au chevet d’un blessé, surtout à l’avant. »

    Dans l’inconscient, tout le monde est immortel. Les jeunes gens étendus, à jamais pour beaucoup, parmi lesquels elle va, se découvrent mortels dans la stupeur. Mortellement  « choqués », et pas seulement au sens médical, ils sentent sur leur front le museau de la mort attentive. Parmi leurs corps en peine, elle va être la dernière image du monde extérieur. Paras, légionnaires…refusant de vivre au rabais, ils voulaient vivre avec un grand « V ». Ils vont mourir avec un grand « M » en majesté. Sur le point de quitter tous les endroits à la fois, sur le point de comprendre ce que signifiait chez les Grecs le mot fatalité, voyant donc, que leur barque va sombrer, au moins affrontent-ils la mort avec sérénité.

    Avec elle, en leur faveur : mille petits gestes  d’un très grand cœur !… Un sourire pour chacun. Pour les plus touchés, c’est leur dernier souvenir. Ses yeux, d’un bleu très doux à l’œil, les fascinent. Sa douceur de Blanche-Neige charme leur souterrain. Quand elle passe, tous se tournent, comme des tournesols vers le soleil… Vers son regard toujours souriant, ses yeux amis «  Si elle (Geneviève de Galard) n’avait pas été là, fera savoir un grand blessé, je n’aurais jamais tenu le coup » . Car elle sait aussi, trouver pour ces guerriers abattus, des mots qui ont la douceur de la soie. Surtout face à ceux qui n’en finissent pas de finir, qui s’accrochent à sa main, elle tient à ne jamais se départir de son équanimité. Ne pas trahir son tumulte intérieur.

    « De sa propre initiative et malgré les violentes concentrations de l’artillerie ennemie, elle visita tous les blessés, particulièrement pendant les furieux assauts du 30 mars au 2 avril » (citation à l’Ordre de l’Armée)

    On sait que passée la limite de l’effondrement, le pauvre commandant Piroth, toute son artillerie détruite, se suicide dans le camp. Les ailes du désespoir l’ont recouvert, lui, tout entier. Les très grands blessés, eux avec la grande Convoyeuse, tiennent. Ils refusent de se présenter à eux-mêmes leur démission. Et pourtant, «Geneviève, promettez-moi que je ne vais pas mourir ». lui demande le lieutenant Robert Chevalier  du 8ème BPC, une balle en pleine tête. Mais elle n’a que la morphine et que son sourire à lui offrir. Elle ne peut l’empêcher de respirer. « Geneviève, quand tout cela sera terminé,je vous emmènerai danser ». lui lance le caporal Haas du 2ème BEP, 18 ans, amputé sur place des deux bras et d’une jambe, en s’appuyant de son moignon sur son épaule. « Dans l’épreuve, disait Stendhal, il n’y a qu’à lui opposer le plus vif courage. L’âme jouit de son courage et oublie de considérer le malheur . » C’est bien de grandes «âmes » que Geneviève a la charge. Légionnaires, paras, convoyeuse, tous ils sont stendhaliens sans le savoir tant le danger choisi leur a musclé le cœur.
    Les yeux éclatés, ses mains en bouillie, Simon Marie, 19 ans, aveugle à jamais, joue encore, dans le bunker improvisé, de l’harmonica pour le plaisir de Geneviève et de ses camarades. C’est un ouvrage d’anatomie qu’on devrait écrire sur Dien-Bien-Phu… d’Anatomie du courage ! Tout de même, le soir de la dernière ruée hurlante des Viets, Simon Marie, lui qui a repris « Eliane2 » avec le 6èmé BCP, s’inquiète dans son trou, 2 mètres sous terre : « Geneviève ?.. Qu’est-ce qui se passe ?… »
    … Il se « passe »  que c’est le 7 mai 1954. . . Il se passe  qu’un peu plus tôt, couchée par terre sur des parachutes au PC du GAP2 de Langlais, elle a entendu les adieux radio des derniers commandants d’Unité ;  « Les Viets sont à 10 mètres. Embrassez nos familles. Terminé pour nous. »

    Caporal au 2/1 RCP, Michel Chanteux, lui, est parachuté deux fois sur Dien-Bien-Phu. Il est blessé 3 fois, la 3ème lors d’un assaut, d’un coup de baïonnette dans le ventre !  Six opérations suivent. Il survit. . . Geneviève de Galard veille. «  Nous avons eu la chance dans notre malheur dira un autre blessé, l’adjudant-chef Jean-Bernard Monchotte (8ème Choc) de bénéficier de votre dévouement sans limite, de votre générosité  et de votre gentillesse. »

    Alors que  pour plus d’un, tous les désespoirs sont  permis, l’infirmière-convoyeuse casquée comme Minerve sait, comme eux, que contre la peur qui plane comme un vautour, il n’est qu’un remède , le courage. Ceux même, qui savent aussi bien  qu’ils vont tourner leur dernière page, ont à cœur de bien l’écrire. . . Avec celle qui leur tient la main. Ils se sont battus, évertués. Comme les cierges qui s’éteignent un à un à l’Office des Ténèbres, les P.A. sont tombés. La nuit a pénétré le camp. On ne dispose pas toujours des circonstances, mais dans la nuit de cette nuit, elle est toujours debout au milieu d’eux.

    « . . .  Contribua à sauver de nombreuses vies humaines (…) D’une compétence professionnelle hors pair et d’un moral à toute épreuve (…) La plus pure incarnation des vertus héroïques de l’infirmière française. » Sa citation à l’ordre de l’armée (…française, elle aussi-cf. plus haut) est claire.
    D’aucunes quant aux jeunes femmes d’aujourd’hui (et d’hier) se contentent pour être célèbres d’être, disons… callipyges et de bouffonner pour plaire. La célébrité, Geneviève de Galard ne l’a pas cherchée. C’est elle, la célébrité qui est venu chercher la jeune fille de bonne famille, la jeune bien du XVIIème de Paris, loin de la terre de France parmi des jeunes gens très bien ( de bonne ou…de mauvaise famille !) qui se battaient pour la défense de la liberté.
    Dien-Bien-Phu,112 jours de combats héroïques et brutaux, les 58 derniers, surtout devant ébranler l’occident atterré.
    Des nuits, des jours marqués par le penchant fatal pour la tragédie. «  Quand tu entres dans une maison, regarde où est la sortie. » disait Saadi, le poète. Les théoriciens, les stratèges, les navigateurs en chambre qui décidèrent  de faire camper le meilleur  de l’Armée dans une cuvette indochinoise sans issue y avaient-ils « regardé » à deux fois ?  Peut-être est-ce ce que se demanda la belle Geneviève, elle aussi quand, prisonnière des Jaunes comme un oiseau dans un sac, elle dut suivre ses blessés. «  Qu’est-ce que nous allons devenir maintenant sans vos yeux bleus ? » lui dira «  Julot «  Vandamme, le téléphoniste de l’Antenne chirurgicale quand elle devra ensuite les quitter, entre deux inquiétantes femmes Vietminh genre kapos.

    Le calvaire insensé et la mort des blessés prisonniers contraints de prendre la route des camps socialistes et de mourir en chemin, la révoltent. Faire son chemin !…C’est le rêve de bien des jeunes gens plus ou moins arrivistes en cette année 1954 en France. Les blessés captifs sont, eux, « arrivés ». Car ils on fait, eux aussi leur chemin, mais de croix … « Des croix, témoigne le capitaine Le Boudec, signalent les tombes de ceux qui sont morts d’épuisement et ont été enterrés par leurs camarades.
    De terribles et hautes émotions attendent encore Geneviève de Galard.

    Les Nord-africains qui, dès les premiers coups de feu, ont levé le pied, se cachant dans les roseaux de la Nam-Youm, à l’indignation de Langlais, fraternisent avec les Viets. Tirailleurs algériens, ils vont même volontiers se faire acteurs d’une reconstitution cinématographique de propagande Viet, mimant complaisamment la chute du Camp ! En revanche, les paras vietnamiens de Botella qui ne se sont pas débandés, eux, et n’ont pas trahi sont, nous dit la jeune Convoyeuse prisonnière, l’objet de représailles atroces. S’ils ne sont pas fusillés  sur le champ, au mépris des lois de Genève, on leur coupe les tendons d’Achille au rasoir, les contraignant à ramper sur les coudes et les genoux jusqu’à ce qu’ils en meurent. Très amusant ! Supplice sinon chinois, du moins, indochinois. . «  Ho ! Ho ! Ho ! Chi-Minh !… » aboient, pendant ce temps en sautillant comme des singes hystériques , éperdus d’admiration, boulevard St.Michel, les petits étudiants de Paris, bien dressés, sur un claquement de doigts de leurs meneurs. Vingt ans plus tard, les mêmes  « étudiants », non moins parisiens et socialistes, ne se pâmeront-ils pas encore d’enthousiasme pour les génocideurs rouges du kamputchéa ( si Démocratique, comme on sait). Mais les mots manquent à la jeune parisienne dans la tourmente, pour exprimer son ahurissement d’humaniste face à la barbarie humaine marxiste.

    …Dien-Bien)Phu… La plus grande catastrophe française des 50 dernières années (avec 40 ) ?.. A moins qu’ensuite ?…
       «  Non ! Rien de Rien, Non ! Je ne regrette rien !… » A l’instar du 1er REP quittant en GMC et en chantant son Camp de Zéralda (1961), défiant l’adversité et les gardes  mobiles… immobiles sur la route ( bras d’honneur ). Geneviève de Galard peut écrire : «  Aucun instant, je n’ai regretté de m’être trouvée bloquée à Dien-Bien-Phu. » Belle leçon pour les épigone de monsieur Freud que tout déstabilise et « stress ». Cette prodigieuse épreuve, elle l’a surmontée, domptée, assuumée ( jargon « psy « !) tout préservant sa grâce. Pas de cellule de prétendu « soutien psychologique » et prothétique pour cette jeune femme non de fer, mais de platine iridié.

    Une autre épreuve toutefois, l’attend : celle de sa soudaine célébrité qui va se faire mondiale.
       Le commandant en chef des Armées alliées de la Seconde guerre mondiale, l’homme qui en juin 44 lança ses airbornes ( 82ème et 101ème ) contre Fallschirmjäger du mur de l’Atlantique, Dwight D. Eisenhower, également président des Etats-Unis d’Amérique, lui écrit de sa main :<< Le peuple des Etats-Unis a suivi avec sympathie et une profonde admiration la résistance courageuse et déterminée des forces de l’Union française contre l’agression communiste. Je souhaite figurer parmi tous ceux qui ont considéré l’exemple donné par votre courage, votre dévouement au devoir et votre souci des malades et des blessés comme édifiant et en accord avec les meilleurs traditions d’humanisme.>>
    Courage ! Devoir ! Admiration !… Rafales, mais d’éloges cette fois. La France n’est donc plus seulement  le pays de la mode, des fromages, des parfums, des petites femmes et des vins plus ou moins fins ?…

    Il y avait longtemps depuis … 1918 !  Et le président d’inviter Mademoiselle de Galard Terraube, au nom du Congrès.
       Alors même qu’en 1954, on ne parlait pas encore de «  frappes chirurgicales », on se souvient qu’une intervention atomique sur les innombrables canons de 105 chinois qui dominaient, encerclaient, broyaient le Camp des Français assiégés à Dien-Bien-Phu avait été sollicitée. Les Britsishes s’étaient dérobés ; les Américains récusés. Inconscience que la suite ( seconde guerre d’Indochine, génocide cambodgiens … fera éclater.
    Façon donc, après  cette inconscience mortelle, de se donner…conscience, une si belle et si officielle invitation ?

    Ultime, bien que tardif hommage à la garnison malheureuse et condamnée qu’on a laissé se faire massacrer quand il eut été aisé d’écrabouiller les dizaines de milliers de fourmis rouges surarmées qui allaient l’étouffer à mort ? Reste que la désormais célèbre Convoyeuse devient, ipso facto, la pourvoyeuse d’un hommage auquel son pays n’était plus guère habitué. Gommant la honte de 40, elle fait crier : « Vive la France ! »  à  Broadway. Tour de force, inouï dans toute l’acceptation du terme ! Le Nouveau monde salue l’ancien, celui de Jeanne, la Bonne Lorraine. Après Lafayette, la jeune Française est la seule à avoir été invitée par le Congrès.
    Le puissant cardinal Spellman fait savoir, urbi et orbi,, son admiration et sa sympathie pour les combattants de Dien-Bien-Phu où, lui dit il une nouvelle chanson de Roland a été écrite « … De Roland qui fut trahi.
    De même qu’elle fascinait les blessés et les mourants du Camp  entré en agonie, de son bon et beau sourire rose, Geneviève de Galard charme les New-Yorkais, pourtant si blasés, de ses grands yeux de velours bleu. Ils acclament sans réserve «  l’Angel of Dien-Bien-Phu », enchantés au sens magique du mot. Un accueil aussi triomphal que celui qu’ils réservent à leurs premiers astronautes. Mais ne tombe-t-elle pas en effet, d’une autre planète ? Applaudie par 250.000 personnes sur l’avenue des Triomphes ( Filth Avenue), elle est décorée de la main Eisenhower enthousiaste, de la plus haute et plus rare décoration américaine : la Medal of Freedom… Une «Liberté »  qui existe donc  toujours, mais qui, toujours aussi, a coûté très cher.
       Longtemps, la « parité » ne fut que monétaire. On la veut aujourd’hui, politique. Geneviève de Galard l’illustre avant la lettre. A Dien-Bien-Phu, elle était parmis ses pairs. Elle y égalait les Saint-Marc, Bigeard, Langlais,Tourret, Bréchignac Botelloa, Lalande, Guiraud, Seguin-Pazzis… Et même, Prima inter pares ? Dans un sens, ne les a-t-elle pas dépassées ?
    « Le jour où les femmes deviendront vos égales, elles vous seront supérieures », nous dit du fond de l’éternité Tite-Live qui n’avait pas lu le…Coran ! et que l’histoire de ses compatriotes passionnait…Surtout l’histoire des Romaines à l’âme pure…et forte.



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    Message par LANG le Jeu 28 Nov - 18:21

    Merci vent du sud.
    Pierre LEULLIETTE, cette voltige dans tous les sens avec ses plongées grinçantes…
    Mais après quelques tonneaux que ses ressources sont rafraîchissantes…
    Pas étonnant qu'on ait parfois du mal à le suivre et que certains ont même interdit son envol avec Saint Michel et son Dragon…

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    Message par ramillon louis le Ven 20 Déc - 10:54

    lecture passionnante !ne jamais oublier ces guerres qui ont causé tant de drames & delarmes!
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    Geneviève de Galard Empty Re: Geneviève de Galard

    Message par junker le Ven 20 Déc - 20:15

    De là à en faire une légende ? Bon, j'arrive après bien des problèmes sans avoir fait DBP !! Alors je suis heureux de vous lire ......
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