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    La culture du combat rapproché

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    La culture du combat rapproché Empty La culture du combat rapproché

    Message par Blu le Dim 23 Aoû - 12:01

    Sommes-nous prêts à affronter l’ennemi les yeux dans les yeux ?
    Par Marc-Antoine Brillant
    Article publié le 29/11/2013 sur le site de Michel Goya. La Voie de l'Epée


    Depuis l’écriture de cet article nous avons quitté l’Afghanistan et nous sommes toujours au Mali…
    Je vous propose trois extraits sélectionnés dans le texte que je vous conseille de lire entièrement.


    *************
    « Les démocraties ne préparent la guerre qu’après l’avoir déclarée ».
               
    Bien que réaliste, cette assertion de George Mandel ne fait qu’effleurer un questionnement plus vaste. Certes elle interroge la compréhension des enjeux de défense dans nos sociétés éloignées de la souffrance, que nos grands-parents ont pourtant connus. Cependant, la problématique de la différence d’appréciation du prix de la vie selon que l’on est « militaire occidental » ou combattant extrémiste n’est pas abordée. La mort d’un camarade fragilise la troupe militaire qui y est confrontée. Pour l’insurgé ou le terroriste, mourir n’est bien souvent que la suite logique de son engagement.

    Sans susciter la polémique, le « vivre ensemble » ne nous a-t-il pas rendus plus vulnérables face à un ennemi qui n’a pas la même conception de la vie ?

    Le concept de la guerre « zéro mort » a longtemps donné l’illusion que les armées pouvaient gagner les batailles sans engager de troupes au sol, sans affronter l’ennemi en face à face. Toutefois, la complexité des conflits infraétatiques, avec ses combattants « irréguliers » et le souci de mieux contrôler le milieu humain, a fini par rendre inopérante une stratégie uniquement fondée sur le dogme de la puissance aérienne. A ce titre, la guerre de juillet 2006 entre Israël et le Hezbollah a souligné toute la difficulté pour une armée conventionnelle moderne à affronter un ennemi hybride dilué dans la population, mais capable de mener de vraies actions de combat direct…

    ***********

    Le sang versé en Afghanistan a servi au Mali

    Sans faire de comparaison mal à propos, l’opération Serval au Mali apparaît aujourd’hui comme un véritable succès militaire. Il ne faut cependant pas oublier le chemin parcouru par les forces terrestres pour être au niveau d’un tel engagement. Comme d’autres nations, il aura fallu une prise de conscience douloureuse pour remettre en question nos certitudes et accepter l’idée que nous n’étions pas prêts au combat, encore moins rapproché.

    Le durcissement des opérations en Afghanistan à l’été 2008 a initié une véritable réflexion quant à l’état de notre préparation opérationnelle, jugée finalement déconnectée de la réalité. L’aguerrissement, les fondamentaux du combattant ainsi que les procédures opérationnelles ont fait alors l’objet d’une remise à niveau sans précédent. De même, le processus du retour d’expérience a été rénové et davantage orienté vers les enseignements au combat, permettant ainsi d’adapter la doctrine d’emploi des forces, d’améliorer l’entraînement et surtout de créer le mécanisme de « l’adaptation réactive »[1].

    Ces leviers, trempés par l’expérience du feu, ont fini par faire émerger une forme de culture combattante, orientée sur l’engagement rapproché.  Mise à l’épreuve au Mali, celle-ci a démontré que les choix effectués par l’armée de Terre durant « l’aventure afghane » avaient été pertinents, notamment parce qu’ils contribuaient à préparer la guerre en général et non pas une guerre en particulier.

    Engagés au Mali sur deux fronts distincts et distants de 500 kilomètres, les soldats français ont fait face à un ennemi fanatisé, entraîné et ultraviolent.

    Dans le massif de l’Adrar, les groupes de combat d’Al Qaïda au Maghreb Islamique étaient installés en défensive. Certains de ces djihadistes, porteurs de vestes explosives cachées sous leurs tuniques, allèrent jusqu’à se rendre les mains en l’air pour ensuite se faire littéralement exploser dès qu’ils furent faits prisonniers. Face à ce jusqu’au boutisme effrayant, le général commandant la brigade Serval se fixa alors un impératif : prendre l’ascendant sur l’ennemi en moins d’une semaine, avant que les limites physiques et psychologiques des unités ne soient atteintes. L’opération Panthère concentra alors les efforts dans la zone Nord du massif de l’Adrar, en direction des points clés du terrain où l’ennemi semblait s’être retranché. Lors des fouilles de certaines cavités rocheuses, les contacts s’effectuèrent souvent à courte distance (- 5m), nécessitant parfois de pénétrer dans des anfractuosités très étroites, en s’allégeant au maximum.

    Dans la zone Centre à proximité de Gao, le groupement d’infanterie blindée français ainsi que plusieurs sections maliennes ont combattu les sarrya[2] du MUJAO. Le 1er mars, lors de l’opération Doro, un détachement franco-malien en reconnaissance à proximité du village d’Imenas, a engagé le combat avec un ennemi agressif et dissimulé dans la végétation. Combattant sans esprit de recul, les terroristes menèrent de véritables actions de freinage. Durant 7 heures, les djihadistes n’hésitèrent pas à monter à l’assaut des VBCI français avant d’être détruits par les tirs des canons de 25mm, à parfois moins de 20 mètres des engins. Les militaires français et maliens, débarqués de leurs véhicules, firent systématiquement face à des hommes déterminés, porteurs de ceintures explosives. Même si aucune perte amie ne fut à déplorer, les soldats français furent marqués par l’extrême détermination du MUJAO et par la vision des effets de leurs armes à très courte distance.

    Une question dérangeante vient à l’esprit : le résultat sur le terrain aurait-il été le même si les unités françaises déployées dans le cadre du premier mandat de l’opération Serval n’étaient pas toutes passées par l’Afghanistan et son exigeante préparation opérationnelle ?

    ********
    Fin de l’article :

    Plaidoyer pour la conservation d’une culture du combat rapproché

    Même si les guerres se suivent sans se ressembler, les conflits récents dévoilent donc une constante dans la radicalisation de l’emploi de la violence armée. En conséquence, un des défis futurs pour les forces terrestres françaises sera de préparer ses soldats à combattre dans des conditions de plus en plus difficiles, face à un ennemi imprévisible et fanatisé, pour lequel la mort, la sienne comme celle de l’autre, est une victoire en soi.
    Toute compétence acquise est vouée à disparaître si elle n’est pas régulièrement nourrie ou au moins entretenue. Lorsque les vétérans des conflits afghan et malien auront quitté l’institution militaire, le risque de perdre cette précieuse expérience sera bien réel. Ne pourrait-on alors pas utiliser la simulation pour préparer mentalement les soldats et ainsi remplacer tout ou partie de l’expérience perdue ?

    La cellule de soutien psychologique de l’armée de Terre (CISPAT) répond par la négative en expliquant, d’une part que chaque individu étant différent par nature, la réaction aux horreurs de la guerre ne peut donc pas être prévisible, et que d’autre part, seule la confrontation avec la réalité crée le traumatisme. Ainsi, entraîner les soldats à recevoir des images de violence accrue par la simulation ne prépare pas à la guerre. Pire, la simulation pourrait avoir l’effet inverse soit en déshumanisant l’adversaire avec les risques du manque de discernement, soit en fragilisant certains sujets. L’excellence au combat doit donc se cultiver.

    Comment construire alors cette force mentale qui pousse les soldats à se dépasser dans la pire des situations, celle du combat rapproché ?

    La plupart des récits de guerre aborde cette problématique. La lecture de certains d’entre eux, notamment les ouvrages d’Erwan Bergot, met en lumière la force du collectif doublée de l’expérience du feu, comme facteurs d’émergence d’une culture du combat rapproché. En s’affranchissant de la pudeur propre aux sociétés qui ne côtoient la guerre qu’au travers du prisme déformant de la télévision, les forces terrestres doivent donc mettre l’accent sur la construction d’un « esprit combattant » et la conservation de cette forme particulière de culture qu’est celle du combat rapproché.

    Réduite à sa plus simple expression, cet « esprit combattant » pourrait se résumer en deux éléments constitutifs majeurs : l’esprit de corps et la préparation opérationnelle.

    Le premier est le fil de l’émulation qui va lier et fédérer les soldats autour de valeurs communes, comme le culte de la mission, le sens du sacrifice ou bien encore le courage. C’est l’honneur de servir ou « le pour quoi je vais me battre ». On cherche à persuader, c’est-à-dire à agir sur les sentiments des soldats au travers de l’histoire des anciens et d’exemples de bravoure. Transmis au sein des régiments, cet esprit de corps garantit que « le tout » soit plus efficace que la somme des individualités aussi brillantes soient-elles. Cette cohésion doit servir de bouclier protecteur contre les adversités du combat.

    Le second est l’aiguille qui tisse le fil de l’émulation en une maille solide et éprouvée. C’est la façon de se battre ou « le comment je vais affronter l’ennemi ». On cherche à convaincre, c’est-à-dire à agir sur la raison des soldats au travers de cas concrets travaillés à l’entraînement. Certes, rien ne remplace l’expérience du feu, mais une préparation opérationnelle réaliste en centre d’entraînement sera gage de crédibilité en mission. Cet entraînement doit amener les hommes à tutoyer leurs limites sans pour autant les user avant leur déploiement.

    Alors que le chapitre afghan est en passe d’être clos (88 soldats tués en l’espace de 12 ans) et celui au Mali en pleine mutation (7 morts en 11 mois), les troupes françaises s’apprêtent à intervenir en République de Centrafrique. Il y a fort à parier que nos combattants seront de nouveau confrontés à la mort. Certes leur métier les prédispose à cette rencontre. Toutefois, pour l’opinion publique, « tuer ou être tué » ne doit être ni dénoncé, encore moins édulcoré. Ce que certains appellent « le grand soir » marque profondément les individus qui l’ont vécu. Mais, pour qu’une majorité vive en paix, une minorité doit faire la guerre.

    Chef de bataillon Marc-Antoine BRILLANT
    Analyste retour d’expérience au CDEF
    Lauréat Ecole de guerre 2012
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