colonel CHATEAU-JOBERT

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Message  SEB Sam 16 Nov - 23:10



Pierre, Yvon, Alexandre, Jean  Château-Jobert est né à Morlaix (« S’ils te mordent, mords-les ! »), le 3 février 1912. Son père tué au front en 1915, pupille de la nation, il fait ses études à Morlaix, au collège Stanislas à Paris et au collège Saint Charles de Saint-Brieuc où deux pleurésies successives l’empêchent de préparer l’Ecole Navale.

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   Après son service militaire qu’il effectue en 1934-35, il reste dans l’armée et suit, comme sous-lieutenant, les cours de l’Ecole d’Application de l’Artillerie à Fontainebleau.
Affecté au 154ème régiment d’artillerie, il suit les cours de l’école d’observateurs en avion de Dinan. Blessé durant la campagne de France, il rejoint l’Angleterre et s’engage dans les Forces Françaises Libres, à Londres, le 1er juillet 1940, sous le nom de Conan. Lieutenant à la 13ème Demi-Brigade de Légion Etrangère (DBLE), il se bat en Erythrée, en Syrie et en Libye où il est blessé en février 1942.

Le 7 novembre 1942, capitaine, il prend le commandement du 3ème Bataillon d’Infanterie de l’Air (SAS) qui devient, en juillet 1944, le 3ème Régiment de Chasseurs Parachutistes (RCP). Le 3ème RCP opère sur les arrières de l’ennemi, par petites unités, dans des régions non encore libérées du territoire métropolitain, du Poitou à la Bourgogne. Chef de bataillon en décembre 1944, il transmet le commandement du régiment au lieutenant-colonel de Bollardière
   Il crée, par la suite, le Centre Ecole de Parachutisme Militaire, basé à Lannion, puis à Pau-Idron. Adjoint du colonel de Bollardière, puis commandant de la Demi-Brigade Coloniale de Commandos Parachutistes SAS, il est engagé à la fin de 1947 et en 1948, au Cambodge, en Cochinchine et en Annam. Après un séjour à Vannes-Meucon où il commande en second la 1ère DBCCP auprès du colonel Gilles, il retourne en Indochine en 1950, comme lieutenant-colonel, à la tête de la 2ème DBCCP, pour se battre  au Tonkin et en Cochinchine jusqu’en avril 1952.

   Après un passage en métropole, il est affecté à l’état-major  des Forces terrestres, maritimes et aériennes à Alger de 1953 à 1955, puis, en novembre 1955, au commandement du 2ème Régiment de Parachutistes Coloniaux (RPC), devenu peu après le 2ème RPIMa, à Constantine.  Colonel, lors de l’affaire de Suez, le 5 novembre 1956, il est parachuté au sud de Port-Saïd à la tête d’une partie de son régiment renforcée de commandos du 11ème Choc et y atteint tous ses objectifs jusqu’à l’ordre du cessez-le-feu. En 1957, il commande à Bayonne la Brigade de Parachutistes Coloniaux où il succède au général Gracieux.

Dans les semaines qui suivent le 13 mai 1958, il y est en liaison avec des délégués d’Alger, tel le commandant Vitasse. En 1959-60, il est auditeur à l’IHEDN et suit les cours du CHEM (Centre des Hautes Etudes Militaires). Affecté au Niger en février 1961, il se solidarise avec les officiers qui, le 22 avril 1961, autour du général Challe, ont saisi le commandement à Alger, ce qui lui vaut plusieurs mois d’arrêts de forteresse.

   Le 13 janvier 1962, alors qu’il est affecté à l’état-major de l’amiral préfet maritime de Cherbourg, il rejoint clandestinement l’Algérie et se met aux ordres du général Salan, chef de l’OAS. En charge du Constantinois, il y retrouve le lieutenant Michel Alibert et y noue, en vue de leur ralliement, de nombreux contacts avec des officiers supérieurs et subalternes des régiments qui y sont stationnés, 13ème Dragons, 6ème Cuirassiers et 2ème REC (Le général Multrier, commandant de la zone Est Constantinois dira : « l’OAS progresse vite dans le Constantinois quand Château-Jobert en prend la tête »).  Désapprouvant les « Accords Susini -Mostefaï », il quitte l’Algérie le 30 juin 1962 à bord d’un cargo qui le ramène en métropole.

Clandestin, en France et en Espagne, il continue son combat; en 1965, il est condamné à mort par contumace. Il réapparaît à Morlaix le 3 novembre 1968, après la première amnistie de juin 1968.  Il poursuit son action aux plans politique, social et spirituel en publiant plusieurs ouvrages d’analyse et de réflexion.

Le 16 mai 2001, le PC du 2ème Régiment Parachutiste d’Infanterie de Marine à l’île de la Réunion, héritier direct du 2ème RPC, , est baptisé « PC Lieutenant-colonel Château-Jobert ».

Pierre Château-Jobert est commandeur de la Légion d’Honneur et Compagnon de la Libération. Il est titulaire de la croix de guerre 1939-45 avec 11 citations  et de la croix du Distinguished Service Order (D.S.O.).


Il est l’auteur de plusieurs ouvrages :
-Manifeste Politique et social, Editions du Fuseau (1964)
-La confrontation Révolution-Contrerévolution, Diffusion de la Pensée Française (1975)
-Feux et lumières sur ma trace – Faits de Guerre et de Paix, Presses de la Cité (1978)
-La voix du pays réel, Nouvelles Editions Latines (1981)
-Doctrine d’action contrerévolutionnaire, Editions de Chiré (1986)
-SCOR, SOS contre la révolution (1987)

   Le 7 avril 1952, alors que Château-Jobert va quitter l’Indochine, à la fin de son deuxième séjour, le général Salan, commandant en chef des forces en Extrême-Orient préside la cérémonie d’adieux, ce qui le touche beaucoup.

    Dans les premiers jours de 1957, le colonel Château-Jobert, de retour en  Algérie après l’affaire de Suez, vient se présenter au général Salan,commandant supérieur interarmes.
Il lui fait part de sa déception de ne pas avoir reçu l’ordre de pousser ses parachutistes, au-delà de Port-Saïd et de Port-Fouad, jusqu’au Caire et à Suez.

   A la fin de janvier 1962, à son arrivée à Alger, Pierre Château-Jobert est reçu par le général Salan qui lui confie le commandement de l’OAS du Constantinois qui manque chroniquement  de cadres supérieurs.
Cette nomination est officialisée par une note de service du général Salan diffusée largement en Algérie.

Le colonel Château-Jobert est décédé le 28 décembre 2005



Tiré de l'excellent site: les amis de Raoul SALAN.

SEB

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Message  junker Dim 17 Nov - 19:22

Une grande figure de SAS, et d'officier parachutiste, il eu sa gloire avec ce saut sur Port-Saïd en 1956 !!!
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Message  Invité Lun 25 Nov - 14:46



Dans les années 50, le nom du colonel Chateau-Jobert était de ceux qu'un homme passionné d'histoire militaire - et d'histoire tout court - ne pouvait ignorer, même sans jamais avoir croisé sa route.

Le Saint-cyrien que j’étais en 1954, trop jeune pour avoir combattu en Indochine et n'ayant qu'une mémoire d'enfànt de l’occupation allemande, n'allait pas échapper à la règle.
À l’instar de mes camarades, je savais qu'il avait été l'un des héros des combats de la reconquête au sein des Forces Françaises Libres. Il s'y était fait appeler Conan, pour obéir à des impératifs de clandestinité propres en enflammer les imaginations ; la mienne en tout cas. Par la suite, comme tout le monde, j'avais eu vent de ses exploits chez les bérets rouges : en Indochine, à Suez ou en Algérie. A chaque fois, ses commandements semblaient frappés du sceau de P exemplarité.

Combien, à sa place, auraient échappé à la grosse tête ? Ne voyait-on pas certains de ses pairs convoquer la presse à chaque opération réussie, et bomber le torse devant les caméras ? Avec lui, c'était le contraire. Il affichait en toute circonstance une réserve de bon aloi qui augmentait d'autant l’affection et le respect de ses hommes, tout en lui attirant l’inimitié de ses rivaux plus experts que lui en communication, sinon en art militaire. Mais comme je l’ai découvert plus tard, quand on évoquait le sujet devant lui, ça le faisait rire ; avec la pointe de malice que lui ont connue ceux qui ont eu le privilège de rapprocher.

Avant d'avoir atteint la cinquantaine, le colonel Chateau-Jobert était entré dans la légende. Il était une légende à lui tout seul. Il aurait pu se reposer sur ses lauriers. Faire carrière dans la politique, pantoufler dans la banque ou l’industrie, ou plus simplement rester sous les drapeaux. Un jour ou l'autre on l’aurait retrouvé à la tête de l’armée. Qui s'en serait plaint ?
Seulement voilà: pour se plier à un tel scénario, il fallait renoncer à quelque chose qui comptait davantage à ses yeux. Une idée parfaitement subjective, autour de quoi les hommes se chamaillent depuis la nuit des temps. Un mot qu'ils se jettent volontiers à la figure dans les cours de justice, mais dont on voit bien qu'il change de sens d'un côté à l'autre du prétoire. Ce mot, il faut l’appeler par son nom : c'est l’Honneur.

l’Honneur, qu'un amoureux de Vigny a joliment défini comme la poésie du devoir. l’Honneur :pour quelques soldats des années 60, ce fut cette voix cette voix de la conscience qui leur rappelait un serment prêté deux ans plus tôt devant l’Histoire, alors qu'une majorité d'oublieux trouvaient de bonnes raisons de s'asseoir dessus. Honneur que ces hommes ont bientôt mesuré au nombre de leurs ennemis...

Comme elles étaient minces, nos chances de victoire, en janvier 1962, quand celui qui allait
devenir « notre » colonel a rejoint clandestinement l’Est algérien, après avoir jeté son uniforme aux orties ! Car c'est ainsi que je l’ai connu. Jeune lieutenant des troupes aéroportées, je l’avais précédé de quelques mois et j'étais alors l’unique officier en cavale dans la province de Constantine, ce qui en dit long sur la faiblesse de nos moyens.

Le seul nom de Chateau-Jobert pouvait-il changer l’issue d'un combat déséquilibré, que tout
désignait comme perdu d'avance ? Avait-il cru la chose possible ? Au fait, s'était-il seulement posé la question, lui qui était le prototype de l’homme sans calcul ? Nous n'avons jamais parlé de ça. Nous étions le dos au mur : ce n'était pas le moment de discuter du sexe des anges. Quand la poudre parle,les bavards se taisent.

Dans cette situation peu confortable, on imagine la fierté qui fut la mienne d'obéir à un tel chef.
Ensemble, nous avons combattu les forces de l’abandon. Nous étions entourés d'une armée — aussi vaillante que peu nombreuse — de pieds-noirs et de musulmans fidèles où se mêlaient les conditions sociales les plus variées : du fonctionnaire à l’artisan, de l’avocat au boulanger, du médecin au cheminot, de l’agriculteur au lycéen. Du grand bourgeois au harki. Chacun prêt à sacrifier son confort, sa carrière, son existence même, s'il le fallait.

À ce point de mon récit, je veux rendre un hommage aux femmes que j'ai vues à l’oeuvre, car elles se sont montrées exemplaires. Discrètes et pratiques, souvent plus lucides que nous ; prudentes à l’instinct et intrépides à l’occasion, mais alors en secret, pas comme nous qui avions tendance à faire les malins ; des « héroïsmes-mine-de-rien », nos sœurs toujours présentes, toujours au créneau, jamais malades, jamais fatiguées ; souffrantes mais sans le dire, généreuses, consolatrices ; indulgentes aussi et c’est heureux, car elles voyaient bien que nous n'étions pas les plus forts. Parfaites, je vous dis !... Vingt fois par jour, on aurait dû leur baiser les mains. Et Chateau-Jobert, très vieille France, n'en manquait jamais l’occasion.

Pendant que j'étais confronté aux réalités du terrain, notre colonel s'efforçait de rassembler autour de lui des régiments en voie de démantèlement, qui se tenaient l'arme au pied, hésitant à franchir le Rubicon. Dans ce concours de « sur-place », il se trouva une huitaine déjeunes officiers, lieutenants et sous-lieutenants — en majorité pieds-noirs mais pas tous — pour faire le grand saut et se joindre à nous, sans attendre de voir de quel côté le vent soufflerait le plus fort. Gloire à eux, bien qu'ils n'aient pas pesé lourd sur la décision finale, car ils pourront dire : « J'y étais ! »
Hélas le « pouvoir » accélérait le processus. Le 19 mars, à Evian, un cessez-le-feu bâclé, de l'avis même de nombreux historiens, consacrait la livraison de cette malheureuse province au FLN et le lâchage de nos frères supplétifs. En même temps, pour bien montrer sa détermination et impressionner les hésitants, Paris se livrait à une répression impitoyable, non seulement contre les combattants (qui étaient là pour ça), mais contre des civils désarmés, ce qui est une autre paire de manches.

« Pas de quartier », ce devait être la consigne, le mot d'ordre gaullien. Il est vrai que nous n'en demandions pas. Chez nos amis d'Oran et d'Alger, l'organisation recevait des coups mortels qui la privaient de ses chefs et de ses meilleurs éléments. Il en allait de même chez nous, à plus petite échelle, et nombre de nos frères constantinois connaissaient la prison. Certains, la mort. Il a fallu se rendre à l'évidence : le miracle n'aurait pas lieu. Dans les quelques jours qui précédèrent l'indépendance, l'Algérie se vida de ses habitants européens et le combat cessa, faute de combattants. Le pire était arrivé. Le temps de la survie était venu.

L'Histoire dira grâce à quels trésors d'ingéniosité, de courage de dévouement de la part des Constantinois (de naissance ou d'adoption), Chateau-Jobert a pu échapper aux sbires du pouvoir gaullien, durant ces mois de chasse à l'homme, avant de trouver asile en Espagne. Et comment la poignée de survivants a traversé la mer, les uns à fond de cale dans un cargo, les autres mêlés au terrible exode de l'été 62 où les forces de l'ordre, submergées par un flot de migrants que Paris n'avait pas prévu, ne savaient où donner de la tête. On peut imaginer que les qualités du chef avaient déteint sur ses hommes : adaptabilité, rusticité, du sang-froid, un culot monstre et... une insolente baraka !
Il a fallu réapprendre à vivre, éloignés les uns des autres à cause d'une répression qui allait encore durer six ans, sur le territoire français. Pour ma part, cette période, sombre entre toutes, fut éclairée de chaleureux contacts avec les Constantinois, certains dus à de surprenants hasards, d'autres plus organisés, mais tous placés sous le signe de la fidélité. Quant à notre colonel, ce n'est qu'après l’amnistie de 1968 qu'il a pu regagner la mère patrie, où il allait retrouver ses frères d'armes parachutistes de toutes les guerres, en même temps que les compagnons de la plus folle, la plus malheureuse - et peut-être la plus noble - de ses aventures.

Pour ne pas sortir de mon propos, je ne ferai que mentionner le combat contre-révolutionnaire où il s'était lancé depuis sa retraite espagnole, dans l'esprit de la Cité Catholique éclairé par les mannes de Maurras et Saint-Thomas d'Aquin. Et je dirai par-dessus tout le climat d'extraordinaire complicité qui a présidé à nos retrouvailles ; le bonheur incrédule qui s'est emparé de nous, la fierté de le voir à nouveau, bien en vie, familier, rayonnant de sa foi, disponible, attentif aux plus humbles, avec cet air de bonté, de compréhension que nous lui avions connu dans les heures de douleur.

Les fidèles auxquels je pense ici se reconnaîtront sans qu'il soit besoin de les nommer ; conscients d'être riches, les uns comme les autres, du bien le plus précieux qui manquera toujours aux hommes sans parole : l’ Honneur. De l'aîné aux benjamins, du plus gradé aux plus humble, le sort nous avait réunis pour ce que nous étions semblables, en dépit de nos origines disparates. Et le père de ce régiment rétréci comme une peau de chagrin nous couvait d'un œil possessif à la fois bienveillant et protecteur, où nous pensions lire les paroles de Kipling dans le livre de la jungle « Nous sommes du même sang, vous et moi. »

Aujourd'hui, le colonel Chateau-Jobert appartient aux amoureux de la France. À tous ceux qui, ayant servi sous son commandement et l'ayant aimé, lui font de leur mémoire la plus belle des sépultures.
Mais nous, soldats perdus et civils du Constantinois, qui avons formé le dernier carré autour de lui, nous pensons qu'il nous appartient, à nous spécialement, comme nous lui avons appartenu.

Pour nous, il n'est pas mort. Grâce à lui, même vaincu, même blessé, la vie est encore belle. Il a été notre colonel. Il le reste à jamais. Notre dernier colonel ! . . .



Michel Alibert
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Message  Invité Lun 22 Juin - 8:29



bonjour, j'étais à Pau pour l'inauguration de son buste à l'ETAP, Inauguration boudée par la Maire de l'époque.
bon, l’appellation buste est peut-être exagérée.


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Message  Vincent Rousseau Lun 22 Juin - 21:54

Un texte de Michel Alibert bien écrit...
" ...conscients d'être riches, les uns comme les autres, du bien le plus précieux qui manquera toujours aux hommes sans parole : l’ Honneur…."
Où sont les hommes ayant une parole qui ne navigue pas au gré des courants, des caprices et de refaiseurs d'Histoire ?

Conan n'est pas mort, il faut le retrouver...
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Vincent Rousseau
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Message  SEB Mar 19 Jan - 21:31




Entretien Avec Le Colonel Chateau-Jobert


A l’occasion de la réédition du livre : La confrontation Révolution Contrerévolution nous mettons à votre disposition cet entretien paru initialement paru dans le numéro 59 mars-avril 1976 le Lecture et Tradition.

1re question : Mon Colonel, votre troisième livre « La Confrontation Révolution-Contrerévolution vient de paraître et fait quelque bruit. Pourriez-vous nous dire ce qui vous a amené, vous, homme d’action, à écrire ?

R. — : Du fait de mon métier militaire, j’étais en effet un homme d’action, et c’est bien pourquoi j’ai été amené à m’intéresser à certains problèmes d’idées. Cela n’a rien de contradictoire ; en effet, à moins d’exécuter bêtement ce qu’on vous demande, à moins de ne rien faire si on ne vous demande rien, des questions se posent sur la façon de concevoir une action. Sinon, on se contente d’un rôle d’exécutant et, à la limite, d’un rôle d’homme de main.

C’est en Indochine, au cours de mes deux séjours, de 1947 à 1952, que j’ai commencé à m’interroger sur le problème de l’action. Je commandais à ce moment-là la Demi-Brigade Coloniale de Commandos Parachutistes S.A.S. et, en tant que chef d’une unité d’intervention, prête à tous les coups durs en Cochinchine, Annam, Tonkin, Cambodge et Laos, nous avions les rapports les plus divers avec les unités chargées de la pacification et de la protection des populations contre le Viêt-cong.

Or il était parfois facile de constater que, par manque de directives précises, chaque Commandant de Secteur résolvait comme il l’entendait cette grave question relative à l’action : Avions-nous le droit — sinon le devoir — d’utiliser les mêmes moyens que l’adversaire ? Celui-ci ne se privait pas de détruire les cellules naturelles, familles, communautés paysannes, d’interdire le libre exercice des autorités légitimes, parents, chefs de villages ; de s’opposer à l’influence des guides spirituels, prêtres ou bonzes. Les enfants étaient tenus de dénoncer leurs parents ; l’exécution d’un assassinat commandé était l’épreuve exigée par le viet-minh pour trouver grâce à ses yeux ; la terreur sous toutes ses formes était érigée en système « nécessaire » pour supprimer jusqu’à l’idée qu’une résistance fût possible. La peur inspirée, voire la torture pratiquée, arrivaient à bout de toute résistance, fût-elle aussi passive que celle qui consistait à garder le silence sur des faits que la population voulait cacher aux viets.

Et nous nous posions la question : La fin justifie-t-elle les moyens ? Avons-nous le droit d’agir comme le Viet pour obtenir la même efficacité que lui ? C’est quand j’ai commencé à découvrir les seules réponses satisfaisantes en face de pareilles questions, que j’ai voulu les préciser par écrit, non seulement pour moi-même mais dans l’idée d’en faire bénéficier bien des camarades qui, eux aussi, éprouvaient le besoin de raccrocher leur comportement et leurs méthodes d’action à une base morale saine.

Question 1 bis : Vos livres, cependant, ne paraissent pas spécialement destinés à vos camarades de combat ? Ils paraissent plutôt écrits pour des «civiles »…

R. — : C’est tout à fait exact ! Je suis parti d’une préoccupation initiale en tant que militaire, mais, plus je creusais mon sujet, plus je me rendais compte que le problème de l’action se pose à tout individu, et les réponses à ce problème débordent le cadre dans lequel chacun exerce une action. Mon sujet ne pouvait être traité de façon suffisamment complète qu’en dépassant les premières réponses trouvées, pour les raccorder à une doctrine ; et il est évident que si cette doctrine est cohérente, les principes et caractéristiques de l’action qu’elle préconise sont les mêmes, que l’on ait à les appliquer en tant que savetier, que président de la République ou que militaire.

Question 1 ter. — : Mais quand vous avez commencé à trouver ces réponses, elles s’appuyaient vraisemblablement sur des références écrites. Était-il donc utile de les reprendre sous votre plume ?

R. — : Cela m’a paru indispensable. Toujours dans cette optique qui voulait faire bénéficier les autres de mes propres recherches, j’ai voulu éviter aux autres tous les écueils qui m’avaient arrêté, et, d’abord, cette recherche elle-même. Il fallait absolument rassembler en un ouvrage toutes les données, que je découvrais par bribes éparses. Et, de plus, je voulais traiter les questions en m’adressant aux hommes qui, comme moi à l’origine, ne recherchaient que des réponses pratiques, et qui considéraient comme importunes toutes les invocations religieuses accumulées parfois comme pour dégoûter les gens de tenter de faire quelque chose de correct si l’on n’est pas déjà un catholique parfait. J’ai donc voulu écrire les livres que j’aurais désiré trouver tout faits et qui m’auraient amené — mais graduellement — à accepter aussi les bases spirituelles indispensables. Car, en effet, on ne fait rien de solide sans remonter à Dieu. Mais cela, pour une quantité d’hommes, on n’arrive à le comprendre que petit à petit.

Question 2. — Vous apparaissez aujourd’hui comme « l’une des têtes pensantes de la Contrerévolution ». Par quel cheminement êtes-vous venu au combat contrerévolutionnaire ?

R. — : Attendez ! Il y a deux points dans votre question. D’abord, l’une des « têtes pensantes de la Contrerévolution »… Vous me faites bien de l’honneur ; mais moi je n’ai pas du tout l’impression de pouvoir apporter une part essentielle à la Contrerévolution ! C’est elle qui m’a ramené à l’essentiel ! Et, si je reprends ma définition de la Contrerévolution : « expression de la doctrine chrétienne dans l’application qu’en font les laïcs — et notamment dans le domaine politique et social — dans leur lutte contre la Révolution pour rétablir en ses droits et à sa place l’ordre naturel et chrétien », je ne vois ma place, dans cette définition, que « dans l’application qu’en font les laïcs… », car la doctrine ne m’a pas attendu ! et même pas pour ce qui concerne la doctrine, l’action proprement dite ! Ceci m’amène d’ailleurs au deuxième point de votre question : le cheminement qui m’a conduit au combat contrerévolutionnaire.

Le point de départ de ce cheminement est pour moi très net. C’est en tournant autour de cette question de « la fin qui justifierait les moyens » que j’ai pris conscience de deux idéologies qui s’opposent l’une à l’autre et dont la ligne de séparation est la reconnaissance ou, au contraire, le refus de reconnaître un certain ordre dont les lois physiques, morales, sociales me paraissaient « naturelles ». De là à passer à l’ordre naturel, puis à l’ordre naturel et chrétien, il y avait plus d’un pas ! Par le fait des circonstances de ma vie militaire, il se trouve qu’il m’y a fallu des années. Il m’est d’ailleurs facile de noter certains jalons qui ont marqué cette lente progression vers le combat contrerévolutionnaire.

Ainsi, mes idées ne se sont clarifiées que lorsque je suis tombé sur un recueil de textes de M. Ousset, qui s’intitulait « Pour une doctrine catholique d’action politique et sociale. » J’y découvris les principes et les caractéristiques d’une action saine et efficace. En même temps je reconnaissais pour vraies les bases dont je soupçonnais l’existence. Ensuite il m’a fallu encore des années et le concours de cet autre livre magistral de M. Ousset : Pour qu’Il règne pour arriver au coeur du problème. J’y trouvais l’explication de cette Révolution : antagonisme fondamental contre toute idée chrétienne, et je faisais connaissance avec la Contrerévolution.

Le jalon suivant fut ma rencontre avec Robert Martel. Il fut pour moi le guide et le conseiller le plus précieux car, en plus de son sens du spirituel, il mit à ma disposition toute l’expérience pratique qu’il avait acquise dans le combat contrerévolutionnaire qu’il menait depuis longtemps.

Question 3. — Vous êtes l’un des fermes défenseurs de l’emploi du terme Contrerévolutionnaire en un seul mot. Voudriez-vous nous préciser pourquoi ?

R. — :Oui ; Contrerévolution en un seul mot me paraît bien préférable à contre-révolution avec un tiret.
D’abord, nos adversaires, qui pratiquent le dénigrement systématique, donnent à croire qu’un mot commençant par « contre » est forcément entaché de négativisme, et ils déclarent donc que la Contrerévolution n’est qu’une doctrine négativiste. Ce qui est faux et j’en prends d’habitude pour exemple tout le positif contenu dans l’idée de « contre-attaque ». Quoi qu’il en soit, si un aspect négativiste est particulièrement évoqué par « contre » séparé par un tiret, supprimons le tiret et bloquons le mot comme dans contrefort, contrebatterie, contremaître, etc.

Cette orthographe présente un autre avantage. En effet il est fréquent qu’en certains pays des révolutionnaires opposent leur révolution personnelle à un pouvoir révolutionnaire déjà en place, et les premiers se font qualifier de « contre-révolutionnaires » alors qu’ils sont aussi révolutionnaires que leurs adversaires. Il me paraît donc souhaitable de bien différencier cette « contre-révolution » (révolution qui s’oppose à une autre) de notre Contrerévolution. Celle-ci, « à la fois doctrine, ordre social et principe d’action contre la Révolution », est un tout indissociable et ce caractère me paraît beaucoup mieux rendu graphiquement lorsqu’on écrit Contrerévolution en un seul mot. Vous remarquerez d’ailleurs que, dans le même but, je ne crains pas de magnifier le terme en l’écrivant toujours avec une majuscule. J’en fais ainsi un nom propre correspondant à une réalité précise, qui ne doit pas pouvoir être confondue avec quoi que ce soit d’autre.

Cette façon d’écrire Contrerévolution est un moyen pratique pour contribuer à éviter toute confusion dans les esprits ; et ceci est extrêmement important.

Question 3 bis. — Pour reprendre votre terme, en magnifiant ainsi la Contrerévolution, ne risque-t-on pas de se faire taxer de « triomphalisme » ?

R. — : Bien sûr que non ! Car le terme Contrerévolution s’écrit aussi avec une majuscule lorsqu’il correspond à une idéologie bien précise dans l’esprit de ceux qui en ont une exacte notion. Quand on écrit « la Révolution française » avec une majuscule, cela signifie clairement qu’il ne s’agit pas seulement de l’épisode révolutionnaire qui a renversé le pouvoir en place en France en 1789.

Question 4. — : Aujourd’hui, pour vous, la Contrerévolution, qu’est-ce que c’est ? Une école de pensée, un mouvement clandestin ?

R. — : Je saute tout de suite sur votre dernier terme. Non, la Contrerévolution n’est pas un mouvement clandestin. Au grand jamais ! Ses fins, ses méthodes sont proclamées ; et seuls nos adversaires pourraient prétendre, avec mauvaise foi, qu’il s’agit d’un mouvement clandestin ; mais c’est d’eux seulement que pourrait venir pour nous la nécessité d’une action clandestine, comme la Résistance pendant l’Occupation était clandestine, et comme l’était aussi la vie des Catacombes. Une école de pensée ? Oui, en un certain sens ; mais qui dit « école de pensée » songe généralement à cet enseignement que dispensaient autour d’eux certains grands philosophes. Les Contrerévolutionnaires n’ont rien « inventé ». Certes, ce qui est leur Vérité a été exposé par bien des penseurs, mais le Maître, c’est le Christ. Non, plutôt qu’une « école de pensée », la Contrerévolution serait plutôt, me semble-t-il, une « école d’application » et là je retrouve un terme de ma définition de la Contrerévolution… « expression de la doctrine chrétienne dans l’application qu’en font les laïcs, et notamment dans le domaine social et politique… » etc.

Question 4 bis. — : Et politique, venez-vous de dire. La Contrerévolution est-elle une force politique ?

R. — Elle n’est pas une force politique dans le sens que l’on donne à ce terme actuellement, où toute « force politique » se rattache à un parti ou à une étiquette. Mais, incontestablement, elle représente une force politique. C’est normal. Quand on se préoccupe de ce que devrait être la société, on est en plein dans le domaine social et on fait forcément de la politiqué, ne serait-ce que pour « contrer » les politiques qui veulent faire disparaître tout sens social chrétien.

La Contrerévolution représente effectivement une force politique mais elle ne se limite pas à cela car aucun domaine ne lui est étranger ; elle est aussi une force éducative, une force morale, une force spirituelle. Et elle est aussi une force d’action, une force d’efficacité… je dirais même une force de réussite, et notamment dans le domaine familial et professionnel.

Question 5. — Beaucoup de jeunes et de moins jeunes ont des réticences à rejoindre le combat de la Contrerévolution qui leur paraît trop imprégné de religion, de spiritualité. Quelle est votre position devant cet état de fait ?

R. — : Les formules politico-sociales proposées par les partis aux jeunes et aux moins jeunes, prétendent amener des changements souhaitables en se basant sur des théories insuffisantes, viciées ou fausses. Bien au contraire la Contrerévolution a pour assises les références les plus élevées. Elle concerne l’homme total et elle fait au spirituel la part qui lui revient ; en quoi elle est la seule à faire preuve d’un véritable réalisme. Je vous assure que, chaque fois que j’ai l’occasion d’aborder ce sujet auprès de jeunes en particulier, ils comprennent très bien que la force de la Contrerévolution lui vient de ses bases, et ils se réjouissent qu’enfin on les bluffe pas en leur promettant monts et merveilles, et le bonheur sur terre, sans aller jusqu’au fond du problème.

Ces jeunes-et ces moins jeunes reconnaissent aisément que ces améliorations tant souhaitées dans la société ne pourront jamais se produire si les lois morales et sociales de l’ordre naturel ne sont pas mieux respectées dans cette société ; et on ne comprendrait pas que ces lois puissent s’imposer à la société sans s’imposer également, à titre individuel, aux hommes qui composent cette société.

Question 5 bis. — : Mais n’est-ce pas une sorte de morale laïque que vous leur proposez là ?

R. — : Pas du tout, car je ne m’arrête pas là. Mais je m’adresse généralement à des gens qui sont encore à convaincre. Je vous avoue que ça m’intéresse Beaucoup moins de m’adresser à des gens déjà convaincus ; qu’ont-ils besoin que je leur prêche ce qu’ils savent déjà ? Si, malgré tous les trésors de haute spiritualité qu’ils ont à leur disposition, ils n’ont pas encore rejoint le combat de la Contrerévolution, il est à craindre qu’ils ne le fassent jamais… sauf peut-être quand il s’agira de défendre leur propre personne et leurs propres biens. Ceux qui sont encore à convaincre méritent beaucoup plus qu’on essaie de leur apporter ce qu’ils cherchent ; et il faut le faire en leur parlant à tout moment le langage qu’ils sont capables de comprendre. Ainsi, pour schématiser, je leur parlerai d’abord de l’ordre naturel, et je leur ferai comprendre que cet ordre est également — et indissociablement — surnaturel ; on en arrivera à parler d’ordre naturel et divin, et comme il ne s’agit pas d’accepter pour « divin » ce qu’ont pu raconter les faux prophètes, on parlera de l’enseignement chrétien.

Question 5 ter. — : Quelle est la réaction de vos auditeurs à l’énoncé de cette référence religieuse ?

R. — : En général c’est sans difficulté qu’ils acceptent de reconnaître que, hors de l’ordre naturel et chrétien, il est impossible de trouver une garantie plus sûre, plus cohérente pour défendre la place exacte de l’homme dans la société, avec ses vrais droits, ses devoirs, le respect des prérogatives légitimes de l’individu, de la famille, de la communauté professionnelle, etc. A ce moment-là le terme chrétien ne leur fait plus peur. Pour ceux qui ont en eux un reste de foi chrétienne je sais pertinemment que cette référence spirituelle et religieuse n’est pas sans les gêner car elle leur rappelle certaines obligations morales, mais c’est déjà quelque chose que de les leur avoir remises à l’esprit à l’occasion d’une action politico-sociale qui leur paraît nécessaire. Quant à ceux qui n’ont jamais eu de formation religieuse, je les console — si je puis dire — en leur citant la phrase de Pie XII demandant à tous les hommes de bonne volonté qui n’appartiennent pas à l’Eglise « une loyale et efficace collaboration en vue de la constitution d’un ordre économique et social qui réponde mieux à l’éternelle loi divine et à la dignité humaine ».

Je crois que la réaction générale de mes auditeurs est de se sentir déjà rapprochés de ces bases spirituelles qu’ils ont souvent négligées. Il est indispensable de les leur rappeler ; et d’ailleurs elles seules donnent la plénitude des arguments à opposer à la Révolution et des forces à apporter au combat contrerévolutionnaire.

Question 6. — : En tant que militaire et en tant qu’homme de doctrine, que conseillez-vous à nos lecteurs comme thème d’action dans la conjoncture politique actuelle ?

R. — : Votre question est’ terriblement vaste… un thème d’action… Cela pourrait laisser supposer le choix d’un point d’application particulier pour l’effort à consentir… alors qu’il faut tout faire et de tous les côtés… ! Et je sais pertinemment que si vos lecteurs lisent cela, aussitôt certains seront découragés avant même d’avoir commencé, parce que, s’ils n’ont pas bien assimilé la doctrine d’action, ils s’imagineront qu’on les convie à une tâche surhumaine ou qui sort de leurs possibilités naturelles.

Aussi je préférerais que vous leur transmettiez simplement ceci : Qu’ils empoignent la Doctrine d’action, qu’ils se retrouvent par petits groupes de personnes sûres, et qu’ils « potassent » la D.A. en commençant peut-être par l’annexe sur « la cellule de travail ». Dès ce moment ils se trouveront conviés à découvrir eux-mêmes ce qu’ils peuvent faire pratiquement, dans l’immédiat et dans leur entourage habituel.
Tenez, il me vient à l’esprit deux titres de paragraphes qui doivent se trouver vers la fin de la D.A. A eux seuls ils constituent un thème d’action qui est particulièrement d’actualité. Il s’agit de « démasquer la Révolution officielle en fait » et de « faire bloc ». Cela correspond à des attitudes à adopter immédiatement sur le plan personnel.

Question 6 bis. — Et sur le plan collectif ?

R. — : Vous savez, pour « faire bloc » il faut déjà être à plusieurs ! Mais justement, sur le plan de la communauté contrerévolutionnaire, « faire bloc » se raccorde à cette notion si importante des réseaux. Que chacun prenne conscience des réseaux contrerévolutionnaire dont il fait partie. Mais oui, chacun fait partie d’un ou de plusieurs réseaux contrerévolutionnaire ! Il n’y a qu’à relire le chapitre sur les réseaux naturels !… tellement naturels qu’ils se créent d’eux-mêmes. Seulement il est très important de s’en rendre compte et d’activer leur structuration, avec toute la prudence souhaitable. Là est là base de notre action générale et commune.

Question 7. — : Dans votre livre « la Confrontation Révolution-Contrerévolution », vous décrivez ce qu’il convient de prévoir en cas de choc violent, de guerre civile ou étrangère… Croyez-vous que nous soyons près de ces événements dramatiques ?

R. : Voilà une question à laquelle il est bien difficile de répondre. Tout le monde peut constater que la situation morale se dégrade de plus en plus, dans le monde en général. La pornographie, la violence, la recrudescence des crimes basés sur l’exercice de la terreur en sont les exemples les plus évidents. Les coups de frein officiels donnés de temps en temps ne s’attaquent nullement aux causes du mal ; ils ne remontent jamais la pente de la dégringolade actuelle.

En même temps un travail de sape s’acharne sur les fondements de la famille, cellule de base d’une société d’essence chrétienne. L’enseignement public prépare une jeunesse qui refuse toute contrainte civique. Le pays semble mûr pour tomber sous l’esclavage marxiste. En cas de résistance, le million de soldats stationnés sur les frontières ouest des pays satellites soviétiques ont leurs premiers éléments à 280 km de Strasbourg. La situation est terriblement préoccupante…
Cependant, préjuger des délais me paraît plus qu’imprudent…

Question 7 bis. — : Alors, quoi faire ?

R. — : Prévoir le pire Qui peut dire que la France est à l’abri d’un coup semblable à celui du Portugal ?… et je crains bien que les Français en général soient beaucoup moins prêts que les Portugais à contenir les assauts de la Révolution. Ce qui nous reste de tranquillité en France est à la merci d’un changement de gouvernement. Ce n’est pas rassurant du tout…

Question 7 ter. — : En attendant que « La Confrontation Révolution-Contrerévolution soit entre les mains de tous vos lecteurs, pouvez-vous leur donner un conseil pratique ?

R. — : Quand j’ai dit : « prévoir le pire », ce n’est pas pour faire peur. Cela signifie d’abord qu’il ne faut pas se laisser surprendre : l’adversaire ne nous préviendra pas ! Chacun doit donc imaginer comment, dans son cas personnel, autour de lui et pour lui-même, peuvent se présenter les éléments les plus défavorables. Quand on est en mesure de faire face à ceux-ci on peut également surmonter les autres. D’une façon réaliste chacun doit en déduire les mesures de précaution qu’il doit préparer dès maintenant.
En outre il faut penser aux autres. Comment les aider ? Inversement ils pourront certainement vous aider. C’est de la charité réciproque. J’ai, tout à l’heure, parlé de « réseau », de « cellule de travail » ; c’est le moment ou jamais de s’y mettre ! On croit avoir du temps devant soi… c’est possible, mais si on ne pense à tout cela que lorsqu’on en aura besoin, ce sera trop tard ! Et tout ceci intéresse évidemment les femmes tout autant que les hommes. Enfin un dernier conseil « pratique » : ne pas oublier la part du spirituel, même si l’on n’y est pas spécialement porté. Quand on pense « action », savoir aussi, au moins de temps en temps, « élever son âme vers Dieu ». C’est très important.



Lecture et Tradition, numéro 59, mars-avril 1976, pp. 6-13.



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colonel CHATEAU-JOBERT Empty Re: colonel CHATEAU-JOBERT

Message  LANG Mar 19 Jan - 22:30

C'était en 1976 mais l'Histoire est parfois confrontée à des miroirs...

"Ces jeunes-et ces moins jeunes reconnaissent aisément que ces améliorations tant souhaitées dans la société ne pourront jamais se produire si les lois morales et sociales de l’ordre naturel ne sont pas mieux respectées dans cette société ; et on ne comprendrait pas que ces lois puissent s’imposer à la société sans s’imposer également, à titre individuel, aux hommes qui composent cette société."

Conan, un moine soldat ?
"Quand on pense « action », savoir aussi, au moins de temps en temps, « élever son âme vers Dieu ». C’est très important."
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