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    Plieurs de parachutes

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    Plieurs de parachutes Empty Plieurs de parachutes

    Message par locatelli


    Ce sujet date un peu, mais, il reste intéressant.

    Le 14 juillet 2011, le colonel Vincent Duthoit, de ­retour d’Afghanistan, a défilé sur les Champs-Elysées. Parti avec 454 hommes en octobre 2010, il est ­revenu en avril  2011 avec sa troupe intacte. Chef de corps du 3e régiment du ­matériel, il coordonne les activités des compagnies de pliage et de ­réparation des ­para­chutes de Montauban. Un centre unique au monde.

    Plieurs de parachutes Parach10

    La réglementation ici s’est écrite avec le sang de nos soldats », lance le commandant Burny, chef du détachement de Montauban, dont dépendent les 14e et 15e compagnies de matériel de parachutage et de largage. Les « matpara », comme on dit là-bas. « A l’époque de la guerre d’Algérie, les parachutistes pliaient eux-mêmes. Il a fallu réorganiser la filière à la suite de graves accidents parfois mortels », poursuit le commandant.

    Il est 7 h 30 du matin. Après avoir répondu à l’appel, les plieurs partent pour deux heures de sport. Ils portent le béret rouge des parachutistes. Tous affirment qu’ils ne pourraient pas être plieurs sans sauter. « Il faut connaître les sensations pour bien plier. » Si leurs chances d’être projetés sur le terrain sont quasi nulles, ils n’en restent pas moins des militaires. Il faut garder la forme, ne serait-ce que pour effectuer les six sauts réglementaires par an. Et cultiver leur concentration : sécurité oblige, ils ne doivent par ailleurs pas plier plus de six heures par jour. Aussi font-ils du sport.

    9 h 45, retour à l’intérieur du bâtiment de plus de 14 000 mètres carrés. Au premier étage, des tables de 15 mètres de long sont alignées les unes à côté des autres. Dans cette salle immense, bien éclairée et climatisée en cette journée où le mercure dépasse les 30 °C, les plieurs plient au son d’une radio FM. La musique permet de cadencer le travail et d’échapper à la monotonie, comme en témoigne un jeune en formation. « Je pensais que ça serait moins répétitif. » Surprise ! Un discours opposé à celui du capitaine Rennuit, qui dirige la compagnie et insiste sur la nécessaire polyvalence du métier pour éviter que les plieurs ne s’ennuient.

    Heureusement il y a des compensations. Ils sont bien payés : 1 800 euros net en début de carrière pour qui a arrêté l’école avant le bac. Et puis surtout… il y a les sauts. Un défi en forme de revanche. « C’est bien que nos jeunes sautent parce que 50 % d’entre eux sont en échec scolaire. Ils ont arrêté l’école au collège. Certains savent tout juste lire et écrire. Ils n’en sont pas moins remarquables. Le jour où on part au combat, ils sont derrière nous. Mais le fait de sauter, c’est réussir quelque chose pour eux. Il faut voir leur visage quand on leur remet le brevet », confie le commandant Burny. Certains plieurs se font lyriques : « En trente-deux ans de service, j’ai fait 105 sauts à ouverture automatique et 3 à ouverture commandée en tandem.

    A plus de 2 500 mètres, face aux Pyrénées, on découvre le silence et on se prend pour un oiseau. » ­Attention, comme le rappelle le lieutenant-colonel Capel, « l’objectif de notre compagnie n’est pas de prendre du bon temps, mais d’aider à la mise à terre des troupes aéroportées ». Si la dernière grande opération parachutée date de 1978, à Kolwezi, dans l’ancien Zaïre, pour la libération des otages européens aux mains des Katangais, les hommes des forces spéciales sautent régulièrement à plus de 4 000 mètres, et jusqu’à 8 000 mètres d’altitude, munis d’une bonbonne à oxygène, afin de ne pas être repérés par les radars. De nuit, les parachutistes peuvent dériver sur plus de 40 kilomètres pour se poser à un endroit précis. Mais… « Il s’agit des forces spéciales, aussi je ne vous en dirai pas plus », conclut le commandant Burny pourtant loquace.

    Dans la salle de pliage, malgré la musique, quelques rires et les interpellations des plieurs entre eux, la concentration est palpable. A Montauban, personne n’oublie jamais qu’il y a des vies sous les parachutes. Les plieurs se le répètent souvent, peut-être parce que la routine endort. Et il arrive aussi que ces hommes et ces femmes aient des problèmes de cœur, d’argent… Ça occupe l’esprit. Le rôle du commandant Burny, lorsqu’il passe entre les tables, n’est pas tant le contrôle technique que l’humain. « Nous avons le devoir de repérer quelqu’un qui ne va pas très bien.

    On ne peut pas le laisser dans une fonction qui requiert toute son acuité. » Pour gérer les problèmes, il vaut en effet mieux prendre quelqu’un par l’épaule et lui parler que de lui taper sur les doigts. Ce n’est pas l’image qu’on a de l’armée. Et pourtant… la formule semble efficace. Un des plieurs est allé jusqu’à pyrograver sur une plaque les mantras du serment que chacun prête en fin de formation : « Je veux avoir constamment à l’esprit que, jusqu’à ce qu’il leur pousse des ailes, les hommes doivent pouvoir compter absolument sur leur parachute. Je veux toujours me rappeler que la vie de tout homme lui est aussi précieuse que la mienne l’est à moi-même. […] Je veux ne jamais accepter l’idée qu’un travail est “assez bien comme ça” car cette abdication peut faire de moi un assassin en puissance… »

    Les plieurs ont entre leurs mains le sort d’autres soldats et ­parfois même le leur. Lors des six sorties annuelles, ils sautent avec des parachutes pris au hasard mais forcément pliés à Montauban. Le détachement approvisionne l’ensemble des troupes aéroportées des armées de terre, air et marine, à l’exception du 2e régiment étranger parachutiste de Calvi. « Si on est enrhumé à Montauban, les forces spéciales, la brigade ­parachutiste et l’Ecole des troupes aéroportées toussent », plaisante le commandant Burny.

    Lorsque le président Jacques Chirac a décidé de professionnaliser l’armée, il a fallu repenser l’organisation des « matpara » afin de compenser la diminution des effectifs. On est en effet passé de 320 000 militaires dans l’armée de terre à 120 000 après la professionnalisation. Autrefois au nombre de 1 100, les personnels « matpara » sont à présent 300. Alors qu’il existait cinq centres de pliage en France, toute l’activité – pliage et réparation – est désormais concentrée à Montauban pour éviter les éparpillements coûteux en effectif et en argent. On a aujourd’hui environ 1,2 parachute par combattant, on en avait 2,5 avant la réorganisation. Il a fallu également moderniser l’outil afin de maintenir une sécurité optimum avec moins d’hommes. C’est ainsi que le Centre national de maintenance des parachutes (CMAP), désormais automatisé, a vu le jour. Coût total de l’opération conduite par la société Thalès : 40 millions d’euros, dont 17 millions pour la construction du bâtiment. L’affaire fut vite amortie, ne serait-ce qu’en considérant la diminution du parc de parachutes de 33 000 à 13 000, sachant qu’un parachute coûte environ 5 000 euros. Et avec la réduction des effectifs, la charge salariale a diminué.

    On doit plier 24 parachutes en six heures, soit un parachute par quart d’heure
    Tout a été réduit sauf la sécurité. Le détachement est l’une des rares unités certifiées qualité ISO 9001. La traçabilité est totale. Unique au monde, ce centre forme également des militaires étrangers venus apprendre les techniques françaises. Les demandes de visites d’autres armées sont nombreuses. Même le Qatar est venu voir. Les parachutistes russes plient eux-mêmes leurs voiles, les Américains emploient des bataillons de plieurs car leur système est entièrement manuel, les Anglais ont choisi de sous-traiter le pliage auprès de sociétés privées. L’armée française a souhaité, elle, conserver ce savoir-faire à un moindre coût en automatisant tout ce qui pouvait l’être. Les qualifications de chacun sont enregistrées dans un système informatique.

    Avant toute opération, la personne s’identifie avec son badge devant un écran d’ordinateur. On sait qui a plié et qui a réparé. « Quand on arrive sur une zone de saut, on sort la fiche individuelle de contrôle pour voir quel chef d’équipe a plié ; on les connaît, donc on se dit : “Tiens, c’est tel caporal qui s’est occupé de mon parachute.” » Le système informatique a en mémoire les compétences de chacun et peut repérer parfois une confusion dans l’attribution des postes le matin par un chef d’atelier. L’erreur est humaine, les machines surveillent. Chaque voile possède une fiche d’identité grâce à une puce qui stocke les informations : nombre de sauts déjà réalisés, âge de la voile… Un parachute a une durée de vie de vingt et un ans, ou un maximum de 180 sauts.

    Après ce qu’on appelle le « traitement initial » (démêlage des suspentes et nettoyage de la voile), le parachute passe dans la « tour d’aération ». L’ambiance devient alors monacale. Dans cette salle, la hauteur sous plafond est à la mesure des voiles pouvant mesurer plus de 10 mètres de long. Les parachutes, attachés à des crochets eux-mêmes reliés à un rail automatisé, circulent comme des fantômes géants dans une nef. La voile est pesée puis séchée grâce à un flux d’air chaud. Si, en fin de cycle, le système constate une différence de poids, c’est que la toile était mouillée, aussi repart-elle pour un cycle complet. C’est le règne des robots. L’effort humain est désormais concentré sur le pliage et la réparation.

    Au rez-de-chaussée du bâtiment, des hommes mais surtout des femmes sont penchés sur leurs machines à coudre. Au sein de la 14e compagnie, on répare les parachutes. Au premier étage, la 15e les plie. Le personnel ici ne porte pas forcément de pantalon kaki ni de rangers. Plutôt des blouses de travail. Cette compagnie, composée à 70 % de femmes, est mixte, c’est-à-dire qu’elle emploie des personnels civils et militaires. Les femmes, qu’on appelait à l’époque de la guerre d’Algérie « les plieuses de parachutes », réparaient la journée et aidaient parfois au pliage le soir. Elles font preuve de plus d’engouement pour le métier. Devenues ouvrières d’Etat après avoir vu les entreprises textiles disparaître, elles ne regrettent pas leurs nouvelles conditions de travail. Finie la précarité, le salaire est plus élevé que dans le privé, les congés, plus nombreux, et leur compétence davantage reconnue.

    Et elles l’affirment toutes, il y a une différence entre coudre une robe et réparer un parachute. Non pas tant dans le geste que dans la finalité : elles engagent leur responsabilité au moment de faire le diagnostic d’une voile endommagée. Est-elle réparable ? Certains trous sont acceptables, d’autres non. « Il faut que le travail arrive impeccable dans les unités. Il en va de la réputation du détachement. » On est très loin du discours aigri des ouvriers du privé et des suicides en série d’employés à bout de nerfs ! Le première classe Bride, une jeune femme qui a quitté la gendarmerie pour intégrer la 14e compagnie en 2009, témoigne, ravie : « Ici il y a de la cohésion, on est une famille soudée alors qu’en gendarmerie c’était chacun pour soi. » Certaines s’impliquent au point de sauter en parachute. Elles l’ont fait en tandem, c’est-à-dire arrimées à un professionnel. « J’avais la curiosité de voir que tout fonctionnait bien. Je n’ai pas eu trop peur car j’ai confiance dans le travail qu’on fait ici. » Sa collègue : « Une fois là-haut, on mesure combien la minutie de notre travail est importante. »

    Pour cette raison, au premier étage, autour des tables de pliage, les chefs d’équipe surveillent la cadence. On doit plier 24 parachutes en six heures, soit un parachute par quart d’heure. Esprit de compétition oblige, il arrive que les plieurs accélèrent le rythme. Le brigadier-chef Couderc, qui répond au prénom d’Angélique, a des yeux pétillants et de longs cheveux. Cette plieuse, entrée dans l’armée il y a huit ans, aime se mesurer aux hommes. « Avoir la niaque, se dire qu’on va battre les mecs ! » A Montauban, le temps, ce n’est pas de l’argent mais de la sécurité. Alors, compétition ou pas, il est hors de question de faire en dix minutes ce qui doit être effectué en quinze. Un faux pli et c’est fini.

    Cependant, sous voile, la vie des parachutistes français est loin de ne tenir qu’à un fil et ce n’est désormais plus avec le sang de nos soldats que s’écrit la réglementation. Car, sur 90 000 parachutes pliés chaque année, le nombre d’accidents atteint un chiffre record depuis la construction du centre. Il est en effet de… zéro.



    Paris Match  Publié le 20/07/2011 par Emmanuelle Jary
    locatelli
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    Plieurs de parachutes Empty Re: Plieurs de parachutes

    Message par jojo27

    Merci , cet article est très intéressent .
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    Message par LANG

    « A l’époque de la guerre d’Algérie, les parachutistes pliaient eux-mêmes. Il a fallu réorganiser la filière à la suite de graves accidents parfois mortels », poursuit le commandant...."

    En tant que militaire, je n’ai jamais plié de parachute.
    La première fois où j’ai plié le parachute avec lequel j’allais sauter cela m’a fait un drôle d’effet.  C’était dans un para club civil à Nantes. Derrière moi, je n’avais que quelques sauts militaires : PMP, brevet à Pau et peut-être un saut de manœuvre dans les landes bretonnes.
    A chaque fois, la perception du parachute était une sorte de cérémonie comme l’hostie de la communion. Respect et précautions pour ce sac plutôt encombrant. On lui faisait confiance et puis c’est tout…
    Alors là, le jour où on m’a donné cette toile emmitouflée dans ses suspentes pour l’étaler sur une grande table, j’ai trouvé que c’était bien encombrant. Et puis en rigolant une charmante jeune femme m’a dit :
    - prenez en soin vous aller sauter avec !
    Je peux vous garantir que jamais je n’ai aussi bien exécuté les gestes que l’on m’a enseignés ce jour-là. De la douceur avec ces lanières en nylon à glisser dans ces élastiques couverts de talc, des caresses pour cette toile soigneusement pliée et un respect attentif des couleurs pour choisir les « ficelles » à casser pour relier la sangle à ouverture automatique et fermer les rabats.  Pas question de faire une erreur !
    Et une fois le tout dans le sac, c’est là qu’on se demande si tout a été bien fait. Le regard décontracté et bienveillant de la jeune femme m’a rassuré. En stage dans ce centre, elle devait devenir plus tard Madame Papazow…
    Par la suite, c’est avec encore plus de précautions que j’ai plié mon premier parachute à ouverture commandé. Drôle d’impression en plaquant l’extracteur à ressort sur la voile et en glissant le câble comme une aiguille à coudre relié à la poignée rouge. Un peu comme le détonateur enfoncé dans son pain de TNT..
    On finit par prendre l’habitude. J’avoue que par la suite, avec les sauts « militaires », retrouver des parachutes pliés par d’autres m’a un peu « dérangé ». Mais là aussi on s’y habitue…

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    Plieurs de parachutes Empty Le pliage aujourd'hui en 2019

    Message par Boyer Marc


    Les voiles des commandos parachutistes sont contrôlées à part. Mais avant un saut, chaque parachutiste d'élite plie et contrôle lui-même son matériel.

    Seul centre de pliage en France pour l'Armée de terre, le site montalbanais est une référence mondiale. Chaque année, 100 000 parachutes y sont expertisés et pliés. Des recrutements sont à prévoir cette année dans l'unité de réparation.

    Les 11 000 parachutistes de l'Armée de terre connaissent tous Montauban. Quand les militaires réceptionnent leur parachute, un petit papier rose mentionnant le nom du plieur et la chaîne de vérification l'accompagne toujours. «Nous avons gardé ce petit document pour rassurer le parachutiste avant son saut.

    Les quatre signatures qui apparaissent attestent que la voile, le sac, les sangles, drisses, suspentes et le harnais ont été vérifiés.
    Mais toutes ces opérations sont référencées dans une puce électronique cousue dans l'équipement, explique le commandant Thomas Duroselle, patron du bataillon de maintenance des matériels de parachutage et largages.
    La traçabilité des équipements est capitale dans le cycle de vie des parachutes. Passé 15 ans ou 150 sauts, le matériel est réformé et ne sert plus qu'au largage de petits colis.»


    Chaque parachute dispose donc d'une sorte de «carte Vitale» qui présente tout l'historique de ses réparations. Rien ne peut être laissé au hasard quand il est question de la vie d'un homme.

    Le moindre doute sur un élément du parachute dorsal ou ventral doit être écarté. En un seul lieu installé dans le quartier capitaine Vergnes à Montauban, le 3 e RMAT plie annuellement 75 000 parachutes à ouverture automatique auxquels se rajoute un équipement ventral.

    L'objectif des 100 000 équipements traités par an sur site est clairement affiché. Des recrutements sont même espérés dans les mois à venir pour maintenir les cadences dans une totale sécurité. Civils (BEP ou CAP couture) ou aspirants militaires peuvent se rapprocher des services du Cirfa (caserne Guibert à Montauban).




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    Boyer Marc
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