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    Susan Travers

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    Susan Travers Empty Susan Travers

    Message par tarmac


    La biographie de Susan Travers, que nous vous présentons, est essentiellement un résumé de son récit dont la traduction française a été publiée sous le titre "Tant que dure le jour" aux Editions Plon en 2001, puis aux Editions J'AI LU en 2003.

    Susan Travers Stst10

    Ces souvenirs, recueillis par Wendy Holden, ont d'abord été publiés en anglais, en l'an 2000, sous le titre "Tomorrow to be Brave" par Bantam Press, puis par Free Press et Corgi Books Ltd.

    Une aventurière qui a préféré la guerre
    par Didier Sénécal


    L'une des spécialités de la perfide Albion est de donner le jour à de parfaits garçons manqués. Susan Travers, qui revendique fièrement cette dénomination, aurait pu briller dans l'exploration, dans l'alpinisme ou dans la navigation. Elle a préféré la guerre. Née en 1908, élevée sur la Côte d'Azur, excellente joueuse de tennis et peu farouche avec les messieurs, elle sillonne l'Europe des années 30. En 1940, les aventures font place à l'Aventure.

    Le hasard et la nécessité l'amènent à rejoindre la 13e demi-brigade de Légion étrangère, troupe hétéroclite qui durant de longs mois va porter sur ses épaules l'honneur de la France. Les états de service de Susan Travers sont proprement ahurissants : Dakar avec le général de Gaulle, l'Afrique équatoriale, Bir Hakeim et toute la campagne d'Afrique du Nord, l'Italie, le débarquement en Provence, l'Alsace. Souvent en première ligne, elle échappe cent fois à la mort et estomaque des camarades de combat nommés Sairigné, Messmer ou Simon. Pourtant, la baroudeuse demeure une frêle créature...

    Seule représentante de son sexe au milieu de milliers d'hommes, elle n'a que l'embarras du choix. Après une brève liaison avec le prince Amilakvari, elle s'éprend de son chef de corps, le colonel Kœnig. C'est le début d'une histoire d'amour assez originale, pour ne pas dire un peu kitsch, et qui bien sûr se termine mal. En 45, pour oublier son chagrin, la seule femme qui ait jamais appartenu à la Légion étrangère rempile pour l'Indo avec le grade d'adjudant-chef...

    Mascotte du régiment, petite sœur, grande sœur, maîtresse, infirmière, chauffeur, confidente, substitut maternel pour les soldats à l'agonie : Susan Travers joua tous ces rôles à la fois. D'abord condescendants, ses compagnons ne tardèrent pas à la considérer comme une égale - puis comme une légende vivante. A la fin de la guerre, les jeunes officiers interrogeaient la combattante de Bir Hakeim avec un mélange d'irrépressible sympathie et d'admiration. Ce sont ces sentiments qu'éveillent en nous ses souvenirs réunis sous le titre Tant que dure le jour (Plon).

    Rencontre à Villennes
    Nous sommes au début des années 1950. M. Celerier, dentiste installé à Poissy, dispense également des soins dans son cabinet de Villennes, sommairement installé dans un appentis situé dans le jardin de sa maison de l'avenue Clémenceau.

    Sortant rapidement d'un immeuble, il se heurte à une femme, âgée d'une quarantaine d'années, qui lâche ses sacs emplis des provisions qu'elle vient d'acheter.

    Son exclamation "Goodness gracious !", lorsqu'elle reconnaît cet homme, indique son origine anglaise. Susan habite depuis peu de temps, avec son mari Nicolas et leurs deux fils, dans une maison ancienne de la ruelle de la Lombarde.

    S'excusant et l'aidant à ramasser ses affaires, il la reconnaît à son tour et lui demande :

    "Adjudant-chef Travers, ce coquetier vous avez fini par le trouver ?"

    Ils se racontent, autour d'un café, ce qu'ils sont devenus depuis les moments qu'ils ont partagés en Italie après la libération de Rome, en juin 1944. Il a épousé une fille de Maître Binet, notaire à Poissy. Il deviendra le dentiste de Susan Travers jusqu'à son départ en retraite sur la Côte d'Azur, où elle avait passé une grande partie de sa jeunesse.

    Un premier retour en arrière nous expliquera sa quête d'un coquetier.
    En avril 1944, les Français libres détachés auprès de la 5ème armée américaine à Bizerte en Tunisie sont transportés à Naples. Leur rôle sera de chasser les allemands de la péninsule italienne, sous le contrôle du Maréchal Juin.

    Les femmes ne sont pas autorisées par les américains, mais se cachant les cheveux et se dissimulant dans son uniforme américain, Susan qui accompagne la 13ème Demi-Brigade de la Légion Etrangère (DBLE) depuis le début de la guerre, s'embarque avec elle.

    Elle sera bientôt acceptée et employée comme "conductrice" d'un général, cette fois-ci américain, après avoir été le chauffeur d'un général français. Elle conduit ensuite une ambulance, transportant des blessés français et américains des champs de bataille jusqu'aux hôpitaux de campagne.

    Un pont du souvenir
    Le pont du Garigliano, le plus long pont de Paris sur la Seine, reliant les boulevards extérieurs Victor et Exelmans, remplace depuis 1966 l'ancien viaduc d'Auteuil. Il célèbre la bataille de Monte-Cassino, en Italie, en mai 1944.

    Le Garigliano, que la plupart des Franciliens ne connaissent aujourd'hui que par cet ouvrage, est en fait une petite rivière séparant les provinces italiennes du Latium et de Campanie.

    Le 11 mai 1944, les français y font une percée décisive dans une zone montagneuse, sur des routes étroites et tortueuses, truffées de mines, où les chars américains ne passent pas.

    Susan passe ses journées à conduire une voiture Dodge, aménagée en ambulance, sur des routes rendues impraticables par la pluie et minées, au milieu des ruines.

    Seule et isolée, elle trouve difficilement le sommeil la nuit, recroquevillée à l'arrière de son véhicule.

    En cette période très noire, elle se rappelle les moments heureux de sa vie antérieure ; le luxe et le confort lui manquent : elle rêve d'un lit moelleux, de l'eau courante, de l'odeur de fleurs fraîches, d'un repas plantureux dans un restaurant chic. Elle se met en tête de satisfaire un besoin modeste : manger un œuf frais dans un coquetier. Accompagnée d'un jeune légionnaire, elle parcourt les décombres des villes italiennes traversées à la recherche d'un coquetier, devenu son idée fixe. Parfois, elle offre à des paysans, minés par la faim et la pauvreté, un salami, un parmesan ou des bouteilles de vin qu'elle a découverts dans les gravats de cuisines ou d'épiceries.

    La libération de Rome
    Les environs de Rome sont atteints en juin 1944. Susan fête avec quelques officiers des Français libres la prise de la capitale italienne ; comme Paris deux mois plus tard, elle garde sa beauté et ses monuments historiques grâce à la désobéissance des officiers allemands, qui ont reçu l'ordre de la détruire.

    Susan rejoint la région de Tivoli, libérée par les Légionnaires ; dormant toujours dans son ambulance, elle prend ses repas avec un médecin et un dentiste, pourvu d'un grand sens de l'humour et d'un sourire magnifique :

    c'est lui qui ouvrira, après la guerre, des cabinets dentaires à Poissy et à Villennes.

    Retour à Naples
    Le Corps expéditionnaire français, continuant à marcher vers le nord, est bientôt envoyé dans un camp près de Naples. Les Légionnaires sont amers, après le débarquement en Normandie, de ne pas être les premiers soldats français à fouler le sol de notre pays. Un quart d'entre eux ont été tués ou blessés pendant la campagne de libération de l'Italie.

    On lui confie un nouveau véhicule à conduire, un énorme camion américain GMC.

    Elle s'embarque bientôt avec lui, sur un liberty ship, qui les transporte avec ses compagnons de la Légion à Cavalaire-sur-Mer près de Saint-Tropez.

    La reconquête de la France
    Après une nuit sur la plage, dans l'attente du déminage, les habitants de Hyères les accueillent avec joie. L'opération Anvil commence, les Légionnaires étant toujours rattachés à la 5ème armée américaine. Au volant de son gros camion, Susan suit le corps expéditionnaire français au cours de la bataille de Provence (prise du Mont des Oiseaux), puis de la libération des villes de Toulon, Avignon et Lyon. Après la bataille d'Autun, une ambulance anglaise, difficile à manier, lui est confiée. Elle conduit parfois également la Citroën du commandant de la compagnie.

    De septembre à novembre 1944, les Vosges puis les villes de Belfort et de Mulhouse sont atteintes. Les pertes humaines de la 13ème DBLE sont importantes, avec de nombreux cas de gelures. C'est alors que Susan est promue adjudant-chef pour son rôle dans la Légion.

    L'Alsace est ensuite reconquise. Alors qu'elle est autorisée à dormir dans une maisonnette des environs de Colmar, sa chambre se trouve transformée en morgue par deux brancardiers qui en ont reçu l'ordre ; ils ne manquent pas d'humour, en la quittant : "Cette nuit, ces hommes ne risquent pas de vous embêter."

    Les derniers mois de la campagne, dans un froid intense, sont parmi les plus durs.

    Son béret enfoncé sur les oreilles, Susan continue à conduire des ambulances ainsi que d'énormes engins transportant des obusiers entre les congères, sur des routes verglacées à 30 kilomètres de la ligne de front.

    Elle s'arrête parfois pour traire des vaches squelettiques, abandonnées dans les pâturages.

    En route, on lui remet l'ordre de l'Armée :
    Sous-officier de qualité exceptionnelle, ayant fait preuve d'une abnégation et d'un dévouement émérites. Elle s'est ralliée à la cause des Français libres en 1940 et a pris part, depuis cette date, à toutes les campagnes.
    Toujours prête pour les missions les plus risquées sans jamais songer au danger encouru, elle a manifesté un sang-froid sous le feu qui a suscité l'admiration de ses camarades Légionnaires. En toutes circonstances, elle fut un exemple des plus belles qualités de la Légion. Toujours prête à se porter volontaire pour ramener les blessés des premières lignes, son courage fut une nouvelle fois salué par tous au cours des huit jours de combats très difficiles à Elsenheim, du 22 au 30 janvier 1945.
    Elle travailla nuit et jour dans la neige et la boue, sous le feu de l'artillerie, les mortiers et les attaques meurtrières de l'infanterie.
    Le jour de l'armistice, le 7 mai 1945, le corps expéditionnaire, qui a quitté les montagnes glacées, se trouve à nouveau dans le climat plus clément de la Côte d'Azur ; l'objectif est d'éliminer les dernières poches de la résistance allemande au nord de Nice.

    La guerre en Afrique et au Moyen-Orient avec la Légion
    Au début de l'année 1956, Susan reçoit à Paris la Médaille Militaire "pour sa bravoure face à l'ennemi à Bir Hakeim". C'est le ministre de la Défense, en personne, qui accroche la médaille au revers de son manteau noir.

    Tandis que retentit l'hymne de la Légion Etrangère (le Boudin) et qu'approche une ligne d'hommes au rythme très lent qui caractérise leur marche, elle découvre avec étonnement qu'il s'agit d'un général, en grand uniforme : Pierre Kœnig, le héros de la bataille de Bir Hakeim.

    Nommé en 1945 commandant des F.F.I. et commandant des Forces françaises en Allemagne et en Grande-Bretagne, il a arrêté le Maréchal Pétain lors de sa reconduction à la frontière entre la France et la Suisse, où il avait fui.

    Alors qu'il apparaît à tous qu'un général respecté félicite une ancienne subordonnée respectueuse, cet homme vieilli, à la taille épaissie et à la voix fatiguée mais au regard toujours vif, est aussi ému qu'elle. Il ne peut que lui déclarer : "J'espère que cela vous rappellera bien des choses".

    C'est leur dernière rencontre ; il n'auront pas l'occasion de partager les souvenirs du chemin qu'ils ont parcouru côte à côte, des dangers et de l'amour qu'ils ont vécus ensemble au Moyen-Orient et en Afrique du Nord.

    Un autre pont du souvenir
    Le Viaduc de Passy a été baptisé "Pont de Bir-Hakeim" en 1949, en souvenir de la victoire remportée en 1942 par les troupes de la France libre sur les blindés du général Rommel dans le désert de Libye.

    Quelques semaines après l'épique traversée des champs de mines, au volant du véhicule de deux officiers supérieurs de la Légion pour l'évacuation de la position de Bir Hakeim, la fanfare de la brigade joue La Marseillaise, la Marche Lorraine et la chanson du régiment Sous le soleil brûlant d'Afrique.

    Le général Catroux remet à Susan la Croix de Guerre et l'ordre du Corps d'armée ; la citation résume bien le rôle qu'elle a joué :

    Elle a prouvé son courage et son sang-froid au cours de deux campagnes, notamment en Erythrée, et elle a plus tard confirmé ces qualités au cours de la campagne de Libye, jusqu'à la nuit du 10 juin où, lors de la sortie de Bir Hakeim, elle a conduit la voiture du général pris sous le feu de l'ennemi tout en traversant un champ de mines. Grâce au courage de Mlle Travers confrontée à une totale obscurité et à plusieurs barrages d'intense artillerie qui laissèrent de nombreuses traces de balles sur son véhicule, le général Kœnig et le colonel Amilakvari ont été ramenés sains et saufs parmi nous.

    Première étape africaine
    Susan se trouve à Douala au Cameroun français ainsi que le général de Gaulle, en octobre 1940, lorsqu'elle entend parler pour la première fois d'un jeune capitaine de la Légion Etrangère, nommé Pierre Kœnig.

    Il vient de se rendre rapidement maître, avec ses hommes, du port de Libreville au Gabon.

    Les Français, envoyés en Afrique pour chasser l'ennemi, traversent alors une période difficile et décourageante. Ceux qui restent connaîtront des heures encore plus dures et parfois héroïques.

    D'autres rentrent en Angleterre, où ils se sont embarqués le 31 août, parmi plus de 1500 hommes, à Liverpool, à bord de deux paquebots, le SS Westernland et le SS Pennland.

    Faisant partie d'un groupe de 10 infirmières anglaises, belges et françaises, Susan doit d'abord soigner les Français libres, rescapés du carnage provoqué par l'aviation de la France de Vichy lors de leur tentative de débarquement à Dakar. C'est peu après, à Freetown en Sierra Leone, qu'elle fait connaissance des Légionnaires, impressionnée par leur détermination et leur patriotisme.

    Envoyée à Brazzaville, au Congo, ville déprimante éloignée des actions militaires, elle cherche à se rendre utile auprès de la population pauvre, en travaillant dans un modeste dispensaire. La chaleur étouffante puis les pluies tropicales et le travail peu motivant découragent certaines de ses collègues qui acceptent un travail de secrétariat.


    Dernière édition par tarmac le Mar 15 Oct - 12:28, édité 1 fois
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    Message par tarmac


    Le général français, inspecteur général de Brazzaville, se laisse convaincre par sa volonté de se joindre aux Français libres, en partance pour l'Afrique du Nord.

    Parvenue à Durban sur un cargo sale et peu sûr, elle s'embarque, fin janvier 1941, sur le Neuralia, arrivé du Gabon et du Cameroun avec les Légionnaires.

    Elle tombe sous le charme d'un prince géorgien, exilé après la révolution bolchevique. Saint-Cyrien, le commandant Dimitri Amilakvari est, à 35 ans, à la tête d'un bataillon de la 13ème DBLE.

    Il porte, en permanence, un manteau vert transpercé par une balle pendant la campagne de Norvège, où il l'avait trouvé.

    L'océan indien et la Corne de l'Afrique sont atteints par le canal du Mozambique. Susan se lie d'amitié avec d'autres officiers de la Légion, dont certains laisseront leur nom dans l'histoire. Après le Golfe d'Aden, elle débarque à Port-Soudan sur la mer Rouge à la mi-février avec les Légionnaires, alors que le commandant du navire ne devait pas l'autoriser à les suivre dans leur voyage.

    Le chauffeur du commandant Lotte
    Bientôt arrive du Tchad, avec un bataillon français, le commandant André Lotte, médecin divisionnaire de l'armée, joyeux et énergique colon, chargé d'organiser l'évacuation des hommes blessés en première ligne vers les postes de secours et les hôpitaux de campagne. Il ne sait pas conduire ; les chauffeurs hommes ayant été tous réquisitionnés, Susan est désignée pour conduire son véhicule.
    Elle est heureuse de se retrouver au cœur de l'action ... mais vite découragée lorsqu'elle découvre la seule voiture disponible, une Humber vieille et complètement défoncée, qu'elle doit démarrer à la manivelle.

    Fin février, elle prend la tête du convoi des Français libres vers l'Erythrée. Après deux jours de conduite dans la poussière et plusieurs ensablements, le village atteint est à 8 kilomètres du puits le plus proche.

    Les combats contre les Italiens font rage dans les montagnes ; pour secourir les blessés et les mourants, la voiture doit être remplacée par des mulets ou des chameaux. Après avoir réussi à trouver des pièces de rechange dans l'atelier de réparation mobile, elle sillonne, de camp en camp, des défilés effrayants, des pistes caillouteuses, de vastes plaines, des routes escarpées et des déserts. Responsable de la voiture, après des heures de conduite éprouvante, elle doit non seulement la réparer mais la camoufler, parfois en l'enterrant, pour la protéger des bombardements.

    Un jour, poisseuse et couverte de poussière, elle se laisse conduire dans une case de femmes pour se laver. Elle ôte son uniforme taché de sueur et grimpe dans une grande bassine. Lorsque ses yeux s'habituent à l'obscurité, elle découvre de nombreuses femmes, qui se mettent à rire en voyant sa peau blanche des pieds à la tête.

    Après le changement des amortisseurs, la guimbarde tient le coup malgré une dynamo morte et des freins défectueux. Grâce à un légionnaire cuisinier qui la fait fuir du rocher où elle s'est assise à l'ombre, Susan échappe à l'explosion de 6 obus. Le rocher est désintégré ; un éclat d'obus sera retrouvé un peu plus tard dans l'un de ses mollets.

    Le 9 avril, après la prise du port de Massawa, les Italiens se rendent. Susan retrouve le luxe d'une chambre, dans une maison partagée avec des officiers anglais et français ; sauf pour le légionnaire d'origine géorgienne, Amilak, qu'elle retrouve, elle est pour eux "un garçon de la bande". C'est une période de repos et de détente, où les soirées occupées par les jeux de poker, de tennis de table et des séances de cinéma succèdent aux bains de mer et au spectacle des poissons et des oiseaux de la mer Rouge.
    Elle fait alors sa première quête, dans les maisons bombardées, d'objets d'un luxe oublié qu'elle ne trouve pas : un miroir et une machine à coudre.

    L'un des officiers de la Légion, dont elle fait connaissance au mess, devient son ami : Pierre Messmer, futur Premier ministre du général de Gaulle.

    Au début du mois de mai 1941, Susan s'embarque avec sa veille automobile Humber pour Suez. Après la crise de dysenterie dont elle souffre pendant la traversée, elle passe quelques moments heureux à se baigner, le jour, et à danser, la nuit.

    L'Afrikakorps de Rommel pénètre en Egypte. Elle traverse le Sinaï au volant de sa voiture, conduisant le Docteur Lotte, dans le convoi qui se dirige vers les champs de bataille de Palestine.

    Retrouvant ses amies infirmières anglaises à l'hôpital de Gaza, elle y passe sa première nuit, à défaut d'un lit, sur la table d'opération.

    Alors qu'elle est chargée de transporter des personnes entre l'hôpital et le camp, sa voiture tombe fréquemment en panne ; le jour où un général français en tournée d'inspection y a pris place, elle doit faire appel à des soldats sénégalais pour la faire démarrer en la poussant dans une pente.

    Le commandant Lotte insiste pour la conserver comme chauffeur, alors qu'on lui impose la patronne d'un groupe de 8 femmes chauffeurs anglaises, nouvellement arrivées. Ses amis lui attribuent un surnom, comme c'est la coutume pour tous les Légionnaires, alors qu'elle n'appartient pas à la Légion : La Miss.

    Elle prend place, après les voitures du Quartier Général, dans un nouveau convoi important qui se dirige vers la Syrie, en passant par Tel Aviv. Le moteur de la voiture chauffe de manière inquiétante, dégageant des flots de vapeur. Au sommet d'une route de montagne, le convoi est mitraillé et bombardé par des avions de la Luftwaffe.

    Dès l'entrée en Syrie, les combats s'engagent avec les Français de Vichy qui contrôlent ce pays. Le commandant en chef, le colonel Magrin-Vernerey dit Monclar, refusant cet affrontement, est remplacé par son adjoint, un colonel alsacien de 43 ans, Pierre Kœnig. Dans l'intense chaleur du mois d'août, les combats repoussant les alliés de l'Allemagne jusqu'à Damas sont très meurtriers.

    Le chauffeur du docteur Godou
    L'ambulance du docteur Lotte, qu'il a confiée à un autre chauffeur de la Légion afin de préserver Susan des dangers des routes truffées de mines, en heurte une : le motocycliste d'escorte est tué ; le médecin est grièvement blessé. Son adjoint, qui le remplace, autoritaire et misogyne, exige de conduire lui-même la vieille voiture Humber, transportant Susan afin qu'elle effectue les réparations que nécessitent sa conduite rapide et dangereuse.

    Elle est épuisée par le travail dont il l'accable et par son attitude. Toutefois, c'est lui qui craque devant son refus persistant de le laisser conduire.

    Le chauffeur du colonel Kœnig
    Le 17 juin, le médecin la chasse de la voiture, lui annonçant une nouvelle affectation. L'adjudant Travers se retrouve seule avec ses outils et ses affaires personnelles devant le colonel, qui lui déclare : "Vous serez mon nouveau chauffeur". Le docteur Godou n'a pas réussi à la faire renvoyer lorsqu'il est allé se plaindre de ses services ; le colonel Kœnig avait besoin de remplacer son propre chauffeur, tué la veille !

    Une autre Humber, modèle 38, lui est confiée. Le quartier général s'installe à Nazareth. Y arrivant tard, épuisée après la traversée d'un pont miné, le colonel lui prête son lit pour la nuit, qui sera courte : elle doit changer un pneu crevé. Le soir, elle s'isole dans une étable en ruines, avec sa baignoire pliante et un savon pour se laver dans l'intimité. Elle chasse les hommes qui s'y trouvent ; ils sont des prisonniers de guerre qui y ont été enfermés.

    Quelques jours plus tard, suivant en convoi le général Catroux et son état-major, elle parcourt avec le colonel, dans un silence de plomb, les rues poussiéreuses de Damas, qui vient d'être prise. Croyant souffrir d'une grippe intestinale, elle se rend à l'hôpital où une hépatite est diagnostiquée. Elle est hospitalisée dans un vieil établissement puis dans un autre, moderne et propre, financé et dirigé par une américaine, Lady Spears. Craignant de perdre son emploi, elle reçoit la visite de Légionnaires soignés dans le même hôpital et d'amis, qui lui apportent des nouvelles du front où les combats font d'énormes pertes.

    Un beau matin de juin, elle a la surprise de voir entrer dans sa chambre le colonel Kœnig, qui vient s'informer de son état de santé, en lui apportant des chocolats qu'elle n'a pas le droit de manger. Remplacée provisoirement par un chauffeur civil, elle ne s'inquiète plus pour son emploi, recevant dans les deux semaines suivantes des fleurs, une corbeille de fruits et des livres choisis avec soin par le colonel, montrant ainsi sa sensibilité. Il revient la voir plusieurs fois et lui propose de dîner ensemble lorsqu'elle sera complètement rétablie.

    A sa sortie, c'est à un déjeuner qu'il la convie puis à une promenade avant de l'installer à l'Orient Palace Hotel. La voiture fonctionne mal ; le colonel l'avait conduite ! Son repos est de courte durée : ils doivent rejoindre Beyrouth, où Pierre Kœnig est transféré avec son état-major comme négociateur d'un armistice avec les Français de Vichy.

    La Miss, chauffeur intime du colonel
    Ils font plus ample connaissance, le colonel choisissant de l'appeler par son surnom, donné par les Légionnaires. Elle a 29 ans tandis qu'il est âgé de 40 ans. Pendant qu'il négocie à la Commission d'armistice, elle entretient la voiture.

    Elle accepte le dîner, qu'il avait promis, au restaurant d'un hôtel du bord de mer à Beyrouth. Elle répond à ses questions sur sa jeunesse et sa vie au début de la guerre mais il reste discret sur sa vie personnelle et sur son épouse, riche aristocrate. Il reste moins distant lorsqu'il la rejoint dans sa chambre. Elle refuse ses avances et ils n'y font pas allusion pendant quelques jours jusqu'à un séjour dans un magnifique hôtel dominant la mer. Cette nuit marque le début de leurs relations très intimes. Le lendemain, l'armistice est signé entre les Français Libres et ceux de Vichy, qui ont le choix de les rejoindre ou de rentrer chez eux.

    Le colonel est parfois le chauffeur de la Miss, pour lui permettre de se reposer ; un jour, elle y baigne dans le doux parfum de toutes les fleurs qu'il a achetées à une fleuriste.

    Les négociations entre les Français des deux bords, les Arabes et les Turcs se poursuivent ainsi que les nuits dans de grands hôtels.

    Susan passe son temps à faire réparer l'automobile Humber, bientôt remplacée par une Lincoln puis une Hotchkiss, en mauvais état et difficiles à conduire.

    Le colonel ayant remarqué l'amour de Susan pour les animaux, un de ses amis lui offre son sloughi persan.

    Tous deux promènent sur la plage, le soir, Georges rebaptisé Arad (tonnerre en arabe), recherchant de petits hôtels pour dîner sous les étoiles et passer la nuit.

    Susan, maîtresse ... de maison
    Ils savent que leur amour, qui leur fait oublier la guerre et la politique, ne pourra pas durer. Pour l'abriter, ils décident de louer une villa ; très occupé, il laisse Susan choisir une ancienne ferme sur le flanc d'une colline à Aley près de Beyrouth.

    Elle ressent de plus en plus l'étroitesse de sa marge de manœuvre entre ses rôles de maîtresse et d'employée ; nommé général de brigade en juillet 1941, Pierre Kœnig exige qu'elle porte ses galons d'adjudant sur sa chemise. Sa nouvelle fonction lui permet de faire augmenter la paie des trois femmes adjudants, qui n'était que le tiers de celle des hommes.

    Dans la nouvelle maison, elle est logée (officiellement) dans l'appartement des domestiques ; elle recrute du personnel, dont un excellent cuisinier travaillant dans un grand restaurant.

    Malgré la jalousie du général, lorsque les anciens amis de Susan se montrent familiers avec elle, ils passent des jours heureux au milieu de vergers et d'oliveraies.

    Epuisée après ses journées de conduite, elle doit organiser des dîners avec des Légionnaires. Alors qu'Amilak, passant la nuit dans la maison, essaie de renouer leurs anciennes relations avec empressement, elle doit lui avouer qu'elle n'est pas que le chauffeur de Pierre Kœnig.
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    Message par tarmac


    Le chauffeur du général
    Après 3 mois idylliques, un nouveau déménagement doit s'organiser : le général est nommé gouverneur d'Alep et de la Syrie.

    Après Aley, Alep, deuxième ville syrienne. Leur nouvelle grande demeure, cernée de remparts à l'ombre de la Citadelle, est celle réservée aux gouverneurs. Ils n'y retrouvent pas l'atmosphère intime et la qualité des repas de la villa qu'ils viennent de quitter.

    Les réunions entre protagonistes de la guerre les conduisent à travers toute la Syrie ainsi qu'au Liban, dans des lieux magnifiques tels que l'ancienne ville romaine de Baalbek.

    Mais l'époque ne se prête pas au tourisme ; de plus, elle redevient uniquement le chauffeur et subordonné du général.

    La capitale égyptienne, Le Caire, constitue la prochaine étape, à l'initiative du général de Gaulle qui apprécie Kœnig de plus en plus.

    Noël est, dans l'atmosphère coloniale d'un hôtel du bord du Nil et au cours d'une visite des pyramides de Gizeh, l'occasion d'une courte période de repos et d'intimité.

    Traversée du désert, solitude dans le convoi
    Au début de l'année 1942, la guerre continue à faire rage dans le monde entier. Pour contrer l'avancée en Lybie, vers l'Egypte, des troupes du Maréchal Rommel, la 1ère brigade française, comprenant un millier de Légionnaires et des unités issues des colonies, est mobilisée et rejoint, rattachée à la 8ème armée britannique, le Désert occidental.

    Bien que les anglais souhaitent que le général soit conduit par un homme, Susan reste son chauffeur. Leur Ford Utility prend place dans l'impressionnant convoi, qui s'ébranle vers l'ouest.

    Ce véhicule devient l'habitation de Susan tandis que le général dispose d'une sorte de camping-car, aménagé à Alep dans une vieille camionnette Renault ; celles que les généraux anglais jaloux se font bientôt réaliser seront moins confortables !
    Susan n'a plus de table ni de salle de bains ; elle dort le plus souvent seule dans la voiture, sous une épaisse peau de mouton, parfois dans une petite tente du campement. Elle subit les tempêtes de sable, le soleil implacable, la poussière et les mouches auxquels succèdent le vent, les pluies glacées, la grêle et la neige. Les conditions climatiques nécessitent un entretien fréquent de l'automobile.

    Prenant ses repas avec les hommes, elle ne voit le général que pour le conduire et ne rencontre plus ses amis officiers.

    Jour après jour, le convoi avance sur environ 700 kilomètres, à travers des plaines désertiques, couvertes de sable, de pierrailles et de broussailles épineuses. La passe d'Halfaya, proche de la frontière lybienne, est atteinte ; à part quelques escarmouches, après le départ des Allemands, la situation est assez calme mais les véhicules et les chars détruits témoignent de leurs récents affrontements avec les forces alliées.

    L'attente dans le désert lybien
    Suite à nouvelle offensive de Rommel, les Légionnaires sont envoyés, avec des Anglais, des Aafricains et des Indiens pour relever la brigade d'infanterie britannique, qui tient un fort italien abandonné, nommé Bir Hakeim. Pour y parvenir, la Ford Utility traverse un long désert aride, parmi de nombreux véhicules réquisitionnés hétéroclites, guidés à la boussole.

    Le site de Bir Hakeim, plat, désertique et battu par les vents de sable, sans intérêt stratégique, ne contient que les ruines d’un fortin ottoman, remanié par les troupes italiennes. Le "bir" est un cours d'eau à sec depuis longtemps ; l’eau venant de Tobrouk est stockée dans d'anciennes citernes ensablées, baptisés Les Mamelles.

    La brigade française doit tenir la citadelle le plus longtemps possible pour permettre aux alliés d'organiser une contre-attaque. La vie s'organise dans quelques tentes (hôpital, Q.G., cantines) et surtout dans des tranchées et une multitude de trous, constituant des abris individuels. Susan dispose de son propre trou, couvert par une toile, qui la protège mal de la chaleur étouffante des journées et du froid glacial des nuits. Après avoir camouflé la voiture, elle doit attendre de longues heures, proche du général mais coupée de lui, avec comme seuls visiteurs des mouches et des fourmis, parfois un scorpion.

    La solitude et la monotonie sont de temps en temps rompues par les repas avec les sous-officiers, par une virée bimensuelle vers la "plage de Kœnig" pour le décrassage des hommes dans la Méditerranée et par des missions de reconnaissance de deux ou trois jours, secrètes et dangereuses. Bloquée seule avec le général dans la voiture, prise dans une tempête de sable, ils retrouvent un très court moment d'intimité jusqu'à l'arrivée d'un motard perdu, qu'ils doivent abriter.

    Quand Pierre Kœnig lui propose de l'envoyer ailleurs, hors de ce lieu qui n'est pas pour les femmes, Susan lui répète "Où vous irez, j'irai".

    Héroïsme au cœur de l'action
    Une nuit claire de mai, les chars ennemis apparaissent à l'horizon, suivis d'une longue file de camions. Quelques jours plus tard, tout l'Afrikakorps s'est rassemblé devant Bir Hakeim ; les chars attaquent la garnison malgré les mines. Des convois de ravitaillement parviennent à s'y introduire la nuit. Le haut commandement britannique transmet un ordre "Aucune femme sur le front". Le général l'envoie chercher un nouveau véhicule de liaison à Tobrouk. Après que soit parvenue la nouvelle que les Français de Bir Hakeim ont repoussé l'ennemi, elle parvient à y retourner dans un convoi de vivres et de munitions, avec un jeune journaliste. Le général l'affecte à l'hôpital, où elle retrouve le docteur Godou, responsable de l'atelier de réparation humaine.

    Le 3 juin, Rommel somme les troupes de Bir Hakeim de se rendre ; exaspéré par leur résistance, il décide d'en venir à bout en les bombardant pendant plusieurs jours avant de prendre le poste. L'eau et les munitions y sont presque épuisées. Le général Kœnig vient voir Susan dans son abri, pour la troisième fois en trois mois, et lui annonce la sortie à travers les lignes ennemies, prévue dans la nuit du lendemain, le 9 juin.

    Ne pouvant pas décrire ici les difficiles conditions et la chronologie de cet exploit, très détaillées dans le récit de Susan Travers, nous reproduisons un résumé d'un membre de l'association Bir-Hakeim :

    1 h 30 du matin. Le temps presse. Le général Kœnig pense qu’il faut payer d’exemple et que le reste de la garnison suivra, emporté par l’élan. C’est pourquoi il décide de s’engager derrière Bellec, pour essayer de trouver une passe dans le dispositif ennemi, pour que le reste des véhicules s’y engouffre. Le buste largement à l’extérieur du toit ouvrant de son véhicule PC, une Ford Utility, le général guide son chauffeur, Miss Susan Travers, la seule femme de Bir Hakeim, en donnant des impulsions du pied sur ses épaules. Amilakvari est monté à l’avant, à côté de la conductrice, après la destruction de son propre véhicule, et guide à la boussole. Au milieu du fracas des explosions, Susan Travers progresse, évitant les obstacles, la Ford est touchée par de nombreux impacts, et finit par se retrouver dans le silence. Ils sont passés, indemnes ! Puis après diverses péripéties, ils se perdent dans la nuit, isolés.

    Nous y ajoutons le point de vue du général Jean Simon, extrait de ses mémoires (La saga d'un Français libre, Presses de la Cité, 2000) :

    Très rapidement, les liaisons de commandement étant rompues, la sortie se transforma en une furieuse mêlée, sans aucune idée de manœuvres. Les Bren carriers et les fantassins avançaient droit devant eux. Les véhicules attendaient toujours que la voie fût ouverte. Assis sur le marchepied de la voiture du général Kœnig, je bavardai un long moment avec miss Travers. Nos heures de nuit étaient comptées. Nous avions la hantise d'être capturés au lever du jour. Kœnig donna enfin l'ordre de faire partir les véhicules par rafales. Les officiers entraînaient des groupes de dix à quinze véhicules.

    Les pneus, les radiateurs, les pare-brise furent plus ou moins percés par les balles. Qu'importait : Tout ce qui pouvait rouler fonçait droit devant. Le bruit des mitrailleuses, le fracas des explosions, les hurlements des hommes (ceux qui avaient peur, ceux qui voulaient se donner du courage, mais aussi ceux qui étaient blessés) créèrent en quelques minutes une incroyable confusion. "Le spectacle était étonnant", écrira Kœnig.

    C'est le moins qu'on puisse dire, en effet : des véhicules dont les conducteurs avaient été touchés entraient en collision, sautaient sur les mines ; d'autres brûlaient, éclairant d'une façon intempestive ceux qui les suivaient. Le spectacle était bien plus qu'étonnant : hallucinant : L'aspirant Jacques Bourdis découvrit dans un camion abandonné un blessé grave, à côté de trois tirailleurs tués. Il lui fit un pansement avant d'interpeller le père Lacoin, aumônier des fusiliers-marins, qui passait à proximité. Le prêtre lui répondit : "Ne vous en faîtes pas, mon vieux. Cette nuit, tout le monde ira au paradis !"

    Simone Veil a évoqué la Bataille de Bir Hakeim et Susan Travers dans l'éloge de son prédécesseur, Pierre Messmer, lors de sa réception à l'Académie Française, le 8 mars 2010.

    Le 18 juin 1942, le général de Gaulle adresse un message au général Kœnig :

    Le monde a reconnu la France, quand, à Bir Hakeim, un rayon de sa gloire renaissante est venu caresser le front sanglant de nos soldats.
    La bataille a fait plus de 700 morts ou disparus parmi les 2400 hommes qui défendaient Bir Hakeim. Quelques jours après, sur la route d'Alexandrie, point de regroupement de la brigade, la Ford Utility avance lentement en tête de convoi, pour que le général puisse saluer ses hommes. Dans la descente d'une colline, ses freins lâchent. Lors de la sortie de Bir Hakeim, une balle avait brisé le conduit de liquide des freins.

    La perte d'un ami, lors d'une bataille décisive contre l'Africakorps

    Après une semaine de repos et de détente à Alexandrie et au Caire, cette ville est bientôt soumise à la panique que provoque l'avancée des troupes de Rommel.

    Le général Montgomery, nouveau commandant de l'armée britannique, envoie les Français libres vers une petite station de chemin de fer, appelée El Alamein, ordonnant que les femmes soient évacuées du front. Contrairement aux infirmières qui obéissent, Susan décide, une nouvelle fois, de se faire passer pour un homme.
    Le 23 octobre commence la bataille qui marque un coup d'arrêt à la progression de l'Afrikakorps en Afrique du nord.

    La 1ère Brigade des Français libres a pour objectif de prendre le piton de l'Himeimat, qui s'élève à 80 mètres. Pris sous une rafale de mitrailleuses au pied de la falaise et ne pouvant s'enfuir, ils subissent de très lourdes pertes.

    Lorsqu'après l'accalmie, une ambulance américaine transporte à la tente servant d'hôpital le corps sans vie d'un officier, Susan pense, un moment, que son général est mort. Ce n'est pas lui mais elle est pétrifiée lorsque le chauffeur du lieutenant-colonel Amilakvari lui apprend qu'il s'agit du prince géorgien, le premier homme de la Légion qu'elle a intimement connu. Il a toujours refusé de porter son casque !

    Malgré cet échec, la bataille d'El Alamein, également très meurtrière pour les Britanniques, marque une victoire ; celle-ci est amère pour les troupes françaises qui sont envoyées à Gambut, dans la province lybienne de Tripolitaine.

    La manœuvre des femmes des généraux
    Susan est à Alexandrie avec le général Kœnig, lorsque son épouse arrive. Elle a été prévenue par la femme du commandant en chef, le général Catroux, qu'une radio italienne, dans une émission de propagande, a dévoilé que le héros de Bir Hakeim a emmené sa maîtresse sur le champ de bataille !

    Venant du Maroc, où elle vit en sécurité, elle monte en première ligne pour assurer la carrière de son époux. Celui-ci envoie Susan en congés à Port-Saïd. Bien qu'il évite, à son retour, qu'elles se rencontrent, elle se retrouvent face à face. Madame Kœnig la remercie d'avoir sauvé la vie de son mari.

    Au cours d'un trajet pour visiter un hôpital de campagne, Susan est à l'arrière de la voiture, conduite par le général, accompagné de l'officier chargé des transports. Il lui annonce que le général de Gaulle l'appelle en Tunisie et que les Britanniques lui demandent de ne plus avoir de femme comme chauffeur. Elle gardera son emploi mais rattachée à l'hôpital où ils se rendent. Elle ne réalise pas sa nouvelle situation jusqu'à ce que le nouveau chauffeur du général la recherche à la cantine pour lui demander, avec insistance, les clés de la voiture. Ce n'est pas seulement le véhicule, où elle a vécu tant de moments inoubliables, qui l'abandonne. Désespérée, Susan entreprend de quitter la vie, mais elle renonce ; sa mort serait inutile.

    Dangereux pèlerinage à Bir Hakeim
    Un nouveau chien lui tient compagnie pendant les mois suivants, au cours desquels elle transporte médecins et infirmières au front. Ravie, elle retrouve le charmant docteur Lotte, puis distante, le docteur Godou.

    Un séjour au Caire chez la belle-sœur de Dimitri lui redonne du tonus. Elle décide d'oublier le général, qui toutefois pense toujours à elle : apprenant qu'elle est malade, il lui rend visite avec un bouquet de roses.

    Pierre Kœnig la persuade de l'accompagner sur le lieu de leur exploit, en hommage à ceux qui y sont morts. Ils ne seront pas seuls, le docteur Godou et l'aumônier s'étant invités. Ils ne reconnaissent pas l'endroit nettoyé par une brigade française, chargée de construire un cimetière et d'ériger une grande Croix de Lorraine. Le général, toujours au volant, veut reprendre la route de leur échappée. Se retrouvant dans un champ de mines, il fait marche arrière ; une violente explosion projette la voiture en l'air. Susan, blessée, est transportée à l'hôpital par le docteur Godou qui, indemne comme le général, ne diagnostique que des contusions.

    En avril 1943, Susan retrouve un emploi de chauffeur d'ambulance à Enfidaville en Tunisie. Elle doit parcourir 2000 kilomètres en 11 jours sur des routes de montagne escarpées et très glissantes.

    Elle est présente lors de la dernière bataille avec l'Africakorps au Djebel Garci puis pour la reddition des allemands au Cap Bon.

    Dernières rencontres intimes en Tunisie
    Elle est à Tunis, lorsque la victoire du 12 mai y est fêtée. Un campement est établi à Zuara, un lieu où le désert rejoint la Méditerranée. Le repos et les bains de mer sont bienvenus.

    Surprise, elle y découvre la Ford Utility et la camionnette du général Kœnig. Alors qu'elle surveille ses déplacements depuis quelques jours, l'officier de service du général lui apporte, en guise de message, le journal de la compagnie où il n'a inscrit que son propre nom. Le soir, ils se retrouvent autour d'un verre de vin. Leurs rencontres nocturnes durent quelques semaines, au risque de briser la carrière et le mariage du général. Un malentendu, consécutif à la défaillance du messager, marque la fin de leur relation.

    Promu général de division, Pierre Kœnig rejoint Charles de Gaulle à Alger pour participer à l'organisation du gouvernement provisoire de la République française.

    Dans quelques mois, Susan s'embarquera avec les Français libres, cantonnés à Hammamet, pour participer à la libération de l'Italie puis de la France. Ils ne se reverront que pendant quelques semaines en 1945 à Paris, alors qu'il sera commandant des F.F.I. et gouverneur militaire de Paris. Elle aura été promue au grade d'adjudant-chef. Leur rencontre suivante, en 1958, sera l'ultime : tous deux seront très émus lorsqu'il lui remettra la Médaille militaire.

    Retour sur la jeunesse de Susan
    Peu après l'armistice de mai 1945, une Anglaise âgée de 35 ans se promène sur la Promenade des Anglais.

    En treillis militaire américain, maigre, les traits tirés, elle se rappelle le temps où elle y paradait, portant une robe élégante et un chapeau cloche, au bras de l'un de ses prétendants.

    Elle se rend compte des changements que les événements, auxquels elle a participé, ont opéré en elle : la créature superficielle est devenue celle qu'elle rêvait d'être dans son enfance et dont son père serait fier.

    Dans sa jeunesse, garçon manqué, elle admire ce père, officier de la marine britannique, et veut lui ressembler. Voyant en lui un héros, volontaire pour aller à la guerre alors qu'en 1914 il a pris sa retraite, son ambition est de marcher sur ses pas pour susciter son admiration. Il a rencontré sa future épouse, très fortunée, lors d'une soirée sur le Britannia, le navire de la Reine. Susan n'a que peu de contacts avec sa mère, assez mal traitée par son époux, plus âgé de 18 ans. Son enfance est très disciplinée et étroitement surveillée.

    Ils habitent une villa victorienne de Torquay sur la "Riviera anglaise", en compagnie d'un labrador noir, de son frère aîné qui la méprise, d'une grand-mère charmante et moderne, de la tante Hilda, de nurses et de gouvernantes.

    En plus des matières de base, elle apprend la natation et le français. Elle gardera un très mauvais souvenir de la pension dans l'Oxfordshire où, pendant 3 années jusqu'à l'âge de 12 ans, elle est malheureuse en dehors des terrains de sport mais elle s'endurcit.
    En 1921, la famille s'installe sur la "Riviera française" à Cannes dans un hôtel de style provençal, entouré d'arbres et de fleurs, puis dans une jolie villa perchée sur la colline.

    La championne de tennis de l'époque, Suzanne Lenglen, habite à Cannes où elle joue ainsi que dans son club de Nice.

    Le père de Susan, qui a été un excellent joueur de tennis, décide de faire de sa fille une athlète de compétition. Elle prend, chaque jour, des leçons avec des professionnels et s'entraîne avec lui ; gagnant chaque partie avec elle, son père ne lui fait jamais de compliment pour ses progrès.

    A 16 ans, elle se sent néanmoins seule, prisonnière de ses parents, traitée en enfant malgré sa transformation en belle jeune fille. Elle lit beaucoup, en anglais et en français, qu'elle parle déjà couramment.

    Rêvant de voyages lointains et d'aventures, elle est envoyée dans une école de Florence pour compléter son éducation.

    Se sentant enfin libre, elle est charmée par l'Italie et par la ville des Medicis, qu'elle découvre, surveillée par Miss Penrose, la directrice, chargée de veiller sur la vertu de ses pensionnaires.

    Celle-ci ne les accompagne pas pendant un séjour à Rome sur le trajet du retour à Cannes pour des vacances de Noël en famille.

    Susan n'y découvre pas que la ville antique, laissant son enfance derrière elle !

    Alors que seuls les hommes conduisent alors des voitures, elle prend une résolution qui aura une grande importance dans sa vie future : elle persuade ses parents de lui payer des leçons de conduite.

    Son père lui apprend à réparer et à entretenir sa vieille automobile Cottin-Desgouttes.

    Dans les années 1930, elle voyage dans toute l'Europe pour participer à des compétitions de tennis, menant une vie trépidante, multipliant les liaisons, buvant du champagne et fumant des cigarettes.

    Toujours sous le contrôle de ses parents, elle est envoyée à Londres chez sa tante Hilda.

    Célibataire, aquarelliste, mélomane et violoniste, celle-ci a dans la haute société de nombreux amis, qui les invitent souvent à dîner.

    Après ce bref et heureux séjour, elle refuse de retourner chez ses parents ...

    ... et rejoint son frère, pianiste à Vienne, en Autriche.

    De là, elle va skier dans le Haut Tyrol et jouer au tennis à Budapest, ville où elle se rend, un jour, depuis Belgrade en avion pour un baptême de l'air.

    Elle continue à fréquenter les stations balnéaires et sportives chics, vêtues de vêtements masculins, comme certaines femmes de l'époque qui participent ainsi à leur "libération".

    Les débuts de la guerre

    Élève-infirmière à Poitiers

    Susan passe l'été 1939 en France dans le château d'une amie américaine près de Chatellerault, lorsque la radio annonce la déclaration de la guerre. Se sentant française, 18 ans après avoir quitté l'Angleterre, elle décide de rester dans notre pays.

    Elle se porte volontaire comme chauffeur d'ambulance de la Croix-Rouge mais, pour être acceptée, elle doit d'abord recevoir une formation d'infirmière. Pendant son stage de 3 mois à l'hôpital de Poitiers, maladroite et impatiente de pouvoir conduire une ambulance, elle ne montre pas de grandes qualités d'aide-soignante mais elle obtient néanmoins son diplôme.

    Infirmière en Scandinavie
    Proposant ses services pour se rendre, comme chauffeur d'ambulance, sur le front en Finlande, elle reçoit d'abord une réponse négative. Son diplôme d'infirmière intéressant davantage la Croix-Rouge, elle est est enrôlée, début mars 1940, dans un corps expéditionnaire composé de 6 ambulances et leurs chauffeurs ainsi que d'une dizaine d'infirmières.

    Un train jusqu'à Amsterdam puis des avions les transportent à Stockholm. La fin de la bataille très meurtrière, avec la capitulation des Finlandais, les contraint à y rester.

    Susan attend chez le maire, qui la loge, la décision des autorités de laisser les membres de l'expédition entrer en Finlande. Ils s'embarquent sur un bateau de pêche, dans un froid extrême, jusqu'au port d'Abo, d'où ils rejoignent l'hôpital d'Helsinki. Après l'invasion du Danemark et de la Norvège par les Allemands, lorsqu'en mai 1940 c'est le tour de la Hollande et la Belgique, ils se trouvent dans la petite ville de Norrmark, où ils ont installé un hôpital de fortune. Lorsqu'elles doivent rentrer en France, les soldats finlandais en convalescence, que soignent Susan et ses collègues, organisent une fête pour les remercier.

    Réponse à l'appel de Londres
    Souhaitant retourner au front dès que possible, elle capte avec ses amies infirmières l'appel du général de Gaulle.

    Quittant son pays d'adoption, tombé entre des mains ennemies, elle s'embarque vers son pays d'origine.

    Après une très difficile traversée dans la tempête et entre les mines, elle arrive, épuisée, chez sa tante Hilda à Londres.

    Après avoir contacté, en vain, toutes ses relations de Londres pour essayer d'entrer dans l'action, elle apprend que les Français libres recherchent des infirmières et des chauffeurs. Au Q.G. du général, Miss Ford, la responsable des infirmières, l'engage sur le champ au grade de sergent. Après avoir trouvé un uniforme et s'être fait vacciner, elle attend son départ en rendant visite à ses parents à Folkestone.

    Malgré le temps passé depuis leur dernière rencontre, l'accueil n'est pas très chaleureux. Elle est témoin, avec sa famille, des premiers combats aériens, au dessus du port, de la bataille d'Angleterre. Elle rentre à Londres, alors que les bombardements viennent d'y commencer. Elle achète la baignoire de toile, le lit pliant et quelques vêtements qui lui seront nécessaires et rejoint Liverpool en train.

    La femme mince aux cheveux courts, vêtue de gris, n'est plus la jeune fille, habillée luxueusement qui menait une vie oisive à travers une Europe paisible.

    Fin août, elle s'embarque vers Dakar dans un groupe de 10 infirmières anglaises, belges et françaises parmi un millier d'hommes composant la nouvelle 13ème demi-brigade de la Légion Etrangère.

    Après la guerre

    Courtes retrouvailles avec le général Kœnig.
    Après l'armistice, Susan souhaite rester avec la Légion, sa famille d'adoption. Au volant de sa vieille ambulance, elle décide de retrouver Pierre Kœnig à Paris.

    Elle participe, avec les Français libres, au défilé de la victoire devant le général de Gaulle, après avoir refusé cet honneur.

    Sa brève rencontre avec son général, gardant les distances dans son somptueux bureau des Invalides, ne semble avoir qu'un seul résultat : l'attribution d'une suite dans un hôtel voisin des Champs-Elysées, plus proche que la maison de Meaux, où elle a difficilement trouvé une chambre. Elle y retrouve le luxe oublié et l'oisiveté.

    Mais bientôt, Susan y rencontre Pierre dès que ses importantes responsabilités le lui permettent. Parfois, il vient la chercher avec son nouveau chauffeur, pour prendre un verre ou dîner tendrement.

    Il est toujours attaché à son épouse, dont la maladie le pousse à déclarer : "La Miss, si ma femme meurt, j'aimerais vous épouser. Nous avons traversé bien des épreuves, tous les deux, et je crois qu'on s'entendrait bien." L'état de Madame Kœnig s'améliore dans les semaines suivantes ; Pierre s'éloigne, happé par ses occupations auprès du général de Gaulle.
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    Susan Travers Empty Re: Susan Travers

    Message par tarmac


    Une femme dans la légion
    Susan prend un emploi au Bureau des personnes déplacées, orientant les nombreux étrangers réfugiés à Paris. S'ennuyant, elle voudrait rejoindre la Légion, où aucune femme n'est jamais entrée depuis sa création en 1831.

    Poussée par le commandant Arnault, chargé du recrutement, qui avait été son supérieur au cours de ses aventures avec la Légion, elle remplit le formulaire de candidature. Il n'y est pas demandé de préciser son sexe mais elle peut y mentionner son grade, sergent-chef, et ses états de service.

    Les candidats n'ont pas à se soumettre à une visite médicale. Fin juin 1945, la commission qui examine trente mille demandes, l'admet dans les rangs de la Légion étrangère française, dans sa division Logistique. Le général Kœnig, qui en fait partie, est-il intervenu pour la remercier de lui avoir sauvé la vie ?

    Avant de se rendre en Tunisie, où elle est affectée, Susan rend visite à ses parents dans le Kent.
    - Comment s'est passé ta guerre, Susan ?
    - Assez tranquille.
    Ce sont les seuls mots échangés avec son père à propos de l'intense période qui vient de se dérouler. Lorsqu'elle leur annonce qu'elle vient de s'engager dans la Légion étrangère, après un instant de stupéfaction de ses parents, son père admet qu'elle peut enfin mener la vie qu'elle a choisie.

    Nouvelle rencontre en Tunisie
    L'avion du général gouverneur militaire de la Tunisie la transporte de Paris à Sousse. En guise d'uniforme n'existant pas pour les femmes, elle adapte une jupe droite kaki. Le camp occupe une situation agréable dans les environs de l'ancienne cité romaine d'Hadrumète.

    Au "foyer des Légionnaires", comprenant un bar et une cantine, elle est chargée de la gestion du personnel et de la comptabilité ainsi que du choix et de l'achat des vins (par tonneaux transportés sur une carriole tirée par une mule).

    La Miss, comme l'appellent toujours les Légionnaires, fait la connaissance d'un jeune sous-officier, qui a fait la guerre dans le 6ème régiment de la Légion. Elle a déjà croisé, quelques mois plus tôt, cet alsacien, Nicolas Schlegelmilch, dans une cantine du camp des Légionnaires en région parisienne. Elle s'attache à cet homme joyeux et intelligent, qui la respecte et la fait rire. Leur relation devient intime.

    Bonheur en Indochine
    En février 1946, tous deux suivent à Saïgon, en Indochine, la 13ème DBLE, envoyée pour y restaurer l'ordre.

    Tandis que Nicolas se bat contre les rebelles du Viêt-minh, Susan est d'abord chargée du ravitaillement de la base de Hoc-Mon et du bar des hommes.
    Ensuite, son expérience lui permet d'échapper à la vie monotone de la base, pour transporter en ambulance jusqu'à l'hôpital les blessés et les morts des deux camps. La malaria et la dysenterie font également des ravages.

    Parfois, pour échapper à la chaleur et aux mouches, elle va passer le week-end, par une route périlleuse, dans les montagnes de Da Lat, où les officiers et leurs épouses ont pris l'habitude de se reposer.

    Nicolas propose à Susan, qui attend un enfant, de l'épouser. Le mariage est célébré simplement à la mairie et à l'église catholique de Hoc-Mon. Quelques uns des officiers de la Légion, qu'elle a connus pendant la guerre mondiale, sont présents en Indochine et y assistent.

    Ils habitent un petit appartement, au dessus du théâtre de la ville. En septembre 1947, la naissance de François à la clinique Saint-Paul de Saïgon est fêtée joyeusement par les sous-officiers de la Légion. Après le transfert du camp à Saïgon, la famille Schlegelmilch vit, dans le bonheur, à proximité dans une petite villa de Jardine.

    Susan décide alors de quitter la Légion afin "de mieux assumer son devoir de mère et d'épouse". Les deux années suivantes sont heureuses, à part les combats dont une embuscade, au cours de laquelle plus d'une centaine de Français, dont des anciens de la Légion, sont tués, blessés ou fait prisonniers.

    Solitude au Maroc
    En 1948, Susan suit son époux transféré à la base de Meknes, où la Légion est chargée de maintenir le protectorat français et de faire respecter l'ordre. Avant de s'y installer, Susan fait un bref séjour chez ses parents dans le Kent pour leur présenter son fils ; son père est enfin fier d'elle. La communication avec Susan n'aura toutefois pas pu se rétablir, lorsqu'il décédera en 1952, suivi quelques mois après, par son épouse.

    La famille emménage dans une petite maison du village d'El-Hajeb, non loin de la garnison. L'accueil du camp n'est pas très chaleureux.

    Susan se retrouve seule avec son deuxième fils, Tom, né en avril 1949, lorsque Nicolas est rappelé en Indochine où la situation s'est fortement dégradée.

    Ancien officier, épouse de sous-officier, elle n'appartient à aucune des deux communautés qui vivent côte à côte. Les épouses d'officiers montrent leur désapprobation, sans l'aider, lorsqu'elle confie ses fils à des femmes indigènes pour subir une opération chirurgicale.

    Dépressive, les enfants réagissant mal à l'absence de leur père, elle apprend bientôt que Nicolas a failli mourir d'une dysenterie amibienne, qui le maintient hospitalisé. Il revient, un an et demi après son départ, très maigre et affaibli, et doit passer sa convalescence à l'hôpital de Meknes. Renvoyé dans son régiment, il a des difficultés à rentrer à la maison pour reprendre la vie de couple.

    Nicolas perd également l'amour de la Légion et démissionne, peu après son transfert en Algérie, où commence la guerre d'indépendance.

    Une famille ordinaire
    La vie continue à Villennes

    En 1950, la famille revient à la vie civile en France. Un ami procure à Nicolas un travail d'archiviste à Montpellier chez Elf-Petroleum, qui est bientôt transféré à Villennes puis à Paris. Susan entre avec ennui et frustration dans sa nouvelle existence de femme au foyer.

    La famille Schlegelmilch acquiert une ancienne maison de la ruelle de la Lombarde à Villennes. Les anciens Légionnaires y mènent une existence anonyme. Comme de nombreux habitants du village, Nicolas se rend, chaque jour, en train, à son travail à Paris chez Elf puis à la Banque France-Allemagne.

    La lecture, en compagnie de leur chiens, est leur principal loisir.

    Les deux enfants ne fréquenteront pas l'école communale jusqu'au collège ; ils sont envoyés faire leurs études dans des pensions en Angleterre.

    L'aîné deviendra professeur de sciences, le second journaliste.

    Souvenirs et honneurs
    En cure thermale dans les Pyrénées à la fin des années 1950, Susan brûle ses carnets secrets, qui contiennent les notes prises au cours de ses aventures avec la Légion, après en avoir rédigé une version expurgée de ses expériences personnelles.

    Elle n'évoque jamais la période de la guerre avec son époux. Seules la remise de la Médaille militaire par le ministre de la défense, Pierre Kœnig, en 1956, ainsi que les rencontres avec M. Celerier, le dentiste, et avec la belle-sœur de Dimitri font resurgir les souvenirs. C'est elle qui lui apprend le décès de son cher général en septembre 1970. Dans ses souvenirs publiés, un an plus tard, il a écrit qu'elle était "respectée et aimée par toute la division", qui l'avait adoptée "en tant qu'homme honoraire d'un courage exceptionnel".

    Susan assiste, en 1974, à une cérémonie en l'honneur de Pierre Kœnig, élevé au rang de maréchal à titre posthume, sur la place de la Porte Maillot qui portera son nom.

    Un monument sera réalisé par Albert Féraud et inauguré en 1984.

    Rares sont ceux auxquels elle montre, avec nostalgie et fierté, sa collection de médailles :

    - Croix de guerre 1939-1945 avec étoile de vermeil et palme ;
    - Médaille commémorative 1939-1945 avec agrafes Afrique, Italie et Libération ;
    - Médaille coloniale ;
    - Croix d'honneur du mérite syrien ;
    - Croix de la Liberté finlandaise ;
    - Officier de l'Ordre du Nichan Iftikhar (Tunisie)...

    Une autre, la plus prestigieuse, viendra bientôt la compléter. Le général Hugo Geoffrey, qu'elle avait rencontré, jeune aspirant, sur un cargo britannique entre Bizerte et Naples, lui remettra, en 1996, la croix de chevalier de la Légion d'honneur.

    Voici le début d'un article du journal Libération qui a relaté cette cérémonie insolite dans une résidence pour personnes âgées de Savigny-sur-Orge (Essone) où elle habitait alors :

    Les légions dangereuses par Pascale Nivelle
    Qu'est-ce que le Boudin venait donc faire dans un endroit pareil ? Quand le clairon a attaqué l'hymne de la Légion, la maison de retraite de Savigny-sur-Orge a sursauté.
    Dans le salon, un général et quelques officiers voûtés par l'arthrite, avec képis blancs et décorations. Ils n'avaient pas l'air de plaisanter, en accrochant la Légion d'honneur au col de tweed de madame Schlegelmich, pensionnaire du premier étage.

    Ce jour de 1996, on découvrit que cette délicieuse Anglaise parfois un peu autoritaire, toujours prête a offrir un chocolate, avait été, dans une autre vie, l'adjudant-chef Susan Travers. La seule femme enrôlée dans la Légion, rescapée de Bir Hakeim. Une héroïne de la dernière guerre, « chauffeur du général Kœnig pendant les campagnes de Syrie et Lybie, légionnaire en Indochine ensuite », disait la citation. On comprit que les décorations accrochées dans son petit studio n'étaient pas celles du mari légionnaire, Nicholas Schlegelmich, emporté par les maladies coloniales. Mais, goodness gracious, on ne savait pas tout encore.

    Susan attendait qu'ils soient tous morts. Son mari, le maréchal Kœnig, sa femme, les derniers de Bir Hakeim. Raconter toute l'histoire avant aurait déplu à « Pierre » (Marie-Pierre Kœnig, vainqueur du maréchal Rommel à Bir Hakeim, commandant en chef des troupes françaises en Allemagne, deux fois ministre de la Guerre). Tout le monde au panthéon, l'adjudant-chef ouvre la boîte de ses souvenirs, et livre ce qui manquait à la sèche citation: l'amour, le sexe, l'aventure.

    Et peu importe le « shocking »! Assise toute droite, jambes écartées, la jupe remontée sur les genoux, l'air d'un colonel de l'armée des Indes sur un champ de manoeuvres, elle fait juste « Ah, ah! ». D'une voix de basse, avec un petit sourire très content de soi.

    Villennes pour l'éternité
    Nicolas Schlegelmilch, né en 1913, décède d'un cancer, en 1994, et est inhumé dans le cimetière de Villennes (sur la croix placée sur sa tombe est inscrit le prénom Philibert, le premier qu'il avait pour l'état-civil).

    Bien qu'elle ait fini sa vie dans l'EHPAD Les Magnolias à Ballainvilliers (Essone), Susan Travers est revenue à Villennes ; ses cendres ont été dispersées par ses deux fils autour de la tombe de son époux, leur père.

    Patrick Jeudy a réalisé, en 2017, le film Susan, l'héroïne cachée de Bir Hakeim, avec le soutien de la direction des patrimoines, de la mémoire et des archives du ministère des armées.

    Susan Travers St10

    Retraçant l'existence de Susan Travers, il présente surtout l'épisode de la bataille de Bir Hakeim et sa liaison avec Pierre Kœnig, qui aurait été la raison de son "effacement" de la mémoire officielle.





    histoire.villennes
    tarmac
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    Susan Travers Empty Re: Susan Travers

    Message par CASTOR2

    Merci pour cette histoire extraordinaire.
    Une Miss au parcours hors du commun…
    Susan Travers Site_b10

    Extrait de son récit de la sortie de Bir Hakeim dans la nuit du 10 au 11 juin 1942

    …..
    Par cette nuit sans lune, il faisait un froid terrible, et on était fin prêts.  Le général s'assit sur le siège passager, regarda droit devant lui et me dit d'une voix très calme:
    - Pour notre sauvegarde à tous les deux, vous ferez très exactement ce que je vous dirai quand je vous le dirai.  Je serai sur le siège arrière juste derrière vous et surveillerai les opérations par l'ouverture du toit.  On suivra la route F, que nous avons prise un nombre incalculable de fois pendant les colonnes Jock. « j’aurai un pied sur votre épaule droite et un pied sur votre épaule gauche.  Un coup sur votre épaule droite et vous ralentissez.  Un coup sur votre épaule gauche et vous vous arrêtez.  Si j'appuie plus fort sur l'une ou l'autre épaule, vous devrez accélérer. Puis il se tourna vers moi pour la première fois et me dit très posément:
    - Vous avez compris?
    incapable de parler tellement j'avais la gorge nouée, j’acquiesçai vigoureusement de la tête, manquant faire valser mon béret.
    - Et au nom du ciel, mettez votre casque, ajouta-t-il en feignant la colère.
    J'essayai de lui rendre son sourire, pris mon casque posé sur mes genoux et me l'enfonçai jusqu'aux oreilles…

    Tiré du site de la promotion Bir Hakeim sur lequel figurent d’autres documents la concernant:
    https://www.birhakeim-association.org/miss-travers.html
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