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    Lucien Bodard

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    Message par suspente



    Lucien Bodard est un écrivain et journaliste français.

    Lucien Bodard  Lb10

    Fils d'Albert Bodard, consul à Chengdu, il vécut dix ans en Chine avant de partir avec sa mère pour la France pour intégrer l’École des Roches en Normandie, puis ses études le mèneront à un diplôme de sciences politiques. Il rejoint l'Afrique du Nord, puis Londres, en 1940.

    Il commence sa carrière de journaliste en 1944 au sein de la section presse-information du gouvernement provisoire et couvre l'actualité de l'Extrême-Orient. En 1948, il devient grand reporter au sein de l'équipe de France-Soir dirigée par Pierre Lazareff.
    Il est notamment correspondant de guerre en Indochine de 1948 à 1954.
    Sa connaissance profonde de la réalité asiatique sur le terrain lui a permis de jeter un regard incisif sur le premier conflit indochinois qu'il a couvert.
    Correspondant pour l'Extrême-Orient basé à Hong Kong (1955-1960), il découvre ensuite l'Afrique du Nord, puis les autres conflits dans le reste du monde, de l'Algérie à l'Irlande, et plus tard l'Amérique du Sud. Journaliste engagé, il n'hésite pas à dénoncer par exemple le génocide des Indiens au Brésil ("Le Massacre des indiens", 1969).

    Bodard a eu ses entrées dans l'état-major du Corps expéditionnaire français en Extrême-Orient (CFEO), auprès de l'empereur Bao Dai, mais aussi chez des acteurs de moindre envergure comme l'administrateur civil de Cao Bang ou Deo Van Long, un chef Thai du Nord-Ouest du Tonkin.

    A l'âge de 60 ans, il opère une transition totale vers l'écriture et une seconde carrière de romancier à succès.

    Ses livres "Monsieur le Consul" (1973), qui lui vaut le prix Interallié en 1973, et "Le fils du Consul" (1975) sont semi-autobiographiques.

    Dans "Anne Marie" (1981), qui lui vaut le prix Goncourt en 1981, il évoque encore plus précisément la figure de sa mère et de Philippe Berthelot, diplomate éminent qui a lancé la carrière diplomatique de son père.

    La vie du colossal Lucien est son plus grand reportage. Son talent a fait de l'ombre à plus d'un. Olivier Weber raconte.
    Menhir bourru, paupières de crocodile, Lucien Bodard, du haut de son 1,93 mètre et de ses 83 ans, ou assis sur ses 97 kilos et ses quelques milliers d'articles, «Gros Lulu», transformé en «Lulu le Grand» après un Interallié et un Goncourt, à égale distance de l'admiration, de la jalousie et de la perplexité, bref, notre auteur, comme on dit en Sorbonne, pourrait ruminer ses cinq chances: une famille excentrique, un tempérament dépressif, des pays-continents obsédants, des femmes éditeurs-amantes, et, enfin, un talent d'écrivain-journaliste formidable, irritant et bien français. Le Robert: «Irritant: qui agit fortement sur les nerfs... excite sensuellement.»

    Bon pied, bon oeil, la pagaie vigoureuse dans le fleuve rouge et jaune et bleu de cette vie bouillonnante, Olivier Weber évite les écueils du biophage ou de l'hagiographe: beau et gros cadeau, il nous offre l'avant-dernier roman de Bodard, l'un de ses meilleurs, sa vie - et, alléluia, sans asséner les fréquents résumés lyophilisés des oeuvres.
    Lucien paraît en 1914, avec le XXe siècle. Le XIXe se traîna, avec ses crinolines, jusqu'à la Grande Guerre. Méritocrate un rien magouilleur, rejeton d'un marchand de meubles, Albert, père de Lucien, se fit traiter de «maquignon» par son épousée le soir de ses noces.

    L'accueil laisse des traces. Donc Albert, vice-consul de deuxième classe, protégé du diplomate Philippe Berthelot, fit plutôt sa cour aux seigneurs de la guerre en Chine, où Lulu naquit par mégarde. Cette Chine attendait Tchang Kaï-chek et Mao Tsé-toung. La gouvernante de Lulu, son ama, Li, caressa beaucoup l'enfant-roi, qui, chaque jour, contemplait démembrements ou tortures en tout genre et des rangées de têtes proprement ou salement coupées. Il reniflait les puanteurs des rues et les parfums des bordels de Chengdu et de Chongqing. Le Ve arrondissement de Paris et le lycée Henri-IV ne fournissent pas cette éducation de mort, cette culture d'amour qui occuperont Bodard comme un corps d'armée occupe un pays. Cette Chine est la source de ses rêves et de ses cauchemars, le large et profond lac de son imagination.
    Même lorsqu'il débarque en Grèce, en Algérie ou, surtout, en Indochine. On conçoit que, après cette succulente enfance, barbare, choyée, raffinée, l'adolescent se languisse un peu à l'école des Roches. Dans l'Eure, on ne menait pas les écoliers aux exécutions capitales. De naissance, Bodard trimbale la nostalgie de cette Asie-là. Elle vit en lui. Il vit d'elle. Il n'a pas été la chercher comme Segalen, Malraux ou Greene. Pour lui, la guerre ne sera pas un divertissement conceptuel - même si les guerres l'amuseront en le fascinant. Dès 18 ans, il a une vision pessimiste du monde et de l'humanité - pas toujours des hommes ou des femmes. Quand il traversait librement l'Ecole libre des sciences politiques ou pilotait sa Bugatti rouge, le dandysme le guettait. Sublime désastre: Anne-Marie, sa mère, ne l'aimait pas, elle l'adorait, et manqua le détruire. Superbe victoire: en huit mois de thérapie, ce fils échappa à quelques névroses et à sa mère folle pour la retrouver, beaucoup plus tard, dans la littérature. L'existence d'Anne-Marie éprise de Berthelot suggère un vaudeville réécrit par Strindberg.

    Son métier, reporter
    Le 6 février 1934, Lucien Bodard constate que la gauche comme la droite veulent foutre la République par terre. Dès ce jour, il refuse toute idéologie et se méfie avant l'heure des fascistes noirs, blancs ou rouges. Il prend un pli critique. A la Libération, revenu du camp de Miranda, d'Alger et d'Angleterre, deuxième classe déguisé en lieutenant, Bodard patauge. Sa première femme légitime, Mag, le pousse, le redresse s'il dérape: «Tu réussiras à avoir de l'argent, à ne plus être déprimé, à devenir ambassadeur ou à ne plus salir tes vêtements si tu travailles et si tu fais attention.»

    Avec une désinvolte passion et une feinte négligence, un oeil sur Albert Londres, l'autre sur Joseph Kessel, après quelques gammes, Bodard pénètre France-Soir comme une balle dum-dum - le flamboyant France-Soir, celui de Lazareff: «De la couleur, coco! Un journaliste est fait pour être lu.» Se délestant d'un trop-plein d'adjectifs ou de métaphores, salaire convenable et notes de frais à gogo, atteignant vite la Une que lui accorde Lazareff, Lucien Bodard apprend son métier, reporter - celui qui rapporte des faits, des informations, une intrigue, des personnages.

    La IVe République offrait à Bodard une guerre d'Indochine sur mesure. «Il brode souvent», disaient les uns, épatés. «Il bidonne également», coassaient d'autres, chétifs du style. Reste qu'aujourd'hui les historiens saluent sa trilogie, L'Enlisement, L'Humiliation, L'Aventure, son chef-d'oeuvre peut-être. «Chez Bodard, rien n'est exact, mais tout est vrai», soupirent les survivants. Prions, mes frères et confrères. La vérité de Bodard défie le principe du tout-organique. A la relecture de ses livres ou de ses articles surgit une puissante description de la société indochinoise au-delà de ses célèbres portraits. Ainsi, celui de De Lattre de Tassigny: qui posséda l'autre dans le ballet de la séduction? Bodard, aux points. Bodard fut sacré «réac» par certains stratèges et dialecticiens parisiens. Comme Simone de Beauvoir le vomissait! En 1997, les meilleurs sinologues reconnaissent sa perspicacité. Double tort: il eut de la patte et de la plume, et trop souvent raison.
    Vingt livres, la somme est là, fiction et documents liés. Weber donne furieusement envie de les reprendre.

    Beaucoup de belles passent aussi dans cette vie inquiète que l'opium et les voyages n'apaisèrent pas. Elles sont esquissées ici, avec leurs tendresses et quelques engueulades. La vie, en somme, décapée de ses hypocrisies. Trois maîtresses femmes se détachent: après Mag, qui tomba dans le cinéma et les bras de Lazareff, Marie Cardinal et Marie-Françoise Leclerc; elles encouragèrent et polirent l'écrivain qui s'arrachait des phrases comme ses tripes. Elles trièrent et coupèrent. Allez, Lulu! Un homme mérite ses femmes, et vice versa.
    Falstaff, roméo, lucide, maladroit, sceptique, cynique, innocent les mains pleines, par coquetterie sans doute, Lulu se croit plus doué pour l'amitié que pour l'amour. Mais, bougre de Bodard, à votre âge, vous devriez le savoir: elles sont aussi nos meilleures amies. Regardez-vous donc sur le fastueux et solide palanquin de cette biographie.
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    Lucien Bodard  Empty Re: Lucien Bodard

    Message par LANG

    Merci suspente pour cette mise en pleine lumière d'un écrivain un peu oublié…


    «Chez Bodard, rien n'est exact, mais tout est vrai»

    Lucien Bodard  Ecpad_11
    (Bodard et De Lattre en1951 photo ECPAD)

    Lucien Bodard  Bodard11
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    Lucien Bodard  Empty Re: Lucien Bodard

    Message par LANG

    La guerre d’Indochine : récit de l’enlisement, par Lucien Bodard
    (Publié le 12 octobre 2019 - par Thierry Michaud-Nérard)

    Lucien Bodard  Dien_b10

    Lucien Bodard explique comment un Corps Expéditionnaire magnifique a pu se faire écraser au bout de sept ans par des guérilleros misérables et dépourvus de tout au début. Le lendemain de la défaite de Dien Bien Phu, dans la ville qui agonise, l’armée française, c’est la revue des ombres, des survivants, des hommes brisés moralement et physiquement, (vaincus) par la pureté cruelle et impitoyable des Vietminh.
    Mais c’était l’Enlisement. On pacifiait mais on n’arrivait pas à tuer la guérilla. Et puis ce sera l’embourbement quand l’on aura remis le pouvoir à Bao-Dai, réfugié dans la négation et la débauche !
    Chez les hommes, tout était porté à l’extrême, le pur et l’impur, la bonté et le sadisme. Mais les Viets avaient dans leurs repaires gardé leur vertu rouge. Mais l’on avait oublié que Giap formait sur sa frontière de Chine une armée de choc d’hommes-fourmis. Surtout, l’on n’avait pas compris ce que signifiait la victoire de Mao en 1949. Et, en moins d’un an, on allait tomber de l’Enlisement dans l’orgueil à l’Humiliation de la défaite.
    Après cela, la guerre d’Indochine traînera, mais elle était déjà condamnée.
    À côté de moi, un colonel pleure : « Je n’aurais jamais cru que les Vietminh puissent anéantir en une nuit nos douze mille meilleurs combattants d’Indochine formés en carré. »
    La souffrance est d’autant plus grande que l’espérance s’était insidieusement glissée dans les cœurs.
    On s’était persuadé que ce serait le salut si le réduit tenait encore quelque temps.
    Ces illusions avaient gagné les états-majors qui commençaient à croire à l’usure des Vietminh. Dans la nuit qui précéda le drame, le commandant avait fait larguer un bataillon de parachutistes. À de Castries qui l’avait réclamé depuis des semaines, il l’avait refusé, pour ne pas accroître le nombre des sacrifiés. Puis, juste avant la catastrophe, il avait pris la décision, comme si sa foi avait soudain augmenté.
    On ne sait toujours pas pourquoi Dien Bien Phu est tombé. Il est probable que le réduit français de la jungle craqua à la façon d’un cœur malade. Un colonel donne son opinion : « Un des mystères de la guerre, c’est l’effondrement. On ne peut jamais prévoir le moment où, pour une troupe ou une garnison, l’épuisement amène la fin. Cela s’écroule tout à coup. » Le deuil et l’amertume accablent le Corps Expéditionnaire.
    Car, pour tous les combattants du Tonkin et de l’Indochine, Dien Bien Phu, c’était plus que la vie.
    Dans toute l’Indochine, des cuisiniers, des plantons, des secrétaires, furent volontaires pour sauter dans la fournaise. Des hommes, à dix jours de leur rapatriement, exigeaient d’être parachutés. Quand on les avertissait qu’ils allaient à la mort ou à la captivité, ils répondaient : « Peu importe. »
    Un soldat blessé à l’œil à Dien Bien Phu, au début de la bataille, avait été ramené hors de l’enfer, par un des derniers avions sanitaires. Une semaine avant le désastre, alors qu’il n’était pas guéri, il demanda à sauter dans la cuvette condamnée : « Mon frère y est. Je veux le rejoindre. »
    Dans la ville d’après la défaite, des paras boivent effroyablement. Ils sont soldats d’une compagnie de réserve qui n’a pas été larguée. Honteux d’être en vie et en liberté, ils supplient qu’on les « droppe » dans la jungle de Dien Bien Phu. Ils veulent tomber du ciel pour libérer les camarades de leur bataillon.
    Dans le reste de la ville, des militaires au visage dur se taisent. Ils répugnent même à parler, à avouer leur peine. Pour quelques civils, l’ignorance est un dernier bonheur…
    C’est le radio de Dien Bien Phu qui lança le dernier message du P.C. de Castries. Il avait dit simplement dans l’appareil, pour son ami radio : « Les Viets sont à vingt mètres ! Adieu, mon pote ! »
    Dans la ville, les Vietnamiens montrent toute l’indifférence de l’Asie, pas une geste de défi envers les Français, pas non plus un sourire ou une bonne parole. On pourrait croire qu’ils ignorent les événements, mais ils sont déjà au courant. L’impassibilité de l’Orient ne m’est jamais apparue aussi souveraine et cruelle.
    Les civils français sont peu à peu pris d’inquiétude. Après avoir cru, pendant des années, au dogme de la supériorité des Français, ils découvrent que les Vietminh peuvent gagner. Menacés dans leur prospérité par la fin de la guerre, ils se disent entre eux : « De Lattre ne nous aurait pas fait cela ».
    Mais ils ont oublié qu’ils détestaient de Lattre : ce général méprisait les gens d’argent.
    La paix est imminente : ce sera celle de l’humiliation. Un drapeau rouge, marqué en son centre de l’étoile communiste, flotte au bout d’une longue perche. Trunggia, c’est là que doit se tenir une conférence de la paix qui double celle de Genève. Nous entrons dans le fief de l’ennemi : les Français négocient en vaincus chez leurs vainqueurs. De ces êtres, je n’aperçois que des bouts de visage qui n’expriment rien, sans trace de sentiments humains : ils ont l’impersonnalité des volontaires de la mort.
    Plus loin, des gendarmes français, (gras et) bien portants, montrent de bonnes figures rondes, des cuirs, tout un équipement. Les journalistes se demandent avec malaise comment des colosses français aussi bien nourris peuvent avoir été battus par des gringalets si désespérément pauvres. Sur la route crevée par les cratères de mines, ces gendarmes sont le symbole de la nouvelle impuissance française.
    Pourtant, on se bat encore. La guerre a continué après Dien Bien Phu et après la scène internationale dressée à Genève pour les négociations de paix. Des divisions vietminh sorties de la jungle se jettent sur le delta. Les Français évacuent, se recroquevillent et se rassemblent…
    De furieux et obscurs combats se déroulent toujours. Le général Vanuxem jette ses groupes mobiles, ses chars, ses derniers bataillons, dans des contre-attaques acharnées. On remporte quelques victoires. On tient, mais la masse ennemie est infinie, elle s’infiltre toujours davantage. Les Français combattent bravement, même après avoir perdu la foi. Dien Bien Phu avait été pour le Corps Expéditionnaire le symbole suprême : ce devait être un tournoi qui désignerait le vainqueur. Mais, après la catastrophe prévisible et pourtant incroyable, les soldats éprouvent le dégoût d’eux-mêmes.
    Les Français qui acceptaient la mort la plus inutile, du temps de l’épopée, n’en veulent plus, dans cette fin misérable de la guerre d’Indochine. Et pourtant, ils sont humiliés de leur soulagement devant la paix.
    Les Viets ne se posent pas ces questions. Dans l’ultime semaine, ils continuent à se faire décimer en masse. Leurs corps s’accumulent dans les barbelés des postes. Les volontaires de la mort se font sauter sur les blockhaus avec leur charge de plastique. Cela ne sert à rien puisque déjà tout est réglé à Genève.
    Mais Giap en a donné l’ordre, les commissaires politiques l’ont prescrit, c’est pour le bien du peuple !
    Enfin arrive le dernier jour de la guerre : le 26 juillet 1954. L’armistice commence le lendemain matin à 8 heures. Je parcours en jeep la voie sacrée du Tonkin, la route de la guerre perdue. La chaussée n’est faite que de décombres. On roule parmi les taches innombrables laissées par les embuscades passées, au milieu d’une terre brûlée, calcinée. La population a disparu, signe que les Vietminh sont tout proches.
    On ne voit que l’étalage vain de la puissance militaire française, se succèdent des postes en béton, des batteries en train de tirer, des tanks aux aguets. Mais ce déploiement de forces ne rassure pas, parce que l’ennemi est à côté, en masse, caché dans les restes des hameaux, dans les bosquets de bambou, dans la boue des rizières, à quelques mètres peut-être.
    Je veux trouver un homme qui me dise que tout n’est pas perdu et qu’il faut continuer la guerre.
    Je pense au dur Vanuxem, le général chargé de la dernière défense. Que de fois ne m’a-t-il pas répété dans le passé que l’on serait vaincu en Indochine parce que l’on n’osait pas faire le nécessaire !
    La pauvre armée vietnamienne est dans une situation lamentable. À notre approche, les hommes nous demandent : « Qu’allons-nous devenir ? » Leurs officiers ont disparu. Les autres ont déserté, en laissant leurs armes et des mots d’excuses. Ils ne savent plus s’il existe encore un gouvernement vietnamien.
    Le capitaine promet à ces gens que les Français les transporteront vers le sud. Mais un vieux sous-officier lui touche le bras : « Que ferons-noue tout à l’heure, quand les Viets arriveront ? » Le capitaine secoue les épaules en signe d’impuissance. Il me confie : « Je n’ai pas d’ordres, je ne sais que faire ».
    C’est pour en arriver là que tant de, Français sont morts ! Mais, plus honteuse que notre défaite, est la trahison à laquelle nous allons nous livrer. Nous avons résisté aussi longtemps dans ce delta pourri parce que deux cent mille Vietnamiens ont été nos soldats et qu’un million d’hommes et de femmes nous ont aidés.
    Notre paix les condamne. On va les livrer. Je me demande si une fatalité ne pèse pas sur la France, l’obligeant à abandonner ses partisans, à les laisser aller à la mort…

    Thierry Michaud-Nérard
    (Propos extraits de « L’enlisement » de Lucien Bodard, Gallimard, 1963)
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