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    L'aumônier trompe la mort, le Père Georges.

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    L'aumônier trompe la mort, le Père Georges. Empty L'aumônier trompe la mort, le Père Georges.

    Message par vent du sud


    Le Père Lallemant (1) aumônier au 18° de ligne a décrit dans son livre ("Croquis et silhouettes de guerre", Vromant, 3 rue de la Chapelle, Bruxelles, 1922) ce que fut la vie au front de son collègue et ami le Père Georges (2).

    Nous avons fait toute la guerre côte à côte et je vous assure que je connais le personnage. En 1916, en vertu d'un ordre du jour de l'armée, on nous avait versés comme infirmiers dans un hôpital de l'arrière. Nous étions de la classe 1904 : c'est ce qui nous valait l'avantage de mettre nos précieuses existences à l'abri. Malheureusement cette vie de "bonnes à tout faire" ne nous allait pas trop; après quelque temps nous obtenions notre retour au front.

    C'était pour prendre une aumônerie. Bientôt nous nous retrouvions tous deux au 18° de ligne. Maintenant, souffrez que je vous le silhouette. Carrure d'athlète, taillé dans le coeur des chênes de son pays d'Ardenne. Ce n'était pas du bois blanc, je vous assure. Il pouvait braver la fatigue et les éreintements. Je l'ai vu à l'oeuvre pendant l'offensive : pas une minute de repos pendant quinze jours très durs, les plus durs que nous ayons vus de cette longue guerre. Au cours des deux années passées au 18° de ligne que d'aventures !

    Pendant l'été 1917, à Boesinghe, il se fait enterrer vivant. Nous n'étions séparés de l'ennemi que par le canal. A Het Sas, il n'y avait que la largeur d'une porte d'écluse. cela permettait les luttes de bombes ; on y allait d'ailleurs rondement. Un jour qu'un de nos tirs était annoncé, on était parti, major, aumônier, médecin, tout à fait en avant.
    Malheureusement notre tir avait donné trop court, la major avait été mortellement atteint, l'aumônier tout à côté avait été coincé dans un bout de tranchée; une claie de revêtement le protégeait, lui permettait même de voir un petit coin de ciel. Et les bombes se succédaient ; piquant dans le canal, elles projetaient dans le tombeau de l'enterré vivant des flots de boue putride.
    J'étais en ce moment en deuxième ligne et j'achevais de grignoter ce que j' appellerai mon souper. tout à coup la sonnerie de téléphone retentit. C'était la première ligne qui transmettait en langage convenu la terrible nouvelle : "major, bouteille fêlée, aumônier aussi". Cela signifiait blessure grave. Je me précipite immédiatement dans le boyau ; à mi-chemin je vois arriver le lugubre cortège. Le major était dans le coma ; soigné je continue ; je m'attendais à voir arriver bientôt une deuxième loque pantelante. Que vois-je ? Notre homme à pied, clopin-clopant, boueux comme un égoutier, mais vaillant quand même. Je m'informe : rien de cassé, un peu de courbature.

    Ses hommes s'étaient immédiatement portés à son secours; grattant de la pelle, des mains, ils l'avaient déterré. Compression, passage trop brusque au jour sauveur, l'aumônier avait fait mine de tourner de l'oeil et avait été hissé sur un brancard puis transporté par le boyau. Mais on compte parmi les poids lourds, et devant la peine énorme des brancardiers, on avait tout planté là et continué à pied.
    Un petit cordial à notre poste et, malgré mes instances pour le remplacer, il retournait aussitôt. Une autre fois, c'était à Merckem, en janvier 1918. Travail de nuit. L'aumônier accompagne. Il fait un froid sec. Que faire ? S'abriter ? Alors autant rester au cantonnement bien au chaud. il examine le travail à faire : 35 mètres de tranchées en sacs. On pourrait tenir le sac pendant que le soldat le remplit à la pelle. Dix, vingt, trente sacs s'alignent, le sol est dur ; la terre colle à la pelle.
    Si on cassait une croûte ? Le soldat s'en va un peu plus loin chercher sa gourde pour boire un coup de café ; il se fait attendre.
    Dans l'obscurité on ne reconnaît personne. L'aumônier part à sa recherche. Il a fait vingt mètres : un coup de départ, un sifflement qui se rapproche : pour nous : on se tapit... éclatement assourdissant. A l'endroit que venait de quitter l'abbé, l'obus avait tué trois hommes et blessé trois autres. Et pendant qu'il secourait les malheureux, l'aumônier bénissait la Providence qui l'avait sauvé une fois encore.

    Nous le retrouvons à l'offensive libératrice. Au deuxième bond, le 12 octobre, nous étions terrés à droite de Zarren au fond d'une petite vallée où coule le Zarrennbeek. Essouflé, à bout, le régiment qui nous avait précédé n'avait pu enlever la colline d'en face. Donc, au moment de l'assaut décisif on avait installé le poste de secours sur la ligne de départ, dans une petite baraque couverte de chaume où les obus pouvaient entrer comme dans du beurre. L'heure H. était 5 h 22. au premier coup de canon, la ligne s'ébranlait mais aussitôt le barrage boche s'était déclanché ; une seconde de flottement en voyant les camarades projetés en l'air par les obus, mais immédiatement les chefs de section avaient pressé l'allure : le barrage était franchi.

    Ce n'était pas sans casse. Au poste de secours, pendant qu'on soignait le premier blessé, un obus perce le toit et met hors de combat tout le personnel: le médecin mortellement atteint, l'auxiliaire, les infirmiers. Seul l'aumônier est indemne. Il sort pour aller chercher du secours et reconstituer le poste ; sur le seuil de la porte un obus tombe tout à côté de lui, déchire la penne de son casque, la manche de sa capote et lui fait une légère blessure dans le dos. Teinture d'iode, et on continue comme si rien n'était.

    L'offensive nous mène au canal de dérivation près de Landeghem. Nouvelle affaire tragique. Deux jeunes officiers, deux cousins, dont l'un nous avez quitté la veille pour servir sous son parent, partent pour une reconnaissance. On avait signalé telle ferme comme inoccupée, malheureusement il n'en était rien. Les deux braves jeunes gens sont accueillis par une volée meurtrière... tués tous les deux. L'aumônier se porte à leur secours, les ramène. Rien à faire, ils sont morts. On les enterre sur place. Or, pendant qu'on les enterrait, le frère d'un des deux cousins, officier lui aussi, assistant à la triste cérémonie, a le bras emporté par une grenade. L'aumônier échappe toujours.

    Braves jeunes gens, qu'il me soit permis de vous saluer ici bien bas. Vous étiez trois frères, trois étudiants de Louvain. Vous êtes partis tous les trois volontaires, tous les trois à l'infanterie, la reine des batailles, mais aussi la reine des martyres, quelques jours avant, votre jeune frère, caporal patrouilleur était blessé en tête de la colonne d'assaut. Votre aîné mourait à Landeghem et vous le dernier, mutilé sur la tombe d'un frère ! Admirables enfants! Admirable famille !

    Mais revenons à notre aumônier. A deux jours de l'armistice, sur l'Escaut, nouvelle algarade. On signale un blessé dans une maison à cent mètres du poste de secours. L'abbé part aussitôt ; à mi-chemin, un sifflement brusque... il n'a pas le temps de faire le plongeon, il n'est qu'à genoux. L'obus tombe à deux mètres sur la gauche, heureusement toute la projection se fait en avant. Encore une fois sauvé !

    Avais-je raison de dire que l'abbé G. était vraiment l'aumônier Trompe-la-Mort ?

    (1) Le lecteur trouvera la biographie du Père Lallemant dans l'article "La Prison de Furnes : refuge du Père Lallemant"

    (2) Biographie du Père Georges, Théodore - Jean - Henri, né à Grand-Halleux le 7 février 1884

    Dispensé du service militaire en temps de paix le 20 juillet 1904. Brancardier à la colonne d'ambulance de la 3° division d'armée le 1er août 14. Attaché au 4° régiment de chasseurs à pied, le 1er janvier 15. Attaché aux trains sanitaires le 21 mars 1915, puis à la colonne d'ambulance de la 4° D. A. le premier juillet 1916. Commissionné an qualité d'aumônier adjoint de 2° classe le 9 septembre 16 en gardant son affectation au Havre. Passé au corps des transports de la 4° division d'armée le 3 octobre 1916. Attaché au 18° de ligne le 11 juin 1918 et au 1° carabiniers le 24 mars 19. En congé sans solde le15 juin 1919. Sept chevrons de front. Chevalier de l'ordre de la couronne et croix de guerre le 11 novembre 18 : "Au front depuis 45 mois. Est un modèle de bravoure et de courage. Fait preuve dans l'exercice de son sacerdoce de la plus haute conception du devoir. Fut blessé par un éclat d'obus au début de l'attaque du 14 octobre 18 à Luikhoek.

    Quoique sa blessure présentât une certaine gravité au point de vue des complications possibles, il refusa de se laisser évacuer; pendant tout l'action il se dépensa au-dessus de ses forces en transportant des blessés, animant le courage des combattants par sa présence continuelle en première ligne et organisant le service de santé du bataillon pendant l'absence des deux docteurs blessés. Se distingua tout particulièrement le 22 octobre 18 au combat sur le canal de dérivation de la Lys à Overbroeken en allant chercher, sous le feu des mitrailleuses ennemies, les corps de deux officiers tombés sur la berge ouest du canal".

    Médaille de l'Yser, le 24 février 19, palme supplémentaire sur la croix de guerre le 21 juillet 1934, croix de feu le 21 juin 36 etc.

    (source : "Aumôniers militaires belges de la guerre 14-18" , J. R. Leconte, Musée Royal de l'Armée, Bruxelles, 1969)
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