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    Le père JEGO

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    Le père JEGO Empty Le père JEGO

    Message par suspente


    Véritable légende chez les parachutistes, le père Jégo a eu une vie bien remplie. C'est ce parcours atypique que retrace l'aumônier du 1er RCP, Richard Kalka, dans son livre : «Père Jego, un prêtre, un para, une légende».

    Difficile de retracer la vie de cet homme hors du commun en quelques lignes. Ancien résistant, le père Jego intègre les parachutistes comme aumônier militaire au 1er RCP. Il effectue deux passages en Indochine où il s'illustre par plusieurs actes de bravoure au feu. Avec deux autres prêtres, il est à l'origine de l'adoption de Saint-Michel comme patron des parachutistes. Mourant (d'épuisement, de suite de blessures et de maladies…), il est rapatrié en France. L'abbé termine sa carrière comme aumônier de régiment à Vannes puis à Mont-de-Marsan. Il est rayé de l'armée en 1961 pour ses amitiés avec les putschistes. Et cet homme qui avait frôlé si souvent la mort, succomba à un accident de la route sur une route bretonne après l'enterrement de son frère.

    Voilà pour les très grandes lignes. Ce petit livre passionnant, qui se lit très facilement, nous plonge dans une époque aujourd'hui révolue. Celui de l'après-guerre et des guerres coloniales (il faut s'en rappeler en le lisant). En dehors du côté religieux assez prégnant, il y flotte un parfum d'aventure.

    Un prêtre atypique
    Au fil des pages et de nombreux témoignages, on suit l'itinéraire de ce prêtre atypique, qui a la foi chevillée au corps, qui aime l'action et n'a pas peur du sacrifice ultime pour son pays et ses convictions. On sourit souvent. À l'évocation de ces cafés bretons dévastés par les parachutistes ou des paroles du père à Lourdes ou lors de messes. Bien avant Vatican II, le père Jéco savait être proche et aimé de ses ouailles, par un comportement pas vraiment en vigueur dans le clergé de l'époque.

    Malgré une vision du monde qu'on peut contester, tout comme certains de ses choix, on est souvent admiratif du courage de cet aumônier. Un jour se retrouvant seul valide au milieu du combat, il n'hésite pas à se saisir d'un sac de grenades et à l'envoyer sur l'ennemi.

    Ce petit livre trace le portrait d'un homme au destin hors du commun, qui plongé dans les affres de l'histoire, a su garder une grande humanité. Un homme qui à la grande époque du cinéma de guerre aurait pu être le héros d'un long-métrage.


    Le père JEGO Livre10

    Lecture de vacances raide mais décapante, “Père Jégo – Un prêtre, un para, une légende” est le portrait d’un aumônier parachutiste de choc, le père Marcel Jégo, personnage contrasté qui a surtout fait le cadeau aux troupes parachutistes de leur offrir leur saint patron : Saint Michel.

    C’est un portrait taillé à la serpe par un autre aumônier parachutiste de terrain, à l’écriture aussi rugueuse que son accent est rocailleux, le père Richard Kalka. Ce petit livre de 120 pages imprimé en Pologne et introuvable dans les librairies ordinaires (mais adresse de Kalka ici en bas pour se le procurer) n’est pas une lecture pour “les mous ni les tristes”, comme le dit le chant para, et fera tiquer ceux qui aiment que les soldats fassent la guerre et les curés se contentent de prier…

    Justement, écrit comme un petit livre militant pour réhabiliter la mémoire d’un aumônier militaire écarté à la fois par la hiérarchie militaire et par la hiérarchie religieuse en 1961, pour sympathies coupables avec des militaires fidèles à leur parole sur l’Algérie, le livre de Kalka remet en lumière le parcours atypique de Jégo qui ne peut être ramené à la fin abrupte et injuste de son parcours.

    Car avant d’être aumônier aux armées, Marcel Jégo a été un guerrier, un vrai : ordonné prêtre en juin 1939, mobilisé en août, Jégo est un porteur d’enthousiasme auprès de ses camarades et se retrouve sergent-chef en décembre, après avoir été blessé une première fois en novembre en Lorraine. Plus sérieusement blessé en mai 1940 au cours d’une action offensive de son unité, il se retrouve démobilisé et traverse une crise morale et mystique, hésitant à rejoindre les Trappistes. “Il ne le fera pas, écrit Kalka, rattrapé de justesse et retenu dans ce monde par son âme de guerrier”.

    Il rejoint la résistance et se retrouve à la fois curé de la paroisse de Crac’h en Bretagne et responsable de l’organisation de résistance de l’armée (ORA) comme sous-lieutenant Paul-Marie Bayard, camouflant son rôle de responsable local de la résistance derrière ses activités de vicaire. Dénoncé à la Gestapo, il échappe de peu à l’arrestation, se cache et continue dans le maquis comme lieutenant puis capitaine, avant sa deuxième démobilisation en juillet 1945. Sa promotion de capitaine est une reconnaissance de sa tentative d’obtenir une reddition des Allemands à Quiberon, auprès desquels il se rend seul et sans arme, sans les convaincre mais avec un échange étonnant raconté dans le détail par Kalka.

    Resté combattant dans l’âme, Jégo signe son engagement comme aumônier auxiliaire à la 25e division aéroportée parachutiste et arrive en janvier 1947 à Saïgon avec le 3e bataillon du 1er régiment de chasseurs parachutistes. Sa guerre d’Indochine sera dure, dense, il sera volontaire pour tous les engagements, toujours avec les unités de tête, auprès des blessés et des mourants, auxquels il inculque cette notion très forte de tout endurer et tout accepter “avec le sourire”.

    C’est lui aussi qui va donner aux troupes parachutistes le parrainage de l’archange Saint-Michel, souvenir de la médaille qu’il distribuait dans les maquis pour identifier les agents en mission. A la veille de l’embarquement des paras pour l’Indochine, le 22 décembre 1946, le père Jégo conclut son homélie dans la cathédrale de Bône par un “et par Saint Michel, vivent les parachutistes !” Le choix de ce saint guerrier et redoutable colle bien à l’image du para, c’est le début d’une véritable campagne qui fera de Saint Michel le patron des paras du monde entier…

    Ce sont trois années harassantes de combats, d’efforts physiques, de maladies tropicales, de tension psychologique, de médiations et de rapprochements, racontées en détail par Kalka qui a recueilli nombre de témoignages, qui vont miner la santé de l’aumônier para. Jégo n’est pas armé mais il lui arrive, pour sortir la section qu’il accompagne d’une embuscade, de saisir une musette de grenades et de les lancer toutes pour dégager ses camarades, tel l’archange terrassant le dragon…

    Avec déjà la Légion d’honneur et la croix de guerre 1939-45, il quittera l’Indo en juillet 1950 avec plusieurs citations et la croix de guerre des TOE avec 6 citations… De quoi susciter des jalousies et des incompréhensions chez ceux qui n’ont pas traversé toutes ces guerres. Après plusieurs missions en Afrique du nord, il devient en avril 1953 l’aumônier des paras coloniaux et du groupement d’instruction des paras de mont de Marsan et Bayonne.

    Sa connaissance des anciens, son dévouement auprès des jeunes, sa fidélité aux chefs qu’il a côtoyés en Indochine vont lui coûter cher : son franc-parler et sa proximité d’un général partisan de l’Algérie, avec sa popularité croissante auprès des jeunes paras, vont provoquer une mise à l’écart brutale. A l’époque on a vu une décision du commandement, pour des raisons liées à l’Algérie. Kalka, en bon connaisseur, ajoute : “dans le sérail de l’aumônerie militaire, de tout temps, il ne manque ni de jaloux, ni d’orgueilleux”. Tout est dit dans cette phrase elliptique.

    De fait, par décision brutale et sans explication le père Jégo, en janvier 1961, se retrouve à la fois rayé des cadres de l’aumônerie militaire et mis à la disposition du commandant en chef des FFA, en réalité interné en Allemagne pendant trois mois puis rendu à la vie civile sans droit à la retraite. Nommé curé de la paroisse d’Ossages dans les Landes, le père Jégo, affecté mais pas abattu, y mène un nouveau combat en remobilisant une paroisse un peu désaffectée. Celui qui a traversé tant de champs de bataille et sauté sur tant d’opérations se tue en voiture le 12 mars 1965 entre Redon et Rennes, en revenant des obsèques de son frère.

    Ce livre rapide mais très complet, qui cite quelques articles publiés mais également des témoignages recueillis personnellement par l’auteur, s’ouvre sur une préface du général Eric Bellot des Minières et une introduction du père Yannick Lallemand, aumônier de la Légion étrangère – Jégo avait été nommé Légionnaire de 1ère classe pour son rôle dans le rapprochement entre paras et légionnaires.

    Bien sûr on pourra dire que ces récits sont ceux d’une époque révolue, celle de l’Indochine et de l’Algérie française. Mais il est toujours facile de réécrire l’Histoire quand on sait comment elle a tourné et l’essentiel est ailleurs : les jeunes qui partaient en Indochine et en Afrique du nord n’étaient responsables que de l’exécution de leur mission, mission décidée par des pouvoirs politiques et non par les chefs militaires. Une exécution qui pouvait aller jusqu’au risque ultime, et dans laquelle la présence des aumôniers militaires n’était pas indifférente.

    C’est toujours les cas aujourd’hui, lorsque des jeunes militaires sont envoyés sur des opérations dont ils ne connaissent le plus souvent ni les tenants ni les aboutissants mais avec le même risque de laisser leur santé ou leur vie. Le père Kalka, qui a fait toutes les opérations de sa génération jusqu’à il y a deux ans seulement, sait l’importance d’une préparation morale et d'un accompagnement sur le terrain de jeunes qui se sentent parfois ignorés, parfois jugés, trop rarement soutenus par “l’arrière”. C’est en cela que l’éclairage de ce parcours fort et atypique, celui du père Jégo, garde son actualité.



    Richard Kalka, 2017
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