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    Malgré nous ! Partie 2

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    Malgré nous !  Partie 2       Empty Malgré nous ! Partie 2

    Message par LANG le Jeu 5 Sep - 19:37

    Et puis, il y eut 1939 et une nouvelle fois une annexion de ces régions.


    Depuis la signature de l’armistice, le 22 juin 1940, la France vaincue est en partie occupée, mais le régime de l’Occupation varie d’un territoire à l’autre. Dès juillet 1940, l’Allemagne rétablit la frontière de 1871 et sépare Alsace et Moselle du reste de la France : c’est ce que l’on appelle l’« annexion de fait ».
    En août 1942, les Statthalter (gouverneurs) et Gauleiter (chefs du parti nazi dans la province) de l’Oberrhein (Rhin supérieur) et de la Westmark (Marche de l’Ouest) reçoivent du gouvernement allemand l’ordre d’instituer le service militaire obligatoire dans les territoires annexés. Les besoins en effectifs de la Wehrmacht sont tels, depuis l’invasion de l’Union soviétique en juin 1941, que le haut commandement accepte puis réclame ces renforts. Un tour de passe-passe juridique – la naturalisation in extremis de la majorité des habitants des anciens départements français du Bas-Rhin, du Haut-Rhin et de la Moselle – permet de donner à cette mesure une allure légale, alors que le droit international et la loi allemande sur la conscription de 1935 s’y opposaient.
    On rappellera que la France n’avait pas cédé les trois départements à l’Allemagne puisque les deux pays n’avaient pas signé de traité de paix et que leurs relations étaient régies par la convention d’armistice de juin 1940. Josef Bürckel (1895-1944), le Gauleiter de la Westmark, a ainsi supervisé le recensement puis l’incorporation d’environ 30 000 jeunes Lorrains de Moselle, nés entre 1914 et 1927.

    Malgré nous !  Partie 2       Lettre10
    Brief aus der Heimat (« Lettre du pays ») est un périodique de propagande nazie publié par la direction (Kreisleitung) d’un arrondissement administratif. Cet exemplaire émane de celui de Sarreguemines (Saargemünd). Il s’adresse « à nos soldats » et aux hommes appelés au service du travail (R.A.D.-Männer) des secteurs de Bitche, Sarreguemines et Sarralbe, trois chefs-lieux de canton symbolisés par leurs blasons stylisés. Le service du travail du Reich (Reichsarbeitsdienst ou R.A.D.) concernait les jeunes gens de dix-sept à vingt-cinq ans, garçons et filles, et, pour les garçons, servait de préparation militaire (six puis trois mois). Il avait été instauré en Moselle en avril 1941. Publié en mars 1944, le document présenté ici fait office d’avis mortuaire.
    (Tiré du site https://www.histoire-image.org/fr/etudes/malgre-eux-armee-allemande )


    Une approche plus détaillée avec le site cairn.info  

    « L’INCORPORATION DE FORCE DES « MALGRÉ-NOUS »
    Sitôt la victoire acquise à l’Ouest, l’Allemagne nazie procède à l’annexion déguisée des départements germanophones de l’est de la France. Le 20 juin 1940, Hitler nomme Robert Wagner, Gauleiter de Bade, chef de l’administration civile de l’Alsace et Bürckel, Gauleiter de Sarre-Palatinat au même poste en Moselle. Un second décret délimite les circonscriptions de Westmark (Moselle-Sarre-Palatinat) et de l’Oberrhein (Bade-Alsace). Ces mesures sont suivies par une germanisation forcée, tout à fait systématique en Moselle où Bürckel applique les méthodes qu’il a mises en pratique en Autriche méridionale : expulsions, changement de nom des personnes et des rues, enlèvement des monuments rappelant le souvenir français, implantation des organisations du parti nazi
    Pour le moment Keitel, qui est à la tête de l’OKW, n’est pas favorable à l’incorporation des jeunes gens des territoires conquis. Comme beaucoup d’officiers, il nourrit une profonde méfiance à l’égard des Alsaciens-Lorrains, susceptibles de passer à l’ennemi et de rapporter des secrets militaires. Une enquête de 1916 avait révélé que des désertions étaient de 80 fois supérieures dans les rangs des Alsaciens-Lorrains.

    Malgré nous !  Partie 2       Big-vo10

    Si l’incorporation générale n’est pas envisagée dans la Wehrmacht, les SS, moins regardants, procèdent à des recrutements libres dès août 1940. À la fin de l’année, ils constatent le peu de succès de leur opération en Alsace, SS : 32, Police auxiliaire : 622. La propagande s’en mêle et, à la fin de l’année 1941, on décompte 329 SS et 751 policiers. En mars 1942, un chiffre à peu près analogue est donné pour la Moselle, soit 300 SS
    Entre temps la Wehrmacht change d’avis. La région militaire de Stuttgart est chargée du recrutement. Elle promet toutes sortes d’avantages, primes, choix de l’arme, avancement. Là encore le résultat est décevant : 185 volontaires en décembre 1941, 2 100 en juin 1942 en Alsace. Ce chiffre a été d’ailleurs contesté par l’historien Riedweg qui a fait observer qu’il comprend des Allemands d’origine, expulsés en 1919 et revenus en 1940 en Alsace

    On n’a pratiquement pas de témoignages sur ces volontaires, sauf Boos qui figure au procès d’Oradour-sur-Glane et Alfred G..., rattrapé par la justice dans l’affaire du maquis des Manisses. L’excuse du premier est son jeune âge et sa volonté de passer coûte que coûte le baccalauréat. Alfred G... a 82 ans en 2004 et dit ne plus se souvenir de son passage dans les Ardennes avec son unité de chars, venant de Parthenay pour se rendre en Lettonie
    Mme Anne Herriot, dans un numéro de Saisons d’Alsace, nous dit les difficultés d’entrer en contact avec des survivants volontaires qui resteraient entièrement murés dans leurs convictions

    Dans ce contexte, les Gauleiter des deux régions continuent leurs manœuvres en vue du service militaire obligatoire. La première étape est le service du travail obligatoire (Reichsarbeiterdienst – RAD) décrété le 23 avril 1941 en Lorraine, le 8 mai en Alsace et le 29 mai au Luxembourg
    Il concerne les jeunes gens et les jeunes filles et ne dure en principe que six mois. Il s’agit d’une vie dans les camps ou de travail dans les fermes et les usines du Reich, quelquefois de service sur l’arrière du front, dans des formations du génie.

    Cette vie paramilitaire, souvent très dure dans les camps, incite les jeunes gens à fuir vers la Suisse ou « l’intérieur » de la France, car ils sentent bien qu’il ne s’agit que d’une préparation à l’incorporation. Les filières d’évasion fonctionnent bien en Lorraine mais, en Alsace, les Vosges constituent une véritable barrière où les Allemands organisent des rondes très efficaces. Ceux qui rechignent sur place, sont expédiés sur le camp de Schirmeck pour y être exécutés en cas d’utilisation d’armes
    Début 1942, Wagner et Bürckel, toujours aussi actifs, pensent pouvoir procéder à l’incorporation de force. Wagner, ex-instituteur et ancien officier estime que l’armée est le meilleur moyen pour assimiler les Alsaciens. Le recensement des jeunes gens a lieu en mars 1942, mais l’affaire bute sur l’octroi de la citoyenneté allemande. Bürckel, qui a procédé à une large épuration en Moselle (expulsion de 108 000 lorrains), est favorable à cet octroi. Wagner, par contre, pense qu’un effort supplémentaire de pédagogie est encore nécessaire pour amener les Alsaciens à composer avec le régime. Il a été, en un sens, moins sévère et n’a expulsé que 21 720 Alsaciens, sans compter les populations juives
    L’affaire traîne jusqu’à la décision finale de Hitler à Winnitza en Ukraine (9 août 1942). La citoyenneté allemande sera accordée le jour de l’incorporation.

    Malgré nous !  Partie 2       Malgre10

    Le service militaire est promulgué le 25 août 1942 en Alsace et le 29 août en Moselle. Il va concerner 100 000 jeunes gens en Alsace et 30 000 en Moselle. L’ancienne méfiance subsiste et l’on enverra de préférence les nouveaux incorporés sur le front russe (estimation 80 %). Quand les jeunes gens deviennent opérationnels, Stalingrad est tombée et il faut renforcer le blocus de Leningrad, soit directement, soit en coupant la ligne de ravitaillement de Mourmansk-Leningrad… »

    Malgré nous !  Partie 2       Mn11

    *******
    Quelques histoires personnelles sur le front russe…

    La tentation de la désertion (témoignages)
    « Déserter et se constituer prisonnier n’entre pas en ligne de compte, non parce qu’ils accordent une valeur quelconque au serment prêté au Führer, mais pour avoir réfléchi aux conséquences d’une désertion. Ils portent l’uniforme allemand et les Soviétiques, estiment-ils, ne feront aucune différence entre Allemands et Alsaciens-Lorrains. Ils savent que les Asiatiques, appelés souvent, par généralisation, Mongols, ne font pas de prisonniers. Croupir dans un camp ne leur dit rien d’autant qu’ils ont pu voir les camps de prisonniers soviétiques pendant le RAD. Lehner a pu assister à des scènes horribles où les Russes se sont jetés sur des tas de pommes de terre nauséabonds et les manger tout crus tellement ils étaient affamés. Croire que les Soviétiques traiteraient différemment leurs prisonniers relève de l’utopie.
    En mai 1943 à la Wolfschlucht, devant Leningrad, les Soviétiques diffusent de la musique militaire et des valses avant leur propagande : « Alsaciens et Lorrains de la 28e division ! Venez chez nous ! Jetez vos armes ! Venez chez nous ! Vous allez être dirigés vers de Gaulle en Afrique » ! ! La propagande précise qu’ils auront à manger chaud trois fois par jour et surtout pourront se divertir avec 1 000 femmes russes.
    Ces appels n’ont d’abord pas grand impact mais jettent le trouble dans l’armée allemande. Des camarades silésiens suspectent les Alsaciens et les Lorrains de vouloir déserter à la première occasion. En général, de bonnes blagues dissipent les malentendus car les soldats, au fond, savent que les Russes morts dans les lignes n’ont sur eux que des pommes de terre gelées et des quignons de pain dur. Quant aux femmes... Par ailleurs, nul ne sait où est de Gaulle. Est-il réellement en Afrique ? Pour Lehner et ses copains, Vetter et Grünenwald, la bonne occasion d’une désertion ne pourrait se présenter qu’à l’occasion d’une permission. Plus tard, ils apprennent qu’un certain Jacques Lorrain aurait conseillé, à la radio de Londres, d’apprendre quelques mots de russe avant de se rendre. Ils jugent les propos irresponsables. Dès mars 1943, Jean Champenois aurait lancé un appel similaire à la radio de Moscou.
    Jacques Gandebeuf a retrouvé des témoins d’évasions réalisées dès le printemps 1943. Victor Riss, de Stiring-Wendel, replié en Charente en 1939 et incorporé fin 1942, se rappelle le cas de son ami Gaver qui a l’audace de traverser un champ de mines pour se rendre aux Soviétiques. Ses copains le croient perdu ; le lendemain, le haut-parleur annonce « le camarade Gaver est bien arrivé ; il attend ses amis lorrains  Après la guerre, Gaver raconte son aventure. En désertant, il est tombé sur les Russes dormant dans un fossé et qui, surpris, veulent le descendre. D’autres Russes le collent dans un trou d’eau avec pour tout dîner une betterave.
    Une aventure à peu près identique arrive à Lucien Henrion, de Saint-Avold, le 30 décembre 1943. Arrivé à bon port, il supplie ses gardiens de ne pas révéler son nom par peur de représailles contre sa famille. Il se retrouve avec un Hollandais d’Ensched et un pasteur de Dresde, nommé Rieger. Il s’adresse à ses camarades alsaciens, lorrains et luxembourgeois dans leur dialecte respectif et assure que la nourriture est bonne.
    L’idée de désertion fait son chemin et s’intensifie lors de la retraite. Paul Oberecht a déserté dès août 1943 et doit lire son texte sous la menace des mitraillettes, sans pouvoir changer le moindre terme.
    Quand les lignes allemandes cèdent sous la pression de l’armée soviétique, les Malgré-Nous des différentes régions du Reich se donnent plus facilement battus. Ils se terrent dans leurs abris. « Que faire ? Nous étions quatre peut-être. Il y avait un Viennois, pas nazi du tout. Il me demande ce que je fais. » Je reste « moi aussi. Un Prussien sort et avec un Polonais, nous tenons la position toute la journée... pris entre deux feux, il fallait que nous sortions si nous ne voulions pas être liquidés à la nuit
    L’hôpital russe de Leningrad
    Après sa capture, Paul est acheminé avec une vingtaine de prisonniers sur l’arrière. Gifles, coups de pied, regards haineux et hostiles. Après une énième fouille, il est traduit devant un officier politique d’origine française, émigré en URSS dans les années 1930. L’interrogatoire est poli, mais l’officier ne peut se faire à l’idée que des Alsaciens-Lorrains aient été incorporés de force. Avec cela, il n’y a rien à boire et à manger, à part un peu de thé. Les prisonniers épuisés sont exécutés au bord des chemins. Le premier logement a lieu dans une usine désaffectée. Les interrogatoires se succèdent et les noms et adresses des soldats sont relevés et communiqués par tracts à l’arrière des lignes allemandes. Les pieds noircis par le gel, Paul reçoit les premiers soins par une infirmière de la Croix-Rouge soviétique.
    Le 25 mars, les hommes sont évacués vers la gare de marchandises de Leningrad et admis, pour les plus malades, dans un hôpital surpeuplé. Les soins d’une doctoresse font merveille : opération de 10 orteils gelés, pansement des plaies à l’éther et à l’iode. Quelque amélioration est perceptible au bout de cinq à six jours. Les blessés les moins atteints sont évacués vers des Rabotnilager où ils pourront aider les prisonniers valides au rétablissement du tramway.
    En avril 1944 l’état général de M. Paul s’améliore, mais l’hôpital est évacué sur Tcherepovets, région de Vologda. Les soins d’une doctoresse civile redonnent confiance. Les médicaments sont rares à part des cachets de vitamine, des poudres calmantes et du glucose. Fin juillet 1944, il note une légère amélioration dans le ravitaillement avec une petite ration de tabac. À la mi-novembre, Paul est déclaré apte au travail, mais le froid ravive les plaies. La diversité des nationalités est grande : Espagnols de la division Azul, des Autrichiens, les plus nombreux. Un moment les Alsaciens-Lorrains sont regroupés avec les Danois et les Norvégiens, avant d’être évacués le 6-7 février 1945 sur Tambov … »



    Malgré nous !  Partie 2       Mnous11

    Pour compléter son information on pourra lire le fichier PDF ci-après : Alsaciens lorrains prisonniers en URSS.

    *******************

    Et l'incorporation dans la Waffen SS ?

    C'est également au Gauleiter Wagner que l'on doit l'incorporation des Alsaciens dans la Waffen SS. A la suite d'un accord avec Himmler fin 1943, la moitié de la classe 1926 est incorporée d'office dans les Waffen SS en février 1944.
    La proportion sera encore plus importante pour les classes 1908 à 1910 incorporées en avril-mai et la classe 1927 incorporée en novembre.
    Le comportement des Alsaciens dans la Wehrmacht, en particulier celui des classes qui ont déjà effectué leur service militaire, n'est vraisemblablement pas étranger aux décisions d'envoyer les nouvelles recrues dans la Waffen SS, où la discipline est plus stricte et les possibilités de déserter restreintes. Cette tragédie dans la tragédie aura des conséquences particulières pour ceux qui sont incorporés dans la Waffen SS, où les pertes sont beaucoup plus lourdes que dans la Wehrmacht.
    De nombreux prisonniers SS sont en effet systématiquement abattus lorsqu'ils tombent aux mains des Russes. D'autres sont abattus sur le front de l'ouest par les Américains.
    Il faudra attendre mars 1945 pour que le préfet du Haut-Rhin, Jacques Fonlupt-Esperaber attire l'attention du gouvernement sur cette situation tragique afin que celle-ci soit signalée aux Alliés, qui considèrent tous les SS comme des volontaires fanatiques.
    Les survivants vont rester durablement marqués d'avoir fait partie de ce type d'unité dont les membres ont tous été qualifiés collectivement de « criminels de guerre » par le tribunal international de Nuremberg. Ce sera le cas de l’affaire d’Oradour sur Glâne.

    **********************
    Au total, le bilan est désastreux. 8 000 morts chez les Lorrains Mosellans , 40 000 non rentrés sur 130 000 chez les Alsaciens. Sur ces 40 000 victimes, 22 000 seraient morts au combat et 18 000 auraient disparu dans des conditions souvent mal élucidées.

    ************************

    Les Malgré nous ?
    Des prisonniers de leur vécu, devant la difficulté de communiquer avec l'entourage et l'incompréhension des autres, quand n'est pas manifestée une certaine indifférence, voire de la désapprobation sinon de la haine…
    Certains, ils n’étaient pas nombreux, ont parait-il participé au débarquement de Provence avec l’Armée de Lattre…
    Malgré nous !  Partie 2       Malgrz10
    Explications sur le site : http://recherches.eu/2016/07/malgre-nous-le-photographe/

    **********


    Informations complémentaires sur :
    http://documents.irevues.inist.fr/bitstream/handle/2042/34366/ANM_1980_1981_75.pdf?sequence=1
    Fichiers joints
    Malgré nous !  Partie 2       Attachment
    AlsaciensLorrains prisonniers en URSS.pdf (327 Ko) Téléchargé 18 fois
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