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    Malgré nous !

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    Malgré nous !  Empty Malgré nous !

    Message par LANG le Jeu 5 Sep - 19:09



    C’est un petit entrefilet dans un journal qui m’a interpellé

    Monsieur………. est décédé le 1er mars 2019 dans sa 92ème année.
    Il était un « Malgré nous » ancien de Tambov…

    et m’a poussé à écrire ce billet.

    Cet homme que je ne connaissais pas, portait mon nom et devait vraisemblablement faire partie de ma famille…
    L’Histoire fait parfois de curieux détours.
    Mes deux grands pères ont fait la première guerre mondiale sous l’uniforme allemand en 1914-1918. L’un d’abord sur le front russe à Tannenberg puis en France. L’autre était à Verdun…
    Mon père a fait la deuxième sous l’uniforme français en 1939. Il s’est enfui en zone occupée avec femme et enfant en 1943 quand il a reçu sa feuille de route pour se rendre sur le front russe. Echappant ainsi au statut de « Malgré nous ». Ce ne fut pas le cas de tout le monde.
    Un lointain cousin qui porte mon nom est mort à Minsk sur une voie ferrée le 10 octobre 1943 et cet homme dont j’ai lu le faire part de décès était dans le camp soviétique de Tambov…
    Je n’ai pas eu la possibilité de parler à mes deux grands pères à propos de leur guerre sur le front français. Pour l’un ce fut dans l’Aisne comme boulanger. Je pense qu’il n’a jamais participé directement aux combats.
    Le deuxième était à Verdun et, d’après ce que l’on m’a raconté, avait échappé de peu à la mort après un combat au corps à corps…
    Mon père, blessé sur la Meuse en mai 1940 après avoir fait exploser une péniche pour empêcher le passage aux troupes allemandes, s’est retrouvé prisonnier dans un hôpital à Nancy. « Libéré » en tant que « Mosellan  Lorrain » il est rentré chez lui et a travaillé à Metz dans une entreprise encadrée par des allemands jusqu’en 1943.
    Avec femme et enfant il a traversé la frontière du côté de Metz. Ce devait être au mois de mai. Mon père et son frère accompagnés d’un ami sont passés en prenant le train. A la frontière de la zone occupée, ils sont passés en choisissant un poste de contrôle tenu par des gendarmes français. En présentant leurs papiers allemands, ils ont fait le salut hitlérien auquel les gendarmes ont répondu en saluant. Il n’y eut aucun problème. S’ils étaient passés par le point de contrôle situé un peu plus loin, tenu par des gens de la gestapo, les choses auraient été différentes…
    De son côté, ma mère avec son fils dans les bras était censée ramasser des fraises avec d’autres personnes en compagnie d’un passeur. Le passage de la frontière du côté de Metz s’est fait avec discrétion mais ponctué par mes pleurs…  
    Oui, l’Histoire fait parfois des détours curieux…
    Les « Malgré nous »…
    On en parle à certains moments et puis on range le dossier…
    Ces soldats Français qui ont revêtu l’uniforme allemand pendant la première et la seconde guerre mondiale laissent toujours une impression de malaise. Pourquoi ?
    Parce que les « choses » n’étaient pas forcément simples à cette époque pour ces Alsaciens et ces Lorrains concernés.
    Dans une région française devenue allemande après la défaite de 1870 la paix s’est installée et c’est presque « naturellement » que ses habitants ont porté le casque à pointe…
    Avec la défaite de 1940 les conditions n’étaient plus les mêmes. L’Allemagne continuait à faire la guerre. Dans une région annexée au Reich certains ont porté l’uniforme du vainqueur « Malgré eux » et d’autres ont été volontaires. Certains ont même choisi les Waffen SS et d’autres s’y sont retrouvés sans l’avoir demandé. Enfin, quelques-uns ont fui à leurs risques et périls pour échapper à toute incorporation…
    Pour essayer de comprendre, il faut approfondir le sujet.
    Comme il ne m’est pas indifférent, j’ai tenté de le faire.

    J’ai trouvé quelques informations qui permettent d’éclairer un peu les choses.

    *****************************
    Avant de passer aux textes repris sur des sites, il faut préciser quel était le statut de ces régions « reprises » par l’Allemagne et la position de ses habitants face au « Service militaire ».

    Après la défaite de 1870, l’Alsace et la Lorraine sont devenues des territoires allemands et ses habitants des citoyens allemands. Le « service militaire » allait de soi. Mes deux grands pères ont fait leur service sous l’uniforme allemand et en 1914 se sont retrouvés face aux armées russes et françaises.
    Par contre, après 1940, les habitants des territoires « annexés » ne sont pas devenus des citoyens du Reich. Comme on pourra le lire plus loin, il faudra un tour de passe-passe juridique pour « naturaliser allemand » la majorité des habitants du Haut-Rhin, du Bas-Rhin et de la Moselle. En aout 1942, en raison du manque d’effectifs, débuta une « incorporation de force » avec des « Malgré nous ».

    ***********************

    Commençons par le début, c’est-à-dire par la grande guerre.
    (Comme on peut le lire sur le site cairn.info. Le Mouvement Social 2015/2 (n° 251))


    « En 1914, l’Alsace-Lorraine est allemande depuis quarante-trois ans. À l’entrée en guerre, les hommes appelés à prendre les armes pour la défense du Reich sont ainsi, dans leur écrasante majorité, nés allemands. Ils ne connaissent de la France que ce que certains de leurs parents ou grands-parents ont voulu leur transmettre, un lien affectif que l’école et l’armée se sont employés à contrarier tout au long de leur apprentissage scolaire puis militaire.
    Si la mobilisation se déroule globalement sans encombre, une minorité parvient à s’enfuir vers la France et manque à l’appel. On estime que 17 500 Alsaciens-Lorrains se sont engagés volontairement dans l’armée française au cours de la guerre, parmi lesquels quelque 12 000, qui se trouvaient en France depuis plus ou moins longtemps au moment de l’entrée en guerre, choisissent d’y rester et de s’engager, tandis qu’environ 3 000 auraient fui la mobilisation allemande quand celle-ci s’est précisée. Le reste est constitué des prisonniers de guerre et des hommes mobilisables capturés par les troupes françaises lors des offensives en Alsace en août 1914, qui décident également de s’engager plutôt que de rester internés.
    Dans l’armée allemande, le chiffre habituellement retenu est celui de 380 000 Alsaciens-Lorrains mobilisés entre 1914 et 1918. En réalité, il comprend aussi les nombreux Allemands installés en Alsace-Lorraine, dont beaucoup quitteront le territoire après 1918. Le nombre des Alsaciens-Lorrains sous uniforme allemand se situerait plutôt autour de 300 000, voire moins.
    L’action de ces déserteurs a un impact inversement proportionnel à leur nombre : elle cristallise en effet la méfiance d’une partie des autorités militaires allemandes à l’égard de l’ensemble des Alsaciens-Lorrains. Pour prémunir l’armée contre toute tentative de trahison, ces derniers sont bientôt soumis à des mesures d’exception appliquées à plus ou moins grande échelle concernant notamment le contrôle postal et l’octroi des permissions, l’un et l’autre rendus plus contraignants, la limitation de l’accès à des fonctions et postes stratégiques et, surtout, le transfert d’un grand nombre de ces soldats sur le front Est.
    De ce point de vue, les Alsaciens-Lorrains ont pu ressentir, à des degrés divers dans le temps mais aussi en fonction de leur sensibilité nationale, le désagréable sentiment d’être traités en soldats de second rang, en dépit d’expériences quotidiennes de la guerre et du combat en tout point comparables à celles de leurs pairs venus d’autres contrées de l’Empire. En France, le cas de ces déserteurs et des engagés volontaires alsaciens-lorrains ne manque pas d’être utilisé par une propagande qui veut y voir la preuve des profonds sentiments français de l’ensemble de la population d’Alsace-Lorraine dont le retour à la « mère-patrie » est justement devenu l’un des buts de guerre. Celui-ci est finalement atteint et, au sortir de la guerre, les combattants de l’armée allemande vaincue retrouvent leur province natale parée des couleurs tricolores du vainqueur, avant de recouvrir bientôt eux-mêmes la citoyenneté française
    L’historiographie récente souligne la complexité de la situation de ces soldats en temps de guerre. Si une partie d’entre eux a revêtu à contrecœur l’uniforme allemand, la majorité semble s’y être conformée avec loyalisme et sens du devoir, sans vraiment se poser la question du sentiment national et du rapport à la France – du moins pas avant les derniers mois de la guerre.
    Mais qu’en est-il du souvenir que nos contemporains gardent de ce destin peu commun ?
    D’une manière générale, cette mémoire est assez éloignée du tableau issu des recherches des historiens. Le Poilu en bleu-horizon semble s’être imposé comme figure centrale des représentations collectives de la Grande Guerre, en Alsace et en Moselle – héritière de la Lorraine annexée – comme partout ailleurs en France.
    Si toutefois on se souvient de l’histoire compliquée des Alsaciens-Lorrains, c’est souvent sous les traits de « malgré-nous » de la première heure, « placés par les vicissitudes de l’histoire entre deux patries et qui se battaient avec un uniforme allemand et un cœur français », comme l’a formulé il y a quelques années Nicolas Sarkozy, alors président de la République, lors des cérémonies commémoratives du 11 novembre 2009
    Deux tendances se dessinent ainsi, l’une illustrant la dilution du cas alsacien-lorrain dans une mémoire nationale englobante, l’autre sa singularisation en un modèle de soldat conforme à l’idéal national. Dans les deux cas, la mémoire régionale s’est accordée avec la mémoire nationale, dans le souvenir d’une guerre justement caractérisée par le heurt entre des nationalismes bien tranchés.
    »

    Malgré nous !  Guerre10
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    Malgré nous !  Empty Malgré nous ! Partie 2

    Message par LANG le Jeu 5 Sep - 19:37

    Et puis, il y eut 1939 et une nouvelle fois une annexion de ces régions.


    Depuis la signature de l’armistice, le 22 juin 1940, la France vaincue est en partie occupée, mais le régime de l’Occupation varie d’un territoire à l’autre. Dès juillet 1940, l’Allemagne rétablit la frontière de 1871 et sépare Alsace et Moselle du reste de la France : c’est ce que l’on appelle l’« annexion de fait ».
    En août 1942, les Statthalter (gouverneurs) et Gauleiter (chefs du parti nazi dans la province) de l’Oberrhein (Rhin supérieur) et de la Westmark (Marche de l’Ouest) reçoivent du gouvernement allemand l’ordre d’instituer le service militaire obligatoire dans les territoires annexés. Les besoins en effectifs de la Wehrmacht sont tels, depuis l’invasion de l’Union soviétique en juin 1941, que le haut commandement accepte puis réclame ces renforts. Un tour de passe-passe juridique – la naturalisation in extremis de la majorité des habitants des anciens départements français du Bas-Rhin, du Haut-Rhin et de la Moselle – permet de donner à cette mesure une allure légale, alors que le droit international et la loi allemande sur la conscription de 1935 s’y opposaient.
    On rappellera que la France n’avait pas cédé les trois départements à l’Allemagne puisque les deux pays n’avaient pas signé de traité de paix et que leurs relations étaient régies par la convention d’armistice de juin 1940. Josef Bürckel (1895-1944), le Gauleiter de la Westmark, a ainsi supervisé le recensement puis l’incorporation d’environ 30 000 jeunes Lorrains de Moselle, nés entre 1914 et 1927.

    Malgré nous !  Lettre10
    Brief aus der Heimat (« Lettre du pays ») est un périodique de propagande nazie publié par la direction (Kreisleitung) d’un arrondissement administratif. Cet exemplaire émane de celui de Sarreguemines (Saargemünd). Il s’adresse « à nos soldats » et aux hommes appelés au service du travail (R.A.D.-Männer) des secteurs de Bitche, Sarreguemines et Sarralbe, trois chefs-lieux de canton symbolisés par leurs blasons stylisés. Le service du travail du Reich (Reichsarbeitsdienst ou R.A.D.) concernait les jeunes gens de dix-sept à vingt-cinq ans, garçons et filles, et, pour les garçons, servait de préparation militaire (six puis trois mois). Il avait été instauré en Moselle en avril 1941. Publié en mars 1944, le document présenté ici fait office d’avis mortuaire.
    (Tiré du site https://www.histoire-image.org/fr/etudes/malgre-eux-armee-allemande )


    Une approche plus détaillée avec le site cairn.info  

    « L’INCORPORATION DE FORCE DES « MALGRÉ-NOUS »
    Sitôt la victoire acquise à l’Ouest, l’Allemagne nazie procède à l’annexion déguisée des départements germanophones de l’est de la France. Le 20 juin 1940, Hitler nomme Robert Wagner, Gauleiter de Bade, chef de l’administration civile de l’Alsace et Bürckel, Gauleiter de Sarre-Palatinat au même poste en Moselle. Un second décret délimite les circonscriptions de Westmark (Moselle-Sarre-Palatinat) et de l’Oberrhein (Bade-Alsace). Ces mesures sont suivies par une germanisation forcée, tout à fait systématique en Moselle où Bürckel applique les méthodes qu’il a mises en pratique en Autriche méridionale : expulsions, changement de nom des personnes et des rues, enlèvement des monuments rappelant le souvenir français, implantation des organisations du parti nazi
    Pour le moment Keitel, qui est à la tête de l’OKW, n’est pas favorable à l’incorporation des jeunes gens des territoires conquis. Comme beaucoup d’officiers, il nourrit une profonde méfiance à l’égard des Alsaciens-Lorrains, susceptibles de passer à l’ennemi et de rapporter des secrets militaires. Une enquête de 1916 avait révélé que des désertions étaient de 80 fois supérieures dans les rangs des Alsaciens-Lorrains.

    Malgré nous !  Big-vo10

    Si l’incorporation générale n’est pas envisagée dans la Wehrmacht, les SS, moins regardants, procèdent à des recrutements libres dès août 1940. À la fin de l’année, ils constatent le peu de succès de leur opération en Alsace, SS : 32, Police auxiliaire : 622. La propagande s’en mêle et, à la fin de l’année 1941, on décompte 329 SS et 751 policiers. En mars 1942, un chiffre à peu près analogue est donné pour la Moselle, soit 300 SS
    Entre temps la Wehrmacht change d’avis. La région militaire de Stuttgart est chargée du recrutement. Elle promet toutes sortes d’avantages, primes, choix de l’arme, avancement. Là encore le résultat est décevant : 185 volontaires en décembre 1941, 2 100 en juin 1942 en Alsace. Ce chiffre a été d’ailleurs contesté par l’historien Riedweg qui a fait observer qu’il comprend des Allemands d’origine, expulsés en 1919 et revenus en 1940 en Alsace

    On n’a pratiquement pas de témoignages sur ces volontaires, sauf Boos qui figure au procès d’Oradour-sur-Glane et Alfred G..., rattrapé par la justice dans l’affaire du maquis des Manisses. L’excuse du premier est son jeune âge et sa volonté de passer coûte que coûte le baccalauréat. Alfred G... a 82 ans en 2004 et dit ne plus se souvenir de son passage dans les Ardennes avec son unité de chars, venant de Parthenay pour se rendre en Lettonie
    Mme Anne Herriot, dans un numéro de Saisons d’Alsace, nous dit les difficultés d’entrer en contact avec des survivants volontaires qui resteraient entièrement murés dans leurs convictions

    Dans ce contexte, les Gauleiter des deux régions continuent leurs manœuvres en vue du service militaire obligatoire. La première étape est le service du travail obligatoire (Reichsarbeiterdienst – RAD) décrété le 23 avril 1941 en Lorraine, le 8 mai en Alsace et le 29 mai au Luxembourg
    Il concerne les jeunes gens et les jeunes filles et ne dure en principe que six mois. Il s’agit d’une vie dans les camps ou de travail dans les fermes et les usines du Reich, quelquefois de service sur l’arrière du front, dans des formations du génie.

    Cette vie paramilitaire, souvent très dure dans les camps, incite les jeunes gens à fuir vers la Suisse ou « l’intérieur » de la France, car ils sentent bien qu’il ne s’agit que d’une préparation à l’incorporation. Les filières d’évasion fonctionnent bien en Lorraine mais, en Alsace, les Vosges constituent une véritable barrière où les Allemands organisent des rondes très efficaces. Ceux qui rechignent sur place, sont expédiés sur le camp de Schirmeck pour y être exécutés en cas d’utilisation d’armes
    Début 1942, Wagner et Bürckel, toujours aussi actifs, pensent pouvoir procéder à l’incorporation de force. Wagner, ex-instituteur et ancien officier estime que l’armée est le meilleur moyen pour assimiler les Alsaciens. Le recensement des jeunes gens a lieu en mars 1942, mais l’affaire bute sur l’octroi de la citoyenneté allemande. Bürckel, qui a procédé à une large épuration en Moselle (expulsion de 108 000 lorrains), est favorable à cet octroi. Wagner, par contre, pense qu’un effort supplémentaire de pédagogie est encore nécessaire pour amener les Alsaciens à composer avec le régime. Il a été, en un sens, moins sévère et n’a expulsé que 21 720 Alsaciens, sans compter les populations juives
    L’affaire traîne jusqu’à la décision finale de Hitler à Winnitza en Ukraine (9 août 1942). La citoyenneté allemande sera accordée le jour de l’incorporation.

    Malgré nous !  Malgre10

    Le service militaire est promulgué le 25 août 1942 en Alsace et le 29 août en Moselle. Il va concerner 100 000 jeunes gens en Alsace et 30 000 en Moselle. L’ancienne méfiance subsiste et l’on enverra de préférence les nouveaux incorporés sur le front russe (estimation 80 %). Quand les jeunes gens deviennent opérationnels, Stalingrad est tombée et il faut renforcer le blocus de Leningrad, soit directement, soit en coupant la ligne de ravitaillement de Mourmansk-Leningrad… »

    Malgré nous !  Mn11

    *******
    Quelques histoires personnelles sur le front russe…

    La tentation de la désertion (témoignages)
    « Déserter et se constituer prisonnier n’entre pas en ligne de compte, non parce qu’ils accordent une valeur quelconque au serment prêté au Führer, mais pour avoir réfléchi aux conséquences d’une désertion. Ils portent l’uniforme allemand et les Soviétiques, estiment-ils, ne feront aucune différence entre Allemands et Alsaciens-Lorrains. Ils savent que les Asiatiques, appelés souvent, par généralisation, Mongols, ne font pas de prisonniers. Croupir dans un camp ne leur dit rien d’autant qu’ils ont pu voir les camps de prisonniers soviétiques pendant le RAD. Lehner a pu assister à des scènes horribles où les Russes se sont jetés sur des tas de pommes de terre nauséabonds et les manger tout crus tellement ils étaient affamés. Croire que les Soviétiques traiteraient différemment leurs prisonniers relève de l’utopie.
    En mai 1943 à la Wolfschlucht, devant Leningrad, les Soviétiques diffusent de la musique militaire et des valses avant leur propagande : « Alsaciens et Lorrains de la 28e division ! Venez chez nous ! Jetez vos armes ! Venez chez nous ! Vous allez être dirigés vers de Gaulle en Afrique » ! ! La propagande précise qu’ils auront à manger chaud trois fois par jour et surtout pourront se divertir avec 1 000 femmes russes.
    Ces appels n’ont d’abord pas grand impact mais jettent le trouble dans l’armée allemande. Des camarades silésiens suspectent les Alsaciens et les Lorrains de vouloir déserter à la première occasion. En général, de bonnes blagues dissipent les malentendus car les soldats, au fond, savent que les Russes morts dans les lignes n’ont sur eux que des pommes de terre gelées et des quignons de pain dur. Quant aux femmes... Par ailleurs, nul ne sait où est de Gaulle. Est-il réellement en Afrique ? Pour Lehner et ses copains, Vetter et Grünenwald, la bonne occasion d’une désertion ne pourrait se présenter qu’à l’occasion d’une permission. Plus tard, ils apprennent qu’un certain Jacques Lorrain aurait conseillé, à la radio de Londres, d’apprendre quelques mots de russe avant de se rendre. Ils jugent les propos irresponsables. Dès mars 1943, Jean Champenois aurait lancé un appel similaire à la radio de Moscou.
    Jacques Gandebeuf a retrouvé des témoins d’évasions réalisées dès le printemps 1943. Victor Riss, de Stiring-Wendel, replié en Charente en 1939 et incorporé fin 1942, se rappelle le cas de son ami Gaver qui a l’audace de traverser un champ de mines pour se rendre aux Soviétiques. Ses copains le croient perdu ; le lendemain, le haut-parleur annonce « le camarade Gaver est bien arrivé ; il attend ses amis lorrains  Après la guerre, Gaver raconte son aventure. En désertant, il est tombé sur les Russes dormant dans un fossé et qui, surpris, veulent le descendre. D’autres Russes le collent dans un trou d’eau avec pour tout dîner une betterave.
    Une aventure à peu près identique arrive à Lucien Henrion, de Saint-Avold, le 30 décembre 1943. Arrivé à bon port, il supplie ses gardiens de ne pas révéler son nom par peur de représailles contre sa famille. Il se retrouve avec un Hollandais d’Ensched et un pasteur de Dresde, nommé Rieger. Il s’adresse à ses camarades alsaciens, lorrains et luxembourgeois dans leur dialecte respectif et assure que la nourriture est bonne.
    L’idée de désertion fait son chemin et s’intensifie lors de la retraite. Paul Oberecht a déserté dès août 1943 et doit lire son texte sous la menace des mitraillettes, sans pouvoir changer le moindre terme.
    Quand les lignes allemandes cèdent sous la pression de l’armée soviétique, les Malgré-Nous des différentes régions du Reich se donnent plus facilement battus. Ils se terrent dans leurs abris. « Que faire ? Nous étions quatre peut-être. Il y avait un Viennois, pas nazi du tout. Il me demande ce que je fais. » Je reste « moi aussi. Un Prussien sort et avec un Polonais, nous tenons la position toute la journée... pris entre deux feux, il fallait que nous sortions si nous ne voulions pas être liquidés à la nuit
    L’hôpital russe de Leningrad
    Après sa capture, Paul est acheminé avec une vingtaine de prisonniers sur l’arrière. Gifles, coups de pied, regards haineux et hostiles. Après une énième fouille, il est traduit devant un officier politique d’origine française, émigré en URSS dans les années 1930. L’interrogatoire est poli, mais l’officier ne peut se faire à l’idée que des Alsaciens-Lorrains aient été incorporés de force. Avec cela, il n’y a rien à boire et à manger, à part un peu de thé. Les prisonniers épuisés sont exécutés au bord des chemins. Le premier logement a lieu dans une usine désaffectée. Les interrogatoires se succèdent et les noms et adresses des soldats sont relevés et communiqués par tracts à l’arrière des lignes allemandes. Les pieds noircis par le gel, Paul reçoit les premiers soins par une infirmière de la Croix-Rouge soviétique.
    Le 25 mars, les hommes sont évacués vers la gare de marchandises de Leningrad et admis, pour les plus malades, dans un hôpital surpeuplé. Les soins d’une doctoresse font merveille : opération de 10 orteils gelés, pansement des plaies à l’éther et à l’iode. Quelque amélioration est perceptible au bout de cinq à six jours. Les blessés les moins atteints sont évacués vers des Rabotnilager où ils pourront aider les prisonniers valides au rétablissement du tramway.
    En avril 1944 l’état général de M. Paul s’améliore, mais l’hôpital est évacué sur Tcherepovets, région de Vologda. Les soins d’une doctoresse civile redonnent confiance. Les médicaments sont rares à part des cachets de vitamine, des poudres calmantes et du glucose. Fin juillet 1944, il note une légère amélioration dans le ravitaillement avec une petite ration de tabac. À la mi-novembre, Paul est déclaré apte au travail, mais le froid ravive les plaies. La diversité des nationalités est grande : Espagnols de la division Azul, des Autrichiens, les plus nombreux. Un moment les Alsaciens-Lorrains sont regroupés avec les Danois et les Norvégiens, avant d’être évacués le 6-7 février 1945 sur Tambov … »



    Malgré nous !  Mnous11

    Pour compléter son information on pourra lire le fichier PDF ci-après : Alsaciens lorrains prisonniers en URSS.

    *******************

    Et l'incorporation dans la Waffen SS ?

    C'est également au Gauleiter Wagner que l'on doit l'incorporation des Alsaciens dans la Waffen SS. A la suite d'un accord avec Himmler fin 1943, la moitié de la classe 1926 est incorporée d'office dans les Waffen SS en février 1944.
    La proportion sera encore plus importante pour les classes 1908 à 1910 incorporées en avril-mai et la classe 1927 incorporée en novembre.
    Le comportement des Alsaciens dans la Wehrmacht, en particulier celui des classes qui ont déjà effectué leur service militaire, n'est vraisemblablement pas étranger aux décisions d'envoyer les nouvelles recrues dans la Waffen SS, où la discipline est plus stricte et les possibilités de déserter restreintes. Cette tragédie dans la tragédie aura des conséquences particulières pour ceux qui sont incorporés dans la Waffen SS, où les pertes sont beaucoup plus lourdes que dans la Wehrmacht.
    De nombreux prisonniers SS sont en effet systématiquement abattus lorsqu'ils tombent aux mains des Russes. D'autres sont abattus sur le front de l'ouest par les Américains.
    Il faudra attendre mars 1945 pour que le préfet du Haut-Rhin, Jacques Fonlupt-Esperaber attire l'attention du gouvernement sur cette situation tragique afin que celle-ci soit signalée aux Alliés, qui considèrent tous les SS comme des volontaires fanatiques.
    Les survivants vont rester durablement marqués d'avoir fait partie de ce type d'unité dont les membres ont tous été qualifiés collectivement de « criminels de guerre » par le tribunal international de Nuremberg. Ce sera le cas de l’affaire d’Oradour sur Glâne.

    **********************
    Au total, le bilan est désastreux. 8 000 morts chez les Lorrains Mosellans , 40 000 non rentrés sur 130 000 chez les Alsaciens. Sur ces 40 000 victimes, 22 000 seraient morts au combat et 18 000 auraient disparu dans des conditions souvent mal élucidées.

    ************************

    Les Malgré nous ?
    Des prisonniers de leur vécu, devant la difficulté de communiquer avec l'entourage et l'incompréhension des autres, quand n'est pas manifestée une certaine indifférence, voire de la désapprobation sinon de la haine…
    Certains, ils n’étaient pas nombreux, ont parait-il participé au débarquement de Provence avec l’Armée de Lattre…
    Malgré nous !  Malgrz10
    Explications sur le site : http://recherches.eu/2016/07/malgre-nous-le-photographe/

    **********


    Informations complémentaires sur :
    http://documents.irevues.inist.fr/bitstream/handle/2042/34366/ANM_1980_1981_75.pdf?sequence=1
    Fichiers joints
    Malgré nous !  Attachment
    AlsaciensLorrains prisonniers en URSS.pdf Vous n'avez pas la permission de télécharger les fichiers joints.(327 Ko) Téléchargé 138 fois
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    Malgré nous !  Empty Re: Malgré nous !

    Message par LACITA le Dim 19 Avr - 23:29



    Un sujet qui fut sensible et qui est rentré dans l'Histoire, merci de ce partage.


    Malgré nous !  M_n10

    L'incorporation de force est un crime de guerre consécutif à la défaite française de 1940 et à l'annexion de fait de l'Alsace-Moselle au IIIe Reich. Très documenté, Malgré nous ! Les Alsaciens et les Mosellans dans l'enfer de l'incorporation de force (Les Presses du Belvédère, 2010) présente une mise au point historique sur la question des Malgré-Nous et propose plus de cinquante témoignages inédits. Il revient sur cette tragédie franco-allemande et sur le sort de ceux que le gouvernement du général De Gaulle considérait à juste titre comme des déportés militaires.
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