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    Ave Caesar... feuilleton de l'été

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    09082019

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    Ave Caesar... feuilleton de l'été Empty Ave Caesar... feuilleton de l'été




    Ave Caesar... (1)

    Avant propos.
    Pour agrémenter ce mois d’aout, je vous propose une histoire concernant un théâtre d’opérations qui ne figure pas sur le forum.
    Une histoire qui restera éphémère et dans laquelle toute ressemblance avec des personnes connues serait purement fortuite (comme on dit). Et, je tiens à le préciser, elle n’est pas destinée à être lue par des spécialistes des armées Romaines. Même s’il s’agit de l’épopée de quelques légionnaires partis loin de leurs volcans préférés et de leurs sénateurs occupés à parler toute la journée.
    Une histoire qui n’a rien d’authentique et qui, je l’espère ne sèmera pas la perturbation chez les puristes trop sérieux.
    Pour ceux qui auraient des doutes, je précise également qu’il ne s’agit pas de parachutistes. Comme chacun sait, à cette époque les avions ne volaient pas assez haut et les parachutes n’existaient pas encore.
    Je rajouterai pour finir que ceux qui espèrent apprendre quelque chose sur les malheurs des gens qui marchent à pieds sont les bienvenus.
    Après ce préambule parfaitement inutile et pour se mettre tout de suite dans l’ambiance de cette époque, qui bien entendu n’a rien à voir avec la nôtre, plongeons tête la première…
    Il était une fois, un soldat Romain quelque part au bord d’un fleuve…


    *******************


    Luculus faisait les cent pas depuis deux bonnes heures et le cor, situé sous l'orteil gauche, lui rappelait qu'un centurion de la trente troisième centurie de Lombardie était fait pour marcher.
    Monter la garde sur ce rempart situé au bord du fleuve n'avait rien de réjouissant.
    L'eau bouillonnait sourdement en contrebas en heurtant les restes d'un ponton construit par des barbares locaux.
    Ingénieux ces gens-là, organisés et méthodiques mais leur vin laissait à désirer. Luculus poussa un soupir désabusé et s'adossa à un pieu de la palissade afin de renouer sa sandale gauche dont la semelle portait des signes de fatigue évidents. Il était temps de prendre un peu de repos.
    D'un geste lent il enleva son casque et le déposa délicatement sur la tête décapitée qui était fichée à l'extrémité d'un poteau du rempart sur lequel il s'appuya pour se gratter le dos. Pratiques ces crânes mis en évidence pour dissuader les tribus de brutes sanguinaires de franchir la frontière. Pour l'instant leur effet semblait efficace. Il est vrai que ces arriérés devaient d'abord franchir ce fleuve large et profond avant d'arriver, complètement épuisés après avoir lutté contre le courant, au pied de cette muraille de bois qui faisait quand même dix pieds de haut.
    Certains y parvenaient et demandaient l'autorisation de passer. Selon l'humeur du chef de poste, Marcus Pétrus, ils pouvaient avoir satisfaction ou se retrouver au sommet d'un pieu, sentinelles silencieuses et immobiles tournées vers l'est…
    Marcus, ce piémontais, bûcheron montagnard qualifié, recruté de force il y a un an après une nuit de beuverie, venait d'être nommé responsable de quatre cent cinq pas de palissade. Désireux de progresser dans la hiérarchie, il exécutait tous les ordres avec le souci de respecter le moindre détail. Parfois, pour en comprendre toutes les subtilités, il stimulait son imagination à coups de hache en préparant du petit bois pour le feu.
    Transmis oralement par plusieurs messagers successifs les missions demandaient un décryptage qui arrangeait tout le monde : en cas de capture le secret était assuré. Par ailleurs un ordre pouvait se transformer facilement en contre ordre et de plus c'était excellent pour développer l'esprit d'initiative des subordonnés.
    Parmi les huit hommes sous son autorité seul Luculus, habitué depuis son plus jeune âge aux hurlements d'une mère battue par son père, comprenait les ordres qui étaient donnés avec des cris perçants. Heureusement, car un chef incompris peut devenir violent et avec un Marcus Petrus déchaîné on pouvait craindre le pire.
    L'omoplate gauche avait été savamment grattée par le pouce droit. Luculus poussa un soupir de satisfaction et reprit son casque. Cabossé et consolidé à certains endroits avec des morceaux ce cuivre rouge récupérés au hasard des pillages c'était un véritable album se souvenirs. Eraflures ou déformations chacune avait son histoire mais seul le marquage en creux situé derrière l'oreille gauche avait une importance capitale. C'était le résultat du coup de pommeau cordial donné par le vieux légionnaire chargé de la formation des jeunes recrues et Luculus en gardait un souvenir ému. Après deux mois d'enfer à marcher de jour ou de nuit, à creuser des tranchées ou monter des palissades, recevoir ce signe d'amitié viril au cours d'une cérémonie de remise des fibules d’aptitude avait été une délivrance.
    Les efforts étaient récompensés. Un vieil homme rompu au métier des armes lui accordait le titre de légionnaire. Un honneur qui allait lui permettre de marcher encore plus loin et de monter toujours plus de palissades.
    Les mois s'étaient succédés ainsi que les paysages.
    Les montées, les descentes, les bivouacs confortables ou pas, un pillage par ci, une construction de villa avec eau courante et bain chaud par là : rien que des activités enrichissantes. Mais depuis quelques temps, depuis la construction de cette palissade, l'ennui se faisait sentir. Il était temps de passer à autre chose.
    Luculus vit arriver la relève. Il était l'heure de dormir.

    (à suivre…?)


    Dernière édition par LANG le Mar 13 Aoû - 19:25, édité 1 fois
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    Ave Caesar... feuilleton de l'été :: Commentaires

    LANG

    Message le Dim 11 Aoû - 11:31 par LANG

    Ave Caesar... (2)

    Ces romains sont des gens très laborieux. Vous allez voir…

    *****

    Luculus, les consignes ayant été données à la relève, était parti dormir.
    Une belle et douce nuit accompagnée de rêves, de ronflements...
    Rassemblement. Tout le monde à la porte sud !
    Le jour se levait à peine et les hurlements claquaient tels des coups de fouets. Le chef était pressé et chacun comprit qu'il avait de nouveaux ordres à donner. En effet, Marcus Pétrus venait de quitter une réunion bien arrosée où il avait été question de partir à la découverte de l'arrière pays. Une armée qui passe son temps à monter la garde finit par s'endormir. Rien de tel pour dégourdir les esprits et les jambes qu'un petit voyage touristique au fin fond d'une province barbare où personne n'avait encore mis les pieds.
    Toute la centurie se retrouva donc à la porte sud.
    Comme d'habitude la préparation fut longue. Elle dura la journée entière. Le temps de repriser la chemise de laine sans manche, de dépoussiérer le manteau et les bandes molletières, de retrouver ses fibules et de vérifier le capuchon de l'imperméable* demanda quelques heures. La remise en état des bottines à triple semelle exigea beaucoup d'attention. Et de calculs : le nombre de clous était-il réglementaire ? La quantité variait selon les chefs qui passaient l'inspection. Certains annonçaient quarante deux, d'autres cinquante huit mais le chiffre qui paraissait l'emporter était trente trois. Un troc échevelé de clous s'en suivit avec échanges, reprises et discussions violentes qui firent perdre encore plus de temps. Un colloque réunissant les cadres de la centurie, n'arrivant pas à se mettre d'accord sur un chiffre, décida de passer à l'inspection des casseroles et des gamelles ce qui ramena le calme.
    Pour finir chacun soumit son armement individuel à l'œil sans complaisance des chefs : javelot aiguisé, épée débarrassée de traces de rouille, fronde astiquée et bouclier décabossé. Il y eut peu de remarques : chacun, étant conscient de l'importance de cet arsenal en cas de rencontre inopportune, avait soigné son entretien.
    Par contre, le ceinturon avec son tablier en cuir déclencha une multitude d'observations. Pendant l'avance à l'ennemi, il était censé émettre un cliquetis métallique afin d'impressionner l'adversaire. Marcus Pétrus fut le plus exigeant. Faire résonner correctement devant lui  les lanières en cuir garnies de bagues en plomb tenait de l'exploit. Pour avoir grâce à ses yeux, seuls des déhanchements syncopés permettaient d'obtenir un niveau sonore suffisant. Il est vrai qu'il savait obtenir le meilleur de ses hommes.
    Le matériel collectif nécessaire à l'expédition demandait également à être rassemblé et vérifié. Pelles, pioches, brouettes diverses ainsi que tout le petit outillage servant au terrassement et à la construction de voies prirent place à quelques mètres de la porte sud. Une équipe chargée de la logistique arriva avec des chariots remplis de pieux et un peu plus tard les chevaux firent leur apparition.
    Le soir venu, Marcus Pétrus procéda aux dernières vérifications et ne prononça aucune sanction car il était désireux de maintenir le moral de son groupe.
    L'équipe se retrouva autour du feu et, comme d'habitude, chacun se brûla les lèvres en absorbant le potage du soir.
    Infecte cette soupe ! On devrait faire quelque chose, ce n'est pas possible d'être traité comme ça ! lança Olef en avalant une gorgée de vin pour se refroidir le gosier. Il fit d'ailleurs le même genre de commentaire sur le vin qui en réalité ─ comme dans toute l'armée Romaine ─ était un mélange de vinaigre et d'eau.
    Olef était originaire du sud et naturellement avait la parole facile. Avide de voir du pays, il avait prêté serment un soir de juin persuadé que cet engagement lui permettrait de revoir la mer qu'il avait quitté à l'âge de trois ans. Son rêve était d'être marin comme son père qu'il n'avait pas connu. Las, de montagne en vallée il n'avait rencontré que le froid de l'est et le vent du nord. Sa gaîté naturelle s'était émoussée mais il savait la régénérer après quelques verres d'eau de vie. Cette boisson exceptionnelle n'étant distribuée qu'à la veille des combats importants ou de la fête nationale, il passait le reste du temps à faire du mauvais esprit sans se faire trop remarquer.
    Mange, de toute façon on a pas le choix, il n'y a rien d'autre, répondit sourdement Rallux discipliné et respectueux de la hiérarchie depuis qu'il avait été condamné pour oubli du mot de passe. Ne pas avoir répondu aux sommations lui avait valu en outre une bosse sur le front et une exemption du port du casque pendant une semaine.
    Les yeux bleus, grand et musclé, Rallux avait beaucoup d'allure et plaisait aux femmes. Il savait leur parler, les faire rire et accessoirement mitonnait des plats succulents ce qu'elles appréciaient doublement puisqu'elles ne faisaient pas la cuisine. Rasé de près, le "Beau Rallux ", comme on le surnommait parfois, n'avait pas connu ses parents. Il avait été recueilli par un membre du clergé qui lui avait enseigné l'art d'être devin. Depuis, il s'évertuait à prédire l'avenir en examinant les paumes des mains. Avec les femmes, si l'occasion se présentait, il s'aventurait parfois plus loin et sa délicatesse lui assurait souvent un succès inespéré. Il évitait de proposer ses services aux membres de la centurie depuis qu'il avait appris les mœurs particulières de certains chefs.
    On ferait mieux de prendre quelques heures de sommeil, la journée de demain risque d'être dure et on aura le temps de faire du mauvais esprit, dit Luculus en se levant.
    Le reste du groupe acquiesça.
    Olef qui avait fait une bonne sieste assura la garde et l'entretien du feu...

    (à suivre... ?)

    * Ndlr : pour les "puristes", il faut savoir que la Lombardie étant réputée pour son climat très pluvieux, cette centurie disposait déjà d'un "impermeabilis" spécial. Ce vêtement, inconnu dans le reste de l'armée Romaine, s'enfilait par la tête et descendait jusqu'aux chevilles. Par la suite cet équipement fut abandonné et même oublié.Shocked
    Aujourd'hui, il est connu sous le nom de "puncho" et c'est bien entendu à tort qu'on attribue son invention à une tribu d'Amérique du sud… Laughing Twisted Evil

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    LANG

    Message le Mar 13 Aoû - 12:11 par LANG

    Ave Caesar... (3)

    Suite des aventures de nos centurions explorateurs.

    Avec trois hommes de son groupe Marcus Pétrus était chargé de précéder le gros de la trente troisième centurie afin d'ouvrir la route. On leur avait attribué des chevaux et bien entendu tout le monde appréciait ce mode de locomotion qui évitait les ampoules aux pieds mais pas le mal de dos.
    Cela n’avait pas toujours été le cas.
    Luculus qui n’aimait pas ces bêtes toujours prêtes à faire des écarts devant une flaque d’eau gardait un mauvais souvenir des séances d’équitation.
    Faire monter un fantassin sur le dos d'un cheval n'avait pas été une mince affaire. Répartis par groupes les apprentis cavaliers étaient placés sous les ordres d'un spécialiste tout de noir vêtu afin de bien le distinguer des élèves en tunique blanche.
    Cet homme en noir, car c'en était un même si son langage tenait plus de l'aboiement, utilisait une méthode pédagogique bien particulière. Son enseignement consistait à hurler des injures dès qu'une erreur, même minime, était commise. Comme il ne donnait ni explication ni conseil, les apprentis cavaliers faisaient preuve d'initiatives diverses pour se hisser sur leurs montures et particulièrement originales pour y rester. Les mauvaises postures étaient nombreuses, la fureur du maître à son comble et les chevaux toujours ravis de se débarrasser de leurs colis.
    Ce petit jeu dura plusieurs mois et, à force de tomber, chacun appris à remonter en catastrophe et les chevaux, amusés puis blasés, finirent par accepter de jouer aux transporteurs.
    L'homme en noir malgré ce résultat positif continua néanmoins à proférer ses insultes et tout le monde compris que c'était aussi une manière d'exprimer sa satisfaction.
    Mais ce n'étaient que des souvenirs et Luculus fut rappelé à l'ordre par un écart de son cheval.
    Depuis cinq jours la progression avait permis de s'enfoncer largement dans ce pays inconnu recouvert de forêts profondes et parcouru d'innombrables ruisseaux. Le gibier était abondant, les ordres compréhensibles et les bêtes faciles à monter.
    Marcus trottait souvent en tête ce qui permettait à Luculus de discuter avec Olef des avantages et des inconvénients de la vie de garnison. Tout compte fait, ils tombèrent d'accord pour regretter les soirées de beuveries qu'il était difficile de reconstituer en pleine forêt. Rallux qui les avait rejoint ajouta qu'il était également très difficile de trouver des femmes au milieu des sapins.
    Sur ces considérations chacun descendit de cheval pour planter les poteaux indicateurs destinés au gros de la centurie car ils étaient arrivés à une sorte de carrefour d’où partaient cinq sentiers plus ou moins visibles.
    On prend lequel chef ? Interrogea Olef.
    Tout droit annonça Marcus d'un air assuré.
    Vous avez raison Chef, la piste est bien dégagée; ils n'auront pas trop de travail pour faciliter le passage des chariots approuva Olef d'un air entendu.
    Le regard bleu acier de Marcus se voila légèrement mais il ne chercha pas à approfondir les raisons de cette approbation suspecte. Au contraire, rasséréné quant à son rôle, il s'engagea résolument sur le chemin qui prit rapidement, et malheureusement, l'allure d'un raidillon.
    Olef était ravi. Avec un clin d'œil appuyé il fit partager son plaisir à Rallux qui donna un coup à son casque pour avertir Luculus absorbé par la plantation de son poteau indicateur.
    Naturellement, le Chef fit demi-tour et le changement de direction n'entraîna aucun commentaire.
    Bordé de noisetiers, qui désespérément luttaient pour se faire une place au milieu des sapins, le chemin était en réalité un passage de sangliers. Luculus pensait aux éléments d'avant-garde de la centurie qui auraient à aménager cette trouée pour en faire une chaussée.
    Démentiel ce travail…
    Et ils n'étaient pas prêts d'être rejoints. Elément de reconnaissance profonde, l'équipe devait progresser le plus loin possible et vivre sur le terrain.
    Prendre contact avec la population faisait également partie de la mission mais encore fallait-il rencontrer quelqu'un ! Ce pays était couvert de forêts et s'il y avait des habitants, ils ne devaient pas voir le soleil bien souvent. D'ailleurs à cette allure les quatre hommes n'allaient pas tarder à perdre leur bronzage. C’est ce que craignait Rallux car c'était un atout important pour séduire les femmes. Mais, fataliste, il se consolait en se disant que cette région n'était peuplée que par des sangliers.
    Olef de son côté avait mal au dos et, la nuit n'allant pas tarder à tomber, il s'approcha progressivement du Chef. L'endroit était propice : un petit ruisseau faisait entendre un bruit sympathique.
    Chef, votre cheval semble avoir du mal à poser sa patte arrière droite.
    Ah bon ? Bonne observation Olef ! On va en profiter pour s'arrêter et monter le bivouac répondit Marcus ravi de pouvoir mettre pied à terre car il avait soif.
    L'endroit convenait parfaitement : un terrain plat sans ronces, de l'eau courante et des arbres protecteurs. Un grand sapin aux branches longues et bien basses servit de tente du Chef. Les trois centurions dégagèrent la base pour en faire un nid douillet et un deuxième résineux subit le même sort au bénéfice du restant de la troupe.
    Les chevaux attachés au bord du ruisseau hennissaient de bonheur en broutant l'herbe tendre.
    Luculus fut chargé de préparer les couches et un feu discret pendant que les trois autres partaient à la recherche de nourriture fraîche. Le casque servit à ramasser une bonne quantité d'aiguilles ce qui donna des literies de haute qualité bien meilleures qu'avec des feuilles. Ce pays avait des ressources forestières de qualité pensa Luculus en étalant, sans souci d'économie, le précieux contenu sous les deux sapins.
    Le casque, toujours lui, accessoire incontournable du soldat Romain, se transforma bientôt en casserole dés que le feu fut allumé. Quatre morceaux de galette dure comme du bois avec un peu d'eau et la soupe n'avait plus qu'à être complétée avec les provisions des chasseurs.
    Quelques myrtilles histoire de relever le goût, deux escargots baveux découpés en rondelles et un bout de lard rescapé de la veille, le tout mijota jusqu'au coucher du soleil.
    Un repas frugal que chacun accepta en silence.
    Le cri d'une chouette indiqua qu'il était l'heure de se mettre au lit.
    Marcus Pétrus se glissa au pied de son arbre et son ronflement rejoignit rapidement le concert des bruits nocturnes auquel se mêla bientôt la respiration bruyante de Rallux.
    Olef et Luculus , leur partie d'osselet terminée, se glissèrent à leur tour sous les branches du sapin.

    (à suivre…?)

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    LANG

    Message le Mer 14 Aoû - 21:04 par LANG

    Ave Caesar... (4).

    Une personne m’ayant demandé combien d’épisodes il y avait, j’avoue que j’ai eu du mal à répondre.
    En attendant, pour répondre à son impatience, voila la suite numéro 4…


    ****************


    Nous avions laissé notre équipe de reconnaissance profonde dans un bivouac au fin fond d'une immense forêt de sapins. Les ronflements s'étaient mêlés aux cris des chouettes...

    Le réveil fut brutal.
    Alerte ! Alerte ! Chef on nous attaque !
    La voix étranglée de panique, Olef battait des bras pour secouer les branches basses du sapin. Il cherchait désespérément son épée qui avait glissé hors de l'abri en raison de la pente. Bivouac mal conçu, manque de précautions, négligence, bref il n'avait rien pour se protéger de l'attaque dont il faisait l'objet. Pour préciser, il s'agissait de ses pieds qui étaient violemment pris à partie par un morceau de bois noueux de la race des charmes durcis au feu.
    Vindiou ! lança une voix avec un accent rocailleux.
    L'assaut avait son cri de guerre. L'ennemi s'était fait connaître. L'équipe de reconnaissance de pointe de la trente troisième centurie de Lombardie jaillit comme un seul homme avec en arrière plan les battements saccadés des branches de résineux..
    Face aux quatre hommes se tenait un vieillard aux longs cheveux blancs revêtu d'une houppelande grise qui lui descendait jusqu'aux pieds. L'œil vif, un panier sous le bras gauche, il brandissait un bâton d'un air mécontent.
    Vindiou ! Que faites-vous ici ? Vous n'avez pas vu que c'est un coin à champignons ? En jupette et les jambes à l'air ! Ma parole, mais vous arrivez d’où avec des tenues pareilles ?
    La question appelait une réponse. Le silence s'installa.
    Surpris et décontenancé Marcus réfléchissait. Il n'avait pas jugé utile d'assurer une garde. C'était une erreur !
    Olef avait retrouvé son épée. Luculus cherchait son casque tandis que Rallux s'assura que les chevaux n'avaient pas bougé.
    Nous sommes des envoyés de Rome, répondit le Chef à cours d'idée mais persuadé que l'évocation de cette ville prestigieuse aurait un effet foudroyant sur cet indigène. Avec les barbares c'était généralement ce qui arrivait.
    Cet homme n'était pas un barbare.
    Il regarda un à un ces gens qui venaient d'ailleurs, leva les bras au ciel en agitant son bâton et parti d'un éclat de rire qui résonna longuement à travers les arbres. Il venait de comprendre qu'il avait à faire à des étrangers : encore des visiteurs attirés par le calme de la région !
    C'était devenu une habitude depuis quelques temps. Poussés par les bandes qui se livraient au pillage ou exclus de communautés particulièrement agitées ces nouveaux arrivants ne faisaient souvent que passer. Certains s'installaient provisoirement mais la plupart finissaient par repartir vaincus par la sauvagerie des lieux.  
    Le vieil homme avait fini de rire mais c'est d'un regard amusé qu'il observait les quatre hommes courts vêtus et chaussés de sandales. Ceux-là ne semblaient pas fuir. Leurs tuniques étaient de bonne qualité avec quelques reprises qui traduisaient un souci de l'économie. Seuls leurs couvre-chefs traduisaient une certaine négligence avec des traces noirâtres et des bosses.
    Oui, ces visiteurs n'étaient pas de pauvres hères en quête de tranquillité. De plus, ils avaient des chevaux : espèce de bétail particulièrement rare dans ce pays de vaches et de boeufs. Des échanges commerciaux devaient être possibles. Ces étrangers avaient une bonne tête !
    Bienvenue à l'Ouche des Lousses ! s'exclama le vieil homme qui leva son poing gauche en signe d'amitié.
    Salut à toi, répondit Marcus en levant le bras gauche paume ouverte pendant que son bras droit abaissait l'épée vers le sol.
    Salut à toi ! entonnèrent les trois autres en redressant le menton et en bombant le torse.  
    La glace était rompue.
    L'emplacement du bivouac, l'Ouche de Lousses, était un coin renommé pour ses champignons au goût poivré. L'autochtone s'appelait Yard. Il habitait un peu plus loin en bordure d'un village perché sur une colline entourée de forêts.
    Cette cité s'appelait Stone. Ses habitants ─ plus d'une centaine ─ vivaient du travail de la terre, de la chasse et du troc avec les rares voyageurs qui osaient s'aventurer dans ce coin perdu.
    Le vieil homme vanta les charmes des collines boisées et des quelques champs labourés par les taupes. Il s’appesantit longuement sur l’abondance des ruisseaux, l’absence de chemins carrossables, la puissance des bœufs et la sagesse des notables. Pour continuer, il se lança dans des histoires de litiges portant sur des clôtures en noisetiers mal tordus mais personne n’y prêta attention. Ses explications détaillées sur les caractéristiques des champignons de l’Ouche de Lousses suscitèrent l’intérêt de Rallux qui posa beaucoup de questions.
    Cet homme était sympathique, le pays paraissait idyllique, rien ne s'opposait à une reconnaissance plus approfondie.
    Le Chef intima l'ordre de rassembler les affaires sans plus tarder.
    Luculus prit soin d'éteindre le feu et de nettoyer le bivouac avant de partir. Un souci de la propreté que Yard nota avec satisfaction mais il resta médusé quand il vit Olef planter un poteau indicateur...
    La colonne s'ébranla.
    Le soleil chauffait les échines et les pieds butaient sur les cailloux. Quelques bourdons voltigeaient autour des casques et les queues des chevaux battaient l'air au rythme de la progression de la caravane.
    La sueur piquait les yeux.
    Le sentier se transforma en chemin de mauvaise qualité, signe favorable, annonciateur d’un territoire civilisé.
    Marcus marchait en tête, absorbé par ses pensées. A ses côtés, Yard tentait de lui expliquer que l'état de la chaussée laissait à désirer car personne dans le village ne voulait s'en occuper. Deux étrangers venus de l'ouest s'en étaient chargés pendant longtemps et tout le monde en avait pris l'habitude. Aucun volontaire du pays ne s'était présenté après leur départ.
    Luculus nota en connaisseur que les bas-côtés étaient stabilisés ce qui faciliterait la tâche des unités chargés de construire les voies.
    Le Chef, toujours absorbé par ses pensées, cligna de l’œil plusieurs fois sans raison. Yard, persuadé qu’il s’agissait d’un signe d’incrédulité, répéta son histoire dans l’indifférence générale.
    Rallux pensait aux femmes qu'il allait rencontrer. Il était en effet inimaginable que ces gens perdus en pleine forêt soient dépourvus de consolation féminine. Avec la rudesse du climat, les tâches ménagères et les travaux des champs, il se demandait ce qu’il allait trouver. Vraisemblablement des petites bonnes femmes, courtes sur jambes, les genoux meurtris et les avants bras griffés par les ronces. Piètre consolation. Il tenta de communiquer son inquiétude à Luculus mais ce dernier était préoccupé par son cor au pied de l’orteil gauche.
    Olef avait soif. Depuis une heure, derrière les chevaux, il fermait la marche et respirait la poussière. C'est avec un soupir de soulagement qu'il aperçut des murets de pierres sèches et les premières habitations.

    (à suivre... ?)

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    LANG

    Message Aujourd'hui à 17:26 par LANG

    Ave Caesar... (Saison 5).

    Nos centurions abordaient le village de Stone guidés par un vieillard appelé Yard.
    Et si on s'intéressait un peu plus à quelques habitants de ce pays perdu ?


    Tahlweg se redressa.
    Accroupi depuis deux heures il venait de faire la dernière retouche à son panneau d'information de deux mètres par deux mètres. Ecrire et dessiner sur un support en toile de lin n'avait pas été facile mais il était satisfait du résultat. Les récriminations étaient courtes, bien argumentées et particulièrement claires grâce aux dessins très expressifs qui les accompagnaient. Même ceux qui ne savaient pas lire pouvaient comprendre les revendications étalées sur la toile.
    Initiateur de ce moyen de communication Tahlweg avait trouvé une façon originale de faire parler de lui. Sachant tirer partie de tous les arguments, il n'avait pas son pareil pour justifier ou démolir un raisonnement et en cas de litige avec un voisin les gens venaient de loin pour lui demander conseil.
    Tout petit il s'était aperçu que toute tentative de décision pouvait être battue en brèche par des arguments appropriés même si le résultat n'était pas toujours assuré. Avec son père il avait essuyé quelques revers, mais après le départ précipité de ce dernier pour une raison inconnue, il avait eu quelques succès avec sa mère. Elle mourut un soir de décembre alors qu'il avait tenté, sans succès, de la mettre en ménage avec Yard.
    Depuis cette époque il entretenait de très bonnes relations avec le vieil homme. Yard par son mauvais esprit quasi permanent savait alimenter les rumeurs et les histoires scabreuses. Une aubaine pour un Tahlweg qui savait les transformer en informations parfaitement crédibles.
    La mauvaise foi aidant il savait manier le mensonge et la vérité avec une dextérité inouïe. Un regard, une mimique, un geste calculé et l'interlocuteur restait bouche bée prêt à accepter l'inacceptable. Tahlweg était donc l'homme par qui les scandales pouvaient être révélés et entretenus. On était assuré de le voir prendre l'affaire en mains et au besoin l'amplifier afin d'en faire un événement catastrophique.
    Satisfait, il contempla son tableau qui divulguait le problème du jour : l'étroitesse et l'état de l'entrée du village. On avait du mal à s'y croiser ─ les bœufs en particulier ─ et les détritus non ramassés dégageaient une puanteur insupportable en cas de vent du nord.
    Ces affaires divisaient le pays mais, en s’y prenant bien, partisans et opposants finissaient toujours par se croire majoritaires. Rien de tel que la certitude d’avoir raison pour entretenir un climat détestable !
    Il ne restait plus qu'à accrocher le pamphlet sur le vieux tilleul de la place centrale.
    Le rouleau sous le bras, Tahlweg fit grincer son portail en le refermant maladroitement et s'engagea sur le chemin qui descendait sur Stone.

    Clélia jugea qu'il était temps de mettre un terme aux ébats.
    Tamor l'aubergiste avait vaillamment assuré son rôle de mâle éphémère. A présent, son manque de souffle pouvait avoir des conséquences fâcheuses s'il poursuivait son effort. Bonne fille, elle exprima avec beaucoup de conviction une satisfaction partiellement feinte. Réaction tout à fait naturelle : cet homme savait faire de la bonne cuisine et faisait partie des rares qui cherchaient à lui donner un peu de plaisir.
    Allergique à toute forme de promiscuité durable, elle avait choisi ces liaisons épisodiques qui lui fournissaient gîte et couvert sans avoir à se mettre en ménage. Retrouver le même homme après une séparation plus ou moins longue avait beaucoup d'avantages. Comme retrouver des affaires perdues après un départ parfois précipité suite à l'arrivée imprévue d'une épouse.
    Elle poussa un profond soupir auquel répondit le grognement de satisfaction d'un homme comblé. Le silence apaisant qui s'en suivit fut soudain rompu par des éclats de voix qui montaient de la rue.
    Tamor se redressa intrigué. A l'heure de la sieste ce n'était pas normal. Encore des jeunes qui ne respectent plus les traditions ! Une fois de plus ce serait un sujet à évoquer lors du prochain conseil de l’Agras.
    Clélia profita de cette occasion pour se dégager.
    Un baiser sur le nez de l'aubergiste et elle se précipita vers l'unique fenêtre située au fond de la pièce. Tamor, allongé sur le ventre, pensait au prochain conseil des anciens.
    Le bruit venait du centre de la place. Au pied du tilleul, d'un attroupement de jeunes et de moins jeunes montait un flot de commentaires qui devaient concerner le grand panneau accroché à l'arbre. Les mots étaient incompréhensibles à cette distance mais les gestes prouvaient que l'animation était à son comble. Au milieu des bras levés, Clélia aperçut la silhouette de Tahlweg. Un petit sourire vint éclairer son visage : un piètre amant mais quel conteur extraordinaire. Un homme qui savait parler, même aux femmes !
    C'est quoi ces hurlements, dit Tamor qui repoussait le moment de se lever.
    Il y a du monde au pied du tilleul. J'ai l'impression que l'écrivain a fait des annonces qui font débat.
    On ne peut jamais être tranquille avec lui. Même quand il ne se passe rien, il trouve toujours quelque chose !
    Peut-être que c'est lui qui a raison. S'il n'était pas là on n'apprendrait pas grand-chose. En particulier sur vos réunions d'anciens – les Agras – à l'issue desquelles d'ailleurs aucune décisions n'est prise. On se demande à quoi elles servent.
    Silence femme ! Les Agras permettent à chaque famille de s'exprimer et de proposer des idées face aux problèmes rencontrés. Libre ensuite aux chefs de foyers ou de clans de décider ce qu'ils doivent faire, rétorqua l'aubergiste en s'asseyant au bord du lit.
    Il avait du ventre, était court sur pattes, sa cuisine était excellente. Clélia jugea préférable de ne pas insister et changea de conversation.
    Il est temps pour moi de partir, j'ai mes poteries à terminer. Demain je t'apporterai deux cruches qui viennent de sortir du four, dit-elle en se penchant pour reprendre ses vêtements étalés à l'extrémité du lit.

    (à suivre... ?)

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