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    En Avant ! (7)

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    12072019

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    En Avant ! (7)



    Sans église point de salut.

    Je n’aimais pas les cimetières mais pour sauver mon âme il n’y avait pas le choix…



    A l’époque de mes culottes courtes le cérémonial le plus important était la messe du dimanche.
    Représentation au succès assuré, on pouvait y assister sans difficulté et selon ses goûts grâce à trois séances plus ou moins animées.
    Celle de l’aube, à six heures et demie, ne remplissait que les bancs de devant, elle était sobre mais ne durait pas longtemps. La messe de neuf heures, célébrée par deux abbés, avait un peu plus d’allure mais elle restait simple ; elle était suivie par ceux qui ne voulaient pas subir le sermon de M. le curé. Les retardataires et les personnalités se présentaient à onze heures pour la plus majestueuse. Sur un fond de musique d’orgue, M. le curé en grande tenue, entouré des enfants de chœur, épaulé par son équipe au grand complet et accompagné par la chorale, officiait dans une salle pleine à craquer. L’encens diffusé sans parcimonie envahissait lentement les lieux et parfumait l’assemblée en provoquant parfois des évanouissements. Les chants succédaient aux prières et l’allemand au latin avec la participation active de la foule, qui se levait ou s’agenouillait au rythme des coups de hallebarde donnés par le garde suisse.
    Cette dernière séance attirait le beau monde et ceux qui s’étaient couchés tard comme l’oncle Hans.
    Personne n’échappait à ce rituel, sauf mon père qui n’y allait qu’à l’occasion des enterrements et à Noël. Il considérait que ceux qui s’y rendaient chaque dimanche le faisaient par intérêt. Grâce au pardon engrangé, ils pouvaient tranquillement pécher pendant la semaine.
    J’en avais conclu, avec quelques doutes néanmoins, qu’il était presque un saint homme.
    Il faisait partie des exceptions, car rares étaient ceux qui se permettaient une telle dérogation. Le maire se devait d’aller à la messe, et les syndicalistes, même communistes, aussi. Ces derniers, pour marquer néanmoins leur opposition, sortaient au moment du sermon fumer une cigarette.
    Il faut dire que l’intervention du curé pouvait durer facilement une demi-heure. Dominant ses ouailles du haut de son perchoir, il en profitait pour demander de faire un effort pour la quête et piquait de véritables colères à propos des films un peu osés. Tout le monde savait ainsi quel cinéma choisir. Il était parfois remplacé par un de ses nombreux abbés, qui avaient moins de choses intéressantes à dire.
    On pouvait le retrouver, après la célébration de onze heures, assis au milieu du conseil municipal dégustant tranquillement un apéritif dans un café du coin. Cette présence me surprenait, mais il est vrai que sans lui le maire n’aurait pas été le maire. Le curé faisait ou défaisait beaucoup de choses, et mon père ne l’aimait pas.
    C’était donc un homme très important, mais celui que j’admirais le plus était le garde suisse. Il rythmait la cérémonie avec son immense hallebarde pour nous faire asseoir ou lever. Faisant preuve d’une grande indépendance, il se déplaçait comme il le voulait dans ce lieu sacré. Même pour l’adoration, il ne faisait que baisser la tête alors que tout le monde se mettait à genoux.
    Il était aussi chargé de notre surveillance et nous lançait des regards terribles si nous faisions un peu de bruit. À droite aux premiers rangs, devant les hommes, nous, les enfants, nous étions à sa portée.
    Il fallait en effet attendre d’avoir fait sa grande communion pour avoir le droit de se mettre derrière. Nous étions donc des cibles permanentes et silencieuses.
    Un jour, il fut absent et un petit vent de liberté souffla sur ceux qui étaient devant.
    Il y eut un peu de bruit et quelques rires étouffés provoqués par nos petites voisines, qui étaient à gauche, du côté des femmes. Le gros abbé qui officiait ce jour-là nous lança un coup d’œil appuyé et tout rentra dans l’ordre. À la fin de la messe, nous l’avons attendu sagement assis sur nos bancs comme c’était la règle, en nous donnant rendez-vous pour les vêpres de l’après-midi. L'abbé arriva tout en noir, s’étant débarrassé de ses ornements. Sans un mot, il fit sortir ceux qui étaient assis au troisième rang. J’en faisais partie. Chacun eut droit à une claque magistrale et retentissante.
    Cela ne m’empêcha pas de rêver de faire partie des enfants de chœur. En fait, c’était certainement pour l’habit rouge et le surplis blanc. À moins que ce ne soit pour les œufs de Pâques qu’ils récoltaient après avoir joué de la crécelle.
    Toujours est-il que j’apprenais de mon mieux les leçons de catéchisme. Il était enseigné à l’église pour préparer la grande communion et même à l’école pour je ne sais quel examen. (NDLR : Les cours de religion étaient obligatoires en Alsace et en Lorraine). Les péchés capitaux n’avaient plus de secret pour moi sauf que je ne savais pas toujours à quoi ils correspondaient. La luxure et le péché de chair me semblaient particulièrement hermétiques.
    Il ne s’agissait pas de demander des explications détaillées mais d’apprendre. J’ai donc appris et bien appris. Si bien qu’un jour un autre abbé - pas celui qui nous avait giflés - en parlant avec mon père, lui annonça que j’étais premier en catéchisme. C’était un exploit et il me félicita dès son retour à la maison. Il était fier de montrer sa largeur d’esprit : avoir un fils doué pour les choses saintes alors que lui-même n’allait pas à la messe !


    Naturellement il y avait les copains et Laurel et Hardy.

    Sans les copains rien n’est possible. On peut tout faire avec des copains…


    Mon camarade Joël n’allait pas à la messe.
    Il était breton. Son père était ingénieur à la mine, et nous habitions des maisons identiques. En raison des bâtiments détruits, les logements en dur avaient été attribués sans véritable préférence hiérarchique. Beaucoup de gens habitaient dans des baraques en bois.
    Les rapports entre nos parents restaient distants car mon père n’était pas ingénieur. Ils avaient une voiture avec des flèches lumineuses et ma mère avait un vélo sans dérailleur. Notre jardin était cultivé et nous avions des poules et des lapins. De leur côté, rien ne poussait, hormis quelques fleurs. Nous n’étions pas tout à fait du même monde, et de plus c’étaient des Français « de l’intérieur ».
    Joël ne parlait pas le patois, mais, peu importait c’était mon grand copain.
    Le tas de sable, dans sa cour, nous servait de muraille ou de tranchée. Modifiable à volonté, il nous permettait toutes les constructions possibles, mais nous avions du mal à fabriquer des meurtrières car elles s’effondraient rapidement.
    La vraie guerre était passée par là avec ses accessoires indispensables pour faire plus authentique. Aucune difficulté pour récupérer des casques, surtout allemands, et des compléments comme des cartouchières. Les baïonnettes par contre avaient disparu. Les petites servaient souvent d’ustensiles de jardinage. Quant aux douilles d’obus, inutile de chercher, elles s’étaient transformées en vases ou en porte-parapluies. Les combats faisaient néanmoins rage et nos fusils en bois tiraient comme des mitrailleuses.
    Pour changer, nous posions des clous sur un rail de la voie ferrée toute proche pour les aplatir. Quatre petits cailloux pour bloquer la tige bien au centre, c’était une opération délicate. Après avoir collé nos oreilles sur le rail comme de vrais cow-boys, nous attendions fébrilement l’arrivée du train. Nos regards angoissés suivaient les tours de roue de la locomotive tout en ne perdant pas de vue notre enclume. L’instant était décisif, une vibration trop forte et tout était à recommencer. La chance était souvent avec nous, et c’était l’explosion de joie en retrouvant le morceau de fer plat encore tout chaud dissimulé dans le ballast. Ces pointes nous permettaient de fabriquer de magnifiques flèches pour jouer aux Indiens ou à Robin des Bois. Quelques plumes de poule faisaient l’affaire pour compléter la tenue, et les forêts environnantes devenaient nos territoires de chasse.
    La guerre était belle car nous ressuscitions chaque fois. Un jour, pourtant, je me suis fait mal au pouce gauche. C’était une blessure héroïque résultant d’un combat acharné. Pour riposter rapidement, j’avais enfoncé dans le canon du revolver un bouchon muni de son amorce alors que le percuteur était sorti. Je n’ai pas eu de médaille, mais j’ai gardé une belle cicatrice.
    Certaines opérations étaient organisées avec beaucoup de minutie. Chacun préparait sa tenue pour le lendemain en découpant, dans du papier, des galons, des décorations ou des insignes de shérif. Avec des épingles, le jeu devenait d’un réalisme parfait et pouvait durer des heures.
    Joël avait plusieurs grands frères dont l’un faisait son service militaire. Son uniforme était moins bien réussi que les nôtres car il n’avait pas beaucoup d’insignes et aucun galon.
    De pus, il était trop grand pour jouer avec nous.
    Rigo était mon deuxième copain.
    Il habitait de l’autre côté de la voie ferrée dans une baraque en bois. Ses parents étaient italiens et son père travaillait à la mine.
    Il n’aimait pas trop jouer à la guerre, alors nous passions notre temps à parcourir les environs pour explorer les forêts et les chantiers qui fleurissaient partout. Nous aidions aussi son père à couper du bois en nous asseyant sur le chevalet pour maintenir les bûches.
    Rigo était un peu plus petit que moi, mais beaucoup plus musclé. Il faisait partie d’un club de gymnastique et j’aurais bien voulu l’accompagner, mais d’après ma mère ce n’était pas un endroit pour moi. Il était, parait-il, mal fréquenté ! Je ne voyais pas très bien pourquoi je ne pouvais pas me joindre à ceux qui habitaient des baraquements en bois. Il est vrai que Rigo était italien. Ces gens-là chantaient tout le temps, même les maçons coiffés de leurs calots fabriqués à partir de fonds de sacs de ciment. Ce n’était pas très sérieux…
    La voie ferrée qui nous séparait était en cours d’installation. Des wagons venaient régulièrement y déverser les pierres qui arrivaient du triage. Nous ramassions ce qui ressemblait encore un peu à du charbon pour le rapporter à son père, et nous passions à notre occupation favorite : la recherche de l’or. Il fallait remuer beaucoup de cailloux, mais il y en avait. C’était de petites taches dorées collées sur des pierres bleues et sombres. Parfois, nous tombions sur de véritables pépites. Le cœur battant, on les faisait tourner dans tous les sens pour les faire briller au soleil et nous assurer de leur valeur. Elles allaient ensuite rejoindre notre coffre, qui était une boite à biscuits bien cachée au pied d’un arbre. Rigo rêvait de s’acheter une moto et moi un avion.
    Mon père, à qui j’avais montré un échantillon, m’a déçu car il prétendait qu’il n’avait aucune valeur. Aucune importance, avec Rigo nous avons continué à rêver, bien décidés à ne pas tenir compte de l’avis des grands.
    Il y avait d’autres grands à côté de chez nous. C’étaient des prisonniers de guerre allemands surveillés par des gardes de la mine. Ils étaient chargés de travailler le long de la voie ferrée, située un peu plus loin, qui servait au transport du charbon. J’allais souvent les voir.
    Coiffés de leurs casquettes à grande visière, ils soulevaient des traverses ou déplaçaient des rails. Un jour, je suis arrivé au moment où l’un d’eux venait de se blesser. Il était allongé par terre, le ventre tout bleu, et gémissait en se tordant de douleur. À quelques mètres, le garde fumait une cigarette. Il était assis sur une caisse, le fusil posé sur les genoux, parfaitement indifférent à la scène. Les camarades de celui qui était par terre poussaient de grands cris. C’était manifestement pour obtenir de l’aide, mais il n’y eut aucune réaction. Pour moi c’était évident : le garde était un « vrai »  Français, il ne comprenait pas l’allemand…
    Une autre fois, l’un d’eux m’a fait signe en me tendant un morceau de papier qui devait être un billet. Je ne comprenais pas ce qu’il voulait, mais je crois qu’il cherchait à manger. Le gardien lui a rapidement fait comprendre que c’était interdit et m’a fait déguerpir.
    Les Allemands n’étaient pas comme les Américains, car ces derniers donnaient des biscuits aux enfants. Il est vrai que le mâcheur de chewing-gum que j’avais vu en haut de son char, un ou deux ans auparavant, lançait des cigarettes - que je n’arrivais pas à attraper ; j’en avais même pleuré. Depuis, les Américains passaient régulièrement en convoi sur la route nationale qui menait à la frontière toute proche, mais ils ne jetaient plus rien. Les conducteurs des camions étaient souvent des Noirs : ils n’avaient peut être pas grand-chose eux non plus.
    Il valait mieux être blanc et américain que noir ou allemand !
    On le voyait bien quand on allait au cinéma. Les plaines du Far West étaient magnifiques avec les bisons et les tuniques-bleues. De plus, ces derniers gagnaient toujours contre les Indiens - et même contre les Japonais.
    Et puis, que la vie était drôle là-bas avec Laurel et Hardy, le dimanche après-midi à la séance de quatre heures !
    Quelques sous pour payer sa place, le reste pour un chewing-gum, et les éclats de rire pouvaient commencer.
    Laurel et Hardy étaient parfois absents et nous étions déçus, sauf s’ils étaient remplacés par un western ou un film de guerre. Il y avait moins de rires. Toute la salle retenait son souffle lorsque Gary Cooper s’avançait, la main à hauteur de son étui à revolver face au bandit mal habillé. La guerre du Pacifique faisait rage et les pilotes n’arrivaient pas à s’extraire de leurs cockpits en flammes…
    Il y avait aussi des films moins intéressants et tristes car le héros mourrait à la fin comme ces pauvres lanciers du Bengale ou cette petite fille aux yeux verts qui était très malade.
    Heureusement, Mickey avait ouvert la séance, et nous avions vu la bande-annonce du film dont M. le curé venait de parler le matin même.
    Sans cinéma et sans messe, un dimanche n’aurait pas été un dimanche.
    Sans Laurel et Hardy et mes copains, que la vie aurait été triste !


    (à suivre…)
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