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    En Avant ! (6)

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    10072019

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    En Avant ! (6)

    Après le travail, le réconfort…
    et parfois quelques surprises


    La visite des bureaux était généralement suivie par l’apéritif au café. Nous changions d’endroit assez souvent, et je devins un habitué des bistrots.
    Chacun avait sa caractéristique. Dans l’un c’était le patron qui venait s’asseoir à notre table, dans l’autre on y retrouvait un commissaire de police, parfois c’était pour narguer le conseil municipal, dont mon père ne faisait plus partie. Partout on retrouvait en bonne place les portraits de de Gaulle et du maréchal Leclerc. Tous les deux portaient la moustache ; l’un avait libéré la France et l’autre Paris puis Strasbourg.
    Sagement assis, je mangeais des bretzels - à la forme curieuse - en écoutant de toutes mes oreilles et en observant les gens. Ils dégustaient lentement le liquide doré surmonté d’une collerette blanche et reposaient délicatement leurs verres sur des petits cartons agréables au toucher. Une fumée bleue reliait les tables, et les conversations qui allaient bon train provoquaient un brouhaha lancinant. C’était une musique de fond aux vertus apaisantes car il se dégageait une impression de calme et de bonne humeur malgré l’austérité des lieux. Vers midi, les visages paraissaient plus rouges au-dessus des chemises blanches et les propos un peu plus animés, mais l’heure était venue de remettre son chapeau ou son béret pour prendre congé. J’avais droit à un dessous-de-verre en carton, et nous passions entre les tables avec des saluts amicaux avant de reprendre le chemin de la maison.
    De temps en temps, nous faisions un arrêt rapide chez la grand-mère, et mon père se délectait d’un bol de bouillon brûlant et bien gras. C’était sûrement son truc pour digérer les apéritifs.
    Bien entendu, nous arrivions souvent en retard, et mon père, ce surhomme, se faisait sermonner par ma mère.
    Toujours très occupé, mon père ne restait jamais longtemps à la maison, sauf quand il était vraiment malade, ce qui lui arrivait rarement. Je l’ai découvert un jour dans son lit, couché sur le ventre avec plein de petits verres collés sur le dos. Il n’avait pas la grande forme. Je l’ai forcé à jouer avec moi, mais cela n’a pas duré. Il transpirait à grosses gouttes et s’est rapidement recouché. Il avait perdu deux petits verres et j’ai aperçu sur son dos des taches bleues bien inquiétantes.
    Nous ne partions jamais en vacances. Une fois pourtant il avait essayé et nous étions parti dans les Vosges avec un couple d’amis pour deux semaines. Au bout de quelques jours la mine l’avait réclamé. Elle ne pouvait pas se passer de lui ! Avec ma mère et mon frère, nous avons passé le restant des congés à respirer l’air vivifiant des forêts de sapins et à écouter « Etoile des neiges » joué au piano par le collègue de mon père, dont le retour n’avait pas semblé indispensable. Pendant quelques jours, nous avons eu l’illusion de vivre différemment.
    Le pianiste était un cadre de la mine que mon père surnommait « Yankee ». Porion d’aérage chargé de vérifier la qualité de l’air, il devait ce sobriquet à son séjour aux Etats-Unis comme prisonnier de guerre, car il avait fait la campagne de Russie – malgré lui -  sous l’uniforme allemand. Dans une prison plutôt dorée du Tennessee, il avait appris quelques mots d’anglais, découvert le jazz et trouvé un art de vivre où la décontraction rivalisait avec la bonne humeur. C’était un homme d’un autre monde…
    Mon père ne connaissait que le labeur et la hantise d’un arrêt de la production. Au milieu de tous ses soucis, il trouvait pourtant le moyen de s’occuper de son fils, - le dimanche matin quand il m’emmenait avec lui pour contrôler le travail du poste de nuit - mais aussi certains soirs pour vérifier le mien sans oublier quelques circonstances exceptionnelles.
    C’est lui qui m’a accompagné à l’hôpital pour l’opération des amygdales.
    Nous avions quitté la maison très tôt ce matin-là et pris des raccourcis à travers la campagne. Je marchais à côté de lui sans savoir ce qui allait m’arriver. Lui le savait et me parlait comme si j’étais grand. C’était pour me rassurer.
    Arrivés à destination, nous nous sommes bientôt retrouvés dans une petite pièce. Il y avait deux chaises face à face. Sur l’une prit place un médecin en blouse blanche avec une lampe bizarre sur la tête. Ce n’était pas une lampe de mineur. Il demanda à mon père de s’asseoir sur l’autre chaise et de me prendre sur ses genoux. La bouche grande ouverte, j’ai vécu une séance qui reste gravée dans mes souvenirs. À côté de ça, se faire arracher une dent est une partie de plaisir. Mon père a presque souffert autant que moi. J’en ai profité pour faire connaissance avec l’hôpital pendant quelques jours, mais j’étais interdit de frites.
    Passons sur la rougeole, et les angines, que j’affectionnais particulièrement. Ne parlons pas des cataplasmes à la moutarde ou de ces plaques de coton rose tirées d’une boîte illustrée d’un bonhomme crachant du feu qui me brûlaient la poitrine dès que je transpirais. Ces maladies à répétition ont eu pourtant plusieurs conséquences.
    Je manquais des cours.
    Cela ne me gênait pas trop, sauf pour le calcul mental que je n’ai jamais assimilé. Il y avait malheureusement ces notes insuffisantes qui pouvaient m’empêcher de passer dans la classe supérieure.
    J’ai fait une primo-infection.
    C’était plus embêtant car je me suis retrouvé dans un sana dans les Vosges. J’avais une grande valise, et ma mère a collé la feuille qui donnait la composition de mon paquetage avec de la farine diluée dans de l’eau.
    Pour une première expérience de pensionnat elle fut réussie ! Des dortoirs de douze mélangeant des « grands » de quatorze ans et des « petits » de huit ! Je faisais partie des « petits ». La combinaison était la même dans les salles de classe, et dans le réfectoire immense on s’évertuait à nous servir de la crème de marron jusqu’à plus-soif ! J’avais horreur de ce prétendu dessert mais on me forçait à l’ingurgiter jusqu’au jour où j’ai renvoyé la totalité du repas dans l’assiette.
    Que de choses j’ai appris dans ce coin perdu des Vosges si on ne tient pas compte des tables de multiplication, de la grammaire et des conjugaisons !
    Nous faisions la guerre avec des casques récupérés dans la forêt. À l’occasion d’une promenade, nous avions découvert une vraie mitrailleuse cachée dans les ronces. C’était devenu un rendez-vous secret. Un jour, nous avons été surpris par un surveillant. Ce fut une mauvaise journée.
    Et ces nuits où personne ne dormait !
    Il se passait parfois des choses étranges dans les couloirs et dans les chambres. J’étais malheureux. Ce séjour était devenu insupportable et mon père s’en est rendu compte à l’occasion d’une visite.
    - Je voudrais rentrer, papa » , lui ai-je dis avec l’espoir qu’il ne me laisserait pas tomber.
    Il ne m’a pas laissé tomber, et un peu plus tard j’ai quitté « exceptionnellement » ce centre de loisirs spécialisé en crème de marron.
    Mon père apporta également sa contribution pendant ma période coqueluche.
    Soigné sans relâche, je continuais pourtant de tousser. L’oncle Hans et la tante Grete m’ont emmené quelques jours respirer l’air des forêts voisines.
    Ils s’évertuaient à me faire manger de la viande que je trouvais toujours trop dure. Un jour, au lieu d’avaler les morceaux, j’ai trouvé plus commode de les mettre dans mon mouchoir. Mon système était bien au point. Je faisais semblant de me moucher, et ni vu ni connu les boules indésirables disparaissaient. À la fin du repas, je pensais à autre chose et j’ai sorti machinalement mon garde-manger. Ce fut une catastrophe. Tante Grete a été très fâchée.
    J’avais même droit à des breuvages bizarres faits à partir d’aiguilles de pin. Avec du miel c’était délicieux. Pleins d’attention, mon oncle et ma tante n’ont pas ménagé leurs efforts. Leur gentillesse me réconfortait et les combats à l’arme blanche se succédaient avec oncle Hans.
    Mais il n’y avait aucune amélioration.
    Un jour, quelqu'un dit à mon père que pour guérir je devais partir respirer l’air en haute montagne ou faire un voyage en avion. La montagne était loin. Il m’emmena à l’aérodrome de Metz.
    L’avion avait deux places : une devant, l’autre derrière. Il avait aussi des ailes superposées et une allure de vieux coucou de 14-18. Je me suis installé sur les genoux de mon père, qui n'était pas rassuré… Qu’allait faire ce pilote à l’air farfelu assis derrière lui ?
    Il fit décoller l’avion dans un bruit assourdissant et le vent commença à nous siffler aux oreilles. La montée fut lente et je m’endormis malgré le froid. Nous n’avons pas fait d’acrobaties car je n’étais attaché que par les bras de mon père. Ce n’était pourtant pas l’envie qui devait manquer à ce pilote dont le foulard flottait le long de la carlingue. La descente nous ramena à une température plus supportable et je me suis réveillé. Ce fut un baptême de l’air efficace. Rien de tel pour soigner une coqueluche !
    Il s’occupait aussi de ma mère.
    Assez peu pendant la semaine car il « vivait » plutôt à la mine, mais toutes les occasions étaient bonnes pour aller danser. Elles étaient relativement fréquentes avec les sorties des anciens combattants, le repas de la Sainte-Barbe et les fêtes locales dans les villages de la région.
    Un soir, il l’emmena au cinéma. Ils étaient partis discrètement de la maison, sans me prévenir. Pour leur malheur, je me suis réveillé.
    Il faisait noir, et, pour je ne sais quelle raison, je me suis levé. En fait, je voulais voir mes parents. Je les ai cherchés partout, dans toutes les pièces de cette immense maison à trois étages. Mon parcours m’a même fait traverser la cave. Pour me rassurer, je parlais tout haut et j’essayais de siffler.
    Je n’ai trouvé personne, mais je n’abandonnais pas facilement. J’ai donc ouvert des fenêtres et des volets pour appeler au secours. Mes « Maman ! » et « Papa ! » ont réveillé le quartier. Le hasard voulut que mes parents soient sur le chemin du retour. Ma mère entendit un bruit de voix dans le lointain et son instinct maternel lui donna la conviction qu’il s’agissait de son fils. Mon père était sceptique, mais il accepta de marcher plus vite. En arrivant, ils m’ont retrouvé assis devant la porte d’un voisin. Les commentaires sont allés bon train. Mes parents étaient des êtres indignes, insouciants et irresponsables.
    - Vous vous rendez compte ! Laisser un enfant tout seul… »
    Ce soir-là, je suis devenu un tortionnaire car mes parents ont été interdits de cinéma pendant un certain temps ! Cela n’a pas trop gêné mon père. Ce n’était pas un passionné de ce genre de divertissement.
    Il en avait d’autres…

    (à suivre…)
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