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    En Avant ! (5)

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    08072019

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    En Avant ! (5)

    Les jours commencent à raccourcir et, en attendant le 14 juillet, je crois que je peux continuer à raconter ces tranches de vies…

    Bien entendu, il y avait mon père…

    Après la bataille
    Victor Hugo
    Mon père, ce héros au sourire si doux,
    Suivi d’un seul housard qu’il aimait entre tous
    Pour sa grande bravoure et pour sa haute taille,
    Parcourait à cheval, le soir d’une bataille,
    Le champ couvert de morts sur qui tombait la nuit.
    Il lui sembla dans l’ombre entendre un faible bruit.
    C’était un Espagnol de l’armée en déroute
    Qui se traînait sanglant sur le bord de la route,
    Râlant, brisé, livide, et mort plus qu’à moitié.
    Et qui disait:  » A boire! à boire par pitié !  »
    Mon père, ému, tendit à son housard fidèle
    Une gourde de rhum qui pendait à sa selle,
    Et dit: « Tiens, donne à boire à ce pauvre blessé.  »
    Tout à coup, au moment où le housard baissé
    Se penchait vers lui, l’homme, une espèce de maure,
    Saisit un pistolet qu’il étreignait encore,
    Et vise au front mon père en criant: « Caramba!  »
    Le coup passa si près que le chapeau tomba
    Et que le cheval fit un écart en arrière.
    « Donne-lui tout de même à boire », dit mon père.


    Mon père ce héros au sourire si doux et à la colère si puissante…

    Il connaissait ce poème par cœur. Combien de fois ne me l’a-t-il pas récité ?
    C’était sa manière de me raconter une histoire…


    Né en Lorraine en 1914, il était devenu français avec l’armistice.
    Il avait toujours faim.
    Adolescent, il s’introduisait parfois dans les jardins pour voler des oignons et avait conservé une passion pour ce légume qui lui avait sauvé la vie. C’était du moins sa conviction car il avait vu des gens mourir de faim pendant la crise de 1929.

    Il avait commencé à travailler dès l’âge de quatorze ans. A cette époque, c’était normal et il était également normal de travailler à la Mine.
    La mine rythmait sa vie le jour et souvent la nuit. Comme les autres, il devint un virtuose de la pelle et du pic. Il avait aussi prit l’habitude de récupérer les clous rouillés ou tordus pour les échanger contre des neufs. C’était une consigne strictement appliquée par le magasinier. Elle avait pour but de faire des économies. La chasse aux vieux clous était donc devenue un sport local très prisé. À ce petit jeu, beaucoup se constituaient des réserves substantielles grâce à des ratissages en règle. Pour mettre fin aux dérives, une instruction complémentaire précisa les tailles et les formes de tête qui pouvaient être acceptées. Le travail du magasinier devint plus compliqué, et la recherche des pointes un exploit. Cette contrainte ne résista pas au temps, mais mon père en conserva l’habitude de ne pas jeter les clous tordus…
    Grâce à un ingénieur qui l’avait remarqué, il suivit des cours complémentaires en remontant du fond. Ce ne fut pas facile car son mentor exigeait des résultats et son père attendait qu’il revienne avec la paye…
    Ses efforts furent récompensés et il intégra une école de cadres ce qui lui permit de devenir porion et de se marier. Un travail acharné, service militaire à rallonge, la guerre avec le 3ème Génie d’Arras, blessures sur la Meuse pour se retrouver prisonnier, retour en Lorraine en 1941, la fuite en zone occupée pour échapper à l’envoi sur le front russe, la libération et le travail, toujours le travail…
    Son histoire pourrait faire l’objet d’un livre entier…
     
    Présent partout, mon père était adjoint au maire, président de l’Union des anciens combattants, membre actif du RPF , supporter du club de football et porion à la mine. Entre deux meetings politiques et quelques cérémonies devant les monuments aux morts, il organisait des réunions clandestines d’une partie du conseil municipal. Avec la fumée des cigarettes qui envahissait la salle à manger et les conversations à voix basse, j’étais persuadé qu’il s’agissait de conspirations. En fait, ils préparaient la séance officielle du lendemain.
    Mon père trouvait aussi le temps d’aller au bal avec ma mère et de s’occuper de moi.
    Dès qu’il le pouvait, il m’emmenait avec lui.
    C’est ainsi qu’il m’est arrivé de dormir au fond d’une voiture pendant qu’il argumentait du haut d’une tribune. Entendre les applaudissements ou les hurlements de la foule n’avait rien d’enthousiasmant. Faire partie des rassemblements autour des monuments aux morts était plus intéressant. Sans le savoir, j’y ai rencontré de futurs députés ou sénateurs et même un ministre. Ils parlaient beaucoup.
    Les anciens combattants avaient de beaux drapeaux, et puis je revenais toujours avec des insignes distribués pour la circonstance. J’avais ainsi de quoi compléter ma panoplie et mon copain Joël héritait parfois de la médaille militaire.
    Bien entendu, j’ai exploré le fort de Douaumont avec toutes ses mitrailleuses et ses grenades à manche bien rangées derrière des barrières symboliques marquées par des têtes de mort. La tranchée aux baïonnettes m’a particulièrement intéressé. Entre deux lignes de barbelés jaillissaient des tiges longues et fines. Elles étaient toutes comme celles de l’oncle Hans !
    Accompagner mon père à la mine était un rituel incontournable.
    Rasé de près, cheveux gominés avec la raie au milieu, il s’était préparé pour la promenade du dimanche matin. Coiffé chacun de son béret, nous prenions la route du puits Simon.
    C’était l’itinéraire des mineurs, toujours noir de monde pour les changements de poste, mais ces jours-là nous étions seuls.
    Un pont au-dessus des rails qui servaient à la fabrication de mes pointes de flèche (pour les non connaisseurs : des clous posés sur un rail bloqués par de petits cailloux et un train qui passe...) et c’était la longue ligne droite avant un virage.
    Au fond, la mine, sur laquelle trônaient les grandes roues. Mon père les appelait les mollettes, peut-être par dérision ? Elles dépassaient toutes les constructions et étaient visibles de partout. Avec elles, on savait toujours où on était.
    Nous franchissions la porte d’entrée avec un petit signe au gardien, et nous étions arrivés. Quelques pas suffisaient pour rejoindre ceux qui sortaient encore noirs de charbon. Ils racontaient ce qui s’était passé durant le dernier poste.
    Une odeur curieuse flottait dans ces bureaux donnant sur une immense salle, dite « des mineurs » car c’était l’endroit où ceux-ci se rassemblaient avant de descendre. Une odeur faite d’un mélange de savon et de poussière qui me donnait l’impression d’être dans un autre univers. C’était vrai, c’était le monde de mon père. Pour vivre, il avait besoin de s’en imprégner tous les jours.
    Même les grandes grèves de 1948 n’avaient pas rompu le cordon ombilical. Afin de passer les barrages des syndicalistes, il s’était procuré un revolver et n’avait pas hésité à tirer en l’air pour montrer sa détermination. Comme si de rien n’était, j’avais eu droit à mes visites dominicales mais l’ambiance n’était pas la même car la troupe occupait les locaux. Les casques étaient différents et les gens moins sympathiques. J’avais été déçu par ce soldat français à moitié réveillé qui exhibait sa mitrailleuse puis sa grande caisse de rations américaines sans penser à me proposer un chewing-gum. Il n’était pas beau avec sa chemise déboutonnée et son pantalon kaki. Je préférais ceux qui portaient des casques avec des lampes et qui lançaient des Glück auf ! Ils n’avaient pas d’armes, leurs vêtements étaient usés, mais leurs regards exprimaient une force tranquille qui m’impressionnait.
    Par moments, les éclats de voix et les rires prouvaient que tout allait bien, car le charbon coulait à flot. Parfois les choses allaient mal et je me faisais tout petit pour me protéger des hurlements échangés entre les uns et les autres.
    - Pourquoi la haveuse est-elle tombée en panne ?
    - Inadmissible ce manque de wagons pour évacuer la production ! Et l’électricien, où était-il ? »

    La « conversation » commençait en français et se poursuivait en patois, ponctuée par des « Verflucht und zugenäht ! » (en gros : « bordel de merde »…) qui en disaient long sur la gravité de la situation.
    Je croyais que mon père était très fâché, en réalité c’était faux. Il appréciait ceux qui avaient le courage de lui répondre avec la même violence que lui.
    Malheur au discret qui avait fait une erreur !
    Il fallait parler haut et fort. Peut-être à cause du bruit des machines ?

    (à suivre…)
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