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    En Avant ! (1)

    Tranches de vie (Années 1950  1960)

    Nota important : disons que ces lignes sont proposées à titre d’essai.
    Cette histoire (du moins au début) n’est peut-être pas « totalement compatible » avec ce forum  mais, comme c’est bientôt les vacances, j’ai pensé qu’un sujet « un peu moins sérieux » pouvait avoir sa place.
    Bien entendu, tout va dépendre de l’intérêt suscité…
    Néanmoins, je me lance avec un premier épisode !



    Prologue

    Arriver au bout d’une dissertation m’a toujours demandé beaucoup d’efforts. Généralement, examen oblige, j’avais pour objectif de faire au moins quatre pages d’écriture.
    Depuis quelques années l’envie d’écrire quelques anecdotes pour mes petits-enfants m’a fait remplir un peu plus que quatre pages. Arrivé au bout d’un certain nombre de textes, j’ai pensé que je pouvais les partager avec quelques lecteurs sympathiques. Des lecteurs qui n’allaient pas tenter de retrouver une dissertation mais une suite d’épisodes qui ont marqué mon parcours depuis un peu plus d’un demi siècle.
    Comme tout le monde, je me suis retrouvé un jour sur cette planète sans l’avoir vraiment demandé. En arrivant, j’ai cru entendre quelqu’un me crier : « En avant ! ».
    Je ne sais toujours pas qui c’est mais j’ai suivi son conseil. D’où le titre de ce livre.
    Je voudrais vous faire partager quelques passages glanés par ci par là. Avec des mots pas trop sérieux…
    Alors, si vous le voulez bien, on y va ?

     

    Un jour j’ai eu six ans

    Il était une fois entre Sarre et Moselle…
    Un petit pays avec des forêts, des collines et quelques hommes aux “ gueules noires ” qui parlaient patois…
    Les “ cousins Germains ” considéraient que ce territoire leur appartenait…
    Certains “ Français de l’intérieur ” se demandaient pourquoi ils avaient fait la guerre pour “ ces gens qui parlaient allemand ”…
    J’ai traversé ce pays, il y a longtemps...

    ***


    Cette eau qui ruisselait me fascinait. Elle glissait le long d’une poutre en bois comme un voile protecteur et brillait dans le faisceau des lampes.
    Nous descendions à toute vitesse dans une cage d'acier qui vibrait avec un bruit infernal. Le madrier, venu des forêts d'Afrique, humidifié en permanence, servait de guide à l’ascenseur qui plongeait au fond de la mine.
    Il n'y avait pas grand-chose à voir.
    Le trou n'avait pas de parois, rien qu’un morceau de bois marron faisant office de rail pour nous relier à la surface. Je tentais de me rassurer en le fixant avec intensité.
    Nous avions quitté la lumière du jour pour nous enfoncer sous terre à quelques centaines de mètres.
    J'avais six ans. Nous étions en 1947.
    Des bottes trop grandes, un casque enfoncé jusqu'aux yeux avec sa lampe accrochée sur la visière et une batterie d’alimentation qui pendait lamentablement à ma ceinture, - j'étais fier de mon uniforme. Mineur de fond, comme mon père à côté de moi, j'allais enfin découvrir le lieu magique où naissait le charbon.
    Nous étions quatre. Grands et forts, mes voisins hochaient parfois la tête avec un petit sourire en me regardant. Personne ne parlait, il y avait trop de bruit et, de toute façon, je devenais de plus en plus sourd au fur et à mesure de la descente.
    Mon grand souci était de rester bien droit malgré les balancements de la cage, sans m'accrocher à mon père. Ce dernier devait être très important pour se permettre de m'emmener ainsi avec lui. NDLR : il n'était "que" sous-chef Porion) Nous n'étions pas dans la “ mine image ” servant à la formation des jeunes mineurs, mais dans la fosse du puits Simon II à Stiring-Wendel.
    Il avait commencé à “ descendre ” dès l'âge de quatorze ans, la mine était donc un peu sa deuxième maison. Une boîte bizarre était accrochée à son ceinturon, toute en longueur avec une petite flamme protégée par un verre très épais. C'était la lampe à grisou. Je ne savais pas qui était ce “ Grisou ”, mais tous les “ chefs ” portaient ce genre de lampe.
    Il tenait sous le bras une canne étrange dont la poignée ressemblait à un petit marteau pointu. Elle ne servait pas à piocher le charbon, - ce n'était pas un vrai pic de mineur - mais elle devait avoir une signification car peu de personnes en possédaient. Une baguette de commandement ou de chef d'orchestre ? Certainement un peu des deux pour ce bonhomme de trente-trois ans qui avait déjà dix-neuf ans de métier.
    La mine n'avait plus beaucoup de secrets pour lui. Elle était devenue sa maîtresse.
    Imposant par sa taille et son allure, il avait effectivement de quoi séduire cette dame très exigeante, peu disposée aux concessions. Comme tout amant passionné, il ne voyait qu'elle. Il nous trompait souvent, ma mère et moi, mais aujourd'hui il m'emmenait dans sa garçonnière...
    Il était très calme malgré cette cage qui donnait l'impression de ne pas vouloir s'arrêter. Et si on nous avait oubliés, là-haut ?
    La descente se fit soudain moins rapide. L'arrêt fut brutal. La grille se releva avec un cliquetis métallique impressionnant.
    Quelqu’un nous attendait.
    - Glück auf !
    - Glück auf ! ” répondirent mes voisins.
    Ce salut me surprenait, je ne comprenais pas ce qu'il voulait dire. Il est vrai que je ne connaissais pas encore l'allemand.
    La lumière était revenue. Une salle immense était devant nous avec des wagonnets, vides ou pleins de charbon. L'activité était intense, comme dans une gare située sur un chantier en construction. J'étais impressionné par le vacarme de ces grosses boîtes métalliques qui s'entrechoquaient violemment en faisant grincer leurs roues. Des mineurs les poussaient dans des ascenseurs à plusieurs étages qui remontaient en rugissant par le chemin que nous venions de quitter.
    Tout allait très vite.
    Un courant d'air chaud balayait nos visages. Mon père rectifia le morceau de tissu qui me servait de foulard. Le sien ressemblait plutôt à un petit mouchoir faisant office de cravate. Il me fit signe de le suivre, et j'avançai en prenant soin d'enjamber les rails et de conserver mes bottes. Nous avons négligé les “ pleins ” pour nous rapprocher d'un “ vide ” accroché à une “ loco ”. Soulevé de terre, je me suis retrouvé assis au fond d’un wagonnet. Trois paires de jambes m’ont rejoint et nous nous sommes arc-boutés contre les cloisons métalliques. Le train se mit en marche. Il était tout petit, mais il faisait du bruit comme un grand.
    J'aimais bien prendre le train, mais celui-là n'avait même pas de banquettes et aucune fenêtre pour découvrir le paysage.
    Dans les virages, les mouvements étaient si brusques que nous frôlions le déraillement. Pas question de sortir la tête pour regarder dehors : le plafond était parfois très bas dans cette caverne creusée si loin de la surface.
    La nuit était revenue, nos lampes éclairaient par intermittence les arceaux en acier qui soutenaient les roches qui nous dominaient. Des câbles, ponctués par les petites lumières rouges des boîtiers électriques, pendaient le long des parois brillantes d’humidité.
    Il n'y avait pas de vaches pour nous regarder, et aucun arbre ne défilait sous nos yeux.
    Ce n'était qu'un souterrain interminable.
    Accroupis les uns à côté des autres, nous avons réglé nos lampes. Seules, les veilleuses indiquaient maintenant notre présence. J'étais bien.
    Une odeur de charbon mouillé s'élevait du plancher, et trois petites lumières veillaient sur moi en s'agitant au gré des soubresauts du train. Blotti contre la paroi, je sentais de temps en temps le contact rugueux d'un pantalon ou d'une veste. Cette proximité me rassurait.
    Quelques paroles s'échangèrent entre mes voisins. Il était question de charbon.
    Le train se mit à ralentir progressivement, puis il s'arrêta brutalement. Ce devait être une gare. Ce n'était qu'un embranchement, et nous avons continué à pied. Les bottes me faisaient mal malgré les chiffons qui me servaient de chaussettes. J’avais été surpris quand mon père avait utilisé ces morceaux de tissu rugueux pour m’envelopper les orteils. C’était une curieuse façon de se protéger la peau. Les mineurs n'avaient pas les pieds de tout le monde…
    La galerie s'était rétrécie. Nous marchions au centre, entre deux rails longés par un véritable ruisseau. L'eau, présente partout, suintait des murs ; le courant d’air qui nous caressait le visage était devenu plus chaud.
    Je me demandais où était ce fameux charbon.
    Il était au bout du tunnel.
    Surgissant de la nuit, il arrivait par blocs énormes, convoyé par un tapis roulant sans fin.
    Avec un bruit d'enfer, Il jaillissait tel un torrent pour se fracasser dans le fond d'un wagonnet. La cascade était impressionnante, au milieu d'une brume faite de poussière et d'éclats de lumière.
    Il fallait faire vite pour remplacer le wagon plein par un vide. Il fallait faire vite car la France manquait de charbon et la Lorraine devait sauver la France… Le mineur chargé de l'opération faisait virevolter son casque et ses wagons. Son visage noir de poussière accentuait le blanc de ses yeux. Tel un magicien, il apparaissait et disparaissait au gré de sa lampe, avec laquelle il envoyait les consignes au conducteur du train. Nous restâmes un instant à le regarder avant de suivre la bande transporteuse pour remonter à la source du charbon.
    J'avais de plus en plus de mal à marcher au milieu de ces morceaux noir et gris qui jonchaient le sol.
    Au loin, nous aperçûmes des faisceaux lumineux. C'était bon signe. Ceux de mes compagnons balayaient en permanence le tapis roulant.
    Soudain, leurs mouvements se firent plus vifs. Le tapis en caoutchouc ne portait plus de charbon. Il devait se passer quelque chose d'anormal car mon père accéléra le pas.
    Un silence pesant venait de s'installer.
    Il fut rompu par des grondements sourds et puissants. C'étaient des éclats de voix. L'engueulade avait commencé…
    Je ne comprenais pas ce que disait mon père ; il ne parlait pas la même langue qu'à la maison. Il n'y avait plus de Glück auf !, mais le son était le même. Les mots qui revenaient constamment étaient “ haveuse ” et “ panzer ”. Il n'y en avait que pour sa “ haveuse ” et son “ panzer ”.
    J'étais resté à l'écart, discret, cherchant à me faire encore plus petit, tout en  observant avec curiosité.
    Les lampes balayaient en permanence une machine qui débouchait au-dessus du tapis transporteur. Faite d’un cylindre horizontal recouvert d'une tôle brillante, elle avait des chaînes qui passaient de chaque côté sur des roues dentées comme celles d’un char. C’était le panzer ! Quelques blocs de charbon le recouvraient. C'est lui qui allait chercher ces morceaux noirs, plus haut, là où ils se cachaient.
    Il était en panne, et tout ce remue-ménage venait de là.
    Un des compagnons de mon père resta près de moi pendant que les autres disparurent dans la galerie où était installée la fameuse machine. Les éclats de voix continuèrent mais avec moins de force.
    - Eh oui, petit, c'est ça la mine ”, me dit mon voisin en souriant.
    Il avait l'air très calme et pas du tout impressionné par les échanges verbaux pourtant violents qui s'étaient succédé.
    - Tu sais, on parle fort par ici car la mine rend un peu sourd, et puis, c'est l'habitude. Tu vas voir, tout va se remettre en route.
    Bien entendu, je n'en crus pas un mot.
    Les lampes sont redescendues en silence, balayant de temps en temps des poteaux verticaux qui semblaient  soutenir le toit de la galerie. Elles se sont concentrées un instant à hauteur de ce fameux panzer…. qui s'est remis en route!
    Finalement, je crois que mon père aimait son bruit, car en venant vers moi il souriait.
    - Tu vois, fiston, sans cette machine il faudrait porter les blocs à la main. Dans le temps, les mineurs le faisaient avec des sacs. C'était dur. À la place des tapis roulants et du train, il y avait des chevaux. Pour eux non plus, ce n'était pas facile… Et si on allait voir d'où vient ce charbon ?
    Nous sommes montés par des escaliers en bois pour déboucher sur un plan incliné. J'avais encore plus de mal pour avancer. Nous remontions lentement entre deux lignes de poteaux verticaux dont certains étaient en acier et d'autres en bois. Ils soutenaient le plafond, qui n'était pas très haut, et mon père devait baisser la tête. À notre droite, de l'autre côté de ces supports, se trouvait le panzer, collé contre un mur tout noir. Un mouvement de lampe de mon père, ponctué par : “ Le voilà le charbon ”, me fit découvrir cette masse impressionnante, sombre et brillante.
    Paroi aux contours irréguliers avec des excroissances feuilletées, elle luisait discrètement sous l’effet de la lumière. Cette timidité apparente n’avait pourtant rien de rassurant.
    - C'est une veine de charbon. Elle est prisonnière entre deux couches de roche. On avance latéralement pour l'enlever, me fit remarquer mon voisin.
    - Tu vois ; on est venus de là ”, a-t-il poursuivi en déplaçant son faisceau lumineux.
    En me retournant du côté opposé, je vis qu'il y avait encore des poteaux en bois mais aucun en acier. Quelques gros blocs de pierre étaient tombés du plafond. Le spectacle était étrange. Cette veine vidée de son sang était lugubre.
    En regardant attentivement au loin, on pouvait apercevoir une masse brune et irrégulière. Un deuxième faisceau de lampe se mêla au mien, et j'entendis :
    - Pour éviter que tout ne s'effondre, on injecte de la boue, le Schlamm, pour combler le vide. C'est le remblayage.
    J'étais pensif. Combler ce trou me paraissait un travail de titan bien inutile. Les mineurs étaient donc des taupes qui bouchaient leurs galeries ?
    Comme pour me répondre, mon voisin poursuivit :
    - Si on ne le faisait pas, certaines maisons, en surface, pourraient se fissurer. Pas tout de suite, mais peut-être dans quelques années.
    J’étais rassuré. Je pouvais grandir tranquille.
    Un mouvement de lampe me fit comprendre qu'il fallait continuer.
    La bande de tôle brillante charriait des blocs qui venaient de plus haut car rien ne se détachait de la paroi noire. Nous nous sommes remis en route en longeant le panzer comme attirés par un bourdonnement sourd qui nous parvenait du lointain.
    Quelques minutes plus tard, le bruit s'est amplifié, et nous sommes arrivés à hauteur d'une équipe de mineurs qui s'activaient autour d'une sorte de bras immense : un engin qui tournait en découpant la base du mur de charbon avec des dents acérées.
    C’était la haveuse !
    Au fur et à mesure qu‘elle avançait, le mur s'effondrait pour tomber sur le panzer.
    L'équipe de mineurs disposait de pics, mais le vrai travail était fait par cette machine avec son bras armé de crocs redoutables. Au fil de sa progression, des hommes poussaient le tapis transporteur pour le rapprocher du mur de charbon. Je les entendais parler de “ riper ” pendant qu'ils s'affairaient, avec des sortes de gros vérins qui déplaçaient lentement le panzer vers la façade noire. C'était une opération délicate et fatigante. Certains étaient en maillot de corps, couverts de poussière. La sueur traçait des sillons blancs sur leurs bras. Dégager le passage avec la pelle ou à coups de pic, enlever des morceaux de charbon à la main, s’arc-bouter contre un poteau pour accompagner l’effort du vérin, leurs gestes étaient rapides et précis.
    Ils étaient impressionnants de force et d'agilité.
    Entre le charbon et la ligne des poteaux, au-dessus du panzer, le toit n'était pas toujours maintenu. À chaque instant, une pierre pouvait s’en détacher. J'avais bien compris qu'il ne fallait pas s'y aventurer et que c'était dangereux, mais à certains moments il ne devait pas y avoir d'autre moyen. Bien sûr, les hommes n'y restaient pas longtemps, et souvent ils n’y engageaient que le bras, mais parfois aussi la tête ou une jambe.
    Le chef du groupe était un gaillard immense. Il se redressa pour arrêter la machine, et ce fut la pause.
    Assis par terre ou adossé contre les poteaux, chaque membre de l’équipe ouvrit son sac ou sa musette. Le bruit lancinant de la haveuse faisait place à des froissements de papier journal et à des chocs de bidons. Une odeur de pâté et de jambon flottait dans l'air.
    Mon père accepta une gorgée de café froid, et la conversation démarra. Il était question du travail, mais pas seulement. Quelques rires éclatèrent.
    J'étais frappé par l'ambiance amicale qui régnait. Tout à l'heure l'engueulade et maintenant, cette réunion de famille ! Ils semblaient à présent heureux, et pourtant, les conditions, dans cette obscurité, au fond d'un trou, à des centaines de mètres de la surface, n'avaient rien de réjouissant. C'était un mystère que je ne comprenais pas sur le moment, mais j'étais petit.
    Nous nous sommes quittés avec des Glück auf !
    L'odeur des casse-croûte, véhiculée par le courant d’air, nous a poursuivis, et j'ai commencé à avoir faim.
    Sur le chemin du retour, en passant la main sur la bande transporteuse, j'ai ramassé un peu de poussière pour me frotter le visage. Je voulais avoir l'air d'un vrai mineur, avec la figure noire quand il remonte au jour. En arrivant au wagonnet qui devait nous ramener, ma lampe a croisé celle de mon père. Il est parti d'un éclat de rire sonore en apercevant les traces laissées par mes doigts.
    - Voilà un mineur qui n'a pas beaucoup travaillé ou un Indien sur le sentier de la guerre ! ” s'exclama-t-il.
    Mon maquillage n'était manifestement pas une réussite…
    Le retour se fit par le même chemin, et l’ascenseur nous remonta avec autant de bruit. J'avais toujours mal aux pieds, mais j'étais fier de cette descente aux Enfers.
    L'éclat du jour ponctua notre arrivée à la surface. Il était intense. Je l'avais oublié.
    En allant vers les vestiaires, j'eus le sentiment d'avoir vécu une autre vie.
    Nous avons croisé des mineurs qui descendaient. Ils marchaient d'un pas lent de légionnaire, presque en rangs serrés, avec pour seule arme une musette en bandoulière et un cri de guerre : Glück auf !
    Sous leurs “ képis ” blancs, ils se ressemblaient tous, et pourtant certains venaient de loin, de France, de Pologne, de Sarre, d'Italie ou encore d’Afrique du Nord.
    Ils descendaient tous les jours, depuis des années, pour retrouver la veine 4 ou 5 et lui arracher quelques morceaux noirs et friables en flirtant avec le grisou.
    La maîtresse de mon père avait un parfum curieux et beaucoup d'amants.
    Elle avait aussi des caprices. Sans prévenir, elle se séparait d’un bloc de roche pour arrêter la production ou entraîner la mort. D’où venait son charme, qui transformait ces hommes venus de partout en confrérie si particulière et si attachante ?
    À six ans, ces questions restent sans réponses.

    (à suivre si vous voulez bien…?)

    En avant ! (1) Devant10

    ... devant "son" Panzer...


    Dernière édition par LANG le Mer 3 Juil - 9:12, édité 1 fois
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