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    les avions du D-Day reprennent du service

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    29052019

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    les avions du D-Day reprennent du service Empty les avions du D-Day reprennent du service





    Du Connecticut à la Normandie

    par Clément Thiery
    France-Amérique

    Dix avions de transport datant de la Deuxième Guerre mondiale ont décollé dimanche matin d’un aérodrome du Connecticut. Leur objectif ? Traverser l’Atlantique et larguer quelques centaines de parachutistes au-dessus de la Normandie à l’occasion du 75e anniversaire du Débarquement.

    les avions du D-Day reprennent du service D-day10

    D-Day Doll a presque soixante-seize ans mais ronronne comme si elle était sortie hier des usines Douglas de Santa Monica, en Californie. Ses deux moteurs de 1 200 chevaux, lancés à plein régime, vrombissent. Son fuselage a été recouvert d’une fraîche couche de peinture vert olive. Sur la queue et les ailes de l’appareil sont peintes trois bandes blanches et deux bandes noires, le signe de reconnaissance des avions alliés pendant le Débarquement de Normandie.

    Dans la nuit du 5 au 6 juin 1944, D-Day Doll et 51 autres avions de transport C-47 avaient pour mission de remorquer des planeurs entre le sud de l’Angleterre et le Cotentin et de ravitailler en armes, munition, véhicules et autre matériel les parachutistes de la 101e division aéroportée américaine, largués peu de temps auparavant. Une mission accomplie en moins de quatre heures et demie, essentielle au succès des Alliés.

    D-Day Doll est aujourd’hui un avion de collection. Après la Normandie, elle a participé à la libération des Pays-Bas, de la Belgique et de l’Allemagne et au terme d’une longue carrière de transporteur civil, a été achetée et restaurée par un groupe de passionnés de vieux coucous basé à Riverside, en Californie. Son pilote, David Brothers, est un ancien de United Airlines. « Le C-47 est un appareil pratique, fiable et robuste », explique-t-il quelques minutes avant un vol de démonstration au-dessus du Connecticut. « Ses commandes son rudimentaires : les gouvernes sont actionnées par des leviers, des câbles et des poulies. »

    Un emblème de la Deuxième Guerre mondiale

    Surnommé « Skytrain » — le train du ciel —, le C-47 est l’avion qui a permis de gagner la guerre, déclarera le général Eisenhower. Plus de 10 000 modèles seront produits pendant le conflit et quelque 1 400 ont survécu : ils transportent aujourd’hui du fret en Alaska et des passagers dans le Grand Nord canadien, épandent de l’insecticide en Floride et de l’engrais en Islande, et participent à des meetings aériens.

    Le 5 juin prochain, 14 C-47 décolleront de l’aérodrome de Duxford, au sud de Cambridge en Angleterre, traverseront la Manche en formation et largueront 220 parachutistes au-dessus de Sannerville, à l’est de Caen dans le Calvados. D-Day Doll et les autres appareils basés aux Etats-Unis rejoindront l’Europe via le Connecticut, le Labrador, le Groenland, l’Islande et enfin l’Ecosse — un itinéraire de 5 000 kilomètres identique à celui emprunté par les équipages américains il y a soixante-quinze ans.

    « Nous emprunterons la même route », explique Eric Zipkin, pilote de l’avion Placid Lassie et directeur du rassemblement D-Day Squadron aux Etats-Unis et coordinateur américain du rassemblement Daks Over Normandy. « Mais nous emporterons des instruments de navigation dix fois plus petits ! » Les cartes et les instruments du navigateur ont été remplacés par une application iPad. Chaque avion emporte également des outils et des pièces de rechange et, en cas d’amerrissage imprévu, des gilets de sauvetage, des combinaisons étanches et un radeau de survie.

    Boucan et gaz d’échappement

    Dans le cockpit de D-Day Doll, David Brothers et son copilote effectuent les dernières vérifications avant le décollage : radio, freins, pompes à carburant, volets. Assis à l’arrière de l’appareil, un groupe de journalistes et photographes ajustent leur ceinture. Le vacarme des moteurs couvre les conversations, une odeur de gaz d’échappement flotte dans la carlingue. Puis c’est le décollage. L’avion s’élance. Sur le bord de la piste, une équipe de chantier et une pelleteuse. Un ouvrier en gilet jaune prend une photo. L’avion s’arrache du sol et sous ses ailes défilent des lotissements, des collines, une carrière à ciel ouvert, une autoroute, une rivière.

    Steve Raccio, vingt-sept ans, effectuera son onzième saut en Normandie. Cet électricien originaire de West Haven dans le Connecticut fait partie d’un groupe de reconstitution historique : il a suivi huit jours de formation au parachutisme dans l’Oklahoma et incarnera, le 5 juin prochain, un soldat de seconde classe du 501e régiment d’infanterie de la 101e division aéroportée américaine. Des bottes de cuir marron au casque, son uniforme est la réplique exacte de celui d’un soldat du Jour J. Dans la poche de poitrine de sa veste, il a placé la bible de son arrière-grand-père, vétéran de la Première Guerre mondiale. « C’est mon porte-bonheur ! »

    Retour à Sainte-Mère-Eglise

    Dave Hamilton, lui aussi en uniforme, assistera aux commémorations du 75e anniversaire du Jour J depuis la terre ferme. Il avait 21 ans en 1944. Aux commandes d’un C-47, il a largué les premiers parachutistes de l’invasion, vingt minutes après minuit dans la région de Sainte-Mère-Eglise. Une tâche périlleuse sous le feu des batteries anti-aériennes allemandes, qui ont laissé quelque 200 impacts dans la carlingue de son avion. « C’était ma première mission », se souvient le lieutenant-colonel de 96 ans, retraité de l’U.S. Air Force. « Mais on était trop occupés pour avoir peur — on avait la vie de vingt parachutistes entre nos mains. »


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