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    Arthur SMET et l’œil de Bigeard

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    Arthur SMET et l’œil de Bigeard Empty Arthur SMET et l’œil de Bigeard

    Message par LANG

    L’article concernant les « photographes amateurs » de la guerre d’Algérie m’a suggéré d’aller plus loin.
    Aujourd’hui, je voudrais laisser la parole à Arthur Smet interviewé par le Nouvel Obs en 2012. Son parcours a croisé celui de Marc Flament.
    Arthur Smet, qui a montré une partie de la violence de ce conflit.




    Guerre d’Algérie : Arthur Smet, photographe inconnu et œil de Bigeard



    Doublure du photographe de Bigeard, il a tout fixé de la guerre d’Algérie : la propagande et les corps mutilés. Pour la première fois, Arthur Smet raconte comment les « évènements » ont fait de lui un photographe.
    Par Audrey Cerdan
    Publié le 16 mars 2012

    Arthur SMET et l’œil de Bigeard 50e40410

    Arthur Smet chez lui à Dax en février 2012  

    Comme il a vécu l’Algérie, il a fait ses photos. 14 700 clichés inédits. En soldat, sans point de vue autre que celui de ses « frères » de commando. Ils menaient une « guerre juste », pour « défendre la France » et leurs « frères » musulmans de la France d’Algérie :

    « Ils avaient tout pour être bien. Ils ne cherchaient même pas plus de liberté. Les enfants allaient à l’école, il n’y avait pas de discrimination. »

    Arthur SMET et l’œil de Bigeard 5ab57910

    Arthur Smet en Algérie en 1959

    Arthur Smet, bientôt 80 ans, ne sait pas quels trésors il tient entre ses mains. Il vit près de Dax, avec des palombes et ses souvenirs, dans une maison qu’il a entièrement construite de ses mains.

    Il est indifférent aux compliments sur la qualité de ses photos. Il connaît les noms de tous les hommes qu’il nous montre – surtout les Harkis – et pleure beaucoup quand il raconte.

    Il faut entrer dans son histoire nu de tout ce que l’on pense de cette catastrophe coloniale. Homme simple, qui n’avait de sa vie ouvert un magazine lorsqu’il a commencé à mettre en images ses camarades, qui ne saurait citer un photographe célèbre, Arthur Smet n’a pas de sang sur les mains. Mais il a tout fixé. Les opérations, les corps mutilés des deux camps, les montagnes, les enfants, les enterrements, les bidasses, le général de Gaulle, le colonel, photos de propagande et photos de la guerre sale...

    Il est devenu photographe parce qu’en 1959, un colonel – Bigeard – l’a remarqué avec son Typhon qui ne quittait pas sa poitrine. D’un clin d’œil, il lui a dit que désormais, il allait couvrir « le secteur » pour lui.

    Smet est devenu la doublure du sergent-chef Marc Flament, « le » photographe du colonel Bigeard. Ancien de l’Indochine, Flament va diriger la propagande photographique des actions des paras du 3e RPC (régiment de parachutistes coloniaux). Ses clichés – ou crédités comme étant de lui – vont nourrir la légende d’une France qui officiellement n’est pas en guerre : la France défend la population autochtone contre des terroristes.

    Dans ces années-là, on pouvait faire de la photo simplement parce qu’on avait un appareil et que les autres n’en avaient pas. Mais comment devenait-on photographe ? Par amour du colonel :

    « Il nous aurait fait marcher sur l’eau. »

    « J’étais l’aîné d’une famille de sept. Mon père était mineur, à Valenciennes, illettré comme ma mère. Chez mes parents, il y avait deux valeurs : le travail et le respect. D’abord pour ses outils de travail. Quand j’ai annoncé que je restais dans l’armée, mon père à dit à ma mère : “Maria, fais sa valise, y a jamais eu de fainéants dans la famille.” Dans les corons, les voisins disaient : “Il va à l’armée, ils ont pas mérité ça.” Le maître à penser dans les corons, c’était Maurice Thorez (leader communiste). On ne savait pas ce que c’était mais on était communiste, contre la guerre, c’était obligé. »

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    Arthur Smet à Donaueschingen en 1954

    « Moi en Allemagne, j’étais plus heureux que mes frères et sœurs. J’avais à manger au matin, midi et soir, je faisais du sport, je chantais dans l’orchestre. Un jour, le colonel m’a envoyé chanter pour une réception au château du prince de Furstenberg. Quinze jours après, le prince m’a fait porter deux cadeaux, au choix : des patins à glace ou un appareil photo. Un Voigtländer. Je n’avais même pas d’argent pour les films, j’envoyais toute ma solde à la maison. Le vaguemestre m’a acheté mon premier film. Du 120. Douze vues 6x6. J’ai commencé à faire les photos des copains. »
    « J’avais mon certificat d’études, je connaissais “La Marseillaise” et le chant du départ. Là, sur ce gros bateau, chanter ça, ça faisait quelque chose dans le ventre que les jeunes d’aujourd’hui ne peuvent pas comprendre. A Oran, on nous a mis dans un camion pour Alger. La grandeur de ce que je découvrais... Je dormais avec mon appareil. Je faisais développer mes films chez les photographes des villes où on nous envoyait. Je prenais les gens en turban [les Algériens, ndlr], tout le monde était très gentil. Très vite on nous a envoyés en “opération”, le maintien de l’ordre. Là, mes photos étaient fauchées tout de suite par les gradés – enfin celles qui ne convenaient pas – quand elles rentraient de chez le photographe. Et on me prévenait. Motus. Les hommes égorgés avec les testicules dans la bouche, les femmes pendues par les pieds. Nous, on ne pouvait pas comprendre pourquoi il y avait la guerre. »
    « Là-bas, il y avait un labo photo. Mais moi, je ne savais pas faire. Un rappelé, chef de gare dans le civil, m’a dit : “Je rentre à Paris, je te rapporte du matériel.” Il m’a appris. Un châssis en bois, la lampe rouge avec le bouton sur la douille. Cet homme-là m’a montré comment développer un film, on avait du vinaigre à la place du bain d’arrêt. Le capitaine m’a dit : “Maintenant, vous êtes le photographe de la compagnie.” A partir de là, j’ai eu mon appareil sur le ventre, sans le cacher. Vis-à-vis des officiers, des sous-officiers, je n’étais plus un pousse-cailloux, tout le monde voulait mes photos, les attendait. »


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    En opération en Algérie

    « Le capitaine, un jour, me dit : “Il faut vous acheter un agrandisseur, et passer au 24x36.” J’étais fiancé à la fille du boucher [pied-noir, ndlr] de Saïda, qui m’a envoyé chez son ami qui avait un magasin de photos. Il m’a donné un Foca Sport, 24 ou 36 poses, 35 mm. Le capitaine m’avait acheté une boîte pour développer : “Là, c’est sous-ex [sous-exposé, ndlr], là c’est sur-ex [sur-exposé, ndlr]”. Ça a été mes débuts dans la photo. A Bel Abbès, à la légion, on m’a installé mon labo dans les chiottes du théâtre, avec de l’eau courante, une pancarte “interdit de rentrer, ne pas déranger”. J’étais le roi du pétrole. »
    « Il y avait un nouveau colonel, Bigeard. Ce colonel-là, c’était un tel “déraisonnement”, un jeune homme au milieu des vieux gros en képi. Il me fait signe avec son doigt, comme ça, venez : “Si j’avais mon photographe avec moi, mes photos je les aurais ce soir.” J’ai fait l’aller-retour en moins d’une heure. Il disait au gars pas bien rasé : “Faudra se raser pour faire un beau mort.” Aux gradés avec des gros ventres qui tombaient : “Il est temps de se mettre au sport.” Là, ça a commencé à changer, on avait un soldat comme chef, pas un militaire. Il avait son photographe, le sergent-chef, Marc Flament qui se baladait avec son Rolleiflex, flash éclaton 2 étoiles. Il se présente, me dit : “Je suis Marc.” Voilà, c’était l’ambiance. Plus de sergent-chef à vos ordres, rompez. Je l’ai suivi dans son labo, une grande villa où chaque pièce était un laboratoire. Des glaceuses, des rotatives, des G3. On se parlait en photographes, sans distinction de grades. Je découvrais un monde. Lui, Marc Flament, un grand photographe, il m’explique : “Moi, je fais mes bouquins (‘Aucune bête au monde’, ‘Piste sans fin’), toi tu feras le hall d’information du chef [le colonel Bigeard, ndlr]. Tu glaneras tout ce que tu pourras, et on l’exposera dans le hall, pour la population de Saïda. Voila un Rolleiflex. Tu as ton permis moto ? Bon, on va te donner une moto pour tes reportages.” Un appareil-photo avec un objectif qui fermait à f/16 et ouvrait à f/2,8, une moto, plus d’autorisation à demander, je pouvais aller partout sans rendre compte, c’était pas croyable. Je suis rentré au 8e RIM [son régiment d’origine, ndlr] pour expliquer ma situation. Vous voyez, les beaux bureaux, le grand drapeau, le portrait du général de Gaulle, tout le cinéma. “Qu’est-ce que vous voulez ?”, comme à un chiffonnier. Et moi : “Le colonel Bigeard veut savoir tout ce qui se passe dans le secteur et que tous les habitants puissent le voir”. »


    Arthur SMET et l’œil de Bigeard D109b110

    Le colonel Bigeard présente une brochure

    « Je partais en moto, j’étais invité partout, les matches de foot, les communions, à la gendarmerie. “Bonjour mon ami.” Et tout le monde venait voir les photos au hall d’information. L’autre travail, c’était d’aller photographier les gens que le colonel voulait voir de près. Et de lui montrer ce qui se passait sur le terrain. C’était des demandes “spéciales”. Ça pouvait être 200 km, l’aller-retour en moto dans la journée. Il regardait les clichés, un clin d’œil, ça voulait tout dire, ça vous transperçait. “C’est pas mauvais.” Le commando Georges, et le commando Cobra, c’est Bigeard qui l’a inventé, qui lui a donné la fierté, l’esprit de famille et de soldats. J’ai appris qu’il était possible de s’aimer les uns les autres. Des appelés, des soldats, des Harkis, comme des frères. Le premier qui critiquait les musulmans, c’était huit jours d’arrêt, ou pire : “Tu fous le camp, tu n’as rien à foutre dans le commando.” »

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    Cadavres de fellaghas étendus

    « Moi, j’ai fait une guerre juste. Sur le plan militaire, la guerre était gagnée à la fin, il n’y avait pratiquement plus de violences. Dans le sud oranais, les fellaghas étaient exterminés. Les opérations, c’étaient des ordres. Un groupe de rebelles repéré, il fallait l’éliminer. Quand on en arrêtait, il fallait les interroger, il n’y avait pas 36 manières. Quand on retrouvait des groupes d’Européens et qu’on arrêtait des Arabes, il fallait obtenir des renseignements. Nous on les envoyait en prison, ils les interrogeaient à leur manière. La torture, ce que j’en pensais ? Je pensais à la façon dont ils se comportaient avec leurs propres congénères. »

    Blandine Grosjean
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    Arthur SMET et l’œil de Bigeard Empty Re: Arthur SMET et l’œil de Bigeard

    Message par briselance13

    Alors ça.... ça vaut son pesant d'or. Franchement. Merci Lang d'avoir déniché cela.

    Je ne connaissais pas du tout cet homme, tellement on parlait de Marc Flament.

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    Arthur SMET et l’œil de Bigeard Empty Re: Arthur SMET et l’œil de Bigeard

    Message par WILLIS

    Oui c'est formidable, en tout cas cela mérite d'être sur notre forum.

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    Ils ne savaient pas que c'était impossible, alors ils l'on fait.
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