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    La Musique Militaire, un patrimoine

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    La Musique Militaire, un patrimoine Empty La Musique Militaire, un patrimoine

    Message par tarmac le Mer 17 Avr - 0:13


    De tout temps, les forces armées ont utilisé la musique comme expression vivante répondant à un besoin précis, qu'il soit d'utilité ou d'agrément. Trait d'union dans les relations avec la nation, l'art musical militaire reste l'un des témoins de la culture et du patrimoine militaire, avec le chant ou les orchestres.

    Cette rétrospective explique son rôle et sa raison d'être.

    En 1848, Georges Kastner, auteur d'un Manuel général de musique militaire à l'usage des armées françaises, écrit : « La musique est le plus ancien, le plus universel de tous les arts ». Elle occupe une place privilégiée dans l'histoire des peuples. Éveillant en l'homme d'agréables sensations, elle a aussi le pouvoir de développer en lui les affections les plus pures, les plus durables, les plus nobles et parfois les plus sublimes.

    Dans les armées, cet art a également pour mission d'inciter le soldat à la bravoure, d'inspirer l'enthousiasme en substituant chez le combattant l'exaltation et l'intrépidité à la crainte du péril de la mort. Mais la musique n'a pas pour unique dessein d'enflammer l'ardeur des soldats et de les aider à vaincre : dans la manoeuvre et l'exercice, au quartier, c'est elle qui réglait le pas, déterminait les évolutions, les actions, transmettait les ordres et harmonisait la vie quotidienne. Dans la marche, elle soutenait le soldat, soulageait ses labeurs et le reposait de ses fatigues. Loin du champ de bataille ou du quartier, elle a été et demeure un lien entre les communautés civiles et militaires, une vitrine des forces armées, et, bien sûr, une source de divertissement.

    A quelque époque et dans quelque contrée que ce soit, la musique est présente au sein des armées, s'exprimant par des cris, des mélopées, bruits, instruments discordants dans certaines civilisations ; dans d'autres, devenant réglée, pleine d'harmonie, de charme ou de solennité, et avec les rythmes adaptés. Dans le domaine militaire, l'antiquité et le début de l'ère chrétienne ont utilisé la musique unique ment au combat ou comme moyen de transmission. Les instruments appartenaient alors essentiellement à trois familles : les flûtes qui étaient aussi syrinx ou flûte de pan ; les lyres ou cithares, chélys et phorminx ; les trompettes, instruments imparfaits et difficiles à jouer. À ces trois familles venaient s'adjoindre les instruments employés pour le rythme ou pour faire du bruit.

    Progressivement, au sein du royaume de France, au Moyen Âge et surtout à l'époque de la Renaissance, la trompette devient l'instrument militaire privilégié et le tambour s'impose dans l'ensemble des troupes d'infanterie alors que les timbales restent l'apanage de la cavalerie. Les vaisseaux du royaume embarquent des musiciens; ils permettent au commandant d'affirmer son prestige. Les tambours, les trompettes puis les fifres sont les instruments par excellence utilisés sur les vaisseaux du royaume.
    On doit à Philidor l'Aîné, musicien de la cour, le soin d'avoir, en 1705, réalisé un recueil, certainement le premier du genre, regroupant les marches et batteries de tambours, les airs de fifres et de hautbois,
    les sonneries de trompettes et les marches pour trompettes et timbales, les appels et fanfares de trompes...

    De même s'instaure la tradition d'écrire des airs adaptés aux circonstances, aux faits marquants de la vie militaire. De ce mouvement datent certaines marches célèbres comme La marche de Turenne, Auprès de
    ma blonde, Malbrough s'en va t-en guerre. Au fil des siècles, vont se succéder de multiples textes destinés à fixer les effectifs de musiciens, leurs tenues et équipements et la nomenclature instrumentale des formations
    musicales au sein des armées. L'orchestre militaire se constitue alors et se différencie, peu à peu, du groupe des instruments utilisés pour les signaux.

    La Marine, pour permettre aux marins de se divertir et pour garantir son prestige, fait appel à des instruments d'agrément comme les clarinettes, bassons, hautbois, cors... et utilise également la ressource des musiciens régionaux tels les joueurs de biniou sur les navires armés en Bretagne ou de flûte et tambourin sur les navires armés sur les côtes de Provence. Cet emploi de régionaux se perpétue encore de nos jours avec l'emploi de « bagads » et de «tambourinaires».

    Les airs de musique militaire, les instruments et leur emploi sont en constante évolution. Ainsi va naître le Pas redoublé. La construction du Pas redoublé prend modèle sur celle du menuet, danse française à l'honneur aux XVIIe et XVIIIe siècles. Il comprend schématiquement deux pièces distinctes qui s'enchaînent sans interruption et dont la première est reprise intégralement à la fin de la seconde appelée trio.

    Le répertoire des batteries et des sonneries de l'infanterie et de la cavalerie sera renouvelé et codifié à plusieurs reprises. David Buhl, trompette de la Garde consulaire, compose en 1806 de nouvelles sonneries ; il les révise en 1825 et son travail est encore en partie utilisé de nos jours. Les instruments dits tactiques ou d'ordonnance -tambours, trompettes, fifres- sont associés aux instruments de l'orchestre militaire d'harmonie et progressivement la structure des musiques militaires actuelles se met en place.

    À partir de 1822, les régiments sont dotés d'un nouvel instrument destiné à transmettre les signaux : le clairon, qui remplace alors le cornet et le fifre ; en 1831, sa place devient prépondérante. Une circulaire
    de 1827 autorise la création de deux musiques de la Marine, l'une à Brest, l'autre à Toulon. Les grands rassemblements de musiques militaires, déjà à l'honneur au début du XIXe siècle, sont à nouveau à l'ordre du jour après la Révolution de Juillet.

    De l'armée professionnelle à l'armée de conscription

    En 1840, un rassemblement de musiciens est mis à la disposition d'un compositeur de génie pour la création d'une oeuvre colossale destinée à célébrer le dixième anniversaire de la Révolution de 1830. Ce compositeur, Hector Berlioz, écrit à cette intention la Symphonie funèbre et triomphale. Elle est exécutée par plusieurs musiques militaires et orchestres symphoniques, des choeurs et une centaine de tambours.

    La loi du 27 juillet 1872 provoque un bouleversement en substituant au principe d'une armée professionnelle celui d'une armée de conscription avec le service militaire obligatoire et personnel. Les musiques et fanfares sont reconstituées. À la population qui tournait le regard vers la «ligne bleue des Vosges», les musiciens en uniforme jouaient Vous n'aurez pas l'Alsace et la Lorraine, Paris Strasbourg, La marche lorraine, Sambre et Meuse...

    La mobilisation, décrétée le 1er août 1914, rappelle musiciens, tambours et clairons de la réserve ou de la territoriale. Les directives prévoient, d'une part, pour les musiciens une double mission d'exaltation du moral des combattants et d'aide au service de santé comme brancardier, secouriste ou ambulancier ; d'autre part, pour les tambours et clairons une mission de transmission sonore des ordres.

    La musique militaire contribue au patriotisme populaire

    Après l'armistice, les formations musicales retrouvent l'audience qu'elles avaient en 1872. Prises d'armes, cérémonies patriotiques, concerts, défilés, retraites aux flambeaux, rassemblements de musiques militaires,
    tournées en France et à l'étranger... vont témoigner du crédit et de la confiance accordés aux musiques militaires durant tout le XXe siècle.

    La période de l'entre-deux guerres est ponctuée de nombreuses modifications au sein des armées. Les régiments de chars sont créés et pourvus d'une fanfare. Les régiments de transmissions se voient dotés d'une musique, les fanfares du génie et de l'artillerie sont supprimées puis rétablies.

    Une école de formation des sous-chefs de musique voit le jour en 1930 à Courbevoie ; la musique de l'air est créée à Paris en 1936. Les fanfares de zouaves et de tirailleurs nord-africains, défilant en tenue orientale,
    se multiplient avec leur nouba et se dotent d'un animal mascotte : le bélier ou le mouton. En dépit de la progression de l'antimilitarisme, du pacifisme, du développement de la musique enregistrée et de la radio,
    la place des musiques militaires reste inscrite dans l'expression du patriotisme populaire.

    De 1946 aux années 1950, l'audience des formations militaires va diminuant auprès de la population meurtrie, qui assimile leur musique au militarisme dur et au bellicisme. Les nombreuses modifications concernant les
    armées, après les conflits d'Indochine et d'Algérie, conduisent à reconsidérer leur rôle. Les unités militaires sortent des casernes et avec leurs musiques ou fanfares se rapprochent de la population : les cérémonies,
    les présentations des jeunes recrues aux emblèmes des unités, les concerts et aubades se multiplient dans le milieu civil. Cette action est toujours menée aujourd'hui.



    Pour tout renseignement :
    Conservatoire militaire de musique militaire de l'armée de terre (CMMAT) et son responsable patrimoine au 01 39 67 20 62.

    Source : François-Xavier Bailleul, Chef de musique des armées, Directeur du conservatoire militaire de musique de l'armée de terre. Revue "Les Chemins de la Mémoire n° 163" - Juillet-Août 2006 - MINDEF/SGA/DMPA

    tarmac
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