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    Dien Bien Phu, surestimation et sous-estimation.

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    Dien Bien Phu, surestimation et sous-estimation. Empty Dien Bien Phu, surestimation et sous-estimation.

    Message par LANG le Lun 8 Avr - 17:08

    « Le vaincu "médite" son sort parce que sa défaite résulte toujours des fautes de pensée qu’il a dû commettre, soit avant, soit pendant le conflit. » Général Beaufre.


    En ce mois d’avril 1954 commence le « grignotage » de Dien Bien Phu par les troupes vietminh de Giap.
    Voici un très court extrait d’une analyse faite par le site « La Revue Géopolitique »
    Je n’ai repris que la partie concernant l’impréparation tactique. Cette partie est donc particulièrement "pessimiste".
    On pourra lire l’article au complet, très intéressant, ICI :


    Dien Bien Phu, surestimation et sous-estimation. Publis10

    Dien Bien Phu : faute stratégique ou bonne idée qui a mal tourné ?


    …………………………….

    Surestimation de ses capacités - sous-estimation de l’adversaire

    En installant le camp retranché de Dien Bien Phu, le commandant en chef compte sur un certain nombre d’avantages considérés comme acquis :

    . Les capacités offensives et de manœuvre de l’armée française sont son premier atout. Si les vietminh sont les maîtres de la guérilla, ils n’ont jamais pu s’aligner dans une bataille rangée (cf. de Lattre et Salan). Le camp a donc pour vocation initiale, non seulement de fixer le dispositif militaire ennemi, mais de le poursuivre. C’est à cette condition expresse que le colonel de Castries, qui est un cavalier a accepté le poste. Le Général Navarre lui « vend » une « base offensive ». Cette mission s’avèrera dès le début impossible à remplir ;

    . La supériorité aérienne est l’autre force française ; le vietminh n’en dispose pas. Les aviateurs de l’armée de l’air et de l’aéronavale prennent tous les risques. Or Dien Bien Phu est loin ; souvent sous la brume et les nuages et, surprise, l’ennemi a une DCA !

    . La supériorité de l’artillerie est le dernier élément déterminant. Nasan a démontré que le système des points d’appuis multiples se protégeant mutuellement annihilait les charges vietminh les plus puissantes. Or la zone de Dien Bien Phu est beaucoup plus grande que celle de Nasan et la plupart de ces points d’appuis ne pourront pas se soutenir. (Ainsi le PA Isabelle vivra-t-il séparé du reste du groupe jusqu’au bout.)

    La deuxième erreur majeure sera la sous-estimation de l’adversaire :

    . Les Français pensent que l’adversaire n’a pas d’artillerie ou ne pourra pas l’acheminer or, celui-ci dispose d’ores et déjà de ces capacités ;

    . Ils pensent qu’il n’a pas de DCA or il en a et quand cette information sera connue, on n’en tiendra pas compte ;

    . Le vietminh n’est plus seul dans son combat. Il a désormais une artillerie de campagne (notamment des canons sans recul), de la DCA et surtout des compétences d’emploi. Des conseillers soviétiques et chinois l’accompagnent et des déserteurs de l’armée française (légionnaires, Maghrébins ou Africains) servent les armes lourdes.

    Enfin, il faut insister sur le fait que Navarre et Cogny (car ces frères ennemis sont au départ liés dans cette affaire) font des choix tactiques contradictoires pour la même mission. Ils voient dans Dien Bien Phu à la fois une base d’opération et un camp retranché : en réalité il ne sera ni l’un, ni l’autre.

    Or cette aporie aura un impact sur le destin du camp lui-même. Alors qu’il sera rapidement démontré qu’il ne peut pas conduire d’opérations offensives, Dien Bien Phu n’est pas protégé comme un camp retranché devrait l’être. Les installations ne sont pas dissimulées ; les bunkers sont peu enterrés et en bois ; les abords ne sont pas nettoyés ; il n’y a pas de glacis ; les moyens médicaux et le nombre de lits sont insuffisants ; il manque du barbelé, des réserves et, un comble, même la dotation d’artillerie n’est pas complète !

    Un mal français ? Vantardises et rodomontades :

    Les Français ont à l’occasion de cette bataille enfilé un nombre impressionnant de perles dont notre nation à le secret dans les grands moments de son histoire, sur le modèle de « la route du fer est coupée ! » de la seconde guerre mondiale ou du « ils ne passeront pas parce que nous sommes les plus forts ! ». On compte à ce florilège quelques pépites :

    . Les Viets ne peuvent pas amener de l’artillerie si loin…

    . … Mais si les Viets y parviennent cependant, elle sera détruite par les tirs de contre-batterie. « Des canons, j’en ai plus qu’il m’en faut ! » Cette affirmation péremptoire conduira le colonel Piroth, chef de l’artillerie, au suicide.

    . « Dien Bien Phu ce sera Nasan multiplié par dix. Nous n’écraserons pas une division mais quatre. »
    . « Qu’attendez-vous pour déclencher cette bataille (…) Venez, je vous attends... » tracts signés du colonel de Castries, adressés au « généralissime » Giap et dispersés début février.

    . « Ils ne faudrait pas qu’ils nous privent de la bataille ! » car l’inquiétude de certains est que l’ennemi n’attaque pas. « A quelques jours de l’offensive ennemie, la crainte principale du commandement en Indochine (dont Cogny)  restait que le Vietminh renonçât à attaquer le camp retranché. » Il ne sera pas déçu…

    . Enfin, Navarre s’illustre devant la presse à Saïgon par un petit chef-d’oeuvre de jargon bureaucrato-militaire : « Le Vietminh est arrivé au plus haut point de ses prétentions et vient de donner la preuve qu’il a dépassé ses possibilités logistiques. »
    …………………..…
    (La Revue Géopolitique)

    *************************


    On peut mettre en parallèle l’analyse du général Giáp :

    Les militaires français, « selon leur logique formelle, avaient raison ». « Nous étions si loin de nos bases, à 500 kilomètres, 600 kilomètres. Ils étaient persuadés, forts de l’expérience des batailles précédentes, que nous ne pouvions pas ravitailler une armée sur un champ de bataille au-delà de 100 kilomètres et seulement pendant 20 jours. Or, nous avons ouvert des pistes, mobilisé 260 000 porteurs — nos pieds sont en fer, disaient-ils —, des milliers utilisant des vélos fabriqués à Saint-Étienne que nous avions bricolés pour pouvoir porter des charges de 250 kg.

    Pour l’état-major français, il était impossible que nous puissions hisser de l’artillerie sur les hauteurs dominant la cuvette de Diên Biên Phu et tirer à vue. Or, nous avons démonté les canons pour les transporter pièce par pièce dans des caches creusées à flanc de montagne et à l’insu de l’ennemi.
    Navarre avait relevé que nous n’avions jamais combattu en plein jour et en rase campagne. Il avait raison. Mais nous avons creusé 45 km de tranchées et 450 km de sapes de communications qui, jour après jour, ont grignoté les mamelons. »

    (Wikipédia)

    Dien Bien Phu, surestimation et sous-estimation. Attaqu13

    Le 13 mars 1954 le Vietminh se lançait à l'assaut de Béatrice. La Bataille commençait...

    Il faut toujours se dire que l’adversaire a des idées et qu’elles peuvent sortir de l’ordinaire…
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    Dien Bien Phu, surestimation et sous-estimation. Empty Re: Dien Bien Phu, surestimation et sous-estimation.

    Message par LANG le Mer 1 Juil - 18:24

    Derrière sa lunette de tir ou son œilleton, celui qui va appuyer sur la détente n’est pas un joueur.
    La guerre est-elle un jeu ?
    Wargame, jeu de l’oie, roulette russe, échec et… mat ?
    Si, la guerre est une sorte de jeu dont il faut respecter certaines règles. Mais l’homme est parfois mauvais… joueur.


    *******


    Dien Bien Phu, surestimation et sous-estimation. Wdbp_310


    **********

    Dien Bien Phu : faute stratégique ou bonne idée qui a mal tourné ?
    (Complément à l’article précédent)

    Autre extrait de Jean-François Gaguzan, directeur adjoint de la Fondation pour la Recherche Stratégique.

    …La bataille de Dien Bien Phu qui s’est achevée le 8 mai 1954 par la défaite des armes françaises a vu son soixantième anniversaire un peu occulté par celui de la Première guerre Mondiale et du débarquement en Normandie. Pourtant, cette bataille épique (13 mars-8 mai 1954) est un des grands happenings psychologiques dont raffolent les Français.
    Ce Camerone, ce Waterloo du vingtième siècle enflamme encore les imaginations et concentre les fantasmes de toutes origines – va-t-en guerres, anticolonialistes, pacifistes, nostalgiques, romantiques, etc. Cette bataille a, avec le retour dramatique des survivants des camps de prisonniers vietminh, marqué et façonné les esprits d’une génération de militaires qui s’attachèrent à transposer en Algérie les « acquis » de la guerre d’Indochine.
    Un vétéran de Dien Bien Phu – le général Maurice Schmitt - fut même chef d’état-major des armées. En réalité cet événement tragique mérite mieux que des fantasmes…
    ……………………

    La mise : poker ou roulette russe ?
    Le général Navarre dira un jour : "je considère donc que les effectifs réunis à Dien Bien Phu constituent la "mise" qu’il était possible et nécessaire de faire pour la défense du Haut Laos et pour maintenir notre présence en Haute région. Cette "mise" peut donner des résultats considérables si nous gagnons la bataille. Elle pourrait être en grande partie perdue si nous perdions cette bataille. En tout état de cause, Dien Bien Phu aura joué le rôle d’abcès de fixation et aura permis d’éviter la bataille générale du Delta."
    Cette notion de « mise » est importante en stratégie. Tout général va faire un choix engageant ses forces et est censé calculé à la fois le gain et le risque. « Napoléon a joué son armée dans la campagne de Russie » note Raymond Aron, « et il a perdu sa mise ; prix payé pour de grandes espérances. »
    « Enorme enjeu qu’il mit volontairement à cette partie colossale, au gain de laquelle il attachait tant de prix ! » renchérit Clausewitz.  Engager la guerre et la bataille est donc miser comme au poker. Mais dans cette affaire Navarre se contente de miser un peu alors que Giap, comme on dit, fait tapis. Et c’est là toute la différence. En refusant de se détourner de ses autres objectifs pourtant secondaires, le général en chef perd tout ; la bataille et l’Indochine.
    Navarre - argument qui fut également repris par le général Catroux - tenta de justifier son choix et d’en limiter l’importance en excipant que, dans cette bataille, il n’avait perdu que 5% du corps expéditionnaire et qu’il ne s’agissait que d’un revers tactique qui ne remettait pas en cause la défense globale de l’Indochine.  Sur l’analyse froide des chiffres, le général avait raison. Mais c’était oublier le choc psychologique et la dimension stratégique et politique de Dien Bien Phu.
    Comme le fit justement remarquer le général Beaufre, « Dien Bien Phu était un épisode de « mécanique rationnelle » dans une campagne menée sous le signe de la stratégie indirecte.  » Deux univers mentaux foncièrement différents s’opposaient.

    En pleine conférence de Genève, la défaite démontrait l’incapacité française à tenir l’Indochine et légitimait de facto Ho Chi Minh et le gouvernement du vietminh. Elle donnait également en France un argument décisif à ceux qui voulaient, quelle qu’en soit la raison, se débarrasser du fardeau indochinois.  Ce n’était pas une défaite tactique marginale ; Genève en avait fait un maelström stratégique.
    Le lien politique entre la conduite de la bataille côté vietminh et les événements internationaux semble être confirmé par le timing du général Giap. D’après les renseignements français (confirmés ensuite par les sources vietnamiennes) Giap avait décidé l’ouverture des combats au 25 janvier. Or il va surseoir à cet engagement en invoquant des raisons prétendument techniques.
    En réalité, le pouvoir vietminh, très bien renseigné, sait que va s’ouvrir la conférence de Berlin, dans laquelle la question indochinoise sera évoquée.
    Pour Ho Chi Minh il est donc essentiel que la bataille suive le tempo diplomatique.
    Cette coïncidence des combats avec le calendrier international pourrait expliquer un mystère tactique. Pourquoi Giap n’a t-il pas anéanti l’artillerie lourde française dès le début de la bataille alors que malgré ses faiblesses initiales, elle jouera un rôle considérable de retardement ?
    Une hypothèse est que Giap fut dépassé par son succès comme l’avait été les Allemands qui, utilisant pour la première fois les gaz de combat dans la Somme, ne surent pas l’exploiter.
    Une autre pourrait être que le commandement vietminh ait décidé, en l’épargnant, de faire durer le camp retranché pour qu’il tombe juste au moment de la conférence. En conquérant le camp point d’appui par point d’appui et malgré les pertes colossales et les contestations internes qui s’en suivirent, Giap créait les conditions d’une bataille épique qui trouvait son apothéose au meilleur moment politique. Une défaite brutale et hors timing en aurait peut-être altérée la dimension et l’impact.
    D’une certaine manière les deux hommes jouaient bien au poker. Mais la dimension politique (« l’enjeu colossal » de Clausewitz) sublimait la partie du vietnamien.
    L’un n’avait pas voulu tout miser ; l’autre si !

    …………………..

    Le texte complet ICI

    Dien Bien Phu, surestimation et sous-estimation. Dien-b10
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    Dien Bien Phu, surestimation et sous-estimation. Empty Re: Dien Bien Phu, surestimation et sous-estimation.

    Message par patrouille de nuit le Mer 1 Juil - 18:49

    L’un n’avait pas voulu tout miser ; l’autre si !

    On comprends donc l'issue. On peut ajouter " Aucune forteresse n'est imprenable pour peu que l'on accepte d'en payer le prix "
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