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    Coëtquidan novembre 1962 Ce « vieux fusil »…

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    Coëtquidan novembre 1962 Ce « vieux fusil »… Empty Coëtquidan novembre 1962 Ce « vieux fusil »…

    Message par LANG

    C’est une histoire connue de certains mais je ne résiste pas à l’envie de vous la proposer encore une fois : le fusil !
    Le MAS 49-56 !
    Pour compléter le récit de ce charmant compagnon, je lui ai trouvé un collègue : le casque !
    Si vous voulez bien me suivre, une dernière fois… toujours avec le sourire bien entendu…


    …Nous avions beaucoup de contacts avec la nature, mais il ne faut pas oublier qu'un combattant est aussi un guerrier. Pour cela, nous disposions d'une arme redoutable et redoutée ; il s'agit du fusil.
    - Un fusil ne se donne pas, il se lance ! » avait dit un de nos chefs de chambre.
    C'était faux !
    Une fois dans nos bras, il ne nous quittait plus !
    Dormir, manger, faire sa toilette ou ses besoins, marcher, courir, ramper. c'était notre seconde peau !
    Contrairement à une idée reçue, ce canon équipé d'une crosse ne sert pas forcément à tirer. Bien sûr, il est très utile sur un champ de tir pour faire des trous dans un grand carton ou pour se blesser la main si on l'affuble d'une roquette antichar, mais sa véritable utilité réside dans les multiples occupations qu'il peut vous procurer. Avec lui pas question de s'ennuyer. C'est une véritable mine d'or pour les loisirs.
    Toujours disponible, il attend sagement rangé dans le râtelier avec ses confrères que le préposé au cadenas veuille bien le libérer de son câble. Les retrouvailles sont généralement discrètes, et il s'intègre au reste de l'équipement sans faire de commentaire. Parfois, il fait preuve de coquetterie et manifeste le besoin de parader. Il suffit alors d'accrocher une baïonnette à son canon et le voilà parti à virevolter dans toutes les directions. Pour l'empêcher de s'envoler, il faut le tenir avec énergie et le calmer en le caressant avec la paume de la main.
    Ce type d'occupation s'appelle l'ordre serré !
    A force de le manœuvrer dans tous les sens, nous sommes progressivement devenus des jongleurs de haut niveau. Notre maîtrise était telle que nous arrivions, les yeux fermés, à lui faire toucher terre avec un bruissement d'ailes à peine perceptible. Pour un fusil ce n'était pas un mouvement naturel, et nous étions obligés de le rappeler régulièrement à l'ordre avec des claques sonores pour le présenter à la verticale. Crosse bloquée par la main droite, fût entravé avec la main gauche, il n'aimait pas ce manque de liberté. Pour se venger, il prenait un malin plaisir à venir s'incruster sur l'épaule du côté de la clavicule droite, et tout l'art consistait à le bloquer avec une épaulette, de préférence dans un plan perpendiculaire au sol.
    Malheur à celui qui essayait de le faire sauter pour lui trouver une meilleure position ou qui utilisait son oreille pour le maintenir. Il avait droit à une séance de maniement personnalisée qui avait l'avantage de muscler les bras. Elle consistait à faire effectuer à son arme un déplacement à l'horizontale en haute altitude, le tout au pas de gymnastique, ce qui n'était pas prévu dans les manuels.
    Ce mélange de bois et d'acier avait aussi le mérite de nous accompagner lors de nos sorties. Rien de tel pour s'ouvrir un chemin dans les ronces, s'appuyer sur les barbelés ou se protéger des chiens. Son sens de l'adaptation lui permettait même de se transformer en béquille ou en brancard, voire en sèche-linge. Compagnon fidèle, il occupait nos mains pendant nos heures d'attente et savait maintenir notre esprit en alerte grâce à son chargeur. Cette verrue située à proximité de la queue de détente était un accessoire important pour deux raisons. D'une part, sa disparition signifiait la rédaction d'une déclaration de perte, ce qui était désastreux, d'autre part, elle servait de réserve aux cartouches, réelles ou à blanc.

    Pour les vraies nous n'avions pas le choix. Chacun recevait la dotation prévue, et ce cher fusil les avalait avec bonheur en se ramonant le canon.
    Pour les fausses, il en allait différemment. Elles pouvaient être tirées en partie ou en totalité selon le degré de combativité de chacun et l'humeur de la culasse qui parfois  s'enrayait.
    Mais pour le canon, le résultat était toujours le même en cas d'utilisation : une poudre qui explose vient tout naturellement tapisser les parois et occuper les coins disponibles. Et, c'est là que nous pouvons aborder le loisir favori que nous procurait le MAS 49-56 !
    Ce fusil était plein de ressources, car même propre il pouvait être nettoyé.
    Nous avons découvert qu'il était composé d'un canon qui s'oxydait à la moindre occasion et de pièces qui suintaient d'huile en permanence. Dévoreuses de chiffons en tout genre, ces petites choses pleines de recoins inaccessibles acceptaient nos caresses répétées sans manifester la moindre émotion. Elles attendaient l'instant de la revue pour exprimer un orgasme contre nature en expulsant quelques gouttes de cette huile que nous avions cherché laborieusement à éradiquer. L'écouvillon métallique manipulé avec l'énergie du désespoir était impuissant devant ce canon aux parois maculées de traces indélébiles, et seul un mauvais éclairage arrivait à nous sauver. L'introduction délicate d'un doigt ganté de blanc dans les entrailles de cette arme diabolique était une opération à haut risque parfaitement impudique. Pratiquée par nos contrôleurs soucieux du détail et fervents de la propreté, on imagine facilement les conséquences désastreuses qu'une telle agression entraînait.
    Une telle adversité méritait que l'on se penche sérieusement sur la question. Nous avons tout essayé : des chiffons de qualités différentes, des écouvillons agressifs, des produits de toute nature. Certains passaient l'arme sous la douche avec de la lessive, mais Persil et Omo restaient inopérants.

    François, mon voisin d'en face, se lança un jour dans un essai à l'Eau écarlate. Le résultat fut fantastique - et catastrophique. Les pièces étaient tellement impeccables qu'elles avaient pris une teinte presque blanche.
    Pour se faire repérer c'était une réussite. François, bien entendu, hérita d'une sanction style tenue de campagne, et nous avons banni l'Eau écarlate de nos produits d'entretien…

    *******************

    Un autre accessoire avait pris l’habitude de nous accompagner : le casque !
    Bon, faut reconnaitre que notre première rencontre fut plutôt réservée.
    Il était lourd et avait une forme affreuse. Alors que j’en étais resté à ces jolis casques américains qui m’avaient fait rêver quand j’étais petit.
    Je n’avais pas le choix, il a donc commencé par coiffer le haut de mon armoire.
    Par la suite, je lui ai trouvé un certain confort en écoutant la pluie tambouriner dessus pendant les gardes. Occupation sereine...
    La plupart du temps, il trouvait le moyen de se rabattre d’un côté ou de l’autre, en particulier pendant les courses au pas de gymnastique.
    Et je ne vous parle pas de son utilisation un peu spéciale du genre : "rassemblement tenue de campagne, capote, casque lourd sans casque léger ! "
    Tout est dans le détail...
    Obligatoire dans les véhicules, ce machin a mis du temps à démontrer son utilité. En effet, n’ayant pas connu de combats, il ne m’a pas prouvé son intérêt contre les éclats. Je suppose que ce devait être quand même très utile dans ces cas là.
    Non, j’ai découvert sa première grande vertu : son aide pour traverser une haie d’ajoncs ! Excellente prestation ce bélier improvisé ! Il faut dire qu’en Bretagne on passe son temps à rencontrer ce genre de végétation dès qu’on mets le nez dehors.
    Le casque doit avoir des origines bretonnes…
    Plus tard, ce couvre-chef prouva quand même une certaine utilité dans l’accomplissement des roulés boulés. Avec l’inconvénient de se prendre pour un heaume articulé pour basculer vers l’avant. Mais, on s’y faisait.
    Il avait aussi son utilité (irremplaçable) comme récipient pour faire chauffer l’eau d’un potage…
    Avec un casque et un fusil, on avait donc de quoi s’occuper…

    ****************

    Tout a une fin. Les deux ans sont passés…

    *****************

    Pour les derniers jours, Coëtquidan avait repris son aspect habituel, mais il faisait beau.
    Je n'ai pas nettoyé mon vieux fusil.
    Bien aligné dans l'armurerie avec les autres, il m'a lancé un clin d'œil goguenard. Il était impatient de connaître son nouveau propriétaire. Je l’ai regardé sans animosité mais je me suis demandé si son indifférence soudaine ne cachait pas une certaine ironie. Ce machin fait de bois et d’acier avait un drôle de regard…
    Les pins de l'entrée m'ont salué une dernière fois. Je suis passé très vite. Je ne les ai pas vus…

    **********************

    Pour terminer, je me permettrai une petite suggestion.
    Le SNU semble préoccuper beaucoup de gens. Qui va s’occuper de ces petits jeunes, comment leur apprendre les valeurs de la République et agrémenter leurs journées etc. ?
    Et bien, finalement c’est très simple : vous leur donnez un MAS 49-56 (il doit en rester...) et un casque lourd…
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    Coëtquidan novembre 1962 Ce « vieux fusil »… Empty Re: Coëtquidan novembre 1962 Ce « vieux fusil »…

    Message par junker

    Quel plaisir de te lire, chaque chose si ordinaire pour un futur soldat, devient une aventure fantastique sous ta plume !! Bravo tu me fais rêver dans ces récits pourtant si simples !! Tu es doué pour l'écriture !! GUS
    junker
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    Coëtquidan novembre 1962 Ce « vieux fusil »… Empty Re: Coëtquidan novembre 1962 Ce « vieux fusil »…

    Message par LANG

    Merci GUS.
    Parfois, il m'arrive de rêver, alors j'écris.
    Tiens, il n'y a pas très longtemps, en lisant ton histoire pas très loin du désert, je me suis endormi.
    J'ai certainement rêvé car le lendemain matin me sont venus les mots suivants que j'ai écrits spontanément :

    "...Au détour d’un couloir j’ai croisé Bruno. Il n’avait pas changé. Une combinaison verte et marron lui donnait une allure superbe.
    Pipe à la bouche, il me toisa de haut en bas.
    - Alors gamin, on vient voir ce qui se passe chez les grands ?
    Ce n’était pas une formule d’accueil très sympathique. J’ai baissé les yeux.
    Sans un mot de plus il m’a fait signe de le suivre.
    Le couloir était sombre  et silencieux.
    Soudain à hauteur d’un grand porche une lumière éclatante. Un bruit infernal. Des lucioles qui tombent du ciel. Un avion qui passe en rase motte, un parachute accroché dans des barbelés…
    "

    Je ne sais pas pourquoi mais mon stylo a refusé de continuer. Par respect peut-être ?
    Et puis, je suis certain que tu vas me comprendre, je me suis aperçu que cet homme qui me dominait avait une casquette et pas un casque de mineur...
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    Coëtquidan novembre 1962 Ce « vieux fusil »… Empty Re: Coëtquidan novembre 1962 Ce « vieux fusil »…

    Message par junker

    Tout ce que l'on a pu dire de Bigeard ???? il y a beaucoup de folklore !! Il était si naturel .. je crois qu'il est devenu un symbole de notre France tellement dégradée, que l'on à peine à ce reconnaitre, un homme simple et si près de tous ceux qui croient encore aux miracles !!! Un vieux PARA !!!
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    Coëtquidan novembre 1962 Ce « vieux fusil »… Empty Re: Coëtquidan novembre 1962 Ce « vieux fusil »…

    Message par LANG

    Merci junker.
    Il suffit parfois de peu de mots, les tiens, pour définir Bigeard.
    … naturel, simple, croire aux miracles, un vieux para…
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