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    Coëtquidan octobre novembre 1962. Vie de tous les jours

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    Coëtquidan octobre novembre 1962. Vie de tous les jours Empty Coëtquidan octobre novembre 1962. Vie de tous les jours

    Message par LANG le Jeu 24 Jan - 12:55

    Vie de tous les jours…

    Histoire sans prétention, sinon vous faire passer quelques minutes dans un coin perdu de Bretagne… avec un brin d’humour (à ne pas confondre avec des brins d’ajoncs) et parfois avec une pensée émue pour nos pieds...


    …A ces petits jeux, nous étions mûrs pour devenir de véritables champions du ménage et du déménagement. Ce n'était pas suffisant. Nous devions aussi assimiler les subtilités du combat individuel.
    Sous la pluie, entre deux brins de genêts, nous sommes devenus des guetteurs assidus en observant ce qui se passait entre un arbre en forme de boule et un autre pointu comme un fer de lance. Nous avons aussi appris à marcher sans faire de bruit, sur les talons ou la pointe des pieds selon la nature du sol. L'art du camouflage est venu compléter celui du déplacement du voltigeur de pointe, et nous avons découvert la beauté des fusées éclairantes en fermant un œil pour ne pas être éblouis.
    Les séances de nuit avaient l'avantage de nous éviter un contact direct avec nos anciens, mais nous n'étions pas tranquilles pour autant. Ils passaient parfois en notre absence et nos chambres portaient les stigmates de ces visites.
    Toujours est-il que cette formation nocturne permettait parfois de récupérer.
    C'est ainsi qu'un soir nous avons dû assister à une démonstration de ce qu'il fallait éviter pour ne pas être vu ou entendu. La section, comme d'habitude, avait été répartie sur le terrain et chacun avait pris la position de combat ad hoc.
    Avec Xavier, nous étions allongés l'un à côté de l'autre sur le sol, au milieu des ajoncs et des genêts. Une voix amplifiée par un haut-parleur commentait l'évolution de quelques anciens faisant office de figurants. Tout se déroulait comme prévu, et nous avons conservé les yeux ouverts pendant la première partie. Une pluie fine a commencé à tomber. Pour nous protéger, nous avons sorti nos filets de camouflage individuels et notre position est devenue délicieusement confortable. Un sentiment de bien-être nous a envahis. Nous étions bien dans notre cabane !
    Si bien que nous nous sommes endormis, bercés par les gouttes d’eau qui tombaient sur nos casques...
    Pour une fois, le réveil ne fut pas brutal, mais progressif. La pluie avait fini par traverser lentement filets et vestes de treillis. Elle avait aussi largement imbibé le sol sur lequel nous étions aplatis et les deux guetteurs étaient devenus des marins. La démonstration commentée touchait heureusement à sa fin et nous avons évité le pire.
    Au cours d'une autre nuit célèbre, nous avons, cette fois, découvert ce qu'était un carrefour. Nous progressions les  uns derrière les autres sur une piste qui traversait une forêt.  Il faisait noir et le silence permettait à chacun de penser à ses pieds ou au casque lourd qui ne tenait pas en place. L'objectif était de mettre un pied devant l'autre, les yeux fermés de temps en temps pour essayer de dormir, en évitant de tomber sur celui qui vous précédait et sans quitter le chemin. Tout cela exigeait un effort de concentration  et nous y étions parvenus car la colonne avançait à peu près droit. Nous étions sur les rails, l'odeur de l'écurie n'allait pas tarder à se manifester, tout était donc parfait.
    C'était sans compter sur l'esprit pédagogique de notre lieutenant.
    La nuit s'est éclairée brutalement avec des fusées, et notre chenille s'est arrêtée, pétrifiée, sur place. Devant nous, un homme était couché sur le sol, les bras en croix.
    - Que se passe-t-il ?
    - Où sommes-nous ?
    - S'agit-il d'un exercice ?
    - Qui c'est, ce type ? »

    La première section était devenue un long point d'interrogation.
    La nuit est retombée avec les dernières étincelles et une voix profonde nous a répondu :
    - C'était un carrefour ! »

    Tout ce remue-ménage nous avait réveillé et nous avons fini par comprendre qu'un croisement devait faire l'objet d'une attention particulière, mais il faut reconnaître que la subtilité de la démonstration n'avait pas été appréciée à sa juste valeur.
    Nos préoccupations étaient ailleurs. Elles portaient souvent sur l'état de nos pieds. Il est clair qu'ils faisaient « l'objet de nos soins les plus attentifs », mais, avec une paire de rangers neuves et des chaussettes qui glissent, les efforts sont parfois inutiles. Si on rajoute la pluie, on devine que cette partie essentielle de notre individu faisait l'objet d'une agression permanente.
    Ce pays du bout du monde était une véritable éponge. La mousse regorgeait d'eau et l'herbe haute était mouillée même par temps sec. Les ruisseaux jaillissaient de partout, y compris du sommet des collines.
    Pas question de dormir sur le terrain sans chaussures. Au petit matin, elles n'acceptaient plus nos pieds, qui avaient pris du volume. La seule solution était de les conserver en desserrant les lacets.
    Nous avions donc des ampoules, et certains plus que d'autres. Au passage, j'ai d'ailleurs découvert qu'avec une aiguille et du fil on pouvait faire autre chose que coudre un bouton. Nous avons expérimenté les moyens les plus divers pour éviter d'en arriver à cette extrémité : mettre du talc au fond des chaussures, se laver ou ne pas se laver les pieds avant une marche, casser les rangers à coups de crosse pour les assouplir, changer de chaussettes si le temps de pause le permettait. Mais nous marchions beaucoup et de préférence sur le macadam des routes, revêtement à base de goudron et de gravillons aux vertus chauffantes incontestables.
    Les déplacements en tout-terrain avaient plus de charme. Les plus originaux étaient sans conteste les marches à la boussole. Ce petit instrument avait la propriété de nous faire visiter, grâce à sa flèche, certaines zones du camp où la nature s'épanouissait en toute tranquillité. Le choix de l'itinéraire ne posait pas de problème, il suffisait généralement de marcher tout droit. De jour, il était facile d'arriver à peu près au point prévu ou de ne pas se perdre. La nuit, par contre, tout était possible. Le secours - interdit - des lampes de poche ne nous mettait pas à l'abri des surprises.
    Un soir sans étoiles, nous avons exploré un coin original et certainement caractéristique de la Bretagne.
    Nous avancions les uns derrière les autres, à la suite du préposé à la boussole. Désigné pour être notre guide, Michel était chargé de nous ramener au port. Le problème de l'orientation était le sien, et nous lui faisions confiance.
    Tout se passait bien, les arrêts pour prendre des repères étaient courts. Michel, qui faisait partie de ma chambre, menait sa barque d'une main de maître. Le Führer indiquait la direction, nous suivions !
    L'esprit d'initiative du reste de la section fut néanmoins mis à contribution à l'occasion d'une rencontre avec une barrière d'ajoncs. Ces plantes ont le don de s'installer là où il ne faut pas. Agressives de surcroît, elles étaient devenues nos ennemies intimes. Ce soir-là, elles avaient poussé le vice jusqu'à se regrouper pour former un mur infranchissable.
    Rien ne devait arrêter la première section. Les lits nous attendaient !
    Agacés par cet obstacle qui risquait de nous faire rentrer plus tard, nous oubliâmes momentanément notre indifférence pour dénicher un passage. Des silhouettes fébriles, surmontées d'un casque lourd, déployées en ligne, armées de lampes allumées, commentaires sonores à l'appui, se lancèrent à la recherche d'un trou de lapin. Il s'ensuivit une période de fausses alertes marquées par des vociférations diverses. Le temps s'écoulait et notre impatience augmentait au même rythme que notre haine pour ces végétaux. Un cri dans la nuit mit un terme à notre calvaire. Le passage était trouvé. La traversée fut bien entendu ponctuée de jurons pour saluer les caresses de ces charmants arbustes, et nous avons apprécié le casque lourd.
    Avant de relancer sa troupe, Michel s'efforça de faire le point de la situation. Nous lui avons fait comprendre qu'il y avait urgence car les heures de sommeil étaient difficiles à rattraper. Leader d'un soir, il prit les choses en mains. Pour passer, nous avions dévié un peu à gauche, il suffisait donc de reprendre un peu sur la droite, puis de filer tout droit derrière notre azimut.
    Chose pensée, chose faite. La colonne s'ébranla, et nous reprîmes notre marche de primates, soucieux de mettre un pied devant l'autre. Mais la progression était devenue nettement plus chaotique en raison des arrêts répétés de l'homme à la boussole. Au bout d'une heure, quelques grognements sourds ont brisé le silence de la nuit :
    - Ce n'est pas possible ! On devrait être arrivés !
    - On aurait dû prendre la piste de tout à l'heure ! »

    Bref, nous n'étions peut être pas perdus, mais le doute était permis. Cette impression a commencé par se diffuser lentement dans les têtes des hommes de queue dont je faisais partie. Nos rangers n'avaient malheureusement pas la même maturité et ils ont continué machinalement à nous propulser à travers les touffes d'herbe. Cette tranquille assurance ne pouvait que nous apaiser. Notre destin dépendait d'un grand amateur de café, et, après tout, Michel devait savoir où il allait. Nous en étions presque convaincus lorsque nos pieds ont soudain lancé un message d'alerte. D'habitude, c'était pour nous signaler le début d'une ampoule, mais là il s'agissait d'autre chose.
    Pour en avoir le cœur net, avec Xavier nous nous sommes arrêtés en même temps. Deux lampes de poche se sont allumées. Nous avions les pieds dans l'eau !
    Les faisceaux lumineux ont balayé lentement l'avant de la colonne en dévoilant un spectacle horrible.
    A quelques mètres devant nous se trouvaient des camarades qui avaient de l'eau jusqu'aux mollets. Manifestement perturbés, ils pataugeaient sur place en attendant de prendre une décision.
    Plus loin, on apercevait les hommes de tête confiants et résignés. Ils avançaient avec de l'eau jusqu'aux genoux, incapables de résister à l'appel du large. Quelques mètres plus en avant se déplaçait le chef, seul et magnifique, son buste émergeant de la surface de l'océan comme l'étrave d'un navire.
    D'autres lampes s'allumèrent pour mettre en valeur ce tableau éphémère, qui prit l'allure d'un son et lumière avec l'exclamation de stupeur de l'homme à la boussole :
    - Mais. c'est un étang ! »
    Inutile de préciser que la suite fut agitée. L'autorité suprême ayant été remise en cause, chacun avait son idée pour le bon itinéraire. Nous tournâmes beaucoup. Pour finalement être sauvés par les appels de phare et les coups de klaxons déclenchés par nos gradailles (anciens chargés de nous encadrer), qui nous attendaient depuis quelques heures. Eux aussi, tout compte fait, voulaient rentrer tôt…
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    Coëtquidan octobre novembre 1962. Vie de tous les jours Empty Re: Coëtquidan octobre novembre 1962. Vie de tous les jours

    Message par junker le Sam 26 Jan - 17:12

    Une épopée semblable à bien d'autres ! Qui illustre bien qu'à n'importe quel niveau, les pieds sont sensibles à l'humidité et plus lorsque l'eau arrive aux genoux !!!!!!
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