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    3 ans chez Bigeard.. Ma 1er opération en Algérie avril 1956

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    3 ans chez Bigeard.. Ma 1er opération en Algérie avril 1956 Empty 3 ans chez Bigeard.. Ma 1er opération en Algérie avril 1956

    Message par junker

    G8        


                    Ma première opération en Algérie


             Le 7 avril 1956,  il est onze heures quand le Sidi Okba, accoste au quai de Bône, je suis émerveillé par le climat, la chaleur est omniprésente, elle me paraît même lourde, moi qui sort à peine du printemps de Nîmes, toute cette activité sur le port nous émoustille, je cherche à apercevoir les habitants du coin, c'est trop en demander.
          Le chef de de groupe donne l'ordre de se préparer à descendre du bateau par la passerelle. Béret rouge vissé la tête, je commence à transpirer. Tout les chauffeurs sont rassemblés et prennent la passerelle pour descendre vers un grand parc qui va servir aux véhicules de l'Escadron en attendant d'en prendre possession.

             Nous venons de recevoir des boites de ration pour la journée, les jeeps, les dodges sont débarqués aussitôt, nous avons formé les faisceaux pour pouvoir manger le contenu de notre boite. une file de camions attend d'autres soldats qui regroupés à grands renforts de cris, se dirigent vers le convoi.
    Dans l'ordre l'Escadron part avec un véhicule d'escorte vers notre premier camp situé sur un terrain de sport dans la banlieue de Bône, le camp «  Les Lauriers Roses », qui en fait n'est pas équipés, les toiles dites « marabout » nous attendent pour être mises en place.

            Le décor est planté, mes camarades sont drôlement déçus, de la réception, on croyait pouvoir admirer le paysage, le     chef de peloton nous en donne pas le temps. Avec le grand Lyonnais André Jeanneret, René Cadet le Savoyard, Robert Groisil le titi parisien, Georges Plisson de la vienne, Covillers le Ch'ti,  Pierre Martignon de St Dié, Michel Joubert le Breton, Claude Angot le Normand, Jacky Fièvre du Loiret et moi de La Rochelle, nous sommes employés au montage d'une toile de tente sous le commandement du chef qui tient la notice de montage.
           Le travail terminé non sans mal, il faut équiper de lit picot les emplacements pour 15 paras, puis nous allons prendre nos sacs marins dans les  voitures, et là nous avons le droit de nous écroulé sur notre lit non s'en avoir auparavant perçu sacs de couchage, couvertures;
           Sur ce terrain un seul bâtiment, celui du gardien du stade, nous sommes entourés de résidences ouvrières, où grouille une quantité de mômes et de gens du crû. Un gars, fusil tenue à bout de bras, fait le tour du terrain en guise de punition, surveillé par un gradé qui n'a pas le sourire aux lèvres; bonne entrée en matière pour les récalcitrants.
          Les gens regardent l'activité de la compagnie, en particulier des femmes derrière les grillages de séparation du terrain, elles observent le para faire sa punition, montrant des signes de faiblesse, il est attaché à un poteau, le sergent lui verse un seau d'eau sur la tête pour lui remettre les esprits en place, le soleil tape dur et le gars est groggy par la chaleur,les femmes horrifiées crient « si c'est pas malheureux ! le pauvre gosse ! », nous rions d'entendre cet accent typique des Bônois.
       
                    Le 8 avril
             J'ai une nouvelle jeep, l'autre très usée est en réparation. L'ordre tombe de nous préparer pour un départ en opération, il faut donc remettre toutes nos affaires dans les sacs, même les sales, le tout bien rangés sous nos toiles de tentes, je deviens nomade; mais quel fébrilité dans l'équipe, prêt à partir en mission pour la première fois avec notre capitaine Le Boudec que j'ai aperçu à peine le temps d'un regard, nous tournons  déjà à cent à l'heure. Le lieutenant-colonel Bigeard est avec ses compagnies qui viennent étoffer le bataillon qui s'appelle maintenant « 3e Régiment de Parachutistes Coloniaux ».
             J'ai soif d'aventures avec un peu d'anxiété quand même Notre chef de section Rébouillet est un sergent-chef pas très grand le visage en lame de couteau, l'œil noir, il commande en attendant un officier de remplacement.
            Nous manquons de sous-officiers et d'officiers, dans le Régiment, Le sergent-chef Rébouillet est un ancien de la guerre 39/45 puis  d'Indochine, venu par la suite dans les paras, des    «  bananes » (décorations) plein la poitrine. Le sergent Dalmasso un vieux de la vieille également, devient notre chef de groupe. Avec un fort accent du midi il sait se faire obéir malgré ses un mètre soixante-cinq, il a du punch, nous le respectons.
           Le repas servi par notre cuistot est acceptable, comme je ne suis pas difficile, je m'accommode de cette nourriture que je dévore, j'ai toujours la fringale. Je suis pour l'instant voltigeur au 4e peloton avec comme arme, un pistolet mitrailleur MAT 49 avec une sacoche de cinq chargeurs d'une capacité de 25 cartouches et 125 cartouches en vrac dans la musette TAP.
           Je suis allé voir les environs du camp sans pouvoir observer grand chose, nous sommes trop à l'écart de Bône ce sera pour la prochaine fois. Demain nous partons rejoindre une base avancée du nom de Duvivier, entourée de djebels, c'est le début de l'aventure.

           Lundi 9 avril:

    nous partons de bonne heure jeep chargée en direction de Duvivier distant de 80 kilomètres, gros bourg entouré de montagnes appelées djebels très boisés à perte de vue. Arrivés à 8 heures sur notre emplacement en bordure du village il nous faut à nouveau monter de gros marabouts apportés par des camions. Bientôt six grandes toiles sont dressées pour tout l'Escadron et l'espace est protégé par un réseau de barbelés.
           Un minaret domine le paysage, un muezzin égrène sa litanie dans un haut-parleur, il doit être entendu à des kilomètres à la ronde. La température est idéale je travaille torse nu comme tous les copains, mais ce qui frappe tout de suite ce sont les odeurs nouvelles, les parfums étranges, que mes narines décèlent, nous sommes au mois d'avril et les effluves des fleurs, de la forêt et bien d'autres encore que je flaire à pleins poumons.
           Le régiment doit être au complet, installé dans les environs, le poste de commandement ( PC ) est hébergé dans une école au centre du village. Demain départ en opération.

                   Mardi 10 avril

              Réveillé à quatre heure, un coup sur la figure, rasage, tenue de combat camouflée, la casquette sur le crâne les cheveux presque à ras, bottes de saut, musette TAP au dos avec le strict minimum, le sac de couchage attaché en boudin sur le sac, Cadet me dit - tu crois que c'est du sérieux ?
    je réponds - Non, c'est pour rire, qu'est-ce que tu crois !  On va retrouver Bruno! . Je devine que cette première opération va être dure dure, pourvu que je tienne le coup ?. Ont embarque dans des camions Ford, nous laissons nos véhicules parqués auprès des tentes, gardés par deux chars et un Half-Track.
           Nous roulons plusieurs heures dans un décor de djebel et de terrain fortement vallonnés recouverts d'une forte végétation et d'arbres. Peut-être 80 à 100 km de route et de piste à peine carrossable, nous amène à onze heure au point X,, plus de piste ?, tout le monde saute des camions le matériel du parfait nomade sur le dos et en plus je porte les affaires du radio, un Malgache petit, basané café au lait, du nom de Rakotomavo, radio du chef de peloton.
            Aux premiers kilomètres je commence à souffrir des pieds, le cuir de mes bottes de saut n'est pas assoupli,  il commence à me faire mal le frottement sur les chevilles et les mollets gène terriblement avec mes jambes courtes les muscles des jambes  sont trop serrés, les vingt-cinq kilomètres à faire vont être longs.
            Lors de passage d'oueds les bottes se remplissent de flotte, je n'ai pas de chaussettes de rechange, la chaleur aidant le cuir s'est détendu, mais mes pieds sont dans une marinade, j'ai du mal à finir la journée, le djebel est raide avec des pentes à pourcentage élevé,  juste une halte à midi pour manger et c'est parti jusqu'au soir, Martignon qui souffre lui aussi veut abandonner mais les menaces du sergent et les potes qui lui remontent le moral l'amènent à bon port.
          Nous creusons nos trous individuels, et j'enlève mes bottes et mes chaussettes que je fais sécher, la peau aux endroits de frottement s'en va en lambeaux, l'infirmier me donne une pommade que je passe sur les plaies.
          Je ne suis pas le seul à souffrir, beaucoup ont le même problème.

                11 avril

           Réveil à cinq heures départ pour une longue marche dans une immense étendue de chênes-liège. Nous fouillons des gourbis, arrêtons des suspects sur une zone à risque dite: dangereuse. A part ces premières grandes marches qui nous éreintent, aucune alerte n'est signalée, Les fellaghas ont dû nous voir venir de loin, nous sommes trop bruyants et pas aguerris du tout, mais cela va changer bientôt.

                              Vendredi 13 avril

            Il est cinq heures quand le départ est donné pour l'Escadron, sauf quelques éclopés pour qui l'opération se termine là. Après un casse-croute rapide, sac à dos et comme je suis porteur du sac radio, je colle au chef de section, la marche devient pénible, le soleil tape dur et ma peau  qui n'a pas beaucoup vu le soleil attrape des couleurs virant sur l'écrevisse, je crève de soif, le « serpatte » ( sergent) me conseille de prendre un petit caillou entre les dents pour couper la soif car boire de trop coupe les jambes.

            Heureusement que nous portons une casquette à la place du gros casque comme les autres troupes, sacré idée de Bigeard, il est vraiment prés de ses parachutistes. Les gars de la compagnie ont trouvé d'autres arabes qu'ils ramènent au PC Le Boudec qui a comme indicatif: «Le Boudec 4 » et qui sonnera plus d'une fois au cours de nos pérégrinations.
          Nous grimpons en crête de djebel, les sommets dénudés laissent voir un relief tourmenté de gros blocs de roches éboulées et de grottes. Nos rations sont au plus bas, le soir arrive nous faisons nos emplacements de combat pour la nuit, tour de garde d'une heure, je dors mal à cause de mes pieds encore fragiles et la peau qui ne repousse pas vite aux plaies. Le froid glacial de la nuit contraste avec la chaleur du jour ,      
    le manque d'endurance, les longues marches, me mettent complètement à plat. Le sergent Phillip me donne une pommade qui va s'avérer vraiment efficace pour les pieds qui vont beaucoup mieux.

            Le village où nous arrivons se nomme Gounod: de là nous sommes héliportés  en Sikorsky, hélicoptère de taille moyenne pouvant transporter six combattants avec l'équipement. C'est la première fois que je monte dans un « ventilo » fantastique, quelle impression ! Le tremblement de toute la carcasse de l'engin au décollage et le balancement dans les changements de directions  sont pas très rassurants, le parcours est assez court , nous faisons une sortie en trombe pour nous mettre en position de défense, la sensation de l'hélico est exaltante.

           Cette héliportage n'a rien donné ? Je crois suite à une rumeur dans le groupe que ce premier contact avec le terrain est voulu par Bigeard pour tâter notre valeur, juger notre endurance à la marche, notre mental,nous sommes observés, pour nous avoir fait faire deux jours de « crapahute » comme des pros!. Je pense que nous somme mis en face de notre capacité à marcher comme une compagnie de combat.

           On va montrer que nous allons devenir au niveau des meilleurs, ce sera dur, mais faisable, c'est le moment de se serrer les coudes , la cohésion du groupe, faire face …. Adieu les jeeps !! ce sera désormais des marches de journée et de nuit entière dans des conditions autrement que celles vécues jusqu'à présent, le prestige du 3e RPC  est d'être au niveau des meilleurs pour être bientôt le meilleur des régiments parachutistes du moment.
           J'ai même perdu la notion du temps, mais grâce à mon carnet de route que j'annote presque tous les jours, je connais le parcours des jours d'opération et des dates les noms des copains, des camarades qui vont disparaître au fil de nos combats, le nom de mes chefs,  le nom de nos opérations et des lieux de nos passages.

        Aurai-je toujours le courage d'ouvrir ce carnet pour décrire nos marches sur cette piste qui est notre pain quotidien, la souffrance de mes camarades, les joies les peines, je ne suis pas le seul à avoir des moments de lassitude, on se remonte le moral jamais on a laissé tombé un copain sur la piste, le soutenir et prendre son sac jusqu'à temps qu'il récupère.

                   14 avril

            Le réveil est glacial, en 10 minutes je suis prêt, dans le noir on rejoint la piste, je bois en marchant un reste de café froid avec un biscuit et une pâte de fruit et c'est parti pour 20 kilomètres de piste avant de retrouver les camions. Il est midi, nous retournons à Duvivier notre base provisoire.
    Et mon pote Jacky Fièvre qui en a bavé me demande: qu'est-ce qu'on a fait comme bornes pour rien ! .
    -Je lui répond – ce n'ai que le hors d'oeuvre de Bruno, attend la suite !! et avec un sourire où la fatigue se ressent terriblement,  
    je rajoute – et ce n'est que la première semaine !! mon pote !.
    Nous y sommes dans les paras et au '' 3  '' s'il vous plait, en plein dedans !!!.


                         -0-0-0-0-0-0-0-0-0-0-

    Mes chefs de groupe et peloton de l'Escadron de Jeeps Armées

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    3 ans chez Bigeard.. Ma 1er opération en Algérie avril 1956 Empty Re: 3 ans chez Bigeard.. Ma 1er opération en Algérie avril 1956

    Message par LANG

    Passionnant junker !

    "...et ce n'est que la première semaine !!"
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