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    Coëquidan novembre 1962 Un rêve : dormir et manger…

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    Coëquidan novembre 1962 Un rêve : dormir et manger… Empty Coëquidan novembre 1962 Un rêve : dormir et manger…

    Message par LANG


    Coëtquidan novembre 1962 Un rêve : dormir et manger…

    Chacun ayant repris son souffle, on peut continuer…


    …Entre un fusil à entretenir, une chambre à nettoyer et des rencontres avec les ajoncs, il ne restait pas beaucoup de temps pour dormir dans son lit. Dormir en marchant demandait un effort surhumain et la position allongée sur le sol n'était pas très confortable. Il restait donc la position assise. Passons sur les camions qui freinaient ou qui affectionnaient les trous, ils ne valaient pas une chaise ou un bon fauteuil. Or, ces perles rares existaient !
    On les trouvait dans les locaux réservés aux enseignements théoriques comme les transmissions ou l'armement, mais il fallait trouver le moyen de dormir les yeux ouverts en donnant l'impression de suivre le cours. C'était un exploit difficile à réaliser, mais certains, et ils n'étaient pas rares, avaient des dons pour y parvenir.
    Et aussi dans le cinéma !
    Sur le mur d'entrée on pouvait lire : « Ils s'instruisent pour vaincre. » La formule était belle mais discutable et nous l'avions transformée en rajoutant : « et ils y viennent pour dormir ». Rien de tel en effet qu'une salle plongée dans le noir pour deux cent cinquante personnes en manque de sommeil.
    Les cours dispensés dans ce local étaient pourtant intéressants, en particulier ceux d'histoire quand l'officier prenait un malin plaisir à faire des rapprochements entre la guerre des chouans, qui était au programme, et celle d'Algérie, dont il était interdit de parler. Un jour, une allusion de trop entraîna sa mutation en vingt-quatre heures.
    Même avec lui, nous finissions par nous endormir, vaincus par le confort des fauteuils.
    Afin d'éviter que ce réflexe ne devienne une habitude, le parterre restait le plus souvent allumé en permanence. Seul le balcon était dans le noir, mais il était réservé aux officiers instructeurs et aux autorités suprêmes. De là, ils pouvaient observer sans être vus comme tout bon guetteur qui se respecte. Nous n'avons jamais eu l'occasion de vérifier s'ils dormaient.
    La plupart des enseignants prenaient leurs précautions. après le premier quart d'heure, pour maintenir l'attention de l'auditoire, ils continuaient de parler sur le même ton :
    - Attention ! Pour ceux qui ne dorment pas ! Je vais crier "garde-à-vous" et vous ne bougerez pas…
    -  Garde-à-vous !
    »

    L'effet était garanti. Réveillés en sursaut, les assoupis se retrouvaient debout au milieu des autres tranquillement assis. Cela permettait de renouveler l'attention pendant dix minutes.
    Pour dormir, il ne restait donc plus que le dimanche. Encore fallait-il qu'il ne soit pas transformé en jour de semaine pour préparer la revue du lundi. Il était néanmoins attendu. Notre chambre, composée de mécréants n'allait pas à la messe, mais prenait une douche.
    Chez nos voisins d'en face, il y avait des fervents de l'office et un rédacteur de courrier administratif. C'était le futur marié de la section. Il a beaucoup souffert pour rédiger sa demande d'autorisation de mariage. Il était en effet indispensable de fournir un motif valable pour obtenir l'accord du général commandant l'école. L'astuce imparable était de signaler que la demoiselle en question avait été mise dans un « état intéressant ». Facile à faire, facile à dire, mais le rédiger en termes choisis demandait un peu plus de temps. L'heureux élu avait droit à une permission exceptionnelle et bien entendu au cadeau de noces du général. Pas d'illusion : il s'agissait de jours d'arrêt substantiels. Le mariage ne faisait pas partie de nos préoccupations, il était tout simplement interdit.
    Nous profitions de ce jour du Seigneur pour dormir, bien entendu, mais également pour rédiger un courrier rapide destiné à rassurer nos proches.


    Coèt, le… 1962
    Chers parents,
    Quelques mots pour vous dire comment ça se passe.
    Mardi :
    Le matin : cours sur les armes : du pistolet au mortier de 80.
    Le soir : combat de nuit. Nous sommes partis à vingt et une heures avec tout l'équipement et nous avons marché. Retour vers une heure du matin ; l'herbe est haute et accroche les pieds. Heureusement, il ne fait pas trop froid, mais tout est humide.
    Mercredi :
    Le matin : cours de transmissions, tout le monde dormait, l'instructeur était obligé de crier et d'ouvrir les fenêtres pour nous tenir éveillés. Tous les déplacements se font en courant. C'est crevant, on est parfois obligé de soutenir ceux qui n'y arrivent plus.
    Les anciens sont venus le soir, et tout l'équipement s'est retrouvé par terre ; ils avaient piégé nos lits avec des grenades à plâtre. Le chef de chambre est venu à une heure du matin pour nous dire qu'il repasserait à deux heures pour une revue de chambre. Ca c'est bien passé mais ensuite les anciens revenaient toutes les heures pour nous demander de renverser les lits. Malgré deux ou trois heures de sommeil on arrive à tenir le coup.
    Jeudi :
    Toujours le même programme : revue de ci ou de ça, nettoyer, se dépêcher, se changer, courir, marcher, chants, discours, engueulades, mal aux pieds.
    Ce qui nous préoccupe le plus, c'est les pieds.
    Tout le monde s'aide : si l'un d'entre nous est pris en défaut c'est toute la chambre qui trinque, en général cela se traduit par une séance de course à pied.
    Vendredi :
    Cours sur la Jeep, séances de conduite. C'était une journée agréable, sans trop de course à pied. Vers deux heures du matin les anciens nous ont emmenés en pleine nature à huit kilomètres du camp et nous ont abandonnés ; heureusement quelques camarades avaient emporté des lampes et des boussoles.
    Ne vous inquiétez pas, je prends le rythme.
    Pensez à m'envoyer de quoi manger, pas de conserves mais plutôt des biscuits ou du chocolat. C'est plus facile à mettre dans les poches.
    Je vous embrasse. Â bientôt.


    Nous avions faim. L'air pur de la Bretagne, mélangé à l'odeur de cire qui couvrait celle du renfermé, avait fait des merveilles.
    Les repas, dont la durée était limitée à vingt minutes entre deux coups de sifflet, avaient l'allure de courses contre la montre. L'objectif était d'avaler le maximum en un minimum de temps. Au garde-à-vous devant la table, un seul coup d'œil nous suffisait pour déterminer l'ordre de passage. La viande, qu'il fallait couper un peu, passait évidemment en dernier. Au top, nous plongions pour remplir nos assiettes et dévorer ce qui pouvait l'être. Les serveurs civils faisaient des merveilles. Ils reprenaient les plats même s'ils n'étaient pas vides pour aller chercher du supplément à toute vitesse.
    Nous étions des machines à absorber avec distribution automatique. Un atelier de pointe en quelque sorte ! Entre deux bouchées, le temps d'avaler nous permettait de glisser le dessert, s'il était « solide », dans la poche du treillis. La course folle ne s'arrêtait jamais faute de munitions, mais nous étions fauchés en plein élan par le coup de sifflet final. Ce dernier était parfois déclenché à l'avance, la gradaille de service (ancien, faisant office de gradé) ayant jugé que nous faisions trop de bruit.
    Pas d'inquiétude pour la digestion. En sortant du réfectoire,  nous avions toujours droit à une promenade autour des bâtiments. Deux tours minimum, souvent trois à cinq le soir, au pas de gymnastique ; rien de tel pour oublier ses aigreurs d'estomac !
    Il ne restait plus qu'à dévorer des expédients pour tenir jusqu'au prochain repas. Pour ma part, j'ai ingurgité une quantité inquiétante de biscuits au chocolat arrosés de lait concentré sucré pour calmer un organe qui avait certainement pris du volume à force de se remplir. L'approvisionnement de ces petites choses pouvait se faire au foyer, mais le déplacement individuel était interdit. Pas question de voir des élèves se promener entre les bâtiments sauf autorisation spéciale, et le chef de chambre n'accordait les permissions qu'au compte-goutte. L'heureux élu partait avec une liste et rapportait des provisions pour les autres. Bilan des courses : nous avions toujours faim.
    Dans ces conditions, on imagine facilement l'horreur des week-ends avec les fameuses piqûres destinées à nous rendre invulnérables…
    Tenue sexy obligatoire, c'est en short et manteau que nous partions pour l'infirmerie. Mollets au vent et estomac vide, nous avions rendez-vous avec la potion magique TABDT, sigle énigmatique à la signification médicale mystérieuse. La danse de séduction commençait avec le  cérémonial en file indienne où chacun présentait son dos pour recevoir la couche de désinfectant jaune sale. Les rapports étaient brefs : une simple perforation du côté de l'épaule. Le travail à la chaîne permettait un rendement excellent.
    Suivait ensuite la période d'assimilation du précieux vaccin. Pour ma part, elle commençait toujours de la même manière : avec un évanouissement de quelques secondes. Xavier et Jean-Claude avaient essayé d'enrayer le processus lors de la deuxième série, mais en vain. Suspendu entre leurs bras, j'étais parti dans mes rêves malgré leurs efforts pour  me faire courir. Les heures qui suivaient étaient consacrées à bouger le bras pour lui éviter la paralysie et bien sûr à dormir. Le calvaire commençait. Le premier jour, pas question de manger ; le deuxième ; rien qu'un petit repas léger. La famine s'était abattue sur le camp.
    Pour une fois, nous attendions le lundi avec impatience…


    …On attendait également le 2 décembre pour la remise de nos "casoars". Ce jour-là se terminait cette période, disons "intense" pendant laquelle nos anciens nous rendaient en plus de petites visites. Du 12 septembre au 2 décembre  les nuits étaient souvent « courtes » à Coëtquidan…


    Dernière édition par LANG le Jeu 17 Jan - 19:18, édité 1 fois
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    Coëquidan novembre 1962 Un rêve : dormir et manger… Empty Re: Coëquidan novembre 1962 Un rêve : dormir et manger…

    Message par junker

    On voit que, a n'importe quel échelon dans l'instruction, le problème reste le même DORMIR !!!!!
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    Coëquidan novembre 1962 Un rêve : dormir et manger… Empty re coëtquidan octobre-novembre 62 des occupations courantes

    Message par salliere herve

    à la lecture de vos lignes les souvenirs remontent , ( les vaccins pour nous rendre invincible , le manque de sommeil ) ont peut dormir en marchant , on ce réveille dans le fossé , mais on recharge un peu
    cela m'a montré qu'a force de volonté on peut ce surpasser
    merci Lang
    un vieux rapace
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    Coëquidan novembre 1962 Un rêve : dormir et manger… Empty Re: Coëquidan novembre 1962 Un rêve : dormir et manger…

    Message par LANG

    Merci junker pour cet avis éclairé d'un ancien.
    Merci pour ce partage de souvenirs vieux rapace.
    Ancien. Vieux rapace…
    Un ancien, un vieux rapace ?
    Tiens, cela me fait penser à…
    Reggiani aurait peut-être chanté : Attends, attends, je sais une histoire
    Une histoire ? Une histoire qui n’a rien à voir avec notre marche à pieds en dormant.
    Oui, une vieille histoire japonaise.
    Pourquoi pas. Ces gens qui voient le Soleil avant nous ont tellement de choses à nous apprendre…

    Il était une fois, un pays où tous les vieux avaient été « écartés » ou, dit plus clairement, « supprimés, éradiqués, oui, liquidés » par les plus jeunes. Les vieux ne servaient à rien alors autant s’en débarrasser.
    Ne restaient plus que des jeunes. Des petits, des grands, des gros, des maigres, des jeunes quoi.
    Des jeunes parfois confrontés à des problèmes difficiles à résoudre.
    Ainsi, les jeunes dirigeants, tous très très jeunes, avaient du mal à trouver des solutions pour diriger leur peuple ; leur jeune peuple bien entendu.
    A chaque fois pourtant, une toute petite fille, très très jeune elle aussi, arrivait devant ces jeunes et nobles dirigeants pour leur proposer une solution.
    Et merveille, le résultat était toujours lumineux d’intelligence.
    Car à chaque fois son conseil était pertinent et plein de bon sens.
    Aucun doute, la jeunesse était l’avenir du peuple !
    Un petit jeune, un peu jaloux du succès de cette toute jeune fille se mit un jour à la suivre.
    Il était intéressant d’en connaître un peu plus non ?
    Or, elle vivait dans une pauvre cabane perdue au fond des bois.
    La misère sous les branches !
    Décevant pour ce jeune énarque. Rien d’exceptionnel dans cette cabane et un décor bien tristounet.
    Ce jeune homme amateur de béton s’apprêtait à repartir lorsqu’il vit la toute jeune fille penchée au pied d’un arbre mort situé derrière la maison.
    Un chêne, un vieux chêne ayant survécu à beaucoup d’orages et dont le tronc prenait l’air de partout.
    Et, soudain, il entendit une voix.
    Une voix, une vieille voix, qui répondait à la toute jeune fille.
    Un conseil, cette voix donnait des conseils !
    En s’approchant, il vit un très vieil homme blotti entre les écorces.
    C’était le grand-père de la toute jeune petite fille.
    Il avait survécu - et il était le seul -  aux « disparitions » des petits vieux.
    C’est lui qui donnait les conseils que la toute petite et très jeune fille transmettait aux dirigeants du peuple des jeunes…
    Retrouver un petit vieux ! Et un petit vieux encore plein de ressources et de bon sens !
    Une aubaine ? Une chance ?
    Non !
    Non, mon cher Watson, vous n’y êtes pas du tout avec vos bons sentiments !
    C’était, beaucoup plus simple.
    Pour tout ces petits jeunes, c’était l’espoir de vivre un peu plus longtemps... Car les vieux finalement servaient à quelque chose ! Plus besoin de les « éradiquer » ! Ce qui coûtait d’ailleurs fort cher…
    Une découverte ! Une découverte des petits jeunes !
    Alors vivre vieux avait son intérêt !

    Pas étonnant qu’au Japon, les vieux vivent de plus en plus vieux…

    Bien entendu tout cela n’a rien à voir avec notre histoire à dormir debout en marchant.

    Coëquidan novembre 1962 Un rêve : dormir et manger… 14255411

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    Coëquidan novembre 1962 Un rêve : dormir et manger… Empty Re: Coëquidan novembre 1962 Un rêve : dormir et manger…

    Message par junker

    Tu es philosophe LANG, mais d'une justesse de Sage , rien à voir avec les grands de ce monde, il est bon d'entendre parfois une voix, qui nous donne une certaine tonalité autre !!!
    junker
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