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    Coëtquidan septembre 1962, l’arrivée.

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    Coëtquidan septembre 1962, l’arrivée. Empty Coëtquidan septembre 1962, l’arrivée.

    Message par LANG le Sam 12 Jan - 21:06

    Puisque junker a commencé, je me suis dit que je pouvais peut-être essayer. Sans vouloir arriver à sa cheville, comme on dit…
    C’est une petite histoire sans prétention. Elle se situe loin des djebels mais au milieu des ajoncs et des genêts. Un parcours au début des années 1960 pour vous faire découvrir une Lande Bretonne avec une Ecole « plantée » dedans, un camp à quelques kilomètres de Rennes…
    Certains connaissent déjà quelques passages de ce voyage mais çà c’était avant, dans un autre camp...
    Avant l’extrait que je vous propose aujourd’hui…


    Jailhouse Rock.
    (Septembre 1962 l’arrivée…)


    ...L'accueil en gare de Rennes fut discret.
    Valise à la main, nous étions environ une cinquantaine à regarder autour de nous dans l'attente de la conduite à tenir.
    Des hommes en béret noir et gantés de cuir, portant une tenue camouflée laissant apparaître une chemise avec cravate, nous ont demandé de monter dans des camions. Il s'agissait d'élèves de seconde année chargés de nous encadrer. Allure distinguée, poings sur les hanches, leurs ordres étaient brefs et sans agressivité. Nous nous sommes serrés les uns contre les autres comme lors d'un premier saut en parachute pour faire les derniers kilomètres.
    A hauteur du panneau Coètquidan, Jean-Marc, qui n'avait pas ouvert la bouche, m'a donné une grande tape sur l'épaule en s'écriant :
    - On y est ! »
    J'ai souri pour le principe.
    L'entrée du camp était belle, avec ses pins qui se balançaient lentement comme pour nous saluer. Nous ne devions pas la revoir avant longtemps.
    La prise en main se fit en douceur avec la perception du paquetage, et nous avons rejoint nos bâtiments au pas de gymnastique. Chargés comme des baudets, nous avons inauguré ce mode de déplacement qui allait devenir la règle pendant quelques temps.
    J'étais affecté à la première section de la sixième compagnie.
    Notre bâtiment comportait deux grandes chambres séparées par des locaux communs. En entrant dans ce qui allait devenir mon salon pendant une année, j'ai été frappé par l'allée centrale qui était rouge. De chaque côté se trouvaient des lits alignés sur un parquet en bois qui ne demandait qu'à être ciré.
    L'ancien qui assurait la fonction de chef de chambre n'avait pas l'air antipathique, il s'approcha de moi.
    - Voilà votre armoire, vous l'installerez de ce côté près du lit du fond. »
    J'avais donc mon coin. Eloigné de la porte d'entrée, il pouvait m'assurer une certaine protection. C'est du moins ce que je pensais.
    J'en étais à me demander par quel bout j'allais prendre l'armoire en bois lorsqu'une forme habillée de bleu s'est interposée pour en manœuvrer les portes. Un peu plus petit que moi, l'œil pas très sympathique, il portait l'uniforme d'un lycée militaire. Surpris par son comportement, je n'ai pas ouvert la bouche. Constatant avec satisfaction que le meuble était nettement plus propre que le sien, il s'est mis à le déménager.
    Ce type était gonflé. Prendre l'armoire qui m'avait été affectée dénotait son manque de correction et un esprit plutôt indiscipliné. Mon séjour commençait bien !
    Le chef de chambre vint à mon secours car il s'était aperçu du manège, et l'homme en bleu retrouva son armoire particulièrement sale.
    Ils étaient deux ou trois à être arrivés quelques jours plus tôt. Classés parmi les derniers (du classement du concours d’entrée à l’ESM), ils servaient d'informateurs précieux pour les détails de la vie courante.
    En fait, nos activités se résumaient essentiellement à deux opérations : coudre nos numéros matricules et faire le ménage.
    1633 était mon chiffre. Il est passé et repassé maintes fois entre mes doigts qui ont fini par manier le fil et l'aiguille avec beaucoup de dextérité.
    Pour prendre l'air, nous avons fait un détour chez le coiffeur avant la séance des photos d'identité. Le résultat fut inquiétant : j'étais devenu un bagnard !
    Paille de fer sous les pieds, j'ai compris glissade après glissade qu'un plancher comporte des fentes et qu'elles sont difficiles à récurer. Dans ces conditions, chausser des patins m'est apparu tout à fait naturel.
    Les toilettes et les douches constituaient un endroit particulier car l'énergie réclamée pour leur nettoyage frisait l'exploit. J'ai découvert à cette occasion qu'une lame de ra- soir pouvait servir à beaucoup de choses.
    Le lit en fer manquait d'esthétique et le polochon n'avait pas la douceur d'un oreiller, mais le matelas n'était pas trop dur. Tout le problème venait du fait qu'il fallait mettre tout ça au carré, et, bien entendu, j'ai copié sur mon voisin qui paraissait expert dans l'art du pliage des textiles. L'inconvénient qui en résulte est une entrée difficile à l'intérieur des draps. Sans oublier que ces derniers sont glacés si on ne prend pas la précaution de garder ses chaussettes.
    Quarante-huit heures de ménage intensif et une bonne odeur de cire ont transformé notre séjour en dortoir de luxe. Douze lits de couleur vert armée, dont celui du chef de chambre, juraient avec le rouge vif de l'allée centrale et le marron des armoires, mais le parquet était resplendissant. Deux ou trois emplacements restaient inoccupés dans l'attente des derniers arrivants prévus pour deux jours plus tard. C'était le temps qui nous séparait de l'arrivée des anciens de seconde année. Ils étaient en manœuvre et nous espérions tous qu'ils reviendraient bien fatigués et peu disposés à nous « bahuter » (bizutage).
    Cette période transitoire était une accalmie avant la tempête.
    Les échanges entre voisins restaient limités. Nous n'avions que le temps de coudre, de ranger ou de nettoyer, sous l'œil vigilant de l'ancien qui manquait totalement de convivialité. L'entraide se manifestait sous forme de balbutiements discrets, mais chacun s'occupait d'abord de ses propres affaires. On était loin des discussions enflammées de Strasbourg et des grandes théories sur l'avenir de la France.
    Notre personnalité disparaissait sous un amoncellement de kaki et baignait dans une odeur de cire et de fumée de cigarette. Rythmée par les allers et retours au réfectoire, notre vie n'avait rien d'enthousiasmant, mais nous étions à Coëtquidan et cela nous suffisait.
    Ce nom avait une consonance étrange à laquelle je n'étais pas habitué. Dans mon pays, on parlait des « Français de l'intérieur » dès que l'on avait dépassé Metz ; ce camp situé bien au-delà de Paris était encore plus français que les Français : il était breton. C'était le domaine de Merlin  l'enchanteur et je ne connaissais que les légendes du Rhin.
    Le casier personnel de nos armoires, lieu inviolable muni d'un cadenas, nous permettait de conserver secrètement les souvenirs du passé. J'y avait entreposé Le Mythe de Sisyphe de Camus, ainsi qu'un ouvrage sur la guerre des blindés. Il n'était malheureusement pas question de lire, le temps était trop précieux.
    Les deux derniers arrivants firent leur entrée et l'entraide commença à se manifester. Il leur était en effet impossible  de coudre et de marquer leur matricule en une journée. Pendant l'après-midi et en ordre dispersé, nous nous sommes décidés à leur donner un coup de main. Notre chambre venait de pousser son premier cri de nouveau-né.
    J'ai fait la connaissance de François, mon voisin d'en face, qui venait de Lyon. Il était grand et fumait cigarette sur cigarette. Sa présence signifiait aussi que le compte à rebours avait commencé.
    A midi, le bruit avait couru au réfectoire : ils arrivent !
    Dans l'après-midi, il s'est confirmé ; quelqu'un avait vu passer les camions. Les anciens étaient de retour !
    Le Soleil s'est couché comme d'habitude, il annonçait pourtant une nuit hors du commun. Nous étions inquiets, mais prêts à subir le choc de la première rencontre.
    Le repas du soir fut avalé sans enthousiasme et avec peu d'appétit. A la sortie du réfectoire, nos gradés nous ont mis en rang sur la grande place devant le mât des couleurs. Regroupées en trois compagnies, deux cent cinquante paires de rangers neufs attendaient dans la nuit. au bout de quelques minutes, la lumière s'est éteinte et nous nous sommes aperçus que notre encadrement avait disparu. Des phrases ont fusé de-ci de-là et le silence est retombé.
    Un chant s'est brusquement élevé dans le lointain.
    Son rythme était lent. C'était celui du pas des légionnaires.
    Les paroles parvenaient distinctement, poussées par le vent d'Ouest, et le refrain nous a impressionné.
    - Nous n'avons pas seulement des armes, mais le Diable marche avec nous. »
    Le deuxième couplet est arrivé un peu plus tard, d'une autre direction, et le troisième a consacré notre encerclement.
    Les anciens avaient fait alliance avec le Démon. C'était un chant allemand dont les paroles avaient été transformées par les légionnaires.
    Cette entrée en matière fut suivi d'un silence, vite rompu par une voix forte venue de nulle part qui nous  intima l'ordre de rejoindre nos bâtiments. avec précipitation et en pagaille, nous avons obtempéré.
    Il n'y avait rien d'autre à faire que d'attendre au pied de nos lits.
    Ils sont entrés en vociférant, filet de camouflage autour du cou et, pour certains, képi écrasé sur l'avant à hauteur de la visière. Contrairement à ce que nous avions espéré, ils ne semblaient pas fatigués par leur manœuvre de plusieurs jours.
    Tradition oblige, les présentations furent originales. Pas question de prononcer les mots tabous ou de parler sans y être invité. Saint-Cyr n'existait pas, nous n'étions pas de futurs officiers, mais des moins que rien, autrement dit d'infâmes « bazars » ( appellation donnée aux élèves de première année).
    La conversation n'avait en fait qu'un intérêt limité, l'essentiel était d'exécuter les opérations demandées, et de préférence rapidement. L'ordre nouveau s'est donc mis en place en commençant par le lit, qu'il fallait défaire et renverser, puis en continuant par l'armoire, dont le rangement ne semblait pas parfait.
    Dociles et disciplinés, nous avons exécuté ce qu'on nous demandait, et le sol fut bientôt recouvert de couches irrégulières de vêtements mélangés les uns aux autres. En y rajoutant quelques accessoires utiles comme les chaussures  et les gamelles, la chambrée a pris l'allure d'un marché aux puces parfaitement approvisionné. Les couleurs étaient un peu uniformes, mais l'ambiance y était. Des cris  fusaient dans tous les sens, et pour couronner le tout quelques grenades à plâtre ont explosé en dispersant leur précieux contenu.
    La soirée était réussie, nos anciens avaient respecté la tradition.
    Ils nous ont quittés en lançant :
    - Les nuits sont courtes à Coëtquidan ! »
    Aucun doute, c'était le cas de celle qui venait de commencer !
    Trier, ranger et nettoyer sont devenus nos activités principales jusqu'à l'aube. Nous nous sommes couchés vers cinq heures. Nous n'étions plus tout à fait les mêmes quand le chef de chambre nous a réveillés une heure après. Pour arriver au bout de nos travaux de ménage, particulièrement pénibles en raison du plâtre qui s'était incrusté partout, il avait été nécessaire de s'entraider.
    La chambre avait commencé à prendre vie.
    Cette métamorphose s'amplifia au fil des jours avec les revues de détail ou de casernement qui se succédaient, accompagnées ou non de l'intervention de nos anciens.
    La communication entre voisins prenait forme lentement. Le Gabonais et le Sénégalais s'intégraient sans problème et nous avons oublié la couleur de leur peau…
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    Coëtquidan septembre 1962, l’arrivée. Empty Re: Coëtquidan septembre 1962, l’arrivée.

    Message par Mélusard le Sam 12 Jan - 23:45

    Bien des personnes pourraient avoir des choses a raconter, mais voilà lorsque il faut, noircir une page blanche, malgré tous les souvenirs enfouis dans la mémoire, il n'est pas facile de les retranscrire par écrit.
    le talent d’écriture n'est pas donné à tout le monde, alors profitons, délectons nous des récits de ceux qui savent.
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    Coëtquidan septembre 1962, l’arrivée. Empty Re: Coëtquidan septembre 1962, l’arrivée.

    Message par junker le Dim 13 Jan - 17:21

    Je comprends les stages de toutes sortes, que les jeunes futurs officiers faisaient à une certaine époque, normal pour un candidat cadre dans l'armée j'ai beaucoup changé d'état d'esprit, en arrivant en Algérie , croyant que j'avais tout vu dans les épreuves commando avec le parcours des pistes ou nous avions souffert le martyr, quelle désillusion !! j'avais rien vu !!
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    Coëtquidan septembre 1962, l’arrivée. Empty Re: Coëtquidan septembre 1962, l’arrivée.

    Message par LANG le Dim 13 Jan - 18:09

    Oui junker l'entrainement ne vaut pas la réalité...
    Nos exercices, en plus, en étaient parfois assez éloignés.
    A cette époque l'Armée avait subi le choc de 1961 et l'état d'esprit de l'encadrement était plutôt "morose" (pour ne pas rentrer dans le détail). Ceci explique peut-être une partie de cela...
    Au cours de cette première année, j'ai vu mon chef de section convoqué à un tribunal militaire où était jugé un officier du putsch. Il était furieux. Il a donné sa démission l'année suivante...
    Personnellement, j'ai été frappé de constater que nous ne sommes jamais sortis équipés avec des munitions réelles pour nous rendre compte de leur poids... Quant à transporter un blessé, j'ai attendu le 13 ème RDP pour savoir ce que cela signifiait...
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