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    L'Odyssée de la Harka 8

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    L'Odyssée de la Harka 8 Empty L'Odyssée de la Harka 8

    Message par KUPALOV Jeu 21 Jan - 17:10

    [Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image]



    Ce n'est pas une histoire de parachutistes, mais elle mérite d'être racontée, au moins pour servir de témoignage sur une période de notre histoire bien malmenée par les révisionnistes modernes en mal de repentance.

    Tous les collectionneurs d'insignes connaissent celui de la Harka 8, seul insigne de la guerre d'Algérie ayant porté l'inscription "Algérie française". Créé par le lieutenant Wrenacre, cet insigne comporte également une croix de Lorraine qui évoque tout à la fois son rattachement à la 13° DBLE et le retour du général de Gaulle aux affaires. Le soleil levant qui l'accompagne témoigne de l'espoir de renouveau engendré par les événements du 13 mai 1958 et le bandeau vert et rouge rappelle l'origine Légion de la Harka.

    Créée en décembre 1957 par le 2° bataillon de la 13° Demi-brigade de la Légion étrangère, la Harka 8 a été l'une des plus fortes harkas du sud-est constantinois. Elle était stationnée à Edgar-Quinet (Aurès) entre Batna et Kenchela. Dépendant administrativement et opérationnellement du quartier d'Edgar-Quinet, secteur de Kenchela, la Harka 8 a été commandée en 1958-59 par le lieutenant Robin Wrenacre, Russe blanc naturalisé britannique, ancien cadet de la France Libre, servant à titre étranger à la 13° DBLE. En 1959, lors du départ de cette unité pour Bougie, la Harka 8 est affectée au 2ème bataillon du 94° Régiment d'infanterie commandé par le colonel Parisot qui désigne le lieutenant Jean Nouzille pour en prendre le commandement. Cet officier, qui avait déjà créé et commandé la harka de Babar (Némencha) en 1957-58, restera à la tête de la Harka 8 jusqu'à sa dissolution le 9 avril 1962. Le hasard veut qu'il soit né à Bourg-en-Bresse, ville natale … d'Edgar Quinet !

    Composée presque exclusivement de Berbères originaires des Aurès-Némencha, la Harka 8 compte dans ses rangs de nombreux rebelles ralliés ou capturés dont un ancien aspirant de l'Armée de libération nationale (ALN). Au début de 1960, elle comprend une section de commandement et d'appui de 40 hommes armée de 2 canons de 57 mm sans recul et de 2 mortiers de 60 mm, et 4 sections de combat de 40 hommes chacune. Ses effectifs sont de 3 officiers dont un d'active, 16 sous-officiers dont 7 sous-officiers harkis et 182 harkis auxquels s'ajoutent 4 appelés du contingent, servant comme opérateurs radio. La harka possède en outre 45 chevaux utilisés pour les opérations dans la grande plaine du Remila, au nord d'Edgar-Quinet. La harka 8 est alors considérée comme un remarquable outil de combat utilisable aussi bien pour la contre-guérilla que pour des actions d'une certaine ampleur. Le 21 avril 1961, au moment du putsch d'Alger, le chef de bataillon Guizien, commandant le II/94° RI, rejoint les insurgés et fait mouvement sur la capitale avec le PC du II/94° RI, la 5° compagnie (commando de chasse L 134), la Harka 8 à 3 sections ainsi que les harkas des 6° et 7° compagnies. Ces éléments arrivent à Alger le 22 avril à 19h00 et ne quitteront la ville qu'à la fin du putsch, le 25 avril à 17h00.

    De retour à Edgar-Quinet, la harka reprend ses activités opérationnelles et inflige de nouvelles pertes à l'ennemi jusqu'au 2 mars 1962, date du dernier accrochage. Quelques jours avant le cessez-le-feu du 19 mars, une mesure maladroite du commandement inquiète les harkis et va être à l'origine d'une rumeur durable sur leur abandon et leur fin tragique. En effet, le 15 mars 1962, une lettre anonyme adressée au poste de sécurité militaire de la 21° Division d'infanterie révèle que la harka possède un important stock d'armes et de munitions non déclaré et qu'elle pourrait prendre le maquis, côté "Algérie française", il va sans dire. Le commandement décide alors, sans en avertir le capitaine Nouzille, de faire récupérer cet armement en intervenant avec des soldats de souche européenne, appuyés par une section de half-tracks. Il s'agit de saisir 46 armes de guerre et de chasse (2 FM, 19 PM, 22 fusils de guerre, 2 fusils de chasse et une carabine). Ces armes prises à l'ennemi n'ont pas été déclarées par le chef de harka pour, selon ses déclarations, "pouvoir être utilisées dans des opérations risquées au cours desquelles des armes en dotation réglementaire auraient pu être perdues". Après une négociation orageuse entre le capitaine Nouzille et le chef du détachement de "récupération", une petite partie de cet armement est laissée à la harka, mais l'essentiel est saisi sur le champ. Cet incident regrettable est à l'origine de la rumeur mensongère affirmant que la harka d'Edgar-Quinet a été désarmée par surprise, sous la menace de blindés, et que les harkis, désespérés, ont alors jeté leurs décorations à terre et ont rejoint leur douar" avant d'être massacrés par l'ALN.

    La réalité est différente. En effet, en application du cessez-le-feu, toutes les harkas du quartier d'Edgar-Quinet sont dissoutes le 9 avril à 00h00 et 367 harkis sont licenciés après avoir remis leur armement au II/94° RI. Le capitaine Nouzille devient alors officier opérations du bataillon et reste, avec sa famille, au milieu de ses harkis répartis dans les cantonnements d'Edgar-Quinet et de Remila. La harka ne dispose plus que de l'armement réduit conservé après l'opération de récupération du 15 mars. A aucun moment toutefois, la population locale ne manifestera d'hostilité à l'égard des harkis et de leurs familles avant le départ du II/94° RI. Le 16 mai 1962, un télégramme n° 125/IGAA signé du ministre d'Etat chargé des affaires algériennes, qui a eu en charge la négociation avec le FLN, demande au "Haut-commissaire de rappeler que toutes initiatives personnelles tendant à installer en métropole des Français-Musulmans sont strictement interdites et d'en aviser d'urgence les SAS et les commandants d'unités". Ces instructions ne seront retransmises ni par le général commandant la 21° DI et la zone sud-constantinois ni par le colonel commandant le 94° RI et le secteur de Kenchela.

    Au mois de juin, les bataillons du 94° RI reçoivent l'ordre de repli. Le I/94° RI doit se regrouper à Kenchela et le II/94° RI à Batna.
    Le 10 juin, à Edgar-Quinet, le capitaine Nouzille fait établir pour chaque gradé et harki de la Harka 8 une attestation indiquant "que l'intéressé est menacé de mort et qu'il doit être de ce fait rapidement envoyé en métropole". Il la fait signer le même jour par le chef de bataillon commandant le II/94° RI.  Le 12 juin, les unités du II/94° RI quittent Edgar-Quinet. Le capitaine Nouzille est le seul officier à rester sur place avec un détachement postcurseur. Il dispose d'un élément de combat et de la section de half-tracks du régiment qu'il a postés dans le cantonnement de la Harka 8 pour protéger les harkis et leurs familles. Il interdit aux éléments de l'ALN déjà présents à Edgar-Quinet de s'approcher du dispositif. Le même jour, en fin d'après-midi, il rassemble les harkis des Harkas 8 et 3 (relevant également du 94° RI) pour leur exposer la situation et leur conseiller de partir. La plupart des familles décident de suivre ce conseil et sont embarquées le soir même dans une vingtaine de camions bâchés dont les bancs centraux ont été démontés pour permettre de loger le maximum de personnes. Ils seront escortés par la section de half-tracks commandée par le sous-lieutenant de réserve Jean-Claude Poulain. A la tombée de la nuit, le convoi rejoint Kenchela ou d'autres harkis du secteur ont été déjà rassemblés.  Le 13 juin, à 03h00 du matin, un important convoi, accompagné des half-tracks, quitte Kenchela en direction de Bône.  Vers 10h00, en traversant Le Khroub, à une vingtaine de kilomètres au sud-est de Constantine, de violents incidents éclatent avec la population locale qui insulte les harkis et les menace de haches et d'armes blanches. Une grenade défensive est lancée dans l'avant dernier camion, tuant le caporal Serhani Abdallah ben Abdelhafid et l'un de ses fils, Ahmed, âgé de 13 ans. Les deux derniers véhicules du convoi et le half-track de queue sont bloqués par la foule qui veut lyncher les harkis et leurs familles. Un T. 6 vient alors survoler Le Khroub, ce qui débloque la situation et permet à une ambulance militaire accompagnée de blindés de récupérer les victimes pour les évacuer sur l'hôpital militaire de Constantine. L'avion et les blindés ne quittent plus le convoi jusqu'à sa destination.  A leur arrivée à Bône, les harkis et leurs familles sont installés sur la plage, puis conduits, avec une forte escorte, jusqu'au port où, avec la complicité des marins, ils embarquent sur un bâtiment de guerre.

    Les réfugiés débarquent à Marseille le 18 juin 1962 pour être dirigés vers le camp du Larzac où va commencer pour eux une vie fondamentalement différente. Au cours des années qui suivent, les familles se disperseront, en fonction des possibilités d'emploi, dans les régions d'Aurillac, de Bourges, de Roubaix et de Marseille. Quelques unes, malheureusement, resteront dans ce camp pendant de nombreuses années encore. On peut toutefois dire que, dans l'ensemble, les anciens de la Harka 8 et leurs familles se sont bien intégrés sans jamais avoir bénéficié d'aides particulières. Ils sont surtout restés fidèles à leur ancien commandant de harka avec lequel ils ont conservé le contact depuis 1962 jusqu'à sa disparition, il y a treize ans.

    Le colonel Parisot, chef de corps en 1961, ancien de Narvick, a payé de longues années de détention son engagement dans la défense de l'Algérie française. Devenu doyen des saint-cyriens, il a disparu en février 2010, à l'âge de 100 ans, n'ayant renoncé ni à ses convictions, ni à son franc-parler. Mis tardivement au courant du sauvetage de la Harka 8 que lui-même croyait disparue dans la tourmente, il a fait apposer, en 2004, dans la salle d'honneur du 94° RI , à Bar-le-Duc, une plaque de marbre portant l'inscription suivante :
    "LA GARDE"
    1962
    Refusant la honte de l'abandon prescrit
    le Capitaine Jean NOUZILLE
    a sauvé nos harkis de l'Aurés.

    L'insigne de la Harka 8 que je possède m'a été offert, en 1967, par le capitaine Nouzille, alors commandant en second du camp de Münsingen …

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    L'Odyssée de la Harka 8 Empty Re: L'Odyssée de la Harka 8

    Message par 66-2B Jeu 21 Jan - 17:44

    Quel soulagement que ce sauvetage impromptu !

    Un vrai bonheur que les traditions de la parole donnée  à l'armée française , par cette Harka.
     Ainsi le Capitaine Jean Nouzille pourra regarder la terre sans rougir ...

    Cette pancarte mise à Bar le Duc aurait mérité d'être apposée aussi au camp du Larzac ... Histoire de rappeler ce comportement honorifique.

    " ministre d'Etat chargé des affaires algériennes, qui a eu en charge la négociation avec le FLN, demande au "Haut-commissaire de rappeler que toutes initiatives personnelles tendant à installer en métropole des Français-Musulmans sont strictement interdites et d'en aviser d'urgence les SAS et les commandants d'unités". Ces instructions ne seront retransmises ni par le général commandant la 21° DI et la zone sud-constantinois ni par le colonel commandant le 94° RI et le secteur de Kenchela. "
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    L'Odyssée de la Harka 8 Empty Re: L'Odyssée de la Harka 8

    Message par saut ops Jeu 21 Jan - 19:07

    merci de ce partage. La manière dont les harkis ont été abandonnés est sidérante. Alors lire ce texte fait du bien, surtout que je viens d'apprendre qu'un ex camp militaire du Béarn avait été rebaptisé du non d'un officier français qui avait fait débarquer des harkis d'un navire dans le port d'Alger sachant le sort qui allait être le leur !
    Ils ont été massacrés à quelques centaines de mètres du navire.
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    L'Odyssée de la Harka 8 Empty Re: L'Odyssée de la Harka 8

    Message par LANG Jeu 21 Jan - 19:37

    Merci Kupalov pour ce récit qui éclaire cet épisode tragique de notre histoire.
    Tous les harkis n’ont pas été abandonnés car tous les ordres reçus n’ont pas été suivis d’effets. Cela n’a pas toujours été le cas, saut ops vient de le rappeler.
    Peu de choses ont été écrites sur les conditions de notre départ en 1962.  Parfois occultées souvent minimisées et beaucoup de « vérités » sont encore au fond des tiroirs.
    Cette fin de parcours de la Harka 8 mérite d’être connue.
    C’est une contribution à notre devoir de mémoire à un moment où ce conflit revient sur le devant de la scène. 
    Une scène où il est beaucoup  question de repentance et d’excuses envers un ennemi qui lui ne reconnait rien du tout…
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