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    Un saut le 1er janvier 1942

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    Un saut le 1er janvier 1942 Empty Un saut le 1er janvier 1942

    Message par Kuiper le Ven 1 Jan - 11:35

    Le retour de Jean Moulin en France.
     
    Extrait d’un récit de la Fondation de la France Libre du 8 janvier 2010.
    Texte complet à lire ici :
    Le retour de Jean Moulin en France, 1er janvier 1942 – Fondation de la France Libre (france-libre.net)
     
     
    Le 1er janvier 1942, par une nuit de lune, Jean Moulin reprend contact avec la terre de France
    Par Joseph Monjaret alias Hervé
    Cinquante ans après, notre camarade Monjaret, Hervé dans la Résistance, le radio de Jean Moulin, nous raconte l’aventure courageuse qui a marqué sa vie et l’a fait entrer dans l’histoire à côté de son chef.
     
    Extrait de ce récit :
     
    C’est pour ce soir…
    Comme souvent, Jean Moulin ce jour là prend la route de Londres mais contrairement aux autres fois, il revient à 13 heures et nous trouve au mess, nous apprêtant à déjeuner. Il nous prend à part, Fassin et moi, et nous annonce avec un grand sourire : « c’est pour ce soir ». De cette « veillée d’armes », je me rappelle notre joie, un peu tempérée par une pointe d’inquiétude.
     
    La nuit était déjà tombée quand, vers 17 heures, une grosse Hudson noire vint nous prendre pour nous conduire au terrain. Nous essayons nos équipements, écoutons les dernières instructions des officiers de la RAF, spécialistes de ce genre d’opérations puis nous prenons contact avec l’équipage qui nous présente notre véhicule : c’est un bimoteur Whitley, assez lent mais armé de mitrailleuses lourdes (ce qui nous rassure un peu) et dont nous aurons à sauter par une trappe pratiquée dans le plancher. Équipés comme des Esquimaux, nous y prenons place avec un pincement d’émotion. L’avion décolle et met le cap sur un terrain du sud du pays de Galles. Quand nous y arrivons, un léger brouillard commence à tomber… Pendant que l’on fait le plein des réservoirs, car le voyage sera long, nous nous rendons à la baraque qui sert de mess aux officiers de la base où nous sommes reçus par le commandant avec la plus grande gentillesse : les officiers présents sont prodigues de leur whisky !
     
    Quand arrive le moment du départ, nous nous harnachons à nouveau et nous nous hissons dans notre Whitley. Nous voyons, tout au fond du terrain, des files de bombardiers noirs qui attendent leur heure : autre forme du combat, autres dangers, autres angoisses… Le Whitley fait tourner ses hélices, les moteurs accélèrent leur régime et, après le bruit assourdissant du « point mort », l’avion glisse sur la piste. Nous voyons défiler les lampes obscurcies qui lui servent de repères et, dans un fracas assourdissant, l’appareil décolle et prend de l’altitude en piquant vers le sud.
     
    Nous nous regardons en silence et un sourire un peu forcé nous détend le visage. Ce moment, si longtemps attendu, est enfin arrivé. La réalité tant espérée nous crispe un peu parce qu’avec elle apparaissent les dangers qui nous guettent cette nuit et peut-être surtout dans les jours qui vont venir. Notre « dispatcher » le wing commander Benham, géant sympathique aux cheveux grisonnants nous sourit de toutes ses dents et lève le pouce en signe de confiance.
     
    L’angoisse du saut…
    C’est alors que Jean Moulin nous annonce que nous allons être largués en Provence, au pied des Alpilles, à proximité d’une petite bergerie lui appartenant près d’Eygalières, où nous trouverons refuge et pourrons nous reposer. Puis, en cas de «mauvaise rencontre », après notre largage, nous convenons de raconter que, officiers appartenant à la base de Salon de Provence, nous sommes en exercice de nuit. Il nous précise aussi que l’opération est « blind », et qu’aucune équipe ne nous attend à l’arrivée.
     
    Dehors, la lune brille maintenant de tout son éclat dans un ciel sans nuage. Nous voici sur la Manche. Soudain les mitrailleuses entrent en action : sommes-nous attaqués par la chasse allemande ? Non ; le dispatcher nous rassure : les mitrailleurs essaient seulement leurs armes. Tout rentre dans le calme et nous nous glissons dans nos matelas chauffants quand les côtes françaises sont annoncées. La DCA allemande se met à aboyer, constellant notre nuit d’éclatements brillants. Les projecteurs fouillent le ciel, et voici que l’appareil vire sur une aile et pique vers la terre. L’inquiétude nous saisit, nous ajustons nos parachutes, prêts à sauter. L’avion reprend de l’altitude et le pilote nous rassure en nous faisant savoir qu’il lui a fallu manoeuvrer pour éviter le faisceau d’un projecteur, ce qui eût été notre perte. Tout est redevenu calme, mais l’alerte a été chaude et nous avons eu très peur. Notre dispatcher nous offre du thé et des sandwiches dont il a une ample provision.
     
    Le temps d’une chanson
    À nouveau, nous cherchons le sommeil, mais la nuit est glaciale et la carlingue mal protégée du froid. Max ne dormait pas, il avait la tête entourée d’un foulard de laine, noué sur le sommet du crâne, ce qui m’amena à lui faire remarquer sa ressemblance avec ces personnages de Forain sortant de chez l’arracheur de dents. Il se mit à rire et me répliqua que, même s’il ne souffrait pas des dents, la carlingue du Whitley ne lui paraissait pas plus agréable que la salle d’attente du dentiste qui, elle au moins, était chauffée.
     
    Un peu plus tard, la DCA nous prit encore à partie, à l’approche de je ne sais quelle ville, mais moins violemment cette fois. Quand tout fut rentré dans l’ordre, chacun s’endormit.
     
    Nous somnolions encore quand, vers 1 heure du matin, le dispatcher nous fit savoir qu’il nous fallait nous préparer à sauter. Nous en avions pour près d’une demi-heure, le temps de prendre un thé brûlant et de grignoter un sandwich. Nous réglons alors les derniers détails. Après l’atterrissage, la consigne était de nous retrouver auprès du poste radio. Pour nous reconnaître entre nous, nous sifflerions quelques notes d’un air connu :
     
    Y’a un nid dans l’poirier J’entends la pie qui chante …
     
    Ceci réglé, il ne nous reste qu’à attendre. La petite lampe rouge de « l’action station » s’allume. Nous ouvrons la trappe et Max se met en position de saut, les pieds dans le vide. L’avion a perdu de l’altitude et nous avons tout le loisir de voir défiler sous nous les routes, les arbres et les champs. Les minutes s’écoulent interminables, et le signal du saut ne s’allume pas. Que se passe-t-il ? Va-t-il falloir abandonner et rentrer en Angleterre, ce que nous redoutons. Le pilote nous fait savoir qu’il ne repère pas l’endroit où il doit nous larguer. Max rentre alors ses pieds et attend dans une position moins inconfortable. Il fait un froid presque intenable, car la trappe reste ouverte. L’avion vole maintenant très bas, et tandis que pilote et navigateur continuent à chercher nous voyons défiler les villages endormis et cette terre de Provence que nous souhaitons si fort atteindre cette nuit. Le long d’une route, cinq ou six personnes se sont arrêtées et regardent ce gros avion noir qui vole si près d’eux.
     
    La lumière rouge s’allume à nouveau et Max se remet en position de saut. La lumière rouge clignote plusieurs fois et le feu vert s’allume, c’est le moment ! Le dispatcher lève le pouce en souriant et crie « Go » : Max disparaît dans la trappe, suivi de Fassin et je m’engouffre à mon tour. Mon parachute s’ouvre presque aussitôt et je vois trois autres corolles qui descendent en diagonale et en se balançant car le mistral souffle.
     
    Le plongeon dans la clandestinité
    Presque sous moi, un parachute s’affaisse, un peu plus loin un deuxième, je ne vois plus le troisième, tout occupé que je suis de mon propre atterrissage. Suis-je destiné à cette haie de cyprès ? ou à ces quelques arbres isolés ou bien encore – Dieu m’en préserve ! – À ce chemin de terre qui me paraît bien dur ? On pense vite en ces instants-là. La terre aussi approche vite. Une traction sur les suspentes et je me reçois sur un sol assez tendre près d’une haie de cyprès derrière laquelle mon parachute s’affaisse, abrité du mistral. Je défais mon harnachement, mes oreilles encore bourdonnantes du fracas des moteurs.
     
    La nuit est splendide, il fait froid, mais ce n’est pas le moment de s’attarder à contempler une belle nuit de Provence. Je replie mon parachute, et, mon colt à la main, je pars à la recherche de mes deux compagnons et du poste. L’inquiétude me gagne lorsque, au bout d’une heure environ, j’aperçois une forme humaine : je siffle l’air convenu. Pas de réponse. Je siffle à nouveau, l’homme me fait un signe et je m’approche : c’est Max qui marche, grelottant et courbé de froid : il m’explique qu’il est tombé en un endroit humide où il a glissé, y laissant les sandwiches qu’il avait pris en charge. Nous nous mettons à la recherche de Fassin que nous trouvons en train de combler un trou où il vient d’enterrer le poste. Un deuxième trou que nous creusons reçoit son parachute et son équipement de saut, mais l’heure passe et le jour commence à poindre. Faute de temps pour les enterrer, nous enroulons les deux équipements restants et les cachons dans un roncier, sous un petit pont. Il nous reste maintenant à rejoindre la bergerie de Max. Celui-ci, qui connaît bien la région, cherche à s’orienter : nous marchons un moment et il s’aperçoit alors que nous avons été largués à près de 20 kilomètres du point prévu. Nous pestons bien un peu, mais il nous faut faire contre mauvaise fortune, bon coeur et nous nous mettons en marche. Très fatigués par notre voyage aérien, un peu émus aussi par notre premier contact clandestin avec le sol de France, nous marchons sans mot dire. Le froid est vif et la faim nous tenaille. Plus de sandwiches et pas de tickets d’alimentation. Un hameau – Aureille – que nous traversons au petit matin, nous offre la tentation d’un café qui nous parait accueillant ; mais la prudence nous conseille de ne pas succomber, car les allées et venues de l’avion la nuit précédente n’ont certainement pas manqué d’éveiller la curiosité des habitants. Nous continuons donc notre marche, évitant les agglomérations, et marchons à travers la garrigue.
     
    Au début de l’après-midi, nous arrivons enfin à proximité d’Eygalières. Nous décidons de nous séparer momentanément et de gagner la bergerie l’un après l’autre. Jean Moulin part le premier suivi, à quelques minutes par Fassin. Au moment de partir à mon tour, deux gendarmes arrivent, à bicyclette et me demandent mes papiers. Leur examen paraît les satisfaire mais ils semblent intrigués par notre comportement et me demandent ce que nous faisons dans cette campagne par cette froide journée de janvier. Je leur explique que je suis étudiant à Montpellier où mes deux compagnons sont professeurs et que nous mettons à profit ces vacances de Nouvel An pour visiter cette région de Provence qu’a chantée Alphonse Daudet dont nous sommes des admirateurs. Ils me paraissent plus perplexes que convaincus, mais après un moment d’hésitation silencieuse, ils finissent par s’en aller. Je les laisse s’éloigner et m’en vais à mon tour. Mais, craignant qu’ils continuent de me surveiller, j’hésite à rejoindre mes deux compagnons et pars en direction de Plan d’Orgon, à quelques kilomètres où, en fin d’après-midi, je prends un car en direction de Marseille.
     
    Je ne devais retrouver Jean Moulin que trois semaines plus tard, à Bargemon, dans le Var, chez son ami le colonel Manhès où j’avais trouvé refuge après avoir échappé à une arrestation à Toulon. Je pus alors commencer mon travail, à Orange d’abord, à Lyon ensuite, jusqu’au mois d’août, quand Jean Moulin me confia une nouvelle mission…
     
    Extrait de la Revue de la France Libre, n° 277, 1er trimestre 1992.
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    Un saut le 1er janvier 1942 Empty Re: Un saut le 1er janvier 1942

    Message par 66-2B le Ven 1 Jan - 13:17

    En ces temps là, la clandestinité imposait des choix dont il fallait être surs ... Toulon en est la preuve...

    " ILS" ne l'ont pas tous su, mais c'étaient des héros ...  les collabos et la mitraille  ont fait le reste...
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