Rechercher
 
 

Résultats par :
 


Rechercher Recherche avancée

Derniers sujets
Août 2020
LunMarMerJeuVenSamDim
     12
3456789
10111213141516
17181920212223
24252627282930
31      

Calendrier Calendrier

Petites annonces

    Pas d'annonces disponibles.

    Qui est en ligne ?
    Il y a en tout 43 utilisateurs en ligne :: 0 Enregistré, 1 Invisible et 42 Invités :: 1 Moteur de recherche

    Aucun

    Le record du nombre d'utilisateurs en ligne est de 257 le Mar 2 Juin - 23:31
    Statistiques
    Nous avons 388 membres enregistrés
    L'utilisateur enregistré le plus récent est theroux patrice

    Nos membres ont posté un total de 4648 messages dans 1645 sujets

    La vie secrète d’un agent de la DGSE

    Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet

    Aller en bas

    La vie secrète d’un agent de la DGSE Empty La vie secrète d’un agent de la DGSE

    Message par saut ops le Jeu 29 Juin - 12:31



    interview de Paris Match ; Par Patrick Forestier


    Pendant treize ans à la Direction générale de la sécurité extérieure, le service de renseignement français, il a effectué une soixantaine de missions clandestines à l’étranger.
    Ce maître espion révèle à notre reporter les moments tragiques qu’il a vécus et les angoisses endurées par sa femme et ses enfants, qui ne savaient rien de son travail, ni jamais où il disparaissait pendant des mois.

    Paris Match. Agent secret à la DGSE, c’est entretenir le mystère sur une grande part de vous-même...
    Colonel Thierry Jouan. Oui, ma famille a souffert de mes absences inexpliquées. Ni ma femme ni mes enfants ne devaient savoir où j’étais pendant des semaines. Un soir de Noël, ma fille, Marie-Aude, me dit : “Papa, je te déteste.”  

    Quand vous êtes père, vous vous dites : “Qu’est-ce qui se passe, je suis allé trop loin ?”
    Écrire un livre était le moyen de leur faire comprendre pourquoi je devais garder le secret. C’était aussi une sorte de thérapie pour certaines de mes aventures qui m’avaient fait mal.

    Les états d’âme d’un agent secret sont souvent passés sous silence. Et vous osez en parler.

    On a beau être un espion, il n’en demeure pas moins qu’on a un coeur, un cerveau.
    Avant d’appuyer sur la détente d’une arme ou sur un bouton pour mettre à feu un explosif, on réfléchit.
    On ne tue pas pour le plaisir.
    On a une conviction. On assume la mission, bien entendu.
    Mais je suis chrétien, catholique.

    Alors, avant de tirer sur un être humain, j’obéis, mais j’éprouve quelque chose d’indéfinissable car j’ai ma sensibilité.
    L’espion robot, froid, sans coeur, n’existe pas ; James Bond n’est pas réel.

    Un débutant peut dire : “J’arrête parce que mes convictions religieuses me l’interdisent.” D’ailleurs, la sélection s’effectue sur plusieurs années. Il existe aussi des “dysfonctionnements”, comme en 1983 après l’attentat contre l’immeuble “Drakkar” à Beyrouth qui causa la mort de 58 soldats dont 54 du 1er régiment de chasseurs parachutistes, mon ancienne unité. J’ai ramené les dépouilles des deux capitaines à leurs épouses. Nous attendions le feu vert pour riposter. Puis la mission a été annulée, ce qui a entraîné parmi nous pas mal de démissions.

    Vous voulez dire que, des missions clandestines de représailles ayant été stoppées pour raison d’Etat, cette décision a provoqué le départ d’agents ? Oui. Il y a eu des départs l’année qui a suivi. Ensuite, ça s’est calmé, sauf pour quelques très anciens qui n’ont jamais pu accepter cette décision et ont fini par quitter le service.

    Au Liban, en 1985, lors d’une opération de la Finul ; ses grades et écussons sont effacés sur la photo pour des raisons de sécurité.

    Dans un autre contexte, vous avez aussi été choqué lors d’une mission en Afrique.
    C’était au Cabinda. Nous formions des guérilleros du Front de libération de cette province angolaise.
    Un gamin d’une dizaine d’années avait été grièvement blessé par balle, et j’ai pris la décision d’abréger ses souffrances.
    Le médecin qui était avec moi m’a dit : “Je ne peux pas, c’est toi qui décide.” J’ai mis ma foi de côté, et j’ai décidé. J’ai supplié Dieu de m’aider.
    En parlant doucement à l’enfant qui avait sa petite main crispée par la douleur sur la mienne, je lui ai demandé de me pardonner en lui déposant un comprimé de cyanure dans la bouche.
    En quelques secondes, il a rendu son dernier soupir. Mes larmes mouillaient son visage. Encore aujourd’hui je pleure chaque fois que j’y pense.
    Je n’oublie pas non plus une mission en Turquie, sur les bords de la mer Noire, face à l’ex-URSS. J’étais capitaine, accompagné d’un ancien, un adjudant-chef très costaud.
    Soudain, on a vu un gamin se noyer.
    J’ai voulu me précipiter pour le sauver, mais mon sous-officier m’a fermement retenu pour ne pas mettre en péril la mission. Si j’avais plongé, je me serais découvert.
    J’aurais laissé une trace auprès des autorités en donnant mon identité, annulant ainsi ma mission qui consistait à trouver des endroits sûrs pour recevoir du matériel très sensible et à préparer l’endroit en zone de repli. J’aurais entravé la mission suivante qui a eu des répercussions importantes. En laissant des preuves de notre passage, il aurait pu se passer la même chose que pour le “Rainbow Warrior” où on a pu remonter jusqu’à la DGSE. Le lendemain matin, j’ai lu dans les journaux que le gosse était mort. J’étais bouleversé.
    « Pour ne pas faire échouer une mission, j’ai laissé un enfant se noyer »

    Comme dans les dictatures, les services secrets français ou des démocraties occidentales demandent-ils à leurs agents d’éliminer des opposants ?
    Le fil conducteur de nos missions est la défense de la nation et de ses intérêts internationaux... Vous avez été recruté alors que vous étiez lieutenant au 1er RC P pour devenir un agent “actif” appelé à des missions clandestines.
    J’allais vers l’inconnu et c’est ce qui me fascinait dans le centre d’entraînement spécialisé de Cercottes, près d’Orléans, qui forme les agents.
    A partir de ce moment-là, je devais oublier mon nom et m’appeler Célestin.
    Pour notre premier stage de “mise dans l’ambiance opérationnelle”, j’ai dû parcourir avec mon groupe, clandestinement, la France et les pays limitrophes en voiture, en bus, à vélo, en hélicoptère et avion militaires et sortir de situations inventées par nos instructeurs.
    J’apprenais aussi à effectuer une filature.
    On nous montrait la photo d’une personne qui allait sortir d’un immeuble à une certaine heure et on nous demandait ce qu’elle faisait toute la journée. C’était soit un gars de chez nous qui essayait de nous semer soit un inconnu qui avait été photographié la veille.
    Le protocole était identique pour une vraie mission. Si vous allez à Londres surveiller des salafistes, vous vous laissez pousser la barbe et changez souvent de voiture. J’apprenais à vivre dans la peau d’un autre.

    Ensuite, on nous testait sur notre façon de parler et nos réactions en public.
    A Londres, j’ai eu pour mission de faire diversion pendant dix minutes dans un restaurant. Il fallait que l’attention soit sur moi pour qu’un autre agent puisse faire une chose dont je n’étais pas informé car les missions sont compartimentées. J’ai travaillé trois jours sur cette mini-opération. J’avais choisi de faire une crise d’épilepsie. Je suis tombé de ma chaise, tétanisé. Quand j’ai entendu que les secours arrivaient, j’ai ouvert les yeux, j’ai regardé ma montre, j’étais à neuf minutes trente – le timing parfait – j’ai dit : “Merci, merci, ça va maintenant, combien je vous dois ?” et je suis sorti.
    Fin de la mission.
    Ce qui s’est passé après n’était pas de mon ressort.
    Partir sous une fausse identité demande une grosse préparation. Si vous dites que vous êtes né à Bordeaux, vous devez connaître le quartier où vous êtes censé avoir habité.
    Il faut se rendre sur les lieux, y vivre pendant une semaine ou quinze jours pour repérer où était votre école, si elle existait bien en 1959 quand vous étiez gamin. Vous seul connaissez votre fausse identité, inscrite dans un dossier enfermé dans un coffre. C’est le commandant qui distribue telle ou telle identité, tel ou tel métier…

    Les boîtes à lettres ont une grande importance.
    On prévoit toujours deux rendez-vous, un principal et un secondaire, identifiés grâce à des photos et accompagnés d’emplois du temps : le temps pour rejoindre un point à un autre, l’heure de fermeture du bar du rendez-vous… Tout figure dans un dossier.
    S’il faut éliminer un terroriste au Caire, on s’y rend pour une reconnaissance afin de scinder la ville en zone de travail, en zones de vie et de liaison. Chacune est hermétique et abrite des groupes. Seuls les chefs se connaissent. Nous, nous avons des boîtes aux lettres : des lieux secrets où les agents déposent un message, un colis.

    On se méfie de l’informatique dont les messages peuvent être interceptés.
    L’encre sympathique ou invisible est utilisée. Mais le danger peut venir d’ailleurs. On a pu, en partie, remonter jusqu’aux agents qui ont fait sauter le “Rainbow Warrior” grâce aux notes d’hôtel qu’ils avaient conservées, car l’administration les réclame ! Et on utilise beaucoup l’argent cash car les cartes de crédit laissent des traces.

    L’informatique doit tout de même tenir une grande place pour accumuler des renseignements.
    Lorsque j’étais instructeur, j’insistais sur le côté humain de nos missions et j’ai fait créer un logiciel pour déterminer les habitudes de nos “objectifs”. Si on travaillait six mois ou un an sur une mission “Homo” (l’élimination physique d’une personne), ce système permettait d’archiver ses manies, ses déplacements… On savait, par exemple, que chaque mardi il allait voir sa maîtresse de 16 heures à 19 heures dans tel hôtel.
    Les agents sur le terrain pouvaient consulter son planning et l’actualiser, et quand on décidait de passer à l’action, on était prêts. Le commandement avait alors les éléments pour décider du moment.

    Comment se déroule la préparation d’une mission ?
    Avant de partir, nous passons une ou deux journées de programmation où nous dormons très peu. On est passés sur le gril par une commission composée de supérieurs : une sorte de grand oral où ils posent des questions et ont le droit de décider de tout annuler s’ils estiment que la mission est mal préparée.
    Vingt-quatre heures après se réunit une commission bis, une sorte d’examen de repêchage, pour valider ou non le départ. Cela peut durer toute une nuit. Y siègent des anciens qui envisagent tous les cas de figure : “S’il se passe ceci, qu’avez-vous prévu ? Si vous êtes à découvert, comment allez-vous vous en sortir ?” Il y a toujours des situations “non conformes”, imprévues. Dans ce cas, il faut en référer à son officier traitant.
    J’ai toujours aimé cet environnement. Mais, pour les missions dangereuses ou exotiques, on est toujours encadrés. On ne fait pas ce qu’on veut et la préparation est importante. C’est un travail fastidieux mais indispensable. La communication avec les chefs est essentielle. J’ai été “retenu” plus d’un mois dans une chambre en Indonésie.

    Si j’étais mort, personne n’aurait su où j’étais car je n’avais plus de moyens de communication.
    Il s’agissait d’une mission concernant un enlèvement : grâce à un de leurs contacts, les services secrets de ce pays devaient m’envoyer négocier avec les Khmers rouges pour faire libérer deux otages, dont un Français.
    Nous étions deux, mais un seul pouvait aller “au contact”. Paris a validé ma décision de partir et je suis tombé dans un traquenard, après une embuscade. Comme toujours, ma femme ne savait rien. Mon épouse n’aurait eu de nouvelles que si ça avait mal tourné. Le médecin-chef l’aurait contactée. Elle savait juste que j’étais agent secret.
    Sur ma fiche de solde on lisait : “44e RI”, c’est l’unité de la DGSE.
    Si vous ne dites rien à votre conjoint, vous éveillez ses soupçons.
    Il faut en dire assez à vos proches pour qu’ils comprennent qu’ils n’en sauront pas plus.
    On ne téléphone jamais, même si on s’absente sept mois, comme cela m’est arrivé en Afrique du Nord ; j’ai pu envoyer deux lettres par la valise diplomatique.
    La hiérarchie est catégorique : notre famille ne doit pas connaître l’objet des missions.

    Vos supérieurs n’ont pas apprécié votre refus de partir lors de la naissance de votre deuxième enfant.
    Oui. J’ai préféré refuser cette mission, ce qui a entraîné beaucoup de “punitions” ultérieures.
    J’ai perdu deux ans d’avancement.
    Ma carrière en aurait été changée, mais je ne le regrette pas.
    J’avais tenté à deux reprises de défendre mon cas dans le bureau du lieutenant-colonel : je lui demandais de ne pas partir pendant la période où ma femme devait accoucher… C’était un sale con, voilà !

    Vous gagnez plus lorsque vous êtes en mission ? Oui. C’est selon la dangerosité du pays, comme dans le reste de l’armée. On n’en parlait pas entre nous car on ne parle pas de nos missions. De plus, on se voit peu car on est soit à l’étranger, soit en famille. On reste aussi peu à Cercottes. On vient à Paris pour signer notre mission, prendre notre passeport, de l’argent et passer devant la commission de contrôle à notre retour pour un débriefing.

    Vos enfants étaient-ils au courant ?
    Non. Ma fille l’a découvert en lisant mon livre. Elle est née en 1988, au début de mes missions. A 14 ans, elle me détestait. Je ne pouvais pas lui expliquer. Elle n’aurait pas compris. Aujourd’hui, ça s’est arrangé, j’en suis très heureux.

    Femme d’un agent secret, c’est ne rien savoir du travail de son mari.
    On n’entrait dans le camp de Cercottes, près d’Orléans, que pour l’arbre de Noël et pour la Saint-Michel, le 29 septembre, jour de la fête du patron des parachutistes, pour un repas, et encore, pas tous les ans.
    Les voitures étaient contrôlées et on restait dans un bâtiment près de l’entrée.
    Au fil des ans, j’ai rencontré une demi-douzaine de familles. Je connaissais le pseudo des maris, jamais leur vrai nom.
    Entre femmes, rien ne transpirait non plus.
    On ne posait pas de questions, pas même du genre : “Ton mari part-il en mission avec le mien ?” Quand celui d’une copine était de retour dans sa famille, on ne se voyait plus car, entre les missions, le délai peut être court. Pour être femme d’agent secret, il faut faire beaucoup de concessions.
    Avoir confiance et ne pas chercher la petite bête quand son mari part quatre mois sans donner de nouvelles.
    On doit aussi rester disponible. J’étais professeur d’économie et j’ai arrêté de travailler pour être là quand mon mari rentrait, sinon le couple explosait.

    S’il a quinze jours de permission et que vous travaillez, vous passez votre vie à vous croiser.
    Quand nous nous sommes mariés, en 1984, il m’a demandé mon avis avant d’entrer dans les services secrets.
    Je lui ai donné mon accord. Sans savoir comment sa vie allait être transformée.
    Avant chaque départ, il m’informait de la durée prévisible de la mission : trois semaines, un mois, deux mois… Il me laissait entrevoir si elle allait être dangereuse, ou si c’était de la routine.
    Je savais dans quelle partie du globe il était en faisant sa valise soit avec des vêtements contre le froid, soit avec des chemises pour les pays chauds. “Regarde les infos à la télé, tu devineras”, me disait- il parfois... Le problème, c’était les enfants. A chaque départ, ma fille tombait malade.
    Quand elle est devenue adolescente, elle piquait des crises à chaque fois.
    Pour elle, il était militaire, car Orléans abritait un régiment de cavalerie, une base aérienne et d’autres unités. Je disais qu’il était parachutiste sur la base. En cas de problème, mes deux référents

    Son livre : « Une vie dans l’ombre », par le colonel Thierry Jouan, éd. du Rocher.

    La vie secrète d’un agent de la DGSE Loup10


    "souce Paris Match"
    saut ops
    saut ops

    Messages : 93
    Points : 14453
    Réputation : 1834
    Date d'inscription : 29/04/2017

    Revenir en haut Aller en bas

    La vie secrète d’un agent de la DGSE Empty Re: La vie secrète d’un agent de la DGSE

    Message par WILLIS le Ven 17 Avr - 9:03


    Je l'ai vu à Pau en 1984, en juin je crois; il était alors Lieutenant au 1° RCP et ensuite il est à Souge ayant suivi le premier.
    1 ou 2 ans après  il est parti au 11° choc.

    On le retrouve au début des années 2000 à Monaco ou il est chargé (je crois) de la sécurité du Prince Albert de Monaco.

    _________________
    Ils ne savaient pas que c'était impossible, alors ils l'on fait.
    WILLIS
    WILLIS
    ADMINISTRATEUR
    ADMINISTRATEUR

    Messages : 258
    Points : 16182
    Réputation : 2735
    Date d'inscription : 21/04/2017

    http://www.campidron.fr

    Revenir en haut Aller en bas

    La vie secrète d’un agent de la DGSE Empty Re: La vie secrète d’un agent de la DGSE

    Message par LANG le Ven 17 Avr - 9:22

    C'est plutôt rare d'avoir des confidences d'un "résident" de Cercottes...
    LANG
    LANG
    ADMINISTRATEUR
    ADMINISTRATEUR

    Messages : 783
    Points : 19499
    Réputation : 8507
    Date d'inscription : 09/12/2018
    Age : 78
    Localisation : Yonne

    Revenir en haut Aller en bas

    La vie secrète d’un agent de la DGSE Empty Re: La vie secrète d’un agent de la DGSE

    Message par junker le Ven 17 Avr - 10:22

    Je croyait qu'ils restaient anonyme très longtemps en fonction de leurs missions, sans aucune divulgation  ? mais peut-être raconte-il que ce qu'il veut bien raconter ?? C'est un peu comme moi avec mon livre, si je vous écrit des choses vécu, cela va épouvanter les bien pensants, alors il faut broder !! je m'en suis aperçu dans mon essai d'écriture !!!!!
    junker
    junker

    Messages : 372
    Points : 12460
    Réputation : 4102
    Date d'inscription : 09/12/2018
    Age : 83
    Localisation : Deux-Sèvres

    Revenir en haut Aller en bas

    La vie secrète d’un agent de la DGSE Empty Re: La vie secrète d’un agent de la DGSE

    Message par Meriglier le Ven 17 Avr - 11:52

    L’ex-agent secret et aide de camp du prince Albert II a publié son autobiographie en début d’année aux Editions du Rocher. Près de 10 000 exemplaires ont été déjà vendus. Portrait.
    «On connaît le colonel, l’aide de camp mais pas l’humain qui est derrière. » A 54 ans, Thierry Jouan prend son temps. Ce temps qu’il n’a pas toujours eu durant treize années de sa vie. Entre 1987 et 1999, l’ex-aide de camp du prince Albert II pratiquait alors le renseignement humain à travers le monde, pour le compte du service Action de la Direction générale de la sécurité extérieure.

    Une période qu’il narre dans « Une vie dans l’ombre », publié en début d’année aux Editions du Rocher. Thierry Jouan y révèle comment le terrain de ses missions est aussi devenu celui de ses dérives et de ses doutes, comment l’ombre s’est parfois transformée en ténèbres. Dépendance à l’alcool, gestion compliquée de la vie de famille, interrogations sur son rapport à l’humain et à la religion, barbarie des hommes, il n’élude aucun des travers qu’il a vécus.

    Des paras à la DGSE
    « Je ressens la satisfaction d’avoir réussi ma thérapie. Je m’étais fixé certains objectifs et je pense les avoir atteints. L’objectif principal était de me retrouver au sein de ma famille proche, le deuxième de me libérer de certains cauchemars et le troisième, sous-jacent, était de faire comprendre qui j’avais été », explique celui qui, depuis presque trois ans, est chargé de mission auprès de l’association des consuls honoraires de Monaco (ACHM). Pourtant, le colonel a longuement hésité avant de confesser sa part d’humanité au grand public. « Je ne pensais pas le faire éditer.

    Quand j’ai pris la décision de le faire, je me suis dit que si je vendais 500 ou 800 exemplaires, je serais content. Me mettre à nu, ça me gênait au départ et maintenant, c’est un atout. La preuve est que nous en sommes, aujourd’hui, entre 8 000 et 10 000 exemplaires vendus. Et je ne crains plus le regard des autres », dit-il.

    A travers cette introspection littéraire, l’ex-espion a également voulu rendre hommage aux hommes et femmes qui travaillent dans l’ombre, trop souvent critiqués ou pas assez mis en avant selon lui. Thierry Jouan ne se prédestinait pas à la carrière d’agent secret, bien loin de celle fantasmée d’un James Bond. Bac E (maths et technique) en poche, il voit se profiler une carrière dans l’armée à l’horizon et bûche pour parvenir à ses fins. Passé par le collège militaire d’Aix-en-Provence et Saint-Cyr, il connaît sa première affectation chez les paras en 1983. Au premier régiment de chasseurs parachutistes, plus précisément.

    Quatre années passent, et tandis que ses supérieurs lui voient de sérieuses prédispositions au commandement, Thierry Jouan se fait remarquer par la DGSE. Les « oreilles » françaises lui proposent d’intégrer le 11ème Choc, surnom donné au service Action. « Je n’ai été pas issu du milieu des services secrets, je n’étais pas attiré naturellement par ce milieu-là. Quand j’ai été contacté, dans ma grande naïveté, j’ai pensé qu’ils s’étaient trompés. Puis ils m’ont demandé si je voulais les rejoindre, je leur ai dit : oui pourquoi pas, je vous répondrais aux prochaines mutations. On m’a demandé une décision pour le lendemain. Je l’ai prise en 12 heures et en mon âme et conscience », se remémore-t-il.

    Le traumatisme africain
    Le camp de Cercottes, près d’Orléans, devient sa nouvelle base, l’ombre son nouveau monde. « Dès le début, durant votre formation d’espion, on vous fait comprendre qu’il ne faut pas s’attendre aux honneurs ni aux médailles. En revanche, l’erreur est impardonnable ». Vient le temps des missions à propos desquelles il confie le minimum à sa femme et rien à ses enfants, « trop jeunes ». Des enfants, Thierry Jouan aurait voulu en sauver, notamment en Mer Noire et en Afrique, mais tour à tour, le métier d’espion et les situations de conflit ont eu raison de sa volonté.

    Près de la moitié des missions se déroulent sur le continent africain, avec lequel le baroudeur entretient une relation particulière. « L’Afrique, c’est un continent qui m’est cher. J’y suis né et j’ai visité 22 pays de ce continent. Il s’y passe toujours quelque chose. A une certaine époque de ma vie, quand je n’y étais pas, je n’avais qu’une envie, c’était d’y aller. Quand j’y étais, six mois plus tard, je n’avais qu’une envie, c’était de rentrer. C’était une addiction permanente », commente-t-il. En 1994, Thierry Jouan débarque au Rwanda, plongé en plein génocide, bien qu’il s’abstienne de confirmer le pays qui se cache derrière « la Zuwanie » dans son livre. « J’ai mes convictions mais je ne donnerai jamais ma position sur ce sujet. J’étais un militaire qui était là-bas pour une mission précise, point », tranche-t-il.

    Et l’ancien agent de développer : « Cette mission a constitué un tournant important dans ma vie privée et professionnelle. Cela a été un facteur concomitant de plusieurs choses graves. Je n’ai rien à dire sur la mission que je devais remplir et qui s’est déroulée comme prévue. Mais l’homme que je suis a été confronté à des choses auxquelles il n’était pas préparé. J’ai compris que la barbarie n’a pas de limite. Mes convictions humaines, religieuses, ont été mises à bas. J’ai vu des gens se faire découper, pourrir, des enfants se faire tuer à coup de machette. Où est Dieu dans ces moments-là ? » Lui-même aurait pu trépasser malgré sa couverture de bénévole d’ONG, lors de contrôles aux checkpoints. « Les miliciens vous parlent et soudain, ils vous assènent un coup de machette. La main ou la tête est coupée. Votre vie dépend d’une seconde d’inattention », décrit-il en mimant le geste.

    Monaco
    L’agent Jouan ressort traumatisé de cette expérience. En 1995, il reprend contact avec un ancien camarade du 1er RCP qui officie en tant qu’aide de camp du prince Albert II. Il l’avait recroisé deux ans plus tôt à la terrasse du café de Paris. Celui-ci lui propose de devenir son binôme pour la fonction d’aide de camp. Se sentant en fin de potentiel avec le service Action, Thierry Jouan est emballé par l’idée. D’autant plus que sa femme est originaire de Monaco. Durant quatre ans, l’agent secret espère, patiente et ne lâche pas son nouvel objectif. Rainier III lui accorde une audience puis lui donne sa bénédiction en septembre 1999. Fini la DGSE, Thierry Jouan s’active au service du prince Albert II.

    « De mes six années passées au palais, je retiens la fierté d’avoir été choisi par le prince Rainier III, en tant qu’aide de camp du prince Albert, et d’avoir été détaché de la France pour servir la famille princière à Monaco », résume le colonel. Il est démis de ses fonctions en 2005, après s’être laissé grisé par la frénésie de la tâche. Une « gifle » salutaire selon lui, qui l’a remis en selle et a stoppé net son addiction à l’alcool. Aujourd’hui, dit-il, « on a oublié l’aide de camp, on a gardé par correction le terme de colonel, mais maintenant tout le monde connaît Thierry Jouan et c’est ma plus grande fierté. » Et ce, sans l’ombre d’un doute.



    Monaco Hebdo
    Novembre 2013
    Anonymous
    Meriglier
    Invité


    Revenir en haut Aller en bas

    Revenir en haut


     
    Permission de ce forum:
    Vous pouvez répondre aux sujets dans ce forum