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    Les tunnels de guerre vietnamiens

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    Les tunnels de guerre vietnamiens  Empty Les tunnels de guerre vietnamiens

    Message par locatelli le Jeu 9 Juil - 6:26




    « Personne n’a jamais démontré une capacité à cacher ses installations comme le Viêt Cong, ce sont de vrais hommes-taupes » General William Westmorland, commandant en chef du corps expéditionnaire américain entre 1964 en 1968


    Les tunnels de guerre vietnamiens  Tunnel11


    Véritable symbole de la guerre asymétrique entre armée professionnelle et guérilleros/armée de partisan, les tunnels jouèrent un rôle déterminant dans la guerre qui opposera l’armée américaine et sud-vietnamienne aux guérilleros Viet Cong.

    S’ils furent déjà utilisés dans l’histoire des guerres modernes– notamment pour les opérations de sapes de tranchées durant la première guerre mondiale, par les Japonais durant la seconde ou par les communistes coréens durant la guerre de Corée – la guerre du Vietnam (1960-1975) fut le premier conflit de l’Histoire à voir un de ses belligérants s’enterrer à un tel point.

    A noter que dans le cas du Vietnam, le recours aux tunnels et aux cavités pour des usages martiaux font partie intégrante de la « stratégie du faible au fort », telle que théorisé par Tran Hung Dao. Le vainqueur des Mongols avait utilisé les grottes de Dau Go afin de dissimuler les pieux et les troupes qui serviront à la victoire de la rivière de Bach Dang. A noter que chaque vietnamien connait cet épisode de l’histoire du pays puisqu’il est enseigné à l’école.

    Les tunnels étaient déjà de mise contre les Français durant la guerre d’Indochine, mais ils ne jouèrent par le même rôle. En effet, la débauche de moyens américains, notamment l’aviation et le nombre de combattants, ainsi que la réduction de la zone de combat au sol (l’Indochine entière entre 45 et 54 contre le sud du Vietnam entre 60 et 75) obligèrent les partisans communistes à dissimuler une grande partie de leur logistique et de leurs installations.

    En plus de protéger des bombardements et d’éviter les batailles rangées, les réseaux de tunnels et les installations sous-terraines font office de véritable fort permettant les appuis d’infanterie et les attaques surprises, c’est-à-dire l’articulation de l’attaque et de la défense en toute discrétion en dans un environnement peu vulnérable.
    En conséquence, ils permettent de fixer les places fortes ennemis. Bien que celles-ci soient généralement lourdement armées, elles sont de véritables gouffres financiers et font souvent appel à des travailleurs locaux pour leurs besoins logistique. D’où la troisième fonction des tunnels : la gestion des civils et le renseignement. Les allées et venues discrètes des agents Viêt Cong permettent ainsi d’exfiltrer les déserteurs ennemis, de punir les « traitres », d’encadrer la population (pour l’instruction générale et l’éducation politique), bref la symbiose entre les combattants et la population selon les principes de la guerre révolutionnaire.

    Afin de répondre au mieux à ces usages, la gestion des tunnels était entièrement laissée aux officiers locaux, le commandement central n’intervenant jamais. Pour autant, dans le but de maximiser leur efficacité, leurs caractéristiques techniques étaient uniformisées : les tunnels étaient disposés en zig-zag avec des angles de 60 à 120 degrés (afin de ne pas créer de grandes lignes de tir et de faciliter les destructions en cas d’invasion) et consistaient en un réseau de galeries de 80 à 120 cm de largeur et de 80 à 180 cm de hauteur. La distance minimum entre deux espaces de vides (deux galeries ou galerie-surface) devait être de 1,5 mètre pour être solide, les endroits porteurs étaient renforcés avec des étais en bois.

    En général, les équipes chargées du creusage étaient composés de 2 personnes chargées de creuser en se relayant ainsi que de 2 à 4 personnes évacuant les gravats. Afin de ne pas révéler la présence des tunnels, ceux-ci étaient évacués de différentes façons : jetés dans les torrents, utilisés pour les mottes de terres nécessaires à la culture des patates douces, les sacs de protection ou les fondations des maisons. On estime que, chaque jour, un creuseur pouvait traiter 1m3 de terre. Après plusieurs bombardements « tapis de bombes » de B-52 visant à détruire où à découvrir les tunnels, les galeries prirent des formes coniques, plus résistantes à l’impact des bombes. Des puits étaient creusés tous les 100 mètres environ afin de parer les attaques au gaz et réguler les éventuelles inondations. Même si l’argile latéritique qui caractérise le sous-sol permettait une relative aération de par sa nature (en plus d’être naturellement très résistante une fois mouillée puis séchée), plusieurs prises d’airs, inclinées pour éviter les pluies de la mousson et créer des courants d’airs dans les tunnels, permettaient la ventilation du tout.

    De la même façon, les trappes relevaient d’une conception similaire. Il s’agissait de deux plaques en bois entre lesquelles était collé une feuille de plastique épais qui, avec les joint, assuraient l’étanchéité du dispositif, non seulement à l’eau, mais aussi au feu, aux défoliants et aux gaz de combat. Un cadre en métal renforcé sur la trappe ainsi qu’à l’entrée du tunnel garantissait la solidité de l’entrée, y compris aux véhicules blindés.
    Le dessus de l’ouverture est recouvert de cire et de caoutchouc dans le but de simuler la consistance du sol. Le tout était camouflé par des branchages, des plantes ou de feuillages, renouvelés tous les 3 jours. Les sorties étaient toujours constituées de 3 trappes espacées de 40 à 50 mètres afin que les combattants ne soient jamais acculés dans les tunnels et puissent disparaitre plus facilement en cas de poursuite.
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    Les tunnels de guerre vietnamiens  Empty Re: Les tunnels de guerre vietnamiens

    Message par locatelli le Jeu 9 Juil - 6:38



    Les complexes souterrains étaient systématiquement piégés par des « booby-trap » ou « attrape-nigauds » qui évolueront en fonction des stratégies adoptées par les Américains. Dans ce domaine, les guérilleros donnent dans le classique : pieux, grenade déclenchée par un fil, boites remplies de scorpions ou de serpents venimeux…

    Les tunnels de guerre vietnamiens  Gi10

    On sait aujourd’hui que si ces infrastructures furent décisives concernant l’évolution de la guerre, les conditions de vie y étaient extrêmement difficiles, notamment concernant l’hygiène. L’environnement chaud, humide, sans toilettes et avec des accès raréfiés à un oxygène pur engendrait diverses maladies dermatologiques, digestives ou infectieuses. Selon les statistiques de l’armée nord-vietnamienne, la malaria à elle seule fit autant de victime que les blessés par balle. De la même façon, la vie prolongée sous terre a engendré de nombreux problèmes de santé lié à des carences, notamment chez les enfants y étant nés.

    Suite à cette description sommaire, appliquons-nous à mieux comprendre comment et à quel point les tunnels influèrent sur le cours de la guerre à travers l’exemple du complexe sous-terrain de Cu Chi, le plus grand du conflit.

    Ceux-ci était situés au nord-ouest de Saigon et reliaient l’extrémité sud de la piste Ho Chi Minh (Cambodge) aux faubourgs de la capitale sud-vietnamienne. Ils furent creusés à cet endroit afin de 1) permettre l’approvisionnement des maquis communistes en toute discrétion, 2) occuper un secteur stratégique, le district de Cu Chi étant sillonné de plusieurs routes nationales d’importance, 3) être capable de menacer directement Saigon. En plus de cette position stratégique, la zone, sillonnée par plusieurs cours d’eau, est en majeur partie composée de sols latéritiques et couverte de jungle.

    Déjà utilisés lors de la première guerre d’Indochine, les tunnels seront étendus de 48 à 250 km (longueur maximum en 1968) dès la reprise des hostilités entre le Nord et le Sud en 1960. Ils se concentreront principalement dans un périmètre de 65km2 baptisé le « triangle de fer » (« iron triangle ») en raison de sa dangerosité pour les Gis[24]. Ces installations seront mises en place sur 4 niveaux et comprendront tout ce dont une armée en campagne a besoin et ce dans l’ordre suivant (en général) : 1) premier niveau (ras de terre) : postes de tir pour des tireurs d’élites (2 ou 3 par postes), cuisines (pour évacuer les fumées de cuisine), salles à manger, salles de réunion pour recevoir des émissaires, assurer l’instruction politique et militaire, permettre le divertissement ; 2) deuxième niveau (environ 6m en dessous du sol) : entrepôts pour la nourriture, les médicaments, les armes et les munitions et ateliers de réparation et de confection de mines, de pièges, de munitions et d’explosifs ; 3) troisième niveau (-8m) : postes de secours et 2 hôpitaux de campagnes ; 4) quatrième niveau : dortoirs.

    Conscient du fait que cette stratégie avait déjà été utilisée contre les Français, les Américains ne prennent pourtant pas la menace souterraine au sérieux et négligent complètement la mise en place de contre-dispositifs. La découverte des premiers réseaux, la mortalité très élevée des soldats volontaires pour inspecter les tunnels pousseront néanmoins les officiers supérieurs à revoir leurs positions.

    Ainsi, une première opération « search and destroy » (« chercher et détruire ») fut mise en place : l’opération « Crimp ». Durant les premiers jours de janvier 1966, plusieurs bombardiers B-52 déversèrent 30 tonnes d’explosif sur les réseaux connus de la zone afin de révéler leurs entrées.
    8.000 hommes de la première division d’infanterie, de la 173ème Brigade Aéroportée ainsi que du 1er bataillon du Royal Australian Regiment inspecteront la zone à la recherche d’activités ennemies. Malgré une bonne exécution, l’opérations se révéla rapidement infructueuse faute de renseignements suffisant.
    En effet, pauvre en expérience dans les galeries Viet Cong, plusieurs tunnels demeurèrent inconnus des Australiens et des Américains soit en raison de la trop forte présence de pièges, soit parce que les trappes connectant les réseaux souterrains entre eux demeurèrent dissimulées, les soldats n’étant pas conscient de devoir les chercher. Pour autant, 3 Field Troop (unité australienne spécialisé en ingénierie de guerre) parviendront à explorer un complexe durant 4 jours et à trouver des signes de vies ennemis (radio, munitions, nourriture, armes, matériel médical, etc…), ceux-ci s’étant évaporés par d’autres voies souterraines.

    Ce fut une découverte précieuse pour la Contre-Insurrection, dans la mesure où personne dans ce camp ne mesurait la portée des tunnels dans le déroulement de la guerre. Partant, elle permit également aux Américains et à leurs alliés de réaliser qu’il leur fallait développer une nouvelle approche pour gérer la menace. La base militaire de Cu Chi fut donc installée début 1966 afin de devenir un laboratoire des combats souterrains en même temps que le QG de la 25ème division d’infanterie US. Suivant l’appellation que trouva le Capitaine australien Sandy McGregor pour ses hommes puis déformé par un journaliste, le nouveau programme d’entrainement « tunnel rats » (« rats des tunnels ») vit le jour…

    Cette formation est relativement simple. Il s’agit d’entrainer une troupe de sapeurs d’élite de moins de 5 pieds 5 pouces (soit un peu plus d’1m60) à l’inspection des tunnels et à leur destruction, ce qui implique un sang-froid à toute épreuve et l’application stricte de consignes pour réduire la mortalité des « rats ».

    Ceux-ci étaient en général équipé d’une arme de poing – d’abord le colt 1911 qui fut rapidement troqué contre des revolvers comme le .38 spécial, plus rustique et moins aveuglant -, d’un couteau et d’une lampe électrique, voire d’un masque à gaz en cas de préparation à la descente du sapeur. Cette dernière technique fut néanmoins abandonnée rapidement étant donné son peu d’efficacité et le fait que les « rats » n’aimaient guère porter un masque à gaz réduisant leur vision et leur ouïe. Leur seul contact avec la surface était une radio ou une ficelle qu’ils tiraient en cas de problème. Malgré cet entrainement, l’expérience primait et coutait cher : le taux de mortalité parmi ces combattants spécialisés s’élève à 33%, ce qui, même dans le cadre de la guerre du Vietnam, est élevé.

    Le deuxième volet de la nouvelle stratégie consistait également en une étude géologique des sols afin de trouver un moyen de détecter facilement les tunnels. Deux géologues de la Research Analysis Corporate (RAC) Survey, Jim Burns and Perry Narten, arrivèrent à Saigon avec pour mission de compiler les relevés géologiques des « tunnels rats » afin de 1) trouver une éventuelle corrélation entre l’emplacement des tunnels et leur environnement géologique et 2) de créer des instruments de détection efficace. Ils conclurent rapidement que les tunnels se trouvaient dans les zones d’argile latéritique et que, au vu de la solidité de ce type de sol en période sèche, les guérilleros devaient creuser durant la saison des pluies (juin à septembre). Bien que ne pouvant trouver exactement où étaient implantés les tunnels, les travaux des deux géologues permirent de faire des avancées quant au système de détection utilisant la résonnance afin de localiser les souterrains.

    Grâce à ces progrès, une seconde opération « search and destroy » de grande ampleur fut monté afin de neutraliser les bastions enterrés du triangle de fer : l’opération Cedar Falls. Elle débuta le 8 janvier 1967 par l’évacuation des populations civiles de la zone puis par le bombardement de la zone et l’épandage de défoliant. Plusieurs blindés et bulldozer finirent la déforestation et le périmètre fut déclarer « free strike zone » (toute personne n’appartenant pas aux armées américaines ou sud-vietnamienne était abattu à vue).
    En raclant le sol, plusieurs entrées furent découvertes permettant la capture de combattants. Afin de repérer les autres issues, les bulldozers trainaient des arbres afin de laisser de la sciure sur le sol. Il suffisait ensuite d’attendre la nuit puis de suivre les traces de pas pour repérer les trappes et « nettoyer » les tunnels. L’opération cessa le 26 janvier sans que le QG de la Zone Militaire Viet Cong IV, objectif premier, n’ait été trouvée. Bien que présentant des résultats encourageant concernant l’efficacité du nouveau dispositif anti souterrain, les insurgés réinvestiront la zone quelques mois plus tard, juste à temps pour permettre la préparation de l’offensive général du Têt 1968.

    Suite à cet épisode qui changea le cours de la guerre, le renseignement américain parvint à trouver le QG Viet Cong de Saïgon conservant des cartes des tunnels dans la région de Cu Chi. Pourvu de ces précieuses informations et ne voulant plus risquer la vie des soldats devant le mécontentement massif de l’opinion publique américaine, la dernière action qui sera tenter contre les tunnels de Cu Chi sera une campagne de bombardement dit « en tapis » (« bombing carpet ») à partir de 1969. Elle permettra de mettre hors d’état une grande partie des galeries soit en les révélant, soit en les faisant s’effondrer. Mais, cette opération fut bien tardive, les tunnels avaient déjà fait leur œuvre en ce que Nixon s’était fait élire sur la promesse de mettre un terme à la guerre au Vietnam.

    En guise de conclusion, on peut dire que les tunnels Viet Cong, notamment ceux de Cu Chi, furent une constante source de frustration pour les Américains du début de la guerre à leur départ en 1973. Bien que finalement sévèrement endommagé en 1969, le réseau du triangle de fer permit aux insurgés de choisir où et quand avaient lieux les affrontements en permettant la dissimulation des troupes ainsi que leur ravitaillement à la fois depuis le Cambodge et depuis le Nord-Vietnam via la piste Ho Chi Minh, ce qui sera déterminant lors de l’offensive général du Têt 1968. Les tunnels de Cu Chi sont le parfait exemple à la fois de la capacité des guérilleros à tirer tous les avantages du terrain et de la négligence américaine dans la préparation du conflit du fait de leur supériorité technique.

    Aujourd’hui, les 120km de tunnels restant sont conservés par le gouvernement vietnamien et forment le complexe de Ben Dinh un lieu de mémoire ainsi qu’une destination touristique. Certaines galeries sont praticables, ayant été préalablement élargies et sécurisées. Il est également possible de visiter les salles de réunions afin de s’immerger au mieux dans l’ambiance des souterrains. Les stands à la surface présentent les scènes de la vie quotidienne des soldats, les différents pièges utilisés dans les tunnels et même un champ de tir ouvert aux amateurs. Un incontournable pour qui visite Ho Chi Minh-Ville ou ses alentours.






    par Rémy BARAIZE, Vinagéo.
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    Les tunnels de guerre vietnamiens  Empty Re: Les tunnels de guerre vietnamiens

    Message par Blu le Jeu 9 Juil - 8:55

    Un article passionnant.
    Cette technique de "combat sous terre" est-elle enseignée dans nos écoles… chargées de préparer la guerre ? Je me rappelle avoir reçu quelques notions "rapides" sur la technique des trous individuels en forme de bouteille (sur terrain plat) mais on était loin du compte…
    En Algérie (ou ailleurs) les grottes étaient utilisées avec le même but mais ce n'était pas le système sophistiqué du vietminh, permit par la qualité du terrain.
    Ingéniosité et détermination sous terre contre un géant aux grands pieds…
    Les américains ne semblent pas avoir trop changé. Ils ont toujours autant de mal à s'adapter à moins fort qu'eux.
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