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    La mort exemplaire du général Delestraint

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    La mort exemplaire du général Delestraint Empty La mort exemplaire du général Delestraint

    Message par musette tap le Mar 9 Juin - 23:26



    Une des plus belles figures de la Résistance et un grand Français Libre
    Nommément désigné par Himmler pour être abattu, « Vidal » mourut peu de temps avant l’arrivée des libérateurs.



    Depuis sa prise en charge du commandement de l’A.S., pourtant, « Vidal » était resté silencieux et devenu très prudent. Presque constamment à Lyon, au domicile de François Guillin notamment, il ne venait que rarement à Bourg, et prenait de grandes précautions pour écrire aux siens, ou même pour les retrouver. Une préparation soigneuse avait précédé son fatal voyage. André Lassagne, sous-inspecteur de l’A.S., pour la zone Sud et adjoint à Gastaldo pour le 2e bureau de l’état-major national, avait choisi pour son chef une identité neuve et solide (Duchêne, négociant en vins). Seule une trahison pouvait le perdre, et l’a effectivement perdu.
    Arrêté à Paris le 9 juin 1943, au matin, le général Delestraint devait être hélas, aussitôt rejoint par son chef d’état-major et ami Gastaldo « Galibier » qui, sous l’identité du professeur Garin fut, lui aussi, arrêté à Paris, au métro de la rue de la Pompe.

    L’œuvre de constitution de l’A.S. était déjà si parfaite qu’il suffira à ceux qui relèveront l’épée, de continuer dans la voie tracée, de maintenir et d’amplifier pour parvenir à la victorieuse éclosion des F.F.I. Ceux-ci, d’après le général Eisenhower, remplaceront 15 divisions alliées, et permettront le plein succès du débarquement de Normandie et de celui de Saint-Raphaël.

    9 juin 1943 ! Tout avait déjà été prévu, mis en route. Les atterrissages et des départs des Hudson ou des Lysander sur des terrains reconnus, acceptés, homologués et dénommés : Léontine (Jura) Junot, Marguerite, Aigle et Figue (Ain)… Les parachutages (dès l’automne 1942, avec également des terrains déjà homologués)… Le Maquis (Chougeat dès mars 1943 A.S. avec comme chef départemental, André Fornier dit Bob ou Virgile)… et ce ne sont là que quelques exemples de l’activité de R.I. On retrouve partout la même, dans chaque région.

    9 juin 1943, ce fut pour le général Delestraint, Fresnes et la Villa de Neuilly où la Gestapo hébergeait ses hôtes de marque… Un jour, un jour affreux, notre chef fut mis – (ainsi qu’André Lassagne, arrêté à son tour à Caluire, chez le Dr Dugoujon) – en présence de celui qui reste pour nous « Max », Jean Moulin, affreusement torturé, défiguré par la sinistre bande Bony-Lafont.
    C’était vers le 10 ou 12 juillet 1943, Max, détenu également à Neuilly, gisait sur une civière à l’avenue Foch ; il agonisait, méconnaissable… Les Allemands demandèrent au général s’il reconnaissait bien en lui « Max » le représentant direct du général de Gaulle…
    … Ferme, dédaigneux, clouant au pilori les coupables, la voix du général Delestraint s’éleva alors : « Il m’est impossible de reconnaître Max dans l’homme que vous me présentez ».
    Les bourreaux n’insistèrent pas.

    Ce fut au début de mars 1944 que le général Delestraint, avec ses amis Gastaldo et Lassagne et une soixantaine d’autres officiers français trop patriotes, partirent pour le sinistre camp de Neisweiller (le Struthof), situé en Alsace, sur une hauteur, non loin de Saverne. Ce camp d’extermination était spécialement réservé aux malheureux marqués des lettres « N.N. » en plus du triangle rouge qui désignait les déportés politiques : « N.N. » Nacht und Nebel « Nuit et brouillard » perte totale, disparition d’un être humain, évanouissement dans la nuit sans fin et dans l’enfer sans espérance.

    Cette mesure avait fait l’objet d’un décret « Nacht und Nebel », décret sadiquement fignolé et signé Keitel (7 décembre 1941). Il s’évoquera encore après la fin de la guerre, en son temps, comme une charge écrasante au procès de ce criminel de guerre (Document L-090, Procès des criminels de guerre de Nuremberg, tome XXXVII, page 570).

    En mars, sur les hauteurs, bien souvent il neige et il gèle en Alsace. C’était le cas en 1944. Cependant, sitôt franchie l’enceinte du camp, le général Delestraint et ses compagnons furent dépouillés de leurs vêtements, tondus, rasés, puis, vers 17 heures, jetés nus dans la neige, devant la porte du revier qui ne s’ouvrit que onze heures plus tard, vers les 4 heures du matin. Vingt-deux officiers, parmi les chefs de l’armée française étaient morts de froid durant la nuit…, soigneusement, méticuleusement, les bourreaux inscrivirent sur leurs fiches : mort par arrêt du cœur.

    La vie effroyable, dans ces camps d’extermination a été trop souvent évoquée pour que nous voulions nous étendre longuement sur ce que durent subir nos amis et nos chefs : « C’était l’enfer », me disait l’un d’eux, compagnon du général Delestraint ; l’enfer : coups de matraque, coups de pioche, atteignant sans arrêt ni raison ces larves vêtues d’un « rayé », brisant les maxillaires, fêlant les os, déchirant les muscles épuisés par de surhumains efforts…

    On pendait aussi beaucoup au Struthof où les potences attendaient en permanence… On pendait surtout le dimanche, et en musique naturellement, en prenant soin de faire durer le spectacle… Il advint même que le nœud coulant s’étant relâché, un malheureux dut, par deux fois, subir son agonie.
    Tout ceci subsiste et subsistera dans les lieux, puisque Struthof, classé, sera conservé dans son horreur pour tenter de mettre à l’avenir les hommes en garde contre le mal. Il devrait également témoigner de la magnifique réaction qui fit du général Delestraint, au Struthof, comme à Dachau, le chef et l’apôtre de la Résistance.
    Rien ne put l’avilir tant son âme rayonnait ; et, tandis que trop de ces damnés concentrationnaires, grelottants, affamés, ne pensaient qu’à la prolongation matérielle de leur existence, lui, dominant tout, demeurait le conseil, l’arbitre, le prêtre de cette religion que fut la Résistance.

    « Que de fois », me contait l’un des nôtres, « le voyions-nous tirer furtivement de dessous son vêtement de bagnard, un légume nécessaire à celui d’entre nous que menaçait le scorbut, ou un morceau de pain qui prolongeait le plus débile… »
    Sa lucidité demeurait étonnante. Très vite il avait eu le souci de ce procès que préparait l’ennemi pour se défaire des chefs de l’A.S., en les traduisant devant le tribunal du Peuple. Profitant de ce que l’avance alliée obligeait alors à des replis concentrationnaires, le général Delestraint avait voulu la dissociation de l’équipe des chefs de cette A.S. Il resta lui-même volontairement à l’infirmerie de Struthof. Il s’arrachait ainsi l’ultime joie de la présence de ses amis pour qu’une chance leur fut donnée de vivre jusqu’à l’arrivée des Alliés… et avant que la méticuleuse ordonnance germanique ait réussi à les rassembler tous, pour un mortel procès.

    Seul, le général Delestraint fut alors transféré à Dachau où, après quelque temps de bagne, le hasard lui réserva cependant un léger adoucissement. Il fut incorporé aux « prisonniers d’honneur » et donc, durant trop peu de temps, moins maltraité, et moins mal nourri.

    Là, comme au Struthof, sa personnalité s’imposa aussitôt. À Dachau comme à Natzweiler, comme en France occupée ou non occupée, le général Delestraint rassemble aussitôt la Résistance… Là, comme ailleurs, il demeure toujours le chef, le seul chef national de cette armée française dont (en étroite coordination avec Max, et suivant les directives du général de Gaulle) il a tracé le nouveau plan, choisi les cadres, établi les liaisons, et si farouchement animé les militants.

    Hélas ! l’ennemi savait tout cela, et mieux que nombre de Français qui paraissaient l’ignorer encore. Himmler avait nommément désigné le général Delestraint et ses principaux adjoints comme devant être abattus, avant l’arrivée des Alliés. Si quelques-uns de ceux-ci ont survécu, le chef ne fut point épargné.
    Avant de sombrer dans leur spectaculaire et sanglant engloutissement, les maîtres du nazisme ont voulu porter un dernier coup à la France, et la priver aux heures délicates d’après la victoire – de l’autorité, des capacités et de l’expérience d’un Jean Moulin et d’un général Delestraint…

    Nombreux sont les récits qui relatent plus ou moins exactement les derniers moments de notre chef… Il reste établi que l’ennemi n’aura pas pu lui voler sa mort, qu’il sût qu’il allait être abattu, laissant à tous les Français son dernier cri, comme une consigne : Vive de Gaulle ! Vive la France !
    C’était sur le chemin qui mène au crématoire, à Dachau, très peu temps avant l’arrivée des Américains.

    Et maintenant, que nous reste-t-il de lui ? Bien peu de choses. Car, hors quelques pièces indispensables (comme sa lettre de commandement, camouflée dans un terrain sis à Bourg, au Champ-de-Mars) quand la Gestapo s’en vint perquisitionner chez lui, elle ne manqua pas de s’emparer de tous ses écrits… Seul demeura, ayant échappé sans doute à la rafle, ce chiffon de papier quadrillé que j’ai sous les yeux en achevant d’écrire ces lignes. Ce n’est qu’une note, le condensé d’une pensée du général, de cet esprit entièrement tendu vers l’effort, le sacrifice et l’action.
    Je la recopie textuellement :
    III. – Me désapproprier de moi-même. Vivre intensément pour Dieu à qui je confie ma famille, tous ceux qui me sont le plus chers, pour ma patrie, pour mes frères.
    III. – Vivre libre et joyeux, patient, en dépit de la botte allemande et de l’étouffement français.
    III. – Être exact.

    Ne contient-il pas cependant, ce carré de papier, le testament légué par notre chef national à tous les anciens de l’armée secrète ? Aux croyants et aux autres… Vivre intensément pour Dieu, pour un bien suprême, pour notre patrie, pour nos frères… Vivre libres, joyeux et patients en dépit de tout essai tyrannique ou de tout étouffement !
    C’est aussi un programme. Celui de la Résistance. Celui de la France !





    Marcelle Appleton
    Extrait de la Revue de la France Libre, n° 35, février 1951.



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    La mort exemplaire du général Delestraint Empty Re: La mort exemplaire du général Delestraint

    Message par LANG le Mer 10 Juin - 21:21

    «Et maintenant, que nous reste-t-il de lui ? Bien peu de choses… »
    Nacht und Nebel…


    Merci musette tap d’avoir évoqué cet homme lâchement exécuté quelques jours avant l’arrivée des libérateurs de Dachau. Un homme exceptionnel.
    Dieu que nous en avons perdu…

    J’ai éprouvé le besoin de le connaitre un peu plus.
    Voici un complément trouvé sur le site  des Amis de la Fondation de la Résistance  ICI

    Il fait parfois un peu double emploi avec ce qui a été écrit mais cet homme mérite peut-être que l'on parle de lui deux fois...

    La mort exemplaire du général Delestraint Gzon_d10



    Général DELESTRAINT "Vidal"
    Auteur de la fiche : François-Yves GUILLIN Ancien secrétaire personnel du général de l'Armée secrète

    Général DELESTRAINT
    Charles Delestraint est né à Biache-Saint-Vaast (Pas-de-Calais), le 12 mars 1879. Il est issu d’une famille modeste du Nord, qui a souffert de l’invasion allemande de 1870. Le jeune Charles est élevé dans le respect de la patrie et de l’armée. Il veut devenir soldat. Travailleur et intelligent, il accède à Saint-Cyr en 1887. Mais à la suite d’une blessure, il perd une année et n’en sort qu’en octobre 1900. Il sert alors dans les chasseurs à pied.
    Capitaine en 1913, il est admis à l’École de guerre quelques mois avant la déclaration de la guerre de 1914. Le 25 août, à la tête de sa compagnie, il réussit une action d’éclat, une surprise, qui interdit momentanément à une division saxonne la traversée de la Meuse. Cependant, le 30 août, le capitaine Delestraint tombe avec sa compagnie dans une embuscade. Il est fait prisonnier et y reste jusqu’à fin 1918.
    Ce sera sa première captivité en Allemagne.
    Ayant repris et terminé l’École de guerre en 1919-20, le commandant Delestraint opte en 1923 pour les chars de combat. Il croit en son avenir, voit dans le char de combat l’arme dissuasive souhaitée.
    Après quelques années de travail intense, après une période de commandement d’un bataillon en occupation en Allemagne, il commande en second l’École de chars de 1927 à 1932. Le lieutenant-colonel Delestraint est déjà convaincu de l’opportunité de la création de grandes formations blindées. Très apprécié par ses supérieurs, dont le colonel Frère, ce n’est qu’en avril 1932 qu’il reçoit le commandement du 505e R.C.C. de Vannes, et est bientôt promu colonel. Colonel du 505e, il le restera quatre enrichissantes années, pour lui, et particulièrement pour ses subordonnés qui ne les oublieront jamais.
    Cette époque contraste avec la suivante, lorsque les nuages s’amoncellent à l’Est : au printemps 1936 il est nommé à la tête de la 3e brigade de chars à Metz, et reçoit quelques mois plus tard ses deux étoiles.
    Il a sous ses ordres, dès 1937, le colonel de Gaulle, commandant le 507e R.C.C. La conjonction de leurs théories sur l’emploi du char de combat en grandes formations, et non pas en appui de l’infanterie comme le recommandait le Conseil supérieur de la guerre, sera le ciment initial qui les réunira quelques années plus tard pour une tout autre cause. Depuis Vannes, jusqu’au mois d’avril 1940, Delestraint tentera en vain de convaincre le Haut commandement d’un emploi plus rationnel de l’arme blindée. Delestraint, homme de terrain, sait bien ses possibilités, et comprend parfaitement le théoricien, de Gaulle. Ils ne seront pas entendus, ou trop tard…
    Delestraint atteint la limite d’âge en mars 1939.
    Rappelé en août 1939, il déploie son énergie à essayer de pousser la production des B1 bis, qui atteint vingt chars par mois. Ce n’est que le 16 janvier 1940 que sont créées les deux premières divisions cuirassées. En mai, lors de l’offensive allemande, Delestraint, adjoint au général Keller, à la tête de la 2e division, puis du groupement des 2e et 4e divisions cuirassées, en assurera bientôt le commandement qu’il gardera jusqu’à la fin.
    Avec de Gaulle, bientôt promu général, commandant la 4e D.C.R., ils connaîtront des succès, malheureusement incomplets, comme à Abbeville, du fait de l’incompréhension du Haut commandement, trop frileux pour accepter l’engagement simultané des deux divisions. Ils sauront gérer une retraite entrecoupée de contre-attaques, de concert jusqu’au 6 juin, date où de Gaulle est appelé à participer au gouvernement. Alors, Delestraint lutte pied à pied, sur la Somme, autour de Paris, sur la Loire, malgré l’écrasante supériorité des Allemands, il lutte parfois avec succès, toujours avec courage contre un ennemi qui a intégré les théories de l’armée blindée, prônées initialement par de Gaulle.

    L’armistice survient. La retraite se termine, lorsque les restes du groupement des 2e et 4e D.C.R. se retrouvent au camp de Caylus (Tarn-et-Garonne).
    C’est là que, ayant reçu sa troisième étoile, le général Delestraint est mis pour la seconde fois au cadre de réserve. Il fait alors ses adieux à ses chers compagnons de combat en des termes demeurés célèbres, en leur demandant « de se comporter en Français, et non avec une mentalité de chiens battus ou d’esclaves. Si nous savons vouloir, poursuit-il, la France ressuscitera un jour, elle aussi, du calvaire présent. »
    Le général de division Charles Delestraint se fixe avec sa famille à Bourg-en-Bresse où il demeure, 41, boulevard Voltaire. Sans appartenir à aucun mouvement, son action est immédiate et consiste à ce que l’on pourrait désigner comme de la propagande : il parle autour de lui du général de Gaulle. Personne n’a vu ni connu le chef de la France libre. Lui, puisqu’il est son ancien supérieur et son ami, veut le faire connaître, faire savoir sa valeur. Il veut aussi parler de la reprise de la lutte. Dans ce but, il rameute les anciens des chars, les réunit en des journées de discussion, au cours de repas, en de nombreuses villes de la zone sud, Lyon, Lons-le-Saunier, Bourg-en-Bresse, même Vichy, où toutes portes fermées, il leur parle de de Gaulle, de la résistance à l’ennemi. Il faut avoir entendu un de ses fameux discours en 1941 pour comprendre le Delestraint résistant. Devant les militaires comme devant les Burgiens, il n’est pas tendre pour le gouvernement de Vichy, pour la politique de collaboration.
    Certes, il manque de prudence. Son défaut chronique en une telle période. Une lettre anonyme le dénonce à Vichy. Le 27 février 1942, il est sévèrement rappelé à l’ordre par le cabinet militaire du maréchal Pétain. Il n’en tient compte qu’en modérant ses propos, mais continue à inciter les « Anciens chars » à espérer, à se préparer. Les réunions se poursuivent jusqu’au 20 septembre 1942 (à Condrieu Rhône).
    Lorsque Jean Moulin reçoit du général de Gaulle la mission de parvenir à l’union des Mouvements de Résistance et à la fusion des groupes paramilitaires en une « Armée secrète », il cherche un chef pour organiser et commander celle-ci. Grâce au capitaine Gastaldo, gaulliste, officier du 2e bureau en poste à Bourg-en-Bresse, Jean Moulin (Max) apprend que l’ancien supérieur du chef de la France Libre, résistant de la première heure, habite Bourg. Max rencontre le général Delestraint le 28 août 1942, place des Terreaux à Lyon. Débute alors une profonde estime qui unira ces deux hommes.
    Delestraint reçoit ce même jour son pseudonyme, Vidal, du délégué en France du général de Gaulle. Celui-ci confirme cette nomination, par une lettre autographe, écrite à Londres, le 22 octobre et qui sera remise à Delestraint à Bourg le 18 novembre 42. Elle y sera conservée pendant la guerre. Le nouveau chef de l’A.S. propose des cadres à l’A.S. ou à la France libre, officiers, anciens des chars dont il est sûr. Le général Vidal, chef de l’Armée secrète, résidera à Lyon, la plupart du temps. Il habitera 4, avenue Leclerc, dans le même appartement que son agent de liaison, et bientôt secrétaire personnel, François-Yves Guillin, alors étudiant en médecine.
    Tout au long des neuf mois de son commandement, d’abord en zone Sud (bientôt occupée), puis, tantôt à Paris, tantôt à Lyon, Delestraint/Vidal suit, à l’instar de Jean Moulin/Max, « une route minée par les pièges des adversaires et encombrée des obstacles élevés par les amis. De nouvelles données apparaissent avec les réfractaires, au Service du travail obligatoire en Allemagne (STO). Delestraint se penche sur la question de la création du maquis (Ain, Vercors).
    Avec Max, le général Vidal se rend à Londres, à bord d’un « Lysander », en partant de Villevieux (Jura) dans la nuit du 13 au 14 février 1943. Le général de Gaulle confirme leur mission et l’étend aux deux zones, avec des pouvoirs élargis. Les décrets d’application du 16 février confirmant le STO entraînent l’afflux des réfractaires, l’extension ou la création de nombreux maquis, leur aménagement, leur armement. Max et Vidal veulent donc revenir rapidement en France. Le Lysander, qui les ramène tous deux accompagnés de Christian Pineau, atterrit à Melay (Saône-et-Loire) dans la nuit du 19 au 20 mars 1943.
    Comme pour Max, des difficultés attendent Vidal en zone Sud, induites par quelques incompréhensions ou jalousies. Les rapports avec un chef d’un mouvement de cette zone s’enveniment. Et puis, lors de leur absence, des arrestations par la police française se sont produites, des documents, imprudemment stockés par certains, ont été saisis et remis au S.D. allemand.
    L’État-Major de l’Armée secrète doit être reconstitué. Le commandant Gastaldo devient le chef d’État-major, en plus de ses fonctions au 2e Bureau. Il sera pour le général un ami compétent et sûr. En zone nord, les responsables militaires réservent au général Vidal un accueil empreint de confiance et de fidélité. L’Armée secrète de la France combattante prend corps sur tout le territoire. Les rapports avec l’Organisation de Résistance de l’Armée (O.R.A.), commandée par le général Frère et subordonnée au général Giraud, connaissent, après une phase difficile en janvier, une période de recherche d’entente. Si l’Armée secrète manque de cadres militaires et compte, en dehors même des maquis, de très nombreuses « sizaines », de fortes troupes composées surtout de militants des mouvements, l’O.R.A., de son côté, est alors riche en officiers et sous-officiers mais possède encore bien peu de formation de base. Les contacts ont lieu à partir d’avril et surtout en mai entre les généraux de l’O.R.A. et le général Vidal. Les rencontres se font à Bourg-en-Bresse et à Lyon.
    Cependant Vidal se préoccupe aussi amplement de la zone nord qu’il tient à mieux connaître. La délégation est destinée à se fixer à Paris, et l’état-major de l’Armée secrète va suivre. Les réunions avec les responsables des régions militaires de l’ancienne zone « occupée » se développent.
    On se prépare déjà au jour J. bien que l’on sache maintenant à l’État-major que le débarquement ne se réalisera pas avant le printemps 1944.
    Vidal veut faire connaître à ces chefs le responsable de Résistance-fer de l’état-major de l’Armée secrète (3e bureau) : René Hardy/Didot. Spécialiste des chemins de fer, celui-ci a prévu un plan de sabotage des voies ferrées. Il convient de mettre sur pied, dans cette zone nord, un projet à appliquer au jour J, tenant compte des diverses propositions. Le général charge son chef de cabinet, Aubry, d’organiser un rendez-vous à Paris avec Didot, au métro La Muette, le 9 juin à 9 heures. Informés (par la négligence coupable de celui qui en avait la charge), l’Abwehr, aidé du S.D., arrête Vidal à ce rendez-vous, au métro La Muette. Le commandant Gastaldo et Théobald sont arrêtés un peu plus tard.
    Interrogé avenue Foch, en vain, incarcéré à Fresnes, ensuite à Neuilly, puis ramené à Fresnes, le général retrouve ses compagnons de l’état-major, tombés, eux, dans le piège de Caluire. Il les revoit à l’occasion de transferts d’interrogatoires : Gastaldo, André Lassagne, les colonels Lacaze et Schwarzfeld, Théobald, etc. Il a même été confronté, à la villa Bœmelburg de Neuilly-sur-Seine, à son ami Jean Moulin/Max, mourant, ramené de Lyon après avoir été battu par Barbie. Lorsque l’officier du S.D. lui demande s’il s’agit bien de Max, il répond plein de mépris pour ses bourreaux : « Comment voulez-vous que je reconnaisse cet homme dans l’état où il se trouve ? »
    Avec ses compagnons il passe devant le tribunal militaire allemand du Grand Paris. À l’issue des « audiences », le docteur Dugoujon et le colonel Lacaze, blanchis par tout le groupe, bénéficient d’un non-lieu alors qu’Aubry, jouissant d’un régime spécial depuis le début de sa détention à Paris, est libéré. Delestraint, Gastaldo, Lassagne, Schwarzfeid et mesdames Raisin et Olivier, sont inculpés et devenus des NN (Nacht und Nebel), destinés à être traduits devant le tribunal du peuple de Breslau, le Volksgerichtshof, ce qui équivaut à une peine de mort certaine.
    En attendant cette comparution, le général et ses compagnons sont envoyés en camp de concentration : Delestraint, Gastaldo et Lassagne arrivent au camp de Natzweiler (Struthof) en Alsace, le 12 mars 1944. Reconnu par tous comme le chef des Français du camp, le général sait redonner de l’espoir à certains qui sont confrontés à la désespérance. Les chefs de l’O.R.A., arrêtés dans le même temps mais selon un processus tout différent, arrivent au Struthof le 5 mai 1944 et le général Frère sera emporté par une dysenterie épidémique le 14 juin.
    Étant donné le danger imminent de la comparution devant le tribunal du peuple de Breslau, le Volksgerichstshof, nos trois amis de l’Armés secrète pensent qu’il convient d’essayer autant que possible de se disperser. Grâce à la complicité d’un infirmier, ils parviennent à faire hospitaliser le général au Revier, alors que bientôt Gastaldo et Lassagne sont changés de camp.
    Mais, devant l’avance alliée, les Allemands ont décidé de faire évacuer le camp du Struthof et de diriger les détenus vers Dachau, en Bavière. Le transfert se fait du 1er au 6 septembre 1944. Delestraint partira le 4 pour arriver à Dachau le 6. Il y retrouve Edmond Michelet, qui laisse au général les fonctions de chef, de porte-parole des Français de Dachau. Et cela est important, puisqu’il existe un Comité international de Dachau qui prépare la Résistance du camp dans l’éventualité probable de l’anéantissement de tous les détenus.
    Le général se fait des amis; on trouve parmi eux des médecins du Revier (Suire, Bohn et d’autres), des ecclésiatiques (Mgr Piguet, évêque de Clermont-Ferrand, le R.P. Riquet, etc.), de simples détenus (le jeune officier britannique Robert Sheppard du S.O.E., Mario Blardone, et bien d’autres).
    En novembre, les Allemands savent encore dans quels camps sont détenus les membres de l’état-major de l’Armée secrète, en vue du procès de Breslau. Inquiets, les déportés, les communistes particulièrement, cherchent, à Dachau comme au Struthof, à protéger Delestraint. En mars, il apparaît que les Allemands l’ont oublié, jusqu’à ce funeste appel, où, à une question mal interprétée, il révèle fièrement son nom et sa qualité au colonel SS commandant Dachau. Celui-ci en réfère à Kaltenbrunner. Arrive bientôt de Berlin l’ordre d’éliminer le général Delestraint.
    À Dachau, dix jours avant la libération du camp, le 19 avril 1945, les SS avertissent Charles Delestraint qu’il est libéré et l’emmènent à l’extérieur du camp. Mais il s’aperçoit qu’on le dirige vers le crématoire. Il comprend alors. Il est assassiné sauvagement, par plusieurs SS. Son corps est immédiatement incinéré.
    En août 1942, il avait écrit ces phrases, retrouvées écrites sur un bout de papier :
    1. « Me désapproprier de moi-même. Vivre intensément pour Dieu, à qui je confie ma famille, tous ceux qui me sont le plus chers, pour ma Patrie, pour mes frères.
    2. Vivre libre et joyeux, patient, en dépit de la botte allemande et de l’étouffement français.
    3. Être exact ».
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