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    Bletchley Park

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    Bletchley Park Empty Bletchley Park

    Message par Dr Simonet le Dim 24 Mai - 15:46



    A Bletchley Park, l'histoire secrète de l'invention de l'informatique
    Par Martin Untersinger


    Bletchley Park Bp10


    Le film « The Imitation Game » retrace les années qu'y a passées le mathématicien Alan Turing, spécialiste du décryptage des communications allemandes pendant la deuxième guerre mondiale.

    Bletchley Park Alan_t10
    ALAN TURING

    Lorsqu'on arrive au petit matin près du manoir de Bletchley Park (Angleterre), occupé un temps par le mathématicien Alan Turing, il ne reste aucune trace de Benedict Cumberbatch et du tournage du film Imitiation Game. En revanche, on croise beaucoup de personnes âgées venues visiter ce qui est désormais un musée à la gloire des « casseurs de code », qui ont réussi à décrypter les communications allemandes pendant la seconde guerre mondiale.

    Au-delà de la sortie d'un film consacré au sujet, la fréquentation du lieu tient au nouveau statut d'Alan Turing, désormais considéré comme un inventeur génial de l'ordinateur moderne, après les excuses officielles du gouvernement, en 2009, et du pardon royal accordé en 2013 – Turing avait été condamné à un traitement hormonal en 1952 en raison de son homosexualité.

    En passant de l'ombre à la lumière, Turing a emmené Bletchley Park dans son sillage. Au tout début de la seconde guerre mondiale, 56 brillants membres des meilleures universités du Royaume-Uni (mathématiciens, linguistes, etc.) avaient été dépêchés, à 80 kilomètres au nord de Londres dans ce manoir victorien au goût architectural douteux pour préparer l'affrontement avec l'Allemagne nazie.

    Enigma

    Bletchley Park Enigma10

    Leur but : décrypter la machine utilisée par le IIIe Reich pour ses communications radio, un engin cryptographique sophistiqué baptisé Enigma. Cet appareil, qui ressemble à une grosse machine à écrire dans un étui en bois, comporte trois rotors dotés chacun de 26 circuits électriques, un pour chaque lettre de l'alphabet.

    A chaque pression sur une touche, un courant électrique parcourt les trois rotors et vient allumer une petite ampoule sur le dessus de la machine qui illumine une lettre, la « transcription » de celle qui vient d'être tapée. Au fil de la saisie du texte, les rotors pivotent à un rythme préétabli, de sorte qu'une même lettre tapée au début et à la fin d'un message ne sera pas traduite de la même manière.

    Celui qui reçoit, en morse, le message crypté n'a qu'à configurer la machine de la même manière que son correspondant et à taper le texte qu'il reçoit. En retour s'allument les lettres tapées à l'origine par l'émetteur du message. Le problème pour celui qui tente de décrypter le message est immense : les possibilités de positionnement initial des rotors sont extrêmement nombreuses.

    Les Britanniques et les Français la pensent inviolable, jusqu'à ce que trois mathématiciens polonais, à la veille de l'invasion de leur pays par la Wehrmacht, leur dévoilent une technique permettant, en exploitant plusieurs failles de la machine et les erreurs des Allemands, de briser le chiffrement d'une bonne partie des messages.

    Dans les mois qui précèdent le début de la guerre, les armées allemandes modifient certaines caractéristiques de leurs machines Enigma qui réduisent à néant les avancées des scientifiques polonais. Alors que la menace allemande se fait de plus en plus sentir, la tâche incombe donc aux « professeurs » de Bletchley Park de percer le secret d'Enigma.

    Les plus brillants cerveaux du pays

    Ils y parviendront, en grande partie et au prix d'un effort colossal et d'avancées sans précédent dans l'histoire de l'informatique. Les seuls cerveaux réunis à Bletchley Park ne suffisent évidemment pas. Alan Turing s'emploiera donc à démultiplier le cerveau humain avec une machine.

    Poursuivant les travaux des Polonais, Alan Turing et les autres mathématiciens construisent donc un appareil destiné à passer en revue extrêmement rapidement les différents paramètres possibles d'Enigma. Son nom ? « La bombe ». Elle est pourtant plus proche du gros réfrigérateur que de l'explosif. Sur son flanc, des dizaines de bobines tournent sur elles-mêmes pour passer en revue les différents paramètres possibles d'Enigma.

    Lorsque la machine et son bruit semblable à plusieurs milliers d'aiguilles qui s'entrechoquent s'arrêtent, une opératrice – 75 % des Britanniques présents à Bletchley Park sont des femmes – note la combinaison possible et vérifie si elle permet de déchiffrer les messages du jour. Plusieurs exemplaires de cette « bombe », prototypes des ordinateurs modernes, fonctionneront simultanément à Bletchley Park.

    De la « bombe » au « Colosse »

    Bletchley Park Coloss10
    Ordinateur Colossus

    Plus tard pendant la guerre sera même construit à Bletchley Park un des premiers véritables ordinateurs électroniques modernes, Colossus. (voir annotation en bas de page)

    Il s'attaquera avec succès à Lorenz, l'appareil utilisé par Hitler pour communiquer avec ses plus proches généraux, pourtant plus robuste qu'Enigma.

    Grâce à ces machines révolutionnaires pour l'époque, les Britanniques ont collecté de précieuses informations sur la stratégie et les mouvements des nazis. Les historiens estiment qu'ils ont largement contribué à accélérer la victoire des Alliés et sauvé des millions de vies.

    Jusqu'à une date relativement récente, cet épisode, pourtant l'un principaux actes de naissance de l'informatique et une des clés de la seconde guerre mondiale, était totalement inconnu. Lorsqu'on en demande la raison au docteur Joel Greenberg, mathématicien et historien de Bletchley Park, la réponse fuse : « le secret ! »

    L'effort entrepris par les mathématiciens de Bletchley était tellement crucial que ce qui s'y passait n'était connu que d'une petite poignée de très hauts responsables britanniques. Tous les renseignements issus des « codebreakers » étaient frappés du sceau « ultra », plus confidentiel encore que « top secret », un niveau de protection créé spécialement pour Bletchley. Tous ceux qui y travaillaient, y compris les responsables de la cantine, étaient soumis à l'Official Secret Act, un texte drastique qui leur interdisait toute allusion à leur activité, et ce, en théorie, jusqu'à leur mort.

    Le secret était tel que les 8 500 personnes qui y travaillaient au plus fort de la mobilisation ne savaient pas exactement ce que faisaient leurs collègues. Même les plus proches parents des mathématiciens impliqués ne savaient rien, pour certains jusqu'à leur lit de mort.

    Et pour cause : il fallait à tout prix que les Allemands ignorent l'existence et les succès de Bletchley Park. Pour ce faire, les Britanniques se sont même efforcés de faire croire que les informations cruciales obtenues via leurs casseurs de codes leur parvenaient par des moyens plus traditionnels, quitte à inventer, dans des messages destinés à tromper les Allemands, de faux réseaux d'espions dans toute l'Europe. Plus tard, avec la guerre froide, c'est la crainte des espions soviétiques qui a contribué à garder le silence sur les activités du manoir – dont l'existence et les premiers succès étaient pourtant connus de Staline.

    Ce secret n'a pas empêché les connaissances acquises à Bletchley Park de se diffuser après-guerre. Les Britanniques ont partagé avec les Américains le design des « bombes » et de « Colossus », ce qui leur a permis d'améliorer considérablement ce dernier. A la fin de la guerre, les mathématiciens sont retournés dans leurs universités et, pour certains, ont continué leurs travaux, sans pouvoir dire où et pourquoi ils avaient tant progressé.

    Le secret s'effrite un peu en 1974 avec la parution de l'ouvrage de Frederick William Winterbotham, The Ultra Secret, levant quelque peu le voile sur les activités de Bletchley Park. Mais jusqu'à 1982 et la parution de The Hut Six Story, de Gordon Welchman – un mathématicien qui a joué, aux côtés de Turing, un rôle majeur dans le décryptage des codes Allemands –, les informations concernant Bletchley Park sont généralistes et fragmentaires, explique M. Greenberg.

    De l'ombre à la lumière

    L'obscurité qui recouvre cette période de l'histoire britannique s'est donc dissipée peu à peu. Ces dernières années, c'est même une pleine lumière qui se déverse sur le manoir victorien. Bletchley Park attirait en 2006 moins de 50 000 personnes par an. En 2014, ils ont été cinq fois plus nombreux à venir visiter les installations réhabilitées telles qu'elles existaient au tournant de l'année 1941.

    Le temps a passé depuis qu'en 1991, des historiens locaux ont réinvesti les lieux, quasiment délabrés et jusqu'ici vaguement utilisés par le gouvernement. Ce n'est même qu'au mois de mai, à l'issue d'un chantier de rénovation à 8 millions de livres, que le musée s'est doté d'un visage moderne. Créé en 1994, il vivait jusqu'alors de manière « précaire », concède-t-on aujourd'hui. Le retour en grâce, largement justifié, d'Alan Turing n'est pas étranger à son succès. « En décembre, le mois de la sortie de The Imitation Game au Royaume-Uni, le nombre de visiteurs a énormément augmenté », explique Iain Standen, le PDG de Bletchley Trust, l'organisation à but non lucratif qui gère le site.

    De quoi se féliciter et se rassurer quant à la pérennité des installations, financées notamment par Google, British Aerospace, le fabricant d'antivirus McAfee ou la loterie britannique. Mais les dirigeants du musée ne veulent pas trop dépendre de l'aura, forcément périssable, d'Alan Turing. « Nous rappelons volontiers qu'Alan Turing n'était qu'une personne sur près de 10 000 et que Bletchley Park ne représente qu'une partie d'un individu aux multiples facettes, explique encore M. Standen. C'était un travail de groupe ». Il s'agit donc de « raconter les histoires des autres héros méconnus » qui ont accompagné celui qu'on présente un peu vite comme le seul inventeur de l'ordinateur moderne. Difficile de lui donner tort : qui connaît Dilly Knox, John Jeffreys, Peter Twinn ou encore Gordon Welchman, qui ont pourtant été aussi importants dans les progrès réalisés à Bletchley que Turing lui-même ?

    Les pionniers de l'analyse des métadonnées

    Si Alan Turing était responsable du décryptage des messages interceptés de la marine allemande, Bletchley Park ne se limitait pas à cette seule activité, abonde M. Greenberg. Ce dernier explique ainsi que les ingénieurs de Bletchley Park sont des pionniers de l'analyse de trafic. « Pour moi, c'est encore plus important que les avancées en matière de cryptographie », avance l'historien. Chaque utilisateur allemand d'Enigma disposait d'identifiants uniques. Les analystes de Bletchley se sont organisés de manière à pouvoir suivre précisément quel responsable parlait à qui, quand et où. Une excellente manière de surveiller l'armée allemande. « Cela ressemble beaucoup aux métadonnées d'aujourd'hui », explique M. Greenberg.

    Autre innovation développée à Bletchley : le stockage de données. A l'aide de petites fiches perforées traitées par des machines automatisées, qui servaient à organiser les informations recueillies dans les messages allemands décryptés, les experts de Bletchley ont pu faire des rapprochements inédits. Ainsi, au cours de la guerre, ils ont décodé un message allemand indiquant qu'un gradé de la Wehrmacht allait se rendre dans une ville du sud de l'Italie. Isolée, cette information ne vaut rien. Mais grâce à leur ingénieux système, ils retrouvent un ancien message, datant de plusieurs mois, qui leur permet de découvrir que ce gradé était en réalité responsable de l'établissement de bases aériennes allemandes. Et que les Allemands s'apprêtent donc à en installer dans le sud de l'Italie.

    Bletchley avait donc abouti à construire l'équivalent – très spécialisé – d'un véritable moteur de recherche...




    Le Monde



    Au sujet de l'Ordinateur Colossus (mark 1), décrit comme le premier ordinateur électronique dans le texte, il est utile de rappeler qu'il était à lampes, donc non électronique.


    Dernière édition par WILLIS le Dim 24 Mai - 16:17, édité 4 fois (Raison : Ajouts de Photographies en rapport avec le sujet)
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    Dr Simonet
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    Bletchley Park Empty ENIGMA

    Message par locatelli le Lun 25 Mai - 9:22



    LA MACHINE ENIGMA


    Enigma est une machine à chiffrer inventée initialement par Arthur Scherbius et Richard Ritter en 1918. Cette machine, créée par ses inventeurs pour s'amuser, connait en réalité un grand succès commercial, et près de 30 000 modèles civils sont vendus, notamment à des banques ou à de grandes compagnies.

    L'armée allemande, qui sait l'importance du renseignement dans les conflits modernes, se dote alors massivement d'une version militaire de cette machine. Elle se présente sous la forme d'une caisse en bois de 34×28×15 cm, et pèse une douzaine de kilos. Elle est composée

    d'un clavier alphabétique
    d'un tableau de connexion
    de 3 rotors mobiles à 26 positions
    d'un rotor renvoi à 26 positions (le réflecteur)
    d'un tableau de 26 ampoules correspondant aux 26 lettres de l'alphabet.

    Le principe de fonctionnement de l'Enigma est à la fois simple et astucieux. A chaque fois que l'on presse une lettre, un circuit électrique est fermé, et s'éclaire une ampoule qui correspond à la lettre codée. Le circuit qui est fermé dépend de la position des rotors. A chaque lettre frappée, un ou plusieurs des rotors mobiles tourne, changeant la substitution qui sera opérée à la prochaine touche pressée.

    De plus, le chiffrage est réversible : si en tapant A vous codez D, si vous aviez tapé D, vous auriez codé A. Ainsi, si le commandement allemand et le sous-marin ont le même réglage de départ, il suffit à l'opérateur du sous-marin de taper directement le message codé pour obtenir le message clair. Les Allemands avaient donc diffusé dans leurs services des carnets de code permettant de réactualiser chaque jour à minuit les machines, par la position initiale des rotors. Ces carnets de code étaient valables un mois.

    Le nombre de clés est gigantesque (de l'ordre de 1020), et les allemands ont une confiance totale en la machine Enigma, dont ils fabriqueront 100.000 exemplaires. Au su et au vu de tous, ils s'échangeront des communications radios cryptées, persuadés que jamais les Alliés ne les comprendraient.

    Les avancées polonaises
    La Pologne s'est trouvée ressuscitée en 1919 par le traité de Versailles. Craignant son voisin allemand (à juste titre!), elle se dote d'un très performant service du chiffre, et se tient à l'écoute des communications allemandes. Le renseignement polonais parvient à se procurer une machine Enigma civile et à comprendre sa façon de fonctionner. Malheureusement, les rotors des machines militaires étaient différents, et impossibles à reconstituer.

    C'est d'abord une trahison qui va aider les Polonais, celle de Hans-Thilo Schmidt. Il est le frère de Rudolph Schmidt, qui est à la tête du corps des signaux de l'armée allemande et est celui qui a imposé la machine Enigma. Ayant des ressentiments envers son frère et la patrie (peut-être parce que lui-même fut écarté de l'armée après l'armistice de 1918), Hans-Thilo Schmidt vend en novembre 1931 à un agent secret français du nom de Rex les plans de la version militaire d'Enigma. Les Français, qui ont alors toutes les clés en mains, ne fabriquent pas de copie de la machine Enigma, mais elle procure les document aux Polonais.

    Ceux-ci firent un travail remarquable, initié notamment par le jeune mathématicien (23 ans) Marian Rejewski. En comparant les messages envoyés le même jour, il parvient à reconstituer les rotors utilisés dans la version militaire de l'Enigma, et à en fabriquer une copie. Grâce à un travail collectif supplémentaire d'une année, un bureau fit le tableau des positions initiales, et une machine automatisée, baptisée "La Bombe", permettait d'automatiser le déchiffrement. Ainsi, vers le milieu des années 1930, la Pologne dispose de méthodes pour déchiffrer les messages allemands.

    Las. En 1938, les allemands changent le protocole d'envoi de leurs messages, et surtout, ils font passer de 3 à 5 le nombre de rotors de leurs Enigma. La Pologne perd le contact. Devant la gravité de la situation internationale, les Polonais font parvenir aux Anglais et aux Français en 1939 une Enigma, ainsi que l'ensemble de leurs découvertes.

    Bletchley Park
    Les Anglais ont compris assez tard l'intérêt de la machine Enigma. En 1939, le service du chiffre décide de s'éloigner de Londres, et des futurs bombardements, pour s'installer, en toute discrétion, au manoir de Bletchley Park, dans la paisible campagne à 60km au nord-ouest de Londres. Devant l'urgence de la situation, les meilleurs mathématiciens, linguistes, et même joueurs d'échecs sont appelés à Bletchley Park, où plusieurs milliers de personnes se cotoieront.


    Parmi elles, Alan Türing, un logicien et mathématicien, qui, quelques années plus tôt, a conçu une machine universelle qui formalise la notion d'algorithme et est le précurseur des ordinateurs modernes. Il conçoit une nouvelle machine automatique, inspirée de la Bombe polonaise, pour déchiffrer les messages allemands. Les Anglais parachutèrent aussi des mines afin que les sous-marins allemands signalent la présence de ses mines dans leur message. Ainsi, la présence de ce mot probable aidait au déchiffrement. Les progès sont alors considérables. Du premier au second semestre 1941, le tonnage coulé chute de moitié (de 2,9 millions de tonnes à 1,4 millions).

    En février 1942, une nouvelle version de la machine Enigma est mise en service, provoquant un nouveau trou noir dans le décryptage des messages. Grâce à des documents récupérés sur un sous-marin allemand, et à l'aide technique des Etats-Unis, Bletchley Park retrouve mi 1943, toujours sous l'impulsion de Türing, la faculté de décrypter les messages allemands. En 1944, le premier ordinateur de l'histoire, le Colossus, leur garantira une puissance de calcul suffisante jusqu'à la fin de la guerre : la bataille de l'Atlantique est gagnée! Cela, d'autant que les allemands ne se douteront jamais que leurs messages sont décryptés. Ils pensent, à juste titre, que les hommes ne peuvent venir à bout d'un travail aussi titanesque. Ils ne se doutent pas qu'à Bletchley Park, dans un manoir, une étrange machine réalise cette prouesse!

    Le travail d'Alan Türing pour déchiffrer les messages allemands a profondément changé le cours de la seconde guerre mondiale. Plusieurs centaines de navires, leur équipage et leur cargaison, furent sauvés. Le débarquement de l'été 1944 a pu être préparé en toute sérénité... Grâce au génie d'un mathématicien !





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    Bletchley Park Empty Re: Bletchley Park

    Message par junker le Lun 25 Mai - 18:43

    Quel progrès depuis "Enigma" !!! Époustouflant !!!!
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    Bletchley Park Empty Alan Turing, génie au destin brisé

    Message par saut ops le Mar 26 Mai - 10:40




    Portrait d'Alan Turing, mathématicien au destin tragique, inventeur de l'ordinateur, pionnier de l'intelligence artificielle, héros de la Seconde Guerre mondiale et homosexuel persécuté.

    Le 7 juin 1954, Alan Mathison Turing, mathématicien de génie fraîchement élu membre de la Royal Society de Londres, inventeur de l’ordinateur, précurseur de l’intelligence arti­ficielle, est retrouvé mort, allongé sur son lit, à l’âge de 41 ans. Près de lui, une pomme empoisonnée au cyanure est à moitié entamée. Selon les sources officielles, il s’agit d’un suicide.

    Depuis deux ans, le mathématicien était humilié par la justice britannique qui ne lui avait épargné la prison qu’à condition qu’il subisse une castration chimique par traitement hormonal. Son tort : être homosexuel dans une Angleterre encore ultraconservatrice où la loi condamne de telles mœurs. Durant la Seconde Guerre mondiale, ce scientifique hors pair avait contribué à briser le code secret de la marine allemande et à éviter ainsi l’invasion de l’Angleterre.

    Une enfance loin de sa famille

    Alan Turing est né à Londres en 1912. Son père, alors administrateur colonial, doit regagner son poste en Inde, mais le climat de Madras est jugé peu favorable à la santé des enfants. Encore nourrisson, Alan est donc placé avec son frère aîné près d’Hastings, au sud de la Grande-Bretagne, dans la ­famille d’un colonel où l’on pense que l’éducation des garçons doit en faire des hommes, des durs, des vrais. Les fils Turing ne verront leurs parents que de manière occasionnelle durant leur enfance.

    À 10 ans, le jeune Alan dévore les Merveilles de la nature que tout enfant ­devrait connaître. « L’ouvrage raconte comment l’embryon se développe à partir d’une cellule fécondée en suivant les lois de la physique et de la chimie », commente Jean Lassègue, philosophe au Centre de recherche en épistémologie appliquée, à Paris, et auteur d’une biographie de Turing. C’est une révélation : le corps y est présenté comme une gigantesque machine. Alan se met en tête qu’il est possible de déterminer les lois qui régissent sa construction à l’aide des sciences de la nature. Dès lors, il ne cesse de se passionner pour le décodage des ­secrets de la vie et la nature de l’esprit.

    Coup de foudre à l’internat

    À l’âge de 14 ans, l’adolescent rejoint l’internat de la très stricte Sherborne Grammar School, où l’on privilégie « les valeurs propres à l’éducation de gentleman, le grec et la littérature par rapport aux matières scientifiques, précise Jean Lassègue. Les résultats du jeune homme sont médiocres. Il est jugé brouillon et malhabile et, comble du scandale dans un milieu imbu de culture classique et de mora­le victorienne, il fait de l’algèbre pendant les cours d’instruction religieuse ». Peu sociable, Turing ne trouve de réconfort que dans les cours de sciences. Impressionné par cet élève qui, à ses heures perdues, développe des calculs très complexes, son professeur de mathématique plaide sa cause auprès du directeur de l’école et le sauve du redoublement.

    L’année suivante, en 1927, Alan fait à l’école une rencontre déterminante. Il s’appelle Christopher Morcom, est âgé d’un an de plus que lui et se passionne pour les sciences et les mathématiques. C’est le coup de foudre. Avec cette relation, sans doute platonique, le jeune Turing prend conscience de son homosexualité, alors sévèrement réprimée dans l’Angleterre de ce début du XXe siècle. Mais Christopher meurt d’une tuberculose bovine à 19 ans.« La vocation d’Alan Turing est liée à ce drame : il a sans doute pensé qu’il se devait d’incarner le destin scientifique qui était promis à son ami décédé », analyse Jean Lassègue.

    Selon le philosophe, cette étonnante idée le hantera toute sa vie. Et on peut y entrevoir, en filigrane, la source de ses futurs travaux, dans lesquels il invente un concept devenu aujourd’hui d’une abso­lue évidence : il est possible de dissocier une machine et les programmes qui la font fonctionner. Tout comme le jeune homme devait s’imaginer que son corps, sa "machine", pourrait porter, comme un programme, l’esprit de Christopher.

    Le temps des premiers articles

    Entre 1931 et 1935, Turing poursuit des études de mathématiques pures au King’s College, à Cambridge. Il publie ses premiers articles, obtient une bourse de recherche et résout l’épineux problème dit de la décision, formulé par David Hilbert à la fin des années 1920. Grâce à son article sur ce problème, qu’il finalise en 1936, Turing précise de manière complètement originale la notion de calcul. « Il parvient à établir une limite entre ce qui est calculable et ce qui ne l’est pas », explique Jean Lassègue. Ce qui est calculable peut être prédit : le résultat sera toujours le même. Le non-calculable, c’est ce qui résiste à ce déterminisme, c’est ce qui peut évoluer de manière imprévisible, comme cela arrive parfois en physique.

    Surtout, Turing montre que ce qui est calculable peut être décomposé en un nombre fini d’étapes pouvant chacune être réalisée par une machine », poursuit Jean Lassègue.
    Cette fameuse machine de Turing, qui n’existe alors que sur le papier, n’est autre que le computer (littéralement « machine à calculer ») ou ordinateur. Alan n’a que 24 ans. Il rejoint alors l’université de Princeton, aux États-Unis, où il prépare un doctorat de logique mathématique sous la direction d’Alonzo Church. John von Neumann, sommité des mathématiques et de la physique, lui propose de devenir son ­assistant, mais le chercheur préfère rentrer en Angleterre. Nous sommes en 1938. Les menaces d’un conflit avec l’Allemagne se précisent.

    Au service des renseignements

    « À son retour en Angleterre, raconte Jean Lassègue, Alan Turing est recruté par le service britannique du chiffre, le Government Code and Cypher School, qui vient de s’installer à Bletchley Park, près d’Oxford ». Le but de cette unité : décrypter les messages ­radios que les Nazis échangent avec leur redoutable flotte de sous-marins. Grâce à l’ingéniosité de Turing et de ses collègues, la plupart des messages allemands interceptés sont décryp­tés dès 1942. Selon l’historien Philippe Breton, du laboratoire Culture et société en Europe, à Strasbourg, des dizai­nes de milliers de vies humaines ont été épargnées grâce cette prouesse. Pour Shaun Wylie, ami d’Alan rencontré à Princeton et retrouvé à Bletchley Park, « mieux valut que la sécurité ne sut rien de son homosexualité : il aurait sans doute été viré et nous aurions perdu la guerre.

    Après la guerre, Turing peut enfin se consacrer à la matérialisation de la machine idéale conçue dans son article de 1936. Il entre au Laboratoire national de physique, près de Londres, où il rédige en trois mois le projet de construction d’un prototype d’Automatic Computing Engine (ACE). Il ne s’agit pas d’un simple calculateur, comme pour les projets américains concurrents, mais d’une machine susceptible de traiter n’importe quel type de données. Les plans vite achevés, Turing laisse programmeurs et ingénieurs construire l’ACE, qui n’entrera en service qu’en 1950.

    Entre-temps, il a rejoint, en octobre 1948, l’équipe de Max Newman à l’université de Manchester. Et c’est en fait là-bas que, en juin de la même année, le premier ­programme au monde fonctionne sur un ordinateur conçu lui aussi en grande partie d’après les idées de Turing. Paradoxalement, en cette période de concrétisation de ses travaux, le scientifique commence à se désintéresser de cette informatique naissante. « Parce que son ambition profonde allait bien au-delà, commente Jean Lassègue. Il voulait construire un équivalent du cerveau capable de penser. »

    Les bases de l'intelligence artificielle

    Turing se concentre désormais sur la possibilité conceptuelle de prêter une intelligence à des machines. En octo­bre 1950, il publie son article intitulé « L’ordinateur et l’intelligence » dans la revue philosophique Mind. Souvent considéré comme posant la base de ce qui deviendra l’intelligence artificielle, le texte s’ouvre sur le jeu de l’imitation, dans lequel le chercheur imagine le moyen pour une machine de se faire passer pour un être humain.

    « Par ailleurs, après avoir construit l’ordinateur, machine déterministe qui exploite dans toute son extension le domaine de ce qui est calculable, Turing se heurte aux processus biologiques qui entretiennent avec le déterminisme un rapport tout autre », note Jean Lassègue. Impossible, par exemple, de prédire les aléas de l’évolution des formes (des feuilles d’une plante, de mâchoires d’animaux, etc.) au fil de ­microchangements aléatoires étalés sur des ­milliers de millénaires.

    En s’interrogeant sur la régularité de la répartition des feuilles d’une plante et sur ses règles mathématiques, Alan Turing renoue avec sa passion d’enfance. Le ­secret qu’il s’attache dès lors à percer ­devient celui de la matière : comment sait-elle quelle forme prendre ? En 1952, il publie sur cette question, dans la revue Philosophical Transactions of the Royal Society, un arti­cle qui deviendra fondateur en biologique théorique.

    Accusé de « pratiques indécentes en compagnie d'un autre homme »

    Mais les deux dernières années de sa vie précipitent une fin tragique. Une aventure avec un jeune homme le conduit au tribunal où il plaide coupable pour « pratiques indécentes réitérées en compagnie d’un autre homme ». Considérant qu’il a bien trop de travail pour aller en prison, il accepte l’alternative qu’on lui propose : la castration chimique. Ils peuvent bien faire ce qu’ils veulent de son corps pense-t-il, son esprit, son logiciel, restera intact… « Mais, sous l’effet des hormones, le voilà transformé en ce qu’il s’imagine être une presque femme. Et si la pensée et le corps entretenaient des liens plus profonds qu’il ne le croyait ? Et s’il s’était trompé ? », interroge Jean Lassègue, se figurant les dernières pensées du mathématicien. Le 7 juin 1954, Alan Turing est retrouvé raide et froid dans son lit. La pomme au cyanure a fait son œuvre.

    Une passion pour la morphogenèse

    Fleur de tournesol, pomme de pain, motifs de coquillages... La régularité mathématique de l’organisation des formes dans la nature passionne Alan Turing depuis son enfance. La morphogenèse, étude des mécanismes de croissance des formes biologiques à partir de la fécondation, devient même une obsession durant les quatre dernières années de sa vie. À l’époque, Watson et Crick sont sur le point de percer la structure de l’ADN. Mais Turing avait déjà perçu que la génétique ne suffirait pas pour tout décrire. Celle-ci fonctionne selon un code fixe, or il n’existe pas de déterminisme en biologie : les aléas imprévisibles de l’évolution des espèces en témoignent. Dans son article de 1952, Turing est le premier à utiliser les équations différentielles, très complexes, de réaction-diffusion, dans le cadre de la morphogenèse. Sa démonstration est capitale dans l’histoire de la biologie du développement.




    par Charline Zeitoun
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