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    Le pistonné

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    Le pistonné Empty Le pistonné

    Message par Faut-il en rire ? le Ven 10 Avr - 16:41



    Quatre histoires venant du site betdenrire.

    Voici la première

    Je m’étais bien habitué à la vie militaire. Les lettres que j’envoyai à mes proches ne contenaient plus de propos alarmistes genre : Je ne suis qu’une misérable cible et je me tais. Subtilement elles proposaient d’accueillir éventuellement des échantillons de gâteaux secs, salaisons et autres amuse-gueules. Un ou deux billets, la vie étant bigrement chère dans le sud, seraient également les bienvenus.

    Mon baptême de l’air, curieusement, ne fut pas effectué à bord d’un avion mais d’un hélicoptère Sikorsky H34 lors d’une manœuvre baptisée ICARE.

    On nous largua à 50 bornes de la base sur une ligne de crête ou l’hélico ne pouvait se poser. Vol stationnaire à 2 mètres du sol et messieurs, prière de sauter vite fait bien fait ! Nous étions une section de deux équipes, soit dix hommes dont un sergent-chef et un sous-lieutenant. Armés jusqu’aux dents avec 40 kg de bardas, nous sautions les uns après les autres, le H34, lui, s’allégeait d’autant et quand ce fut mon tour, bonne blague, il était déjà remonté à 3m du sol. Bonjours les jarrets !

    Manque de pot pour le dernier, c’est lui qui portait la mitrailleuse AK47. Avec la marche forcée qui s’ensuivie, il mis 8 jours à s’en remettre.

    Nos premiers sauts en parachutes furent effectués sur le site de Pujeau dans les environs d’Avignon. Embarqués tôt le matin sur des Renault 1087 torpédos, nous sommes arrivés sur le site où 2 Broussards nous attendaient, les moteurs bien chauds, ayant déjà effectués quelques rotations pour larguer des sous-offs sur parachutes Olympique.

    Une petite parenthèse à ce sujet où l’humour de Courteline est toujours en vigueur dans l’administration militaire.

    Un ingénieur français nommé Pierre Lemoigne avait eu l’idée en 1960 de truffer dans une voile de parachute de nombreuses ouvertures lui donnant  l’aspect d’une fragile corolle de dentelle. Ces ouvertures dans la toile, appelées tuyères  créaient une vitesse horizontale importante.  Deux suspentes coulissantes le long des élévateurs étaient équipées de poignées. Elles permettaient au parachutiste de virer à droite en tirant celle de droite et à gauche en tirant sur celle de gauche, ces manœuvres déformaient l’arrière de la voile en faisant dévier le vent de fuite dans la direction choisie. Par réaction, le parachute tournait. Lors de l’atterrissage par exemple, avec une finesse de 1 et un taux de chute de 5 m/s on pouvait en se plaçant face au vent arrondir la chute en tirant sur les deux poignées en même temps et se poser délicatement, en tutu et chaussons de danse si on voulait… enfin en théorie, les autorités militaires n’acceptant que la tenue de camouflage réglementaire.

    Lorsqu’il déposa son brevet en France, tout le monde lui ria au nez et personne ne voulut commercialiser son pépin. L’armée française malgré les démonstrations ne le retint pas non plus pour cause de fragilité apparente et ce qui devait arriver arriva. Lemoigne le fabriqua pour les civils et en vendit également aux militaires américains. Cette année-là, les yankees raflèrent toutes les médailles de saut de précision interarmées !

    Nous, les bleus, nous avions hérité des vieux TAP 650. Les mêmes que ceux utilisés par Bigeard à Diem-Bien-Phu, des voiles hémisphériques de 60 m2, des tape-culs infernaux qui  nous obligeaient à nous entraîner aux roulés-boulés dans toutes les directions. Il n’était pas rare que deux ou trois gus se foulent la cheville lors d’un saut à « poil » cet à dire sans l’équipement militaire opérationnel (+ de 50 kg)

    Avec le casque acier, l’armement, le parachute de secours, un type de 90 kg

    pouvait parfois percuter le sol à plus de 30 kms/h. Bonjours les articulations, le dos et les fesses. Le parachute était littéralement lié au vent et le suivait comme son ombre. La position où l’on se trouvait lors de l’ouverture ne variait pas d’un iota. Il fallait donc observer sa dérive par rapport au sol pour prévoir, au moment du contact, dans quelle direction effectuer le roulé-boulé, sinon s’était la gamelle assurée. On nous expliquait qu’il valait mieux utiliser ce genre de parachute pour les sauts groupés. Les parachutes à commandes directionnelles existaient bien dans l’armée à l’époque mais ils étaient utilisés uniquement pour les sauts individuels. Notre inexpérience avec ce genre de matériel aurait pu créer des risques de collision entres-nous et provoquer des décrochages mortels. Gloups !

    Le Broussard était un avion monomoteur à aile haute à double dérive type Dassault. A l’avant, deux place : le pilote à gauche, le copilote ou un passager à droite. A l’arrière, juste derrière le pilote, un strapontin, place occupée par le largueur. La portière était située sur le flanc gauche. Un second strapontin en vis-à-vis du premier et enfin un banc sur le côté droit, face à la portière.

    Au sol, au centre de la cabine, un gros anneau en acier. L’avion pouvait larguer 5 hommes, largueur compris. Après être monté à une altitude d’environ 700m et mise en palier, il passait une première fois dans l’axe de la piste, le largueur lâchait alors un petit bâton équipé d’une longue étoffe rouge, juste au-dessus du centre de la DZ pour y déterminer le point d’impact et son éventuelle dérive. Au second passage le pilote corrigeait sa trajectoire en fonction de l’écart obtenu pour nous larguer en théorie au bon endroit. Cela, c’était en théorie…Dans le sud les vents sont aussi changeant que la réaction des filles en voyant nos cheveux.

    Pour un premier saut il serait présomptueux de dire que l’on ne ressent aucune émotion. Les anciens, goguenards, sous le sceau de la confidence, nous ayant expliqué le matin même que l’armée avait droit à 10°/° de perte et comme il y avait longtemps que personne ne s’était tué, c’était peut-être pour aujourd’hui !

    Le palpitant commence à battre la chamade quant le largueur ouvre la portière coulissante et que l’air frais s’engouffre dans la cabine. Un instant plus tôt il nous a demandé d’accrocher le mousqueton de notre SOA (sangle à ouverture automatique) à l’anneau central. A ce moment, on se pose la question : «  qu’est-ce que je fou là ? Pourquoi ai-je signé ce damné papier ? » On pense aux proches, à la belle vie que l’on a eu avant et qui risque de finir là dans cette foutue garrigue.

    Après le largage du témoin, au second passage, c’est moi, assis sur le strapontin, le premier à sauter. J’avais demandé cette faveur de peur d’hésiter au dernier moment en voyant les autres disparaître dans le vide. Le largueur gueule au pilote de couper le moteur, pose sa main sur mon épaule. Comme à l’entraînement, je m’arc-boute, une main de chaque coté de l’ouverture et attend son ordre. Le moteur coupé on n’entend plus que le vent glisser sur la carlingue. Go ! Sans réfléchir, c’est bien connu un soldat qui réfléchit est un mauvais soldat, je me balance dans les airs… les yeux fermés. J’entends la SOA faire sauter les élastiques et soudain un choc incroyable. J’ouvre les yeux. Je me balance dans le ciel comme un oiseau dans une mer de silence. Le stress complètement évacué, je savoure l’instant en hurlant de plaisir. Un vrai gosse. De ma position en regardant vers le haut, j’aperçois deux autres corolles puis une autre pas encore totalement déployée et  juste sous l’avion, un copain se lancer à son tour. C’est le pied ! Une dose d’adrénaline comme jamais je n’avais ressenti auparavant.

    Le choc, avec cette terre qui semble monter vers soit de plus en plus vite, n’est pas aussi dur que je l’imaginais. Il faut préciser que lors des premiers sauts, on est sans armement et on nous équipe de casques légers Gueneau constitués principalement de toile et de liège. Rien à voir avec le sous-casque plastique surmonté du casque lourd en acier dont la jugulaire et la mentonnière est difficile à serrer pour les p’tites têtes comme la mienne. Résultat : Au moment du choc à l’ouverture le rebord arrière du casque pivote et vous flanque le coup du lapin. Bonjours les cervicales. A  l’arrivée, la moitié des gus est hors de combat ! Bon ça, c’est l’armée française qui veut peut-être épargner ses troupes en cas de conflit. De l’avion on passe directement dans l’ambulance ennemie.

    Je ne veux pas ennuyer le lecteur plus avant avec des considérations techniques dont il n’a rien à glander mais une petite explication sur le système automatique d’ouverture du parachute est nécessaire si on veut comprendre la suite et les facéties de mauvais goût des anciens. Dans son sac, le parachute est plié comme suit : Les élévateurs puis les suspentes suivis de la toile repliée en panneaux sont lovées en accordéons. Les 4 rabats du sac sont repliés dessus et maintenus par des aiguilles bloquant leurs boutonnières. Ces aiguilles sont solidaires de la SOA. L’extrémité de cette dernière est attachée au sommet de la voile, au centre de la cheminée, à un anneau de tissus renforcé, l’estrope, par du fil à casser.

    La cinématique est la suivante : Au sortir de l’avion, la SOA est fixée à l’anneau central, au milieu de la cabine par un mousqueton.

    Lors du saut, au fur et à mesure que le parachutiste s’éloigne, la sangle arrache les élastiques qui la maintiennent lovée dans son dos. Quand elle se retrouve tendue, elle fait sauter les aiguilles des boutonnières des rabats du sac, libérant la voile qui se délove à son tour. Ensuite c’est au tour des suspentes et enfin des élévateurs à se retrouver à leur tour sous tension. A ce moment précis, la force est telle que le fil à casser vient à se rompre libérant le parachute et son occupant.

    A partir de là, on peut faire des facéties de plus ou moins mauvais goût.

    Une blague au largueur, par exemple dont il faut une certaine force pour rapatrier les SOA qui battent les flancs du fuselage de l’avion. Il peut aussi les détacher de l’anneau et les bazarder mais mieux vaut ne pas être en dessous et il faut du temps pour les retrouver au sol. On peut ainsi bricoler un mouchoir cousu de manière à ressembler à un parachute fixé à la SOA. Le vent relatif est tel qu’il va mettre beaucoup plus de temps à la rentrer dans la carlingue et quand c’est à lui de sauter, l’avion à parcouru des centaines de mètres supplémentaires, l’envoyant atterrir en dehors de la zone de saut (DZ). Son émotion est à son comble quand après avoir parcouru 600m avec son parachute roulé en boule pour rejoindre le reste de la troupe, le broussard à déjà atterrit pour un autre cycle de largage, il apprend par les sous-offs restés au sol qu’une SOA était accoutrée d’un mouchoir  lui étant adressé : «  Le largueur est certainement cocu, il met trop de temps à s’envoyer en l’air ! »

    Une blague, que nous avions fait à un des chauffeurs d’autocars  qui haïssait les commandos et qui prenait un malin plaisir à ignorer de la gare à la base, notre doigt en l’air d’auto-stoppeur, nous procura une joie intense matinée d’un certain sadisme.

    Ce jour-là, nous devions sauter d’un Nord-atlas et c’est lui qui nous emmenait à  Nimes-Garron. C’était un appelé qui n’était jamais monté en avion et sa quille était éminente. Il demanda au lieutenant s’il pouvait prendre place à bord comme passager pour son baptême de l’air.

    Permission accordée par le lieutenant qui n’y voyait malice.

    Ce dernier, pour respecter les consignes en vigueur lui demanda de s’affubler d’une tenue, d’un parachute principal et d’un ventral sans évidement lui accorder l’intention de l’utiliser. Qui est-ce qui ramènerait le car ?

    En attente sur le tarmac pour monter dans l’avion mis à notre disposition, nous nous équipons de nos pépins avec les contrôles mutuels de sécurité. Une sangle du harnais mal placée et adieu les valseuses ! Notre sergent-chef se fendant lui-même de l’opération pour le chauffeur.

    Chez deux copains, une même idée traversa leur esprit démoniaque. Rapidement, sans que quiconque les aperçoive, ils arrachent une touffe d’herbe en bordure de tarmac et la glisse dans leur poche jambière de pantalon.

    Une fois dans l’avion, ils se débrouillent pour être assis de chaque coté du connard qui s’était installé sur le banc le plus éloigné de la sortie latérale. Excellente position pour assister au largage d’un hublot. Nous formions deux sticks, un par porte et le but était de sauter « A la bite au cul, en charrette » dont la traduction, en bon français, n’apporterait guère plus de précision au lecteur que l’image qu’il peut s’en faire.

    Le vol fut rapide. Nous sautions sur notre base de Courbessac. Pendant qu’un des copains détourne l’intention de notre victime, l’autre peut aisément lui glisser quelques brins d’herbe entres les rabats de son sac. Première sonnerie. Les portes latérales sont ouvertes. On se lève tous et accrochons les SOA au câble qui serpente le long de la carlingue. Notre gus reste assis mais ne se rend pas compte que quelqu’un a accroché son mousqueton.

    Le largueur nous est parfaitement inconnu et lui ne saute pas. Il fait une dernière inspection. Le bruit quand les portes sont ouvertes est infernal mais le copain réussit à lui confier quelques mots à l’oreille. Enfin la lumière verte s’allume. Le pote gueule au chauffeur, en sortant les brins d’herbes de son dorsal et lui fourrant sous le nez : « Mais qu’est-ce que tu a foutu. Ils t’ont bizuté. Regarde, ton pépin principal, c’est du foin ! »

    « Et alors connard, moi, je ne saute pas ! » qu’il répond. Notre stick est déjà dehors. A trois, nous empoignons le chauffeur et aidé par le largueur, il y avait comme un certain refus de la part de l’intéressé, on se balance tous les quatre dans le vide.

    Cela a fait un sacré foin à la base ; Les rampants voulaient faire une expédition punitive chez nous. Le type, par une frousse bien compréhensible, s’était copieusement remplit le pantalon et ne sentait pas la rose à l’atterrissage ! Ce couillon avait même ouvert son ventral, geste qui peut être fatal s’il est mal maîtrisé. Pour éviter de pomper l’air de l’intrados du pépin principal même entièrement ouvert, il faut le propulser des deux mains le plus loin possible devant soit afin qu’il s’ouvre en toute sécurité. C’est un geste que l’on pratique à intervalles réguliers pour décrasser la voile qui autrement ne verrait pas souvent la couleur du vent et pourrait par excès d’humidité moisir et se coller.

    Le problème est qu’il change l’assiette du parachutiste qui se retrouve non plus en position verticale mais incliné, le ventre en avant.

    A l’atterrissage, qui s’effectue toutefois plus lentement, si on ne repli pas un tant soit peu les jambes, on tombe sur le cul mais quand le pantalon est occupé, évidemment cela n’arrange pas les choses.

    Pour couronner le tout, il a fallu renvoyer un autre chauffeur pour rapatrier le véhicule. Pour information, le copain avait chuchoté à l’oreille du largueur : « Aidez-nous, notre pote à une frousse bleue à chaque fois qu’il saute et nous demande de le pousser manu-militari pour ne pas flancher ! »

    Enfin une lettre explicative de ma grand-mère.

    La petite secrétaire avait bien fait son travail et placé mon dossier au-dessus de la pile des pistonnés  mais en discutant avec le ministre celui-ci en découvrant mon nom lui demanda si j’étais de la famille d’Eloi Lepers. Elle lui répondit dans l’affirmative, que j’étais son petit-fils. Il rigola et lui confia que le petit-fils d’un officier de la Légion d’honneur doit servir son pays avec le même courage que son aïeul. « Allez, zou et que ça saute ! De plus, le père Lepers, ancien secrétaire national des gueules cassées, connaît le général et si ce dernier apprend que l’on fait du favoritisme, il ne va certainement pas apprécier ! »

    Au moins je savais que l’on m’avait sacqué, mais que c’était pour mon bien !

    Je pense alors qu’ incognito’ est le plus joli mot de la langue française et le proverbe : ‘Vivons cachés, vivons heureux’ son faire-valoir.

    Au bout d’un mois de classes, les appelés étaient normalement envoyés sur les bases stratégiques pour les sécuriser. Ils servaient de sentinelle autour des  pistes et les enceintes DAMS, (Dépôt atelier munitions spéciales) où sont entreposés les bombes nucléaires, participaient aux patrouilles d’investigations locales et de temps à autres servaient dans la PM (Police militaire).

    Certains partaient pour le plateau d’Albion sur la base de missiles nucléaires SSBS, d’autres sur les bases aériennes abritant les Mirages 4A de la force de dissuasion.

    Pour ma pomme, vu mes compétences purement physiques associés à un niveau intellectuel homéopathique tout à fait compatible avec l’armée, (Faux-cul médaillé d’argent) on me proposa de rester sur Courbessac comme FFC (faisant fonction de caporal ) Géniale idée prouvant que l’armée n’est pas aussi dispendieuse de l’argent des contribuables qu’elle n’y parait. En effet, si nous en avions le titre, nous ne récoltions pas pour autant la solde d’un caporal de métier ! Loin de là. Mais bon, cela permettait d’améliorer l’ordinaire.

    C’était tout de même sympa. On ne se faisait plus engueulé par la hiérarchie. On copinait même avec eux et les bleus sous nos ordres n’avaient plus qu’à bien se tenir. Ah mais, sans blagues !

    Un mois donc, supplémentaire, sur cette bonne ville de Nîmes où bon nombres de boites de nuit affichaient à l’extérieur des panneaux « Interdit aux chiens et militaires »

    Copie conforme des classes précédentes, la routine s’installe avec toutefois une différence de taille, on est bien plus décontracté. On a déménagé des baraquements Fillod pour un bâtiment tout neuf avec cantine ultra-moderne et bouffe d’excellente facture.

    Des sauts en Broussard sur Pujeau, il me reste qu’un seul mauvais souvenir. Quelques jours auparavant nous avions, pour la première fois, la section au complet, sautés d’un Transall par la porte arrière avec tout le matos. C’est du lourd que nous avions sur les épaules et pourtant personne ne se blessa. Même pas une entorse. Là sur un saut classique,’ à poil’, le Broussard après son second passage, s’était énormément dévié de l’axe de la piste. Une fois largués, nous constatons au bout de 200 m de descente que le vent a changé brutalement de direction et nous envoie plein pot en dehors de la DZ en plein sur les vignes.

    Ne pouvant nous dévier, il reste à prier de ne pas s’empaler sur les pieux et serments qui se dressent vers le ciel comme autant de baïonnettes.

    Il y eu de la casse. Pas mal de jambes estafilées, une fracture du tibia et 3 entorses.

    Pour ma pomme, voyant s’approcher dangereusement les piquets, je tire désespérément sur l’un des élévateurs  pour décrocher partiellement mon pépin afin de raccourcir ma vitesse horizontale et essayer d’atterrir en bordure des vignes. Manœuvre dangereuse mais partiellement réussie, sauf qu’à une cinquantaine de mètres sous-estimée, ayant relâché l’élévateur, la voile ne se regonfla complètement qu’au moment où je touchai le sol. Par malchance, je prends le bord herbeux du fossé en parallèle, ce qui ne ralenti pas du tout la chute mais m’empêche de l’amortir avec les jambes. Résultat, un tassement de vertèbres extrêmement douloureux.

    Les jours suivants, la douleur est toujours présente, je ne pouvais plus aller aux toilettes sans pousser des cris, le major décida de m’envoyer à Marseille pour des examens approfondis.

    Là-bas, je rencontre un légionnaire qui avait été blessé au Tchad  par un rebelle à l’humour douteux, muni d’une lance dont le fer n’était autre qu’un morceau de boite de conserve découpée. La blessure ayant provoqué une septicémie carabinée, j’appris de sa bouche combien, nous, les commandos de l’air étions privilégiés et chouchoutés. Leur entraînement était de loin supérieur au nôtre qui, à ses yeux, semblait plus appartenir au domaine du jardin d’enfant et du patronage qu’à une formation militaire d’élite !

    Il n’était que simple caporal depuis ses 3 ans de service et espérait passer chef dans l’année. Moi simple appelé deuxième pompe, je passais, au bout de 4 mois comme caporal officiel, au bout de 11 mois je passais chef et devenait sergent de réserve après la quille. Un monde nous séparait. C’est vrai, toutefois, que nos soldes respectives n’avaient aucune commune mesure. Pour se faire trouer la peau en service, il recevait une belle décoration, Bon, çà, cela ne mangeait pas de pain et coûtait que dalle à la nation, mais surtout il bénéficiait d’une compensation financière conséquente à l’heure de la retraite, enfin à condition d’y arriver. Le choix de faire carrière dans l’armée m’avait alors subitement apparu comme totalement fortuit et dénué d’intérêt.

    Je n’ai jamais su ce qu’il était devenu.

    De retour à Courbessac, je recevais ma feuille de route pour La base 113 de Saint-Dizier. La base était sympa mais l’accueil des bleus, et oui, on est toujours le bleu de quelqu’un quand on arrive dans une nouvelle base militaire, était soumis à un bizutage en règle dès notre arrivée. Devant les bâtiments des commandos, on nous fait mettre en rang, au garde à vous, deux par deux. Un sergent-chef apparaît dans l’embrasure de la porte, l’air pas commode.

    Il descend les marches du perron et commence l’inspection. Nous sommes en tenue de sortie, les fringues bien taillées, le fantoche savamment incliné sur la tête et le port altier. Personne ne bronche. Le chef commence alors à nous engueuler. Il nous traite de moins que rien en en bousculant deux ou trois de la file voisine de la mienne sous prétexte d’une cravate mal centrée pour l’un, des pompes mal cirées pour d’autres. Je ne pipe mot. Une chose tout de même m’intrigue un peu : Derrière les vitres, il y à cinq ou six type qui se fendent la gueule à se taper sur les cuisses. Ils rient si fort qu’on les entend par la porte restée ouverte. Le sergent-chef se retourne vers eux et là dans un éclair, au moment ou il se retourne vers nous, il ne peut dissimuler l’esquisse d’un sourire. Cela sonne faux. Si vraiment ce type est une grande gueule, c’est vraiment étrange qu’il ne fasse pas cesser immédiatement la rigolade qui se poursuit de plus belle derrière lui. L’idée me vient alors à l’esprit que nous sommes peut-être victime d’un bizutage. Je reste prudent, ma première rencontre avec un sergent m’a menée directement au gnouf et je m’abstiens d’émettre la moindre réflexion. Je conserve un garde-à-vous impeccable et quand le sergent, qui à remonté notre file par l’arrière, arrive à ma hauteur, il me toise d’un air vache et me lâche : « Caporal ! Vous avez vu vos lacets ! Aucune symétrie ! Vous n’êtes qu’une merde de branleur ! J’encaisse sans broncher mais la moutarde commence sérieusement à me monter au nez. Il poursuit son travail de sape  avec le gus devant moi. Il en fait trop. Après l’avoir engueulé copieusement également pour un prétexte futile, il passe au suivant. Quelqu’un derrière moi lâche alors un : « Connard ! » suffisamment audible pour que cela parvienne à ses oreilles. Le type se retourne furieux. Les autres derrière la fenêtre se tordent et redoublent d’hilarité. Il se plante devant moi et, des éclairs dans les yeux, m’apostrophe : « C’est toi le connard qui à parlé ? » «  Moi ? Non chef, ça vient du béret ! » Un instant décontenancé, il me toise comme si j’étais son prochain quatre-heures. Son visage est juste face au mien, à moins de 5cm. Je sens son haleine qui empeste la bière et le saucisson à l’ail. Il n’a pas le temps de rajouter le moindre mot. Je baisse brutalement la tête pour regarder mes lacets. Mon front tape alors son tarin qui se met aussitôt à pisser le résiné comme une fontaine. Il fout du sang partout et se met à gueuler : « Ah le con ! Ce con vient de me péter le nez ! » Et il s’enfuit vers le bâtiment contigu au notre.

    Je m’attends à connaître une nouvelle fois la cabane au fond du jardin Mais bien au contraire, les gus, qui se boyautaient, sortent à notre rencontre et nous serrent la pogne en guise de bienvenue ! Pas très fier et craignant des représailles, je me tiens sur la défensive. Un capo viens à ma rencontre et m’en serre cinq. Tu as bien fait, ce connard emmerde tout le monde avec son bizutage de merde ! Je lui réponds, ne sachant toujours pas si j’ai eu affaire à un vrai sergent ou à un appelé, que j’ai juste voulu regarder mes lacets et qu’un malheureux concours de circonstances à voulu que nos deux têtes se cognent, la sienne surtout.

    J’avais eu du nez, si j’ose m’exprimer ainsi. Le type était un appelé, caporal-chef à 48 heures de la quille, qui avait voulu partir en beauté en nous faisant son film en cinémascope. En fait de beauté, c’est avec un magnifique pansement sur le pif que, deux jours plus tard, il rata la navette pour la gare. J’étais au poste de garde à moins de cinq mètres du chauffeur qui démarrait pour le centre ville. Il m’interpella au loin pour que je demande au conducteur de l’attendre. Je fis semblant de ne rien comprendre et il rata le bus et, par la même, certainement son train. Rancunier moi ? Vous voulez rire.

    Le train-train de la base était le suivant : 2 jours d’alertes pour 1 jour de service s’alternaient plus ou moins régulièrement. 1 jour de récupération sur site finissait le cycle et 1 fois par mois on avait droit à une perm d’environs 7 jours.



    La suite au prochain épisode.
    Anonymous
    Faut-il en rire ?
    Invité


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    Le pistonné Empty Re: Le pistonné

    Message par Faut-il en rire ? le Ven 10 Avr - 16:43


    Une autre histoire


    Pour certains garçons de ma génération le service militaire fut une corvée. Pour moi, tout frais recalé au bac, il fallait oser, en 69 tout le monde l’avait, le sursis tombait et il fallait bien accomplir son devoir national. Au grand dam de mes parents, Je leur dis: Pas question de redoubler. J’en ai marre des études. Une année sabbatique à glander sous les drapeaux, cela ne doit être pas mal. Pour bien faire les choses, allons voir ma grand-mère pour un bon coup de piston.

    Les 3 jours que j’avais fait en 68 au fort de Vincennes m’avaient laissé fort pantois. Le lieutenant recruteur, après la batterie de tests, m’avait fait comprendre qu’en raison de mes aptitudes physiques, l’incorporation dans un régiment parachutiste me conviendrait tout à fait. Ce qui, si je m’aventurais à lire entre les lignes, signifiait en bon français que je n’étais bon qu’à fournir de la chair à canon bon marché.

    « Alors voilà,  Mémé, tu te débrouilles pour que je sois affecté dans l’armée de l’air. Leurs fringues ont l’air mieux coupées que dans l’infanterie et je veux être muté au soleil, dans le midi, au bord de la mer et conduire la voiture d’un général ! Et surtout pas de parachutisme !

    C’est bien compris Mémé ? Pour la couleur de la voiture je m’en fous. »

    «  Pas de problème, tu veux partir quand ? »

    « Bah, début Novembre, quant le froid s’installe à Paris. »

    Explication: Ma grand-mère paternelle, sous les remontrances et quolibets du grand-père, tirait les cartes et, il faut le reconnaître, avait acquis une certaine célébrité. Coup de pot ou réel don  de divination, ses ‘visions’ tombaient justes et entretenaient son aura.

    Des femmes de différents horizons, petites vertus, grandes vertus, piliers de bénitiers ou… de bars, toutes avaient comme point commun la recherche de l’amour avec un grand A. Elles espéraient de ma grand-mère que celle-ci, à travers le marc de café ou les tarots de Marseille, leur dévoile l’avenir avec prince charmant et grosse fortune.

    Parmi ces dames, la secrétaire du ministre des armées, à l’époque Pierre Messmer, était assidue aux séances de voyance et semblait boire du petit lait à l’énoncé de tout ce futur bonheur savamment distillé. Ma grand-mère lui avait donc passé ma requête qui d’après son interlocutrice avait cent pour cent de chance de réussir puisque cela passait exceptionnellement dans les mains du ministre.

    Lundi 3 Novembre 1969, petite beuverie avec les copains, adieux  sur le quai de la gare puis train de nuit, debout dans le couloir  rempli de recrues comme moi. Direction Nîmes.

    J’étais légèrement contrarié, je m’attendais à Nice mais bon, on ne va pas chipoter, c’est le sud non ?

    Les copains étaient émus. Eux restaient là, ils avaient tous réussi le Bac et suaient à la fac ou dans les UIT.  Moi, j’allais conduire la voiture d’un haut- gradé, assister à des soirées mondaines, à des réceptions, peut-être me taper la fille du général. Bref je les laissais là tout penauds à chanter « Nos universités »

    Je ressentais une certaine tristesse de les abandonner à leur triste sort.

    « Nîmes ! 10 minutes d’arrêt ! »

    Dur le réveil, dans le couloir, assis sur une valise. La nuit a été longue. Le train était blindé et il n’y avait pas assez de places pour tout le monde. J’avais laissé la mienne à une mamie et occupé le couloir comme des dizaines d’autres conscrits au milieu des volutes de cigarettes.

    Sur le quai, des militaires brandissent des pancartes de rassemblement.

    L’aéronaval, l’anti-aérien, l’armée de l’air ! Les cartes de recrutements en notre possession indiquent notre affectation dans l’armée de l’air mais aucun rassembleur ne veut de nous. La gare se vide et des convois d’autocars s’ébranlent. Bizarre. On reste trois pelés dans le hall de gare et personne n’est là pour nous réceptionner.

    « C’est normal, d’après le papier, nous sommes bien affectés dans l’armée de l’air. Il faut juste attendre qu’une berline de l’état major vienne nous chercher. Patience les gars, apparemment nous sommes dans le même groupe. Vous allez voir comment ma grand-mère a bien fait les choses. »

    A peine ai-je rassuré mes compagnons  de voyage de la justesse de ma réflexion qu’une voix tonitruante ébranle la gare.

    « Eh ! Vous autres, la bas, les p’tits culs, magnez-vous le train ou je vous le botte à coup de manivelle ! »

    J’ai compris, notre chauffeur aura été victime d’une petite crevaison  et cet homme, certainement charmant en temps ordinaire, stresse et culpabilise pour son retard.

    En fait de berline c’est une Jeep Willys couverte de boue, capote rabattue qui stationne sur le parvis de la gare. Le type au volant nous regarde d’un air pas commode. L’autre, habillé en tenue de camouflage, celui qui nous a réceptionné d’une manière que je nommerai de cavalière, monte à ses cotés. Nous, nous nous installons à l’arrière.

    Démarrage sur les chapeaux de roues, quelques feux rouges grillés, nous voilà à doubler la file des autocars.

    « Ohé, salut la bleusaille » gueule-t-on à tue tête ! Bras d’honneur et grimaces accompagnent nos exclamations. Tous les trois on se plait à savourer la supériorité virile de notre équipage.

    Le passager avant nous apostrophe : « Ah Ah ! Je vois, des fortes têtes, nous allons particulièrement vous soigner mes gaillards, croyez-moi ! »

    On ravale notre salive.

    Base aérienne 726 de Nîmes-Courbessac. Nous rentrons en trombe suivit des autocars.

    Bizarrement nous tournons sur la droite et les autocars sur la gauche. Les uns vers des bâtiments récents tout propres, nous direction la garrigue. Au bout de 2 minutes nous découvrons un ensemble carré couvert de « Fillod » des bâtiments préfabriqués en bois ressemblants traits pour traits aux baraques allemandes du film « La grande évasion »

    « Bienvenu en Enfer les gars et priez votre mère, vos aïeux et le bon Dieu! »

    EFCI, Escadron des fusilliers-commandos et d’intervention. Une enseigne lugubre comme un bar sans alcool nous annonce que nous somme arrivés à destination.

    «  Il doit y avoir une erreur chef, Je suis affecté à l’état Major…. Euh… au général de la place…. »

    « Mais qu’est ce qu’il raconte ce connard ! Fait voir ta convoc. !…. Tu ne sais pas lire mon gars, E.F.C.I. C’est ici !

    Tu fait parti dorénavant des commandos de l’air et, crois moi, ouvres encore ta gueule et tu vas entendre parler du pays ! Et pour ton information, ici, il n’y a pas de général mais un colonel. OK bourrin ?

    « OK monsieur ! »

    « Adjudant chef ! Pas monsieur !  C’est compris le bleu ? »

    « C’est compris Monsieur ! »

    « … ??!!.. »  soupirs …

    On nous débarque et nous restons plantés-là, au beau milieu de la cour, avec nos bagages. Curiosité à 360°.

    Des gugusses en tenues de combat, accompagnés d’un type gueulant : Und – deuh, und – deuh,  se ramènent vers nous au pas cadencé.

    Pas l’air de rigoler.  Le type aboie autre chose. Ils s’arrêtent net comme à la parade. Et les voilà soudain tous ramollis comme si ont venait de leur retirer un manche à balai du cul. Deux gars viennent à notre rencontre.

    « Salut ! Vous êtes la fournée de ce matin ? »

    «  Euh, oui…. Ne serait-tu pas boulanger dans le civil ? »

    A mon interrogation vaseuse, il se marre et nous serre la pogne.

    On commence à faire les présentations quand j’aperçois un berger allemand, accoutré bizarrement, s’approcher de mes bagages.

    Voilà que ce corniaud de clebs, la muselière ouverte, se met à vouloir ouvrir ma valise !

    Prompt comme l’éclair je tente de lui arracher de la gueule. Evidemment, la serrure cède et tout le contenu s’éparpille au sol !

    «  Salopard ! Mon saucisson ! »

    Voilà que le Cani-lupus de mes deux s’est emparé de la proie qu’il avait certainement reniflée depuis un bon bout de temps. Il se barre au galop, vers un bâtiment. Evidemment tout le monde se marre.

    Vexé dans ma dignité, je le poursuis.

    Arrivé dans ce qui semble être les cuisines, je suis tout prêt à lui mettre la main au collet quand je heurte violemment un type qui poussait un chariot rempli de charcutaille.

    Evidemment tout valse en l’air et, miracle, le Rantanplan lâche le Jésus de sa gueule et se met à engouffrer des tranches de Galantines à s’étouffer le gosier.

    « Mais qu’est ce qui m’a fichu un connard pareil ! » gueule le cuistot à plat- ventre au beau milieu du mess. Pas le temps de savourer les tronches goguenardes des deux troufions préposés aux cuisines. Ils n’ont pas du tout l’air fâché de voir leur chef les quatre fers en l’air. Je détale dare-dare, mon sauciflard sous le bras vers les  copains en civil. Là, je fais semblant de converser avec mes deux compagnons de voyage pour rester le plus discret possible.

    L’orage a dû passer. Je reprend du poil de la bête et commence à rigoler avec les autres quand soudain je me sens happé par derrière par une espèce de pince géante, une énorme main décidée à faire des allumettes de mes cervicales. Je riposte instinctivement en pliant brusquement ma jambe droite vers l’arrière, remontant le talon le plus haut possible. But ! Sentant mollir la pression sur mes carotides, je lâche un violent coup de coude en arrière. Re but !

    La prise disparaît. Bien heureuses mes leçons d’Aïkido et de Jiu jitsu que je pratique depuis 3 ans! C’est la première fois que je les mets en pratique dans la  vie. Je me retourne et je découvre à mes pieds un colosse, les mains sur sa virilité, la bouche en sang, émettant des borborygmes haletants. Il a l’air du gosse qui a plongé sa main dans une ruche et s’étonne de s’être fait piqué. Le type n’est pas du tout en civil et les chevrons dorés sur ses épaulettes ne disent rien de bon. Branle-bas de combat, coups de sifflets et attroupement.

    Mémé, qu’est ce que je fou ici !

    Un coup de gueule au loin et soudain…  silence complet dans les rangs.

    Apparemment le type qui vient d’aboyer se fait respecter. Pas une mouche ne vole.

    « Relevez vous sergent ! Allez vous deux, suivez moi ! »

    Le sergent se relève. Il tient un truc blanc dans sa main. On dirait une dent !

    L’armoire à glace qui nous précède, c’est le capitaine. Teint hâlé et buriné, une grande barbe noire lui barre le visage. Il ne roule pas des mécaniques, c’est une mécanique ! Au passage, il a apostrophé un type qui tient le chien en laisse et lui intime l’ordre de le suivre également.

    On rentre dans son bureau.

    « A vos zozres, mon zapitaine ! » gueule l’édenté saluant et claquant les talons !

    Moi, en habit civil, je ne sais quelle attitude prendre. J’y vais, faux derche, d’un : « A vos ordres mon capitaine ! » bien articulé, comme au théâtre ! Claquant les talons et ….saluant de la main droite, celle qui tient le saucisson !

    Le capitaine, un instant déstabilisé par cette arme porcine, fait un demi-tour sur lui-même. Il ne me l’a jamais avoué mais je suis sûr qu’il tentait désespérément de contenir un fou rire en se tenant au cadre de la fenêtre.

    Regardant dehors, il croise les mains dans le dos et commence à débiter son sermon sur les règles militaires, l’honneur, la bienséance et le savoir-vivre et conclu qu’on ne doit se battre qu’avec l’ennemi.

    Là, il n’a pas tort, j’ai bien aujourd’hui un ennemi.

    Chacun y va de ses explications.

    Le sergent explique qu’il ma vu bousculer le cuistot sans raison apparente et est intervenu de bonne foi.

    Moi, j’explique que mon chien n’a jamais été militaire et pourtant il n’aurait jamais touché un saucisson sans l’autorisation de son maître, ce qui visiblement n’est pas le point fort de l’armée !

    La dernière phrase fût la goutte de sueur qui fit déborder le béret.

    Résultat : Remontées de bretelles  pour le sourire qui tue et le maître-chien, trois jours d’arrêt simples pour moi et mon saucisson et …ration supplémentaire pour le clébard, un jeune berger allemand, qui visiblement n’avait pas eu une gamelle suffisamment copieuse après son exercice du matin. Il venait d’être parachuté avec son maître sur le site de Pujeau dans la garrigue avignonnaise et tout le monde sait que les émotions cela creuse. J’appris alors qu’une partie des commandos était composée de maître-chiens et que nous risquions de sauter parfois avec eux en compagnie de leur aimables bêtes. Certaines de leurs réactions à l’atterrissage ayant un certain mordant, ils étaient affublés d’une solide muselière.

    Première lettre de mon statut de militaire… écrite aux arrêts.

    Ma grand-mère qui est une éternelle inquiète va adorer !

    «   Mémé, je t’en pris, n’essaye surtout pas de me pistonner à nouveau !

    Je veux bien des gâteaux secs. Ici on bouffe mal. La quantité est là mais essaye de manger du poulet saignant et froid, des frites pâles comme des linceuls et du camembert à la croûte moisie vert de gris, même avec un bon coup de pinard vinaigré, que veut-tu, çà ne passe pas ! »

    En réalité la base était en complète restructuration. Des bâtiments tout neufs étaient en voie d’achèvement.

    Nous en avons prit possession le mois suivant. Le réfectoire des baraquements Fillod était, en attendant, la dernière roue du carrosse. La nourriture était transportée par camion de la cuisine centrale sans être réchauffée à l’arrivée.

    A la guerre comme à la guerre mon capitaine.

    Les arrêts  n’en étaient pas vraiment. Je sortais régulièrement. Là pour remplir des papiers, ici pour récupérer les tenues de campagnes, les tenues camouflées, les tenues de sorties. Le fourrier devait être myope, il me refila du XXL pour mes 62 kg et 1m68. Beaucoup d’allers et retours inutiles pour finir enfin cher le tailleur spécialiste des retouches. Le béret bleu réglementaire était laid et énorme. Heureusement le tailleur disposait de modèles plus saillants appelés « fantoches » qu’il nous revendait à bon prix. Là, devant la glace, que ce soit en tenue de sortie ou en tenue de camouflage, on avait fière allure. Vivement qu’ils nous laissent sortir en boite !

    L’avantage d’être aux arrêts, c’est de regarder à loisir les copains apprendre à marcher au pas cadencé tout en sirotant une bière piquée au mess le matin même.

    « Il y a t’il des coiffeurs dans le groupe ? » tonne un sergent.

    Derrière la fenêtre ouverte, je commençais à m’emmerder grave.

    Personne ne répond.

    Ils doivent bien avoir un merlan dans cette foutue base ?

    « Oui ! Moi ! »

    « Qui à parlé ? ! »

    Moi, sergent ! »

    Le sergent repère d’où vient la voix, s’approche de la fenêtre, ajuste sa vue à la pénombre.

    « Vous ? Vous êtes coiffeur dans le civil ? »

    « Oui sergent ! »

    « Et qu’est ce que vous foutez là ? »

    «  C’est au capitaine qu’il faut le demander, sergent ! »

    J’avais très vite appris la leçon du faux-cul de première.

    « Ah oui, le saucisson ! »

    «  Oui sergent, un bien triste concours de circonstances….. »

    «  C’est bon, n’en rajoutez pas non plus des tonnes. Si vous savez coiffer, j’ai besoin de vous.

    Rejoignez-moi aux sanitaires. Je vais faire lever votre punition !  » Les sanitaires ? Super propres. Faut dire que j’avais aussi évité, tout au moins pour un temps, ce rituel qu’est la corvée de chiottes pour la bleusaille.

    Mais pourquoi ai-je gueulé que j’étais coiffeur ? Toujours ce défaut de ce mettre en avant. Ils vont vite se rendre compte, ça c’est sûr, qu’en fait de merlan, ils ont plutôt affaire à Attila.

    La queue s’étalait dans la cour sur une vingtaine de mètres.

    Certains de mes camarades étaient déjà en tenue militaire, d’autres toujours en civil. Des pattes-def côtoyaient des battle-dress et la plupart avaient des cheveux longs comme un jour sans pain qui , au mieux leur cachaient la moitié du visage, au pire, descendaient dans le dos comme à Woodstock. Faut dire que le festival avait eu lieu en Août et sacrément influencé nos bitniks de service.

    Toujours sensible à mon aspect, j’avais demandé, juste avant de partir, une coupe ultra-courte chez le coiffeur. J’étais certain par cette anticipation d’échapper au figaro de service.

    Pas le temps de dire ouf, un type en blouse blanche me refile une tondeuse électrique tellement énorme que j’étais prêt à attaquer le gazon.

    « Tu  prends cette file là. Pas plus de quatre minutes par gus. Compris ? ! »

    « Compris ! »

    Je n’ose pas commencer. L’autre me toise.

    «  Bah à zéro ! La boule à zéro ! »

    «  Même pas 3 centimètres ? »

    «  Attends. Assied-toi ! »

    Je prends la place de mon cobaye. A peine assis, ce con me passe sa tondeuse sur le crâne à la vitesse de l’éclair.

    Une minute ! Le mec a mis une minute pour me transformer en gueule d’assassin !

    J’en aurais pleuré ! Oublié la belle coupe « Rond point » vive le crâne tout blanc, hérissé de minuscules poils blonds. J’étais vraiment furibard. Tous les militaires que j’avais croisés jusqu’à présent avaient une coupe courte mais correcte. Ils avaient au moins quatre bons centimètres de tifs sur la tête !

    « Allez vas-y. On ne perd pas de temps ! »

    Tout d’un coup j’étais décomplexé, mais alors à un point.

    «  Au suivant ! »

    Le gus qui m’avait laissé sa place se rassoit, me regarde, regarde sa tronche dans la glace et…. ferme les yeux.

    24 types en moins d’une heure. Comme les moutons à la taille du printemps.

    Je n’étais pas peu fier de ma prestation.  Je pourrais toujours me reconvertir dans la vie civile comme toiletteur pour chien, enfin, pour chien d’aveugle.

    Nous avions tous une drôle de tronche de bagnard.

    Le crâne bien lisse et bronzé comme à la Barthes, même à cette époque cela aurait pu passer, bien que la mode soit aux cheveux longs mais cette moquette clairsemée tirant sur le gris avec par-ci par-là des minuscules touffes comme autant d’oasis de laideur, là c’était vraiment la honte !

    Apparemment personne ne fit de commentaires sur ma prestation, tous hilares et bien trop occupés à lorgner la tronche du voisin que de se mirer eux-mêmes dans un miroir.

    Le soir même, dans les chambrées, des finitions s’imposaient et les heureux possesseurs de coupe-choux avaient une bonne longueur d’avance sur les pratiquants du rasoir électrique.

    Rapidement tout le monde prit ses marques et les classes commencèrent.

    Le matin, réveille à 6h, toilette, lit au carré, p’tit déj et à 7h30 promenade champêtre… Non ça, c’est les vacances. Promenade champêtre c’est 25 bornes de crapahut dans la garrigue en short bleu horizon et tennis à la semelle épaisse comme une tranche de jambon italien. Bon, ils y en avaient, comme moi, que la ballade ne déplaisait pas. J’étais plutôt bon en course de fond au point de participer sur le tard à de nombreux marathons internationaux. Mais certains, pas du tout entraînés, mais alors pas du tout du tout, commençaient à sacrément ruer dans les brancards. Fêtards inconditionnels, noctambules établis, levés aux alentours de midi dans la vie civile, là, ils changeaient de planète.

    Le clairon aux aurores leur ridait les fesses mais plus que tout c’était de se déplacer en courant. Cela les changeait tellement du solex,  de la mobylette ou, pour les plus chanceux, de la voiture que la course à pieds matinale les démoralisait au plus haut point. Le summum fut atteint quant les sacs à dos se virent progressivement remplis de sable destinés à simuler le poids du matériel militaire. Certains craquèrent. On dénombra 2 tentatives de suicide qui furent à mon avis très bien simulées. Leur clin d’œil, le jour de leur retour à la vie civile nous conforta dans nos suspicions. Ils avaient joué un bon tour à la grande Muette.

    Notre encadrement était composé d’officiers et sous-off qui avaient participé à la bataille d’Alger et combattu dans les Aurès. Ils n’étaient pas là pour rigoler, à notre grand désespoir, hélas. Ils utilisaient la technique ancestrale du « kill for rebuild » A l’instar des sectes, il fallait démolir psychiquement, moralement et physiquement le bonhomme pour mieux le maîtriser et le remodeler à l’image désirée. Fabriquer un soldat qui obéit au doigt et à l’œil sans se poser de question sur la bonne utilité d’un ordre donné et aller au casse-pipe sans état d’âme, çà, c’était le but réel des classes.

    Quand on s’est fait copieusement engueulé pour un oui ou pour un non, sans raison sensée, que l’on vous abaisse à tout propos, vous fatigue à outrance par des exercices épuisants, des marches forcées avec une bouffe qui n’engage nullement à l’embonpoint, on finit par tomber dans le syndrome de Stockholm dès que nos instructeurs nous  félicitent ou nous encouragent avec empathie. Toujours est-il que ce système était très bien rodé et fonctionnait à merveille. Au bout d’un mois seulement, il était étonnant de voir des types qui n’étaient pas fichus d’aligner 10 pompes d’affilée à leur incorporation, s’en taper une centaine sans faiblir avec le sourire et tout de suite après se colleter le parcours du combattant en chantant « j’aime les filles » de Dutronc !

    J’avoue que je n’étais pas peu fier de terminer le fameux parcours en sortant second de ma promotion. Avant l’armée, j’étais bon en gym au sol et aux agrès mais très médiocre en boxe. Plus jeune, en 3eme, rue de la Colonie, j’avais servi de sparring-partner à des copains qui ne trouvaient plus d’équipier pour s’entraîner, ma mâchoire s’en souvient encore, mais j’étais très efficace en Jiu-jitsu et au couteau. Cela tombait bien pour les neutralisations au corps à corps mais comme on n’a pas tous les jours l’occasion d’étrangler ou d’égorger une sentinelle, le poignard s’avérait être bien plus  utile pour ôter la peau d’un saucisson ou étaler une tranche de pâté sur un quignon de pain.

    Au retour de notre petite promenade de santé, douches, puis, à 10 h, instructions militaires, ensuite marche au pas cadencé et enfin à midi, l’heure de la graille terminait la matinée. L’après-midi, nous avions manipulations, démontages, remontages des armes avec concours de vitesse et la préparation au saut en parachute. Etrangement, ce n’était pas obligatoire. Pour ceux qui désiraient sauter, il fallait signer une décharge.

    Je pense que les crédits alloués aux sauts étaient rognés et, si tout le monde avait signé, ils auraient été bien embarrassés. Deux Broussards, qui pouvaient larguer 5 paras à la fois, étaient stationnés  à  Courbessac. Pour des sticks de 2 fois 12 il fallait aller à Nîmes-Garron, fief de l’aéronaval, emprunter un Nord Atlas.
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    Message par otosan le Ven 10 Avr - 18:40

    Merci , très beau récit . Il y a tout , plus de l'humour .
    A te relire encore
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    otosan
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    Le pistonné Empty Le père cent

    Message par Faut-il en rire ? le Sam 11 Avr - 13:11



    Le père cent


    Voila très longtemps, à l’époque du Service militaire, en tant qu' appelé, il était de bon ton de fêter le " Père cent " c'est-à-dire les cent jours qui nous séparaient de la quille, date où nous retrouvions nos habits civiles, le boulot et les petites copines.

    Notre maigre solde d’éplucheur de patates nous avait, hélas, géographiquement et pécuniairement éloigné des tentations.

    Comme le bouffon du Roi d’autrefois, on pouvait ce jour-là se défouler sans s’attirer les foudres de l’adjudant-chef toujours à l’affût d’un mauvais coup. Certains se plongeaient dans une cuite effrénée, d’autres plus malins et selon la tradition, décidaient d’écrire leur " Père cent " et de l’envoyer aux amis et aux familles pour récolter des sous.

    La plupart du temps il était rédigé sous forme de faire-part de décès où nous immortalisions l’immense bonheur d’annoncer la perte cruelle de " Monsieur Jean comte des Ormais Plukcent "

    La missive contenait des conseils d’anciens, des punitions en tout genres décrites sous forme d’aphorismes où l’humour noir régnait en maître. On y glissait aussi quelques petites annonces cocasses et éventuellement un dessin sarcastique mettant en scène notre tête de turc préférée dans des situations grivoises.

    Le but etait de faire marrer le lecteur pour rapporter des mandats et parallèlement faire chier le juteux-chef qui, comme l’image qui lui en est traditionnellement faite, doit être stupide, abruti et alcoolique. Pour ma part j’ai eu la chance de tomber sur des mecs sympas vraiment très éloignés de cette caricature mais il fallait faire rire le lecteur. Alors…

    - Conseils d’anciens :

    Lors d’une attaque ennemie au lance-flammes, éviter de brandir un poulet piqué au frigo du mess. Une cuisson trop prononcée nuit à la santé.

    Lorsque l’on vous envoie une grenade dégoupillée alors que vous vous manucurez, demandez à votre voisin le plus proche de la renvoyer à l’expéditeur, on n’est jamais trop prudent, vous pourriez vous casser un ongle.

    Si un gradé vous dit : " Je me tue à vous l’expliquer " Laissez le crever.

    Si par hasard il vous prend l’envie de travailler, couchez-vous et attendez que ça passe.


    - Punitions :

    A jeté un fruit mûr sur la tête de son chef en lui demandant s’il était juteux : 10 jours d’arrêt.

    A pissé du premier étage sur la tête de l’adjudant en sifflant la Marseillaise pour l’obliger à rester au garde-à-vous : 15 jours d’arrêt.

    A profité d’un moment de faiblesse d’un manche à balai pour le casser : 4 tours de consigne.

    Est entré au Mess s/off avec une botte de foin en criant : A la graille bande de vaches ! : 10 jours d’arrêt.


    Passant près d’un gradé avec une brouette de fumier à crié : C’est complet ! : 10 jours d’arrêt

    A remplacé le papier toilette par de la toile émeri pour faire chier et irriter ses chefs : 10 tours de consigne.

    A rodé l’air affamé autours de WC : 3 tours de consigne.

    A ramené un pneu dégonflé au mécano-chef en disant que s’était une crevure : 5 jours d’arrêt.

    A été recalé au BSM pour n’avoir sauté que 90 cm alors qu’il saute allègrement la fille du commandant qui fait 1,70 m : 5 jours d’arrêt.

    - Petites annonces :

    Caporal-chef prés de la retraite cherche place de représentant en alcool.

    Jeune fille cherche jeune homme équipé d’un mortier de 50. Envoyer photo mortier.

    Jeune homme bien équipé. Matériel neuf peut servi cause bromure, cherche jeune fille aux paires pour astiquage et remise en fonction.


    On terminait par des remerciements tels que ceux-ci :

    A vous parents, fiancées, copains d’infortune
    Qui pendant notre séjour en lieux de misères
    Avez marqué nos jours par des lettres et des tunes
    Nous vous adressons aujourd’hui nos cent jours du désert.

    Cela marchait assez bien et on se récoltait assez d’argent pour sortir en boite pendant les perm. de 24 heures.

    A Nîmes ou nous étions basés comme fusiliers- commando de l’armée de l’air

    Certains de ces établissements en étaient arrivé à afficher à l’entrée : "  Interdit aux chiens et aux militaires " tellement les bagarres que l’on provoquait étaient monnaie courante.

    Le plus drôle c’est que la PM (Police militaire) prélevait régulièrement des troufions dans les différents corps d’armée de la garnison pour faire des patrouilles en ville dès la nuit tombée.

    Lors d’une bagarre dans un bar, il n’était pas rare de tomber sur des copains en train d’en découdre avec des gars de l’aéronaval de la marine ou de l’anti-aérien.
    Alors on tombait à bras raccourci sur leurs adversaires à grand coup de matraques sans vraiment se poser la question sur l’origine du conflit.
    Par retour, la fois d’après, ce sont les autres qui se trouvaient sous l’uniforme de la police et cette fois c’est nous qui en prenions plein la gueule sans pouvoir riposter sous peine de nombreux jours d’arrêt qui évidemment se rajoutaient à ceux que nous devions officiellement à l’armée.

    La tenancière du bar-hotel " Chez la mère casse-bite " en bord de piste de Courbessac n’en pouvait plus. Un dilemme cornélien se posait en elle chaque soirée que Dieu fait : Ou bien elle acceptait seulement les quelques routiers qui avaient de la tune pour s’occuper de ses " nièces " ou elle acceptait ceux d’en face, cet à dire 600 à 700 bonhommes, les poches vides, pleins de vie et impatients de le montrer, qui jappaient à l’entrée !

    Bagarre générale au moins 1 fois par semaine, les représentants en spiritueux fournissaient autant de verres que de bouteilles tant cet objet était apprécié comme projectile.

    Le colonel finit par interdire l’accès de l’établissement aux appelés ; pour leur bien qu’il disait.

    Au petit matin, nous passions par le souterrain qui franchi la route nationale pour accéder au terrain d’aviation ou nous attendait le Broussard pour nos sauts de qualification avec armement au complet. Un petit coucou de la main en direction des fenêtres du Bordel et c’est le cœur léger que nous partions nous envoyer en l’air.

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    Message par Blu le Sam 11 Avr - 17:28

    Un récit "édifiant" et plaisant à lire.
    Une époque révolue qui semble avoir laissé de bons souvenirs...
    Vous imaginez aujourd'hui le SNU avec un truc pareil ?
    Des dégagements pour rendre visite aux "nièces" suivies de bagarres musclées…

    Allez, on y va et on repasse par le souterrain qui franchit la route ?
    Le Broussard nous attend...
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    Message par Faut-il en rire ? le Jeu 16 Avr - 23:09



    Drôle de guerre


    Nous vivons une époque formidable. Tout en renforçant le déclin de l’humanité à couper la branche sur laquelle on est tranquillement assis, c’est dans une incommensurable sérénité que, nous autres les français, abordons l’avenir avec un certain dédain sur les événements sans gloire et sans panache qui ont jalonné les grandes épopées du passé. Pourtant c’est souvent à partir de ces petits riens, de ces broutilles, de ces insignifiantes scénettes de la vie courante que s’est construit la grande histoire de notre nation.

    Je ne voudrais pas être catalogué comme militariste et vous compter une énième histoire sur le conflit 39-45, vous zapperiez avec raison ce billet pour vous reporter sur d’autres sites bien plus intéressants. Ce que je vais essayer de vous faire découvrir c’est un petit pan de vie d’un jeune homme de 20 ans ballotté dans la tourmente de la débâcle de juin 40 avec les moyens dérisoires que notre chère administration militaire, lui remis pour repousser l’envahisseur.

    « Courteline pourquoi n’est-tu plus de ce monde » pourrait fort bien en être le titre le plus accrocheur.

    Pendant que des soldats français se battaient héroïquement sur les champs de batailles avec l’énergie du désespoir, d’autres, complètements paumés faute de matériel et soumis à des ordres aussi contradictoires que fantaisistes, essayaient au moins de sauver si ce n’est l’honneur, tout simplement leur peau. Même si elles ne valaient pas chère en ces temps troublés, c’était la leur et ils y tenaient !

    Extrait des mémoires de mon père  qui avec ses parents s’étaient réfugiés en Haute-Vienne après le début de la guerre.  


    C’était ce que l’on a appelé la drôle de guerre. On avait déclaré la guerre aux allemands et on n’osait pas les attaquer de peur qu’ils se fâchent. On se souvenait de la victorieuse bataille de Fontenoy en 1745 avec, comme camarades de jeux, les anglais et leur puissante coalition allier. Cette fois-çi, tout autant chevaleresques, nous proposons aux allemands de tirer les premiers. La réponse fut une bonne blague venue de Belgique. Comme en 14, sans tambour ni trompette, lassés d’attendre, les troupes allemandes que l’on disait manquer de tout, envahissent nos charmants voisins avec chars et avions flambants neufs.

    Et quand on dit que l’histoire ne se renouvelle pas.

    Avant d’écouter, quelques mois plus, tard la BBC, nous captions la radio ennemie.

    Le poste de Stuttgart émettait tous les soirs un programme dans la langue de Molière. Le speaker français se nommait Ferdonnet. Il nous apprenait sur notre propre armée des choses que nous ignorions. Il nous vantait le régime hitlérien et accusait les juifs des pires méfaits. Il fut bien vite surnommé « le traite de Stuttgart » Balivernes et propagandes nous disait notre gouvernement. Les allemands sont incapables de mener une guerre. Nous sommes les plus forts et si jamais ils attaquent, ils vont voir ce qui va leurs arriver.
    Et pourtant les belges se battaient du mieux qu’ils pouvaient mais les troupes allemandes avançaient toujours. C’était une ruse. On les laissait avancer pour ensuite mieux les encercler et quand ils seront coupés de leur base…ça sera leur fête !

    Nous ici, nous étions encore bien loin des combats et avant que les allemands arrivent en France, il passera de l’eau sous les ponts de la Touvre (1)

    La vie à Magnac était très agréable. Nous étions à la campagne et nous avions le parc à notre disposition. Les gens du cru étaient très gentils et nous nous fîmes rapidement des amis. Nous avions fêté Noël 1939 tous ensembles sans trop de soucis et pris nos petites habitudes.

    (1)   Nous comptions sur la ligne Maginot pour arrêter les allemands en ignorant superbement les grandes plaines frontalières de Belgique.

    La Touvre, c’est la rivière à truites qui arrose Magnac et Ruelle. Elle a un fort débit. Elle est large et peu profonde.

    Quand je reçu ma convocation pour aller passer le conseil de révision, je fus très surpris que ce soit à Paris. Après tout, cela me ferait une balade. Je prends donc le train et je me rends à Gentilly. Je suis hébergé chez ma grand-mère qui est toute heureuse de me revoir. Le soir je couche dans ma chambre, dans le logement de mes parents.

    Je passe le conseil au cinquième bureau, place Saint Sulpice à Paris. Je suis avec trois copains : Toutou, Ciarella et Marcel Dumas. Nous sommes déclarés tous les quatre bons pour le service, cet à dire bons pour faire des futurs morts en bonne santé.

    Le soir même nous sortons tous ensembles en boite à Montparnasse pour fêter dignement cette promotion sociale.

    Dehors, il fait très sombre à cause du couvre-feu mais à l’intérieur ce sont les grandes lumières. Nous faisons ainsi plusieurs établissements à chanter et picoler plus que de raison.

    Nous sommes obligés de prendre un taxi pour rentrer à Gentilly.



                                                     Mon départ à l’armée.

    Si j’ai bonne mémoire, c’était en juin 1940, le dimanche 9 juin exactement.

    Sur mon ordre de mobilisation il était indiqué que j’étais affecté au 29eme GRDI ( Groupe de reconnaissance divisionnaire d’infanterie) situé à Limoge, caserne Marceau, au 20eme dragon, cet à dire dans la cavalerie. J’étais très déçu. Déjà employé dans un service de la Marine et ayant fais ma préparation militaire dans cette arme, je m’attendais à rejoindre un port. Hélas, on connaît la logique de l’armée française, on demande à quelqu’un sachant monter à vélo de vider les tinettes ou au plâtrier de préparer la soupe. L’inversion des compétences étant considérée comme salutaire sauf pour un bon vivant destiné à faire un mort. Si nous avions perdu cette guerre, c’est bien à cause d’un manque cruel de logique à tous les échelons.

    Bref inutile d’épiloguer plus longtemps. Obéi, tais-toi, tue ou fait-toi tuer, on ne t’en demande pas plus. C’est simple et carré pour une fois.

    Après un copieux déjeuné prit en famille et la traditionnelle effusion sur le quai de la gare de Magnac, je monte dans l’autorail, un ABJ Renault avec 2 remorques. J’avais pris avec moi une grande valise où ma mère avait entassé des objets de toilette, du linge et quelques bons gros pull-overs au cas où l’armée ne nous aurait pas vêtu assez chaudement. J’avais également un appareil photos 6x9 et du matériel pour écrire et dessiner. J’avais calé tout çà avec des bons gâteaux charentais que je m’étais procuré la veille à Ruelle dans ma pâtisserie préférée.

    Les deux charmantes jeunes filles du pâtissier auxquelles je faisais mes adieux, s’étaient faite un plaisir de me confectionner un paquet bien garni des meilleures spécialités de la maison.

    La ligne d’Angoulême à Limoge était à double voie jusqu’au Querroy et ensuite à voie unique sur le reste du parcours. La seule localité importante sur ce trajet est la petite bourgade de La Rochefoucaut. Le voyage est relativement long sur cette courte distance de 150 Kms. Nous sommes en guerre et le carburant se fait déjà rare. Quelques autorails ont été transformés au gazogène à titre d’essai. Une poignée de mois plus tard, tous les autorails et autobus en étaient équipés. Les trains étant plus rares, les wagons sont surchargés. J’étais debout, près de la porte, ma valise entre les jambes pour ne pas l’oublier car à cette époque j’étais déjà très étourdi.

    Je réfléchissais à la situation. Les allemands ont envahi la Belgique. Ce n’est pas grave pour nous, ils l’ont déjà fait en 14 et on les a quand même eu. D’ailleurs, c’est mathématique, nous devons vaincre car nous sommes les plus forts. Ce slogan revient comme un leitmotiv. On nous l’a rentré dans la tête. L’armée française est la plus forte, la mieux équipée et nos soldats dignes de leurs parents de 14-18. Nos troupes sont bien entraînées et bien nourries contrairement aux troupes allemandes qui manquent de tout. Comment ne pas gagner cette guerre avec autant d’atouts dans son jeu ?

    En traversant les petites gares, je contemple cet acier victorieux mis en tas dans les gares en attendant que l’on vienne les chercher pour couler les canons de la victoire. (1)

    Bref tout allait bien le temps que je fasse mes classes. L’armée française aurait, d’ici là, balayé l’armée d’Hitler et je n’aurais plus qu’à rentrer dans Berlin l’arme à la bretelle et ce fou monstrueux d’Adolphe finirait enfin sa vie derrière les barreaux.

    Après avoir mangé un ou deux gâteaux et bu un bon coup de rouge extrait de ma valise nourricière, le train arrive en gare de Limoge Bénédictins.

    Là, un brigadier nous attend et nous fait mettre en rangs pour rejoindre la caserne. On nous affecte aussitôt à une chambrée. Je suis au dernier étage, sous les toits où les fenêtres sont mansardées. J’occupe le 3eme lit à partir du mur de la mansarde. Je demande au brigadier où il faut se rendre pour casser la croûte. Il me répond que la soupe est à 18h et comme il est 18h30, il faudra attendre demain. Heureusement pour moi que j’ai encore ma valise bien remplie en pâtisseries. La chambrée est triste. Peintures sombres et sales, les lavabos sont dégoûtants et les bidets débordent de pisse. (2) Quand aux petits coins, il faut descendre dans la cour. Pas besoins de balises, l’odeur suffit à les trouver du premier coup.

    Au milieu des autres appelés, je reconnais un dénommé Lustron  qui s’est trouvé en même temps que moi à la communale. Il est sale et sent toujours aussi mauvais. C’était un de ces nombreux cancres qui n’avaient même pas réussi à décrocher le certificat d’étude. Pour son excuse son environnement familial n’y était certainement pas étranger. Nos relations ne vont pas plus loin qu’un simple bonjour.

    Cette première nuit de caserne, je ne me rappelle plus si j’ai bien dormi mais ce que je me souvient très bien, c’est le réveil, le brigadier hurlant à 6h du matin : « Debout la dedans, bande de fainéants ! »

    Le premier de rangée est désigné pour aller au jus. Dix minutes plus tard, mon quart est rempli de café, enfin si on peut désigner par ce nom ce liquide noir qui sent tout sauf le café.

    Je reçois également un bout de pain extra dur et une tablette de chocolat Meunier. Je crois que je n’ai pas touché au pain et que j’ai terminé mes gâteaux.

    Nous allons ensuite au magasin d’habillement où on nous remet des treillis, 2 chemises, 2 caleçons longs, 2 paires de groles et 1 serviette. J’étais parti avec des godasses montantes en bon cuir que j’avais acheté à Angoulême, croyant la rumeur que l’on nous les rembourserait en arrivant à l’armée, ce qui s’avéra évidemment entièrement faux. On nous remit également 1 calot, 2 mouchoirs, 1 fourchette et 1 assiette en fer et 1 bout de savon.

    On nous rassembla ensuite dans la cour pour la présentation au colonel et pour le 1er exercice.

    Notre colonel était un homme de bonne prestance, d’une cinquantaine d’années avec un léger embonpoint. Il était réserviste et exerçait dans le civil la remarquable profession de chiffonnier en gros. Il s’appelait Breton et était natif de Périgueux.


    (1), 6 mois plus tard, c’était les allemands qui enlevaient ces tas de ferraille destinés à forger les armes de la victoire du grand Reich.)

    (2) Les bidets étaient destinés aux cavaliers débutants qui revenaient du manège les fesses en  feu après les premiers exercices de monter à cru, cet à dire sans selle.

    Il nous fait son discours de bienvenue certainement identique à la virgule près à ceux émis par les pères du régiment dans toutes les autres casernes de France.

    Il nous présente ensuite notre adjudant et notre sergent instructeur. L’adjudant, un gars du Midi, a l’air complètement abruti. Il se nomme Lasternas. Nous avons constaté par la suite que le Pernod n’était pas étranger à cet état de choses.

    Le sergent, plus jeune et plus sympa est aussi du Midi. J’ai hélas oublié son nom. Nous voici  maintenant à apprendre à marcher au pas. Je n’étais pas particulièrement doué pour ce genre de prestation que je trouve un peu idiote. On critique les allemands avec leur pas de l’oie et on voudrait nous faire faire la même chose, enfin, en version canard. Il y en a un qui est parfaitement allergique à cette façon de se déplacer en groupe, c’est mon futur ami Jacques Bougnol dont nous n’allons pas tarder à faire connaissance. Il devient la bête noire du sergent.

    On croirait qu’il le fait exprès de marcher comme tout bon civil qui se respecte en sortant d’un débit de boisson. Et voila enfin arrivé le premier repas au réfectoire. Si les réfectoires militaires devaient avoir des étoiles, celui de la caserne Marceau avait du passer à coté de la distribution. Une table sur tréteaux comme, sur les marchés, des bancs pour s’asseoir, pas de nappe bien entendu et pour le service l’unique gamelle en fer et le gobelet en même métal appelé quart. On commence à nous servir une soupe qui possède de grandes similitudes avec  l’eau de vaisselle si ce n’est peut être la pâtée à cochons. Beaucoup n’y touchent pas et font les dégoûtés. Moi, je la mange quand même en  partant du principe qu’il faut goûter avant  de donner son opinion. Ma fois, ce n’est pas aussi mauvais.

    Gageons que présenté dans de belles assiettes, dans un restaurant 3 étoiles, ceux qui, l’ont dédaigné, l’auraient trouvé excellente. On nous rempli le quart avec du gros rouge très ordinaire mais buvable qui aurait certainement été plus apprécié dans un verre que dans ce gobelet métallique encore imprégné du café du matin. S’ensuit une lamelle de viande dont le nom de l’animal qui l’a fourni reste un grand mystère à nos papilles. La suite du banquet prend la forme d’une énorme louche de purée de fèves. Je crois que là nous avons affaire à une spécialité typiquement régimentaire n’en n’ayant jamais remangé ailleurs de toute ma vie. Cela craque sous la dent, le goût est situé entre le pois cassé, la pomme de terre et la purée de marrons. Dès que la première cuillérée arrive dans l’estomac, on sent nettement son centre de gravité baisser de 10 cm. Quand on a fini le plat, rien ne peut nous abattre, comme un culbuto, on se relève tout seul.

    Comme j’ai un solide appétit, je me mets en demeure d’avaler cette étrange nourriture. Il y en a qui, par prudence, sentent le plat de très près avant d’y goûter. Ils donnent là une occasion en or au copain d’à coté de plonger la tête du renifleur dans ce mortier colle. Fort de mon expérience de lycéen sur ce genre de plaisanterie de mauvais goût pour la victime et hautement spirituel pour le bourreau, je me suis toujours bien gardé d’approcher de trop près mon nez de ma gamelle. Comme quoi avec une telle mixture, un bidasse averti en vaut deux ce qui revient tout de même à doubler les effectifs d’un régiment.

    La seule différence avec le réfectoire de l’école, c’est qu’ici, on peut faire du bruit et ils sont nombreux ceux qui ne s’en privent pas. Le menu comprend également un quart de boule de pain toujours aussi dur et une petite portion de camembert tout droit sorti des usines Mussat, marque très connue du plâtre de Paris.

    Ceux qui n’aiment pas la purée de fèves, passez vos gamelles ! Avec trois ou quatre goinfres de mon espèce, nous finissons les portions de ces messieurs trop difficiles.

    A 18h30, après le repas du soir qui était identique à celui de midi, sauf que la soupe était encore plus claire, nous avons quartier libre à l’intérieur de la caserne.

    Le soir même de ce premier jour de caserne, je fais connaissance avec le foyer. Il est situé au premier étage. C’est un genre de café où l’on vend des casse-croûtes et où l’on peut y boire  vin, café, bière ou sodas. On peut aussi écouter la radio. Je m’assieds à une table pour boire un verre de vin et écrire ma première lettre à mes parents en écoutant le communiqué du soir :

    ‘Tout va bien, nos troupes se replient victorieusement en bon ordre sur des positions préparées à l’avance. Tout va très bien, nous sommes toujours les plus forts. Les allemands sont aux abois. Ils manquent de tout. Chez eux, c’est la famine. C’est çà qui les rend si agressifs. Les malheureux, ils ne savent pas ce qui les attend quand ils vont tomber sur le gros de l’armée française. Là ça va faire mal !

    Huit jours, tous aussi monotones, se passent à faire des exercices sans arme dans la cour. Le soir nous sommes toujours consignés. Impossible de sortir en ville. Nous avons hâte d’avoir notre première perm du soir.

    De temps en temps je vais à la cantine située à côté du corps de garde et je m’offre un petit repas qui sort de l’ordinaire. Je n’ai pas encore réussi à me faire un vrai copain. Pour le moment c’est chacun pour soi. Cela me semblerait moins dur si je faisais parti d’un groupe mais je n’arrivais pas encore à accorder mon amitié à une personne en particulier. Le soir dans la chambrée, il y en a beaucoup qui chahutent et qui se couchent avec une bonne cuite. Un soir, celui qui pieute à ma droite se met à dégueuler, éclaboussant mon lit et même ma figure. Il me fallut plus d’une heure pour tout nettoyer. Il y a avec nous un bohémien extraordinaire qui réussi un double saut périlleux en sautant de la table. Je commence à sympathiser avec un gars dont j’ai aujourd’hui oublié le nom.

    Je me rappelle toutefois son aspect physique parce qu’il est présent sur des photos. On l’avait surnommé Hitler à cause de sa façon autoritaire de parler et de ses deux poils sous le nez. Un autre se joint à nous, Maurice Guéton, un grand frisé un peu farfelu qui avait toujours le bourdon. Il y avait aussi avec nous des élèves vétérinaires car il ne faut pas l’oublier dans la cavalerie il faut également des soigneurs pour les canassons. Nous étions pour le moment motorisés et l’instruction portait sur les motos. Notre groupe de reconnaissance étant en principe équipé de side-cars Gnome et Rhone.

    Il y avait le conducteur puis derrière lui, le chef de patrouille et dans le side, le mitrailleur qui disposait à l’avant comme à l’arrière d’une barre sur laquelle il pouvait appuyer son fusil mitrailleur. Entre la moto et le side il y avait une caisse de grenades. Notre instruction portait sur la moto et surtout sur le fusil mitrailleur MAC 24/29 dont notre régiment n’en possédait qu’un seul. Cet unique exemplaire était réservé aux élèves. On nous apprenait à le démonter et le remonter les yeux bandés. J’étais d’ailleurs le meilleur de tous à cet exercice.

    On nous expliquait qu’en principe le chargeur contenait au maximum 25 cartouches de 7,5x54 mais qu’il ne fallait l’utiliser qu’avec 24 cartouches, sinon le mécanisme se bloquait. Avant de recharger il fallait donc ôter une cartouche du chargeur qui était administrativement toujours fourni avec 25 cartouches, autrement elles auraient soit disant bouger dans le magasin. Et le ressort de poussée, il sert à quoi ?

    Pratique. Devant l’ennemi : Soyez chic, attendez un instant que l’on retire une balle pour vous flinguer ! De toute façon, le seul chargeur, à notre disposition, était vide et de ce fait nous n’avons jamais tiré avec le fusil mitrailleur. Maigre consolation, on savait parfaitement le démonter. Quand nous avons enfin reçu un fusil, il s’agissait d’un modèle très ancien, un mousqueton Berthier à cartouche de 8mm de 1892. Et pourtant, nos magasins regorgeaient d’armes modernes et performantes mais il fallait d’abord user le vieux matériel. L’armée était économe et ne voulait pas gaspiller les deniers publics. Bien évidemment, tout ce beau matériel a été saisi par la commission allemande d’armistice.

    Les communiqués à la radio devenaient de plus en plus inquiétants. Les allemands se rapprochaient de Paris mais l’armée française avait évidemment la situation bien en mains. On nous disait que c’était la 5eme colonne la cause de tous nos déboires. On voyait des espions partout. Les affiches nous mettaient en garde contre les oreilles ennemies qui nous écoutent. On pouvait lire sur les affiches : Les murs ont des oreilles, la 5eme colonne est parmi nous. Les français embarquaient à Dunkerque mais il s’agissait là, bien entendu, d’une manœuvre stratégique. Je n’étais pas dupe et l’enthousiasme du début fut vite remplacé par une sincère amertume. Notre belle victoire  s’estompait.

    Enfin on pouvait sortir de la caserne. On nous fait faire de longues marches avec les sacs à dos dans la campagne environnante en croisant le flot ininterrompu des réfugiés qui se dirigent vers le sud. Nous avons encore le cœur de chanter des chansons patriotiques ou paillardes. Dans un camps d’entraînement, au nord de Limoge, on nous fait creuser des trous Gamelin. C’est tout simplement génial. Vous êtes armé d’une pelle et d’une grenade et vous apercevez, au loin bien sûr, un char ennemi qui fonce dans votre direction.

    Vous gardez votre sang froid. Bien que cette expression ne soit pas adaptée à cette situation, il vaut mieux l’avoir encore chaud sachant qu’il risque dans un instant d’être réellement froid. Vous gardez donc votre sang froid et à tout vitesse vous creusez un trou de 50 cm de diamètre sur 2 m de profondeur avec la pelle bien sûr, pas avec la grenade car celle-ci va bientôt vous servir. Une fois le trou creusé vous vous y précipité en ayant prit soins au préalable de mette la terre dans vos poches ou de creuser un autre trou pour l’y enfouir de manière de ne pas attirer l’attention de l’ennemi qui, c’est sûr, va être terriblement surpris. Le char, n’y voyant que du feu, passe au dessus de vous sans s’en rendre compte.

    La, il est à vous. Dès qu’il a dépassé votre position vous lui balancez la grenade dans l’arrière train en visant les chenilles. Ce n’est peut-être pas fair-play d’attaquer un ennemi par l’arrière mais vu les circonstances, tous les moyens sont bons. On se demande alors comment on a pu perdre cette guerre avec des moyens aussi extraordinaires. Quelle lumière ce Gamelin. Comment se fait-il qu’avec de tels cerveaux, ces arriérés teutons ont réussi à envahir ce pays peuplé d’autant de génies. Quand on pense qu’il y a des mauvaises langues qui disaient que quand les panzers, 22 tonnes tout de même, repéraient ces trous, ils tournaient sur place, juste au dessus et les chenilles refermaient le trou sur le pauvre troufion qui n’avait plus qu à se transformer en héros bien malgré lui, en se faisant sauter avec le char. Ce procédé avec tout de même pour avantage de ne pas avoir à creuser une tombe pour l’infortuné troufion. Heureusement, en France la tradition kamikaze n’avait pas encore fait d’émule et pour un pays qui n’avait pas d’arme mais beaucoup d’idées, celle de sauver sa peau prévalait sur les élucubrations d’un état major bien planqué à l’arrière du front.

    14 juin 1940, les allemands viennent de faire leur entrée dans Paris. Mes grands-parents sont restés et ont refusés de se faire évacuer. L’occupation allemande, ils connaissent. A Roubaix, ils l’ont déjà subi lors de la précédente guerre. Plutôt que d’aller risquer leur vie sur les routes et de partir à l’aventure, ils ont préféré rester chez eux et ils ont bien fait. Le jour même de l’entrée des « chleux » à Paris, mon grand-père s’est rendu aux halles par le métro et en était revenu avec un grand sac rempli de provisions. L’électricité a toujours fonctionné. Les rues étaient désertes mais les rares parisiens qui sont restés n’ont pas eu à le regretter.

    Le gouvernement s’est réfugié à Bordeaux. Cette fois cela va très mal et ce ne sont pas les communiqués optimismes à la « Tout va très bien madame la marquise »  qui peuvent nous rassurer. Des dizaines de milliers de réfugiés sont sur les routes. Les belges sont dans les premiers, suivis des gens du Nord de la France. Maintenant à Limoges nous voyons arriver les premiers parisiens. La plus saisissante fuite collective de l’histoire de France. 2 millions d’habitants quittèrent Paris et sa banlieue. Pour la première fois les voitures servent à autre chose qu’aux vacances. On croise aussi des gens en carrioles tractés par des chevaux ou des bœufs, en charrettes à bras, à bicyclettes ou tout simplement à pieds. Les toits des voitures sont recouverts de plusieurs couches de matelas pour absorber le choc des balles lancées par les mitraillages aériens.

    Les rues de Limoges sont encombrées de réfugiés cherchant en vain un hébergement.

    Il était 17h quand soudain on sonne le rassemblement. Dans la chambrée le sergent demande à ceux qui ont déjà fait la préparation militaire de lever la main. Comme un ballot, je lève la mienne en me disant qu’en suivant la logique militaire en cour jusqu’à présent, si on demande quelqu’un de compétant pour tenir un fusil, c’est certainement pour lui faire effectuer tout autre chose. Nous sommes une bonne douzaine à tomber dans le panneau.

    On nous amène au magasin où on nous remet un fusil, un pain et une plaque de chocolat. Notre bidon est rempli de pinard. On nous remet également un bracelet avec sa médaille gravée à notre matricule. Il y a des pointillés pour pouvoir scinder la médaille en deux. Le gros morceau reste avec la chaîne sur notre cadavre et le petit morceau,  lui, est cloué sur le cercueil en cas de décès tout à fait fortuit. Par contre pas de casque. Il n’en restait plus. De munitions encore moins. On verrait plus tard. De toute façon il y avait la baïonnette. Il suffisait d’approcher les boches par l’arrière, décidemment, et de les embrocher comme de vulgaires poulets !

    Nous montons dans une camionnette bâchée et nous voila sur la route de Bellac. On ne nous dit rien sur la destination ni sur ce que nous aurons à faire mais comme nous avons pris la direction du nord et que c’était la direction où se trouvait l’ennemi, on commence à comprendre ce que l’on veut de nous. Sûrement un baroud d’honneur, les dernières cartouches bien que les notre tardent à venir. Notre cadre, un vieux brigadier d’active qui prétendait avoir fait 14, n’en savait pas plus que nous.

    Certains émettent l’hypothèse que nous allons monter en ligne puisque on nous a refilé des mousquetons mais du fait que nous n’ayons touchés ni casques ni munitions, cela semblait anormal. Nous roulons ainsi pendant plusieurs heures en revenant souvent sur notre chemin. Enfin on s’arrête. On est sur La RN20. Sur les bas-côtés et dans les champs, il y a  des tas de soldats et de civils qui campent tant bien que mal et à 20h on nous fait creuser 2 petites tranchées de chaque côté de la route. Alors, les pelles dans la camionnette, c’était pour ça ?

    On s’installe dans l’herbe pour dormir avec notre quignon de pain et notre plaque de chocolat. Nous sommes en treillis léger, sans couverture ni sac de couchage. Bien que cette journée de juin eu été chaude, la nuit est fraîche et comme il a plu la veille, l’herbe est encore mouillée. Impossible de s’allonger à même le sol. Je repère alors sur l’accotement un tas de petits cailloux destinés à l’asphaltage et j’en fais un matelas un peu raide mais sec. Je m’endors comme si j’étais dans mon lit. Le matin une camionnette nous apporte un peu de ravitaillement et quelques chargeurs.

    Enfin des munitions. Cette fois nous étions de vrais soldats. Il ne manquait plus que d’avoir l’ennemi en face pour en découdre. C’est alors que les plus curieux essayent les chargeurs dans les fusils. Ils n’y rentrent pas. On nous a refilé des chargeurs contenant 5 cartouches de 7,5x54 alors que les notre contiennent 3 cartouches de 8 mm !  C’est toujours pour un fusil Berthier mais pour le modèle 07-15M34 modifié pendant l’entre deux guerres pour recevoir une nouvelle tête de culasse et un nouveau canon chambré en 7,5x54. Nous on avait en main les vieux rossignols  de 1892 chambrés d’origine en 8mm Lebel ! Nous étions des privilégiés à côté des combattants qui battaient en retraite équipés de vieux fusils Gras de 1874 qui étaient des chassepots modifiés datant de 1866. Une vraie ballade au musée ! Les journées se passent à regarder défiler le reste de l’armée française et les malheureux réfugiés  se traînant sur la route complètement désorientés.

    Certains d’entres-nous avaient récupéré des fusils derniers modèles, des MAS 36, récupérés dans les fossés et compatibles avec nos munitions. La plupart des soldats qui se repliaient, jetaient leurs armes devenues inutiles. Devant les fuyards qui nous racontaient les combats désespérés auxquels ils avaient participé, nous faisions figure de héros. On comptait certainement sur nous pour stopper définitivement l’armée allemande. 12 hommes contre une armée, des troupes fraîches comme des Panzanis, destinées à résister jusqu’au dernier souffle. Enfin, c’est ce que pensait le vieux brigadier qui commençait déjà à échafauder un plan de contre-attaque surprise. Peut-être était ce là une façon de se donner de l’importance. Pensez, un simple brigadier commandant 12 hommes qui refusent la défaite, ça vous pose un homme.

    A ce moment un capitaine d’infanterie qui battait également en retraite s’arrête à notre hauteur. «  Mais qu’est ce que vous foutez-là ? » Le brigadier lui répond que nous attendons les allemands. «  Mais vous êtes fou, vous allez vous faire massacrer ! Ils sont dix fois plus forts que nous. Les carottes sont cuites. La seule chose à faire maintenant, c’est d’éviter qu’il y ait encore de victimes. Si vous voyez arriver les allemands, ne faites rien, restez en place en levant à bouts de bras votre fusil au dessus de la tête. Ils ne tireront pas. Tout au plus, ils casseront votre arme. Inutile de rester là. Où est votre officier ?

    Mais nous n’en avons pas. Je suis le seul gradé dont dépend ces hommes, réplique le brigadier.

    Alors c’est moi qui vous donne l’ordre de vous replier. (1)

    On ne se le fait pas dire deux fois et nous voila à notre tour à battre en retraite sans avoir jamais donné le moindre coup de feu. On se joint à la file des autres fuyards et réfugiés en direction de Limoge. Cette fois-çi, nous sommes à pieds. La camionnette n’est plus là. Au bout de 10 Kms, notre groupe est récupéré par un officier qui nous prend sous ses ordres et nous fait cantonner dans l’école communale de Chaptelat.

    C’est dans un café situé à côté du cimetière que nous apprenons la signature de l’armistice. Tout le monde approuve à cent pour cent la décision du Maréchal d’arrêter cette bataille perdue d’avance. Nous comprenons que la seule et unique victoire qui reste à notre portée, c’est de sauver ce qui peut l’être encore, à savoir la vie des survivants qui se sont battu vaillamment mais en nombre et en moyens dérisoires par rapport au rouleau compresseur allemand. A la suite de cette guerre désastreuse tout le monde est remonté contre nos dirigeants politiques qui  par bêtise, par incurie et sales combines, ont laissés tranquillement Hitler s’armer et envahir l’Europe.

    Seulement deux ans plus tôt, on aurait pu mettre un terme à son délire avec le minimum de pertes. La ligne d’arrêt des combats se situe juste au nord de notre dernière position. Dès le lendemain matin, nous regardons passer, l’arme à la bretelle les side-cars allemands de la commission d’armistice qui se rendent à Limoges, un fanion blanc bien en vue sur le véhicule de tête. Dans la journée, nous sommes regroupés sur place et confier à la police de la route. Nous réglons la circulation sur la RN20 au carrefour de Chaptelat. Les réfugiés arrivent toujours aussi nombreux ainsi que les débris de notre armée. Les allemands, dans leur avancée foudroyante les ont dépassé et dans la zone qu’ils contrôlent, c’est eux qui assurent la circulation et le ravitaillement.

    Un matin, à l’appel, on nous annonce que nous allons regagner notre caserne. Le capitaine nous demande de regrouper les chevaux de l’armée qui errent un peu partout dans les champs. Nous allons les ramener à Limoges. Nous n’avons aucun mal à rassembler 5 canassons chacun. Je fais remarquer au capitaine que la ville est à 15 Kms et qu’à pieds, cela fait quand même beaucoup. Il me répond : « Vous êtes cavalier, alors montez-moi fissa sur ce cheval et accrochez les autres derrière ! »

    «  Mais mon capitaine, c’est que je ne sais pas monter à cheval, on ne nous l’a jamais appris ! »

    «  Et bien, justement, vous avez-là une bonne occasion d’apprendre. Allez, exécution ! » Avec bien du mal et aidé par les autres cavaliers aussi novices que moi, j’arrive à grimper sur un gros cheval blanc que j’avais choisi car il semblait plus pépère que le autres. Il n’y a pas de selle, seulement des rênes et il faut monter à cru comme les peaux rouges.

    (1) Si cet homme se reconnaît en lisant ces pages qu’il se fasse connaître, on lui doit certainement la vie.


    Notre caravane s’ébranle. Je suis en tête. Quel honneur. Mais pas plus fier que ça. Nous avançons lentement à travers la foule des réfugiés qui encombrent la route. A mi-chemin, nous faisons une halte devant un abreuvoir où nos bêtes, dans un triste état, peuvent se désaltérer. IL fait très chaud. Je remonte sur mon canasson en empruntant la margelle de l’abreuvoir pour me hisser et nous repartons cahin-caha. A l’entrées de Limoges, je me fraye un passage au centre de la rue, écartant les réfugiés qui encombrent trottoirs et chaussée.

    Bientôt, je dois stopper notre convoi, devant moi surgit une locomotive d’un train de tramway de La Haute Vienne. Le mécanicien actionne son timbre avec insistance pour que je lui laisse le passage mais mon bourrin, lui, ne veut rien savoir. J’y suis, j’y reste semble être sa devise. Ceux de derrière, itou. Il y a de la solidarité chez les chevaux. Je descends alors et je tire le mien par la bride. Je passe au suivant pour faire la même chose mais au fur et à mesure que j’en fait dégager un, les autres, imperturbables, reprennent leur place, bien centrés au milieux des voies !

    Les réfugiés qui assistent à ce manège ont tous le sourire. « Elle est belle notre armée, pas étonnant que nous l’ayons perdu cette foutue guerre ! » semblent-ils penser à voix haute. Enfin il se trouve des patriotes parmi les civiles hilares à se porter au secours de l’armée française dont je suis le lamentable représentant. Mes 5 chevaux sont tirés par des volontaires et le train peut enfin passer. Ensuite, comme il faut bien remonter sur ma monture et que je n’y arrive pas comme dans un film comique, deux grands gaillards, parmi les réfugiés, m’attrapent à bras le corps et me remettent sur mon fier destrier.

    10 minutes plus tard, je faisais une entrée triomphante dans la caserne Marceau. Le corps de garde me rendant les honneurs en me présentant les armes. J’étais devenu cavalier et je venais d’accomplir ma première mission avec succès !
    Anonymous
    Faut-il en rire ?
    Invité


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    Le pistonné Empty Re: Le pistonné

    Message par CASTOR2 le Sam 18 Avr - 17:48

    Avec ou sans bandes molletières...
    La 7ème compagnie n'est pas loin !  
    "‘Tout va bien, nos troupes se replient victorieusement en bon ordre sur des positions préparées à l’avance. Tout va très bien, nous sommes toujours les plus forts…"
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    Le pistonné Empty Re: Le pistonné

    Message par junker le Dim 19 Avr - 9:42

    Cela me rappelle certains film hilarant de l'époque ou tout ce qui était militaire devenait loufoque et raillerie !!! Mais c'est simplement très bien écrit !!
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