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    Adieu César 6

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    Adieu César 6 Empty Adieu César 6

    Message par CASTOR2 le Sam 21 Mar - 17:24



    À l'époque, l'auteur servait dans l'Aéronavale, à bord d'un quadrimoteur "Privateer".
    Le 8 mai 1954 il évacua en parachute son avion touché à proximité de Diên Biên Phù.
    Prisonnier, il fut torturé par le Viet-Minh et vécu au Camp 42 dans des conditions abominables.
    Il mit des années à surmonter physiquement les conséquences des sévices qu'il avait endurés en captivité.
    C'est cette histoire qu'il nous raconte.
    (Je n'ai repris qu'une première partie)


    Adieu César 6 Privat10


    Ce 8 mai 54, Diên-Biên-Phù est tombé officiellement la veille le 7 vers 17 h. Un poste, "Isabelle", avait résisté jusqu'à 1 h du matin avant de tomber également. Ce matin, nous avions tous de la peine pour les gars du camp retranché. Qu'allaient-ils devenir ? Qu'est-ce que les Viets allaient faire d'eux après tant de courage et de sacrifices ?
    Quand nous avions terminé nos bombardements, au plus près des postes, en reprenant le cap de retour vers Haïphong, je regardais jusqu'à ne plus voir Diên-Biên-Phù en essayant d'imaginer la vie de nos camarades d'en bas, leur angoisse et depuis quelques jours les mauvaises nouvelles.
    Ce matin du 8 mai, c'était fini, d'autres épreuves allaient commencer pour eux, mais au moins, il n'y aurait plus ce danger de blessures et de mort. Du moins le croyions nous ! À la flottille, des groupes s'étaient formés pour parler de ces derniers événements.

    Ayant un gros rhume, je décide d'aller à l'infirmerie pour ne pas risquer une otite pendant le vol (c'est ce que nous risquions). Je ne me souviens plus à qui, mais je demande même à un camarade de me remplacer en cas de décollage. Avec le vélo de la flottille, je prends la direction de l'infirmerie. Avant de passer un bâtiment qui m'aurait caché le parking de la flottille, je me retourne et je vois les gars courir vers les avions. J'y retourne rapidement pour apprendre que deux équipages doivent décoller, dont le nôtre, pour effectuer une coupure de route sur Tuan-Giao près de Diên-Biên-Phù.
    La veille en rentrant de vol de nuit, j'avais oublié de fermer la trappe supérieure et comme il avait plu, les deux parachutes du poste arrière étaient mouillés. Kéromnès me les passe et je vais les changer avec ceux d'un autre avion qui ne décolle pas. Détail qui allait être très important par la suite.

    Nous décollons avec le César 6 (indicatif de la flottille) chef de bord EV Monguillon, en groupe avec César 8, chef de bord EV Boulier, quelques minutes plus tard. Arrivé sur l'objectif, nous effectuons le bombardement pour une coupure sur la RP 41, mais une bombe reste accrochée en soute. L'autre avion prend le cap de retour pendant que nous nous représentons pour larguer manuellement cette dernière bombe. Kéromnès va dans la soute et effectue la manœuvre. L'un de nous signale dans le téléphone de bord, des camions sur la route. Notre chef de bord ordonne l'armement des postes de combat. Sachant que Loulou Stéphan préfère la tourelle de nez, je me dirige vers l'arrière pour armer la tourelle de queue. Nous nous croisons sur la passerelle de la soute à bombes en échangeant une accolade, la dernière. Je ne le reverrai plus. Les blister gauche et droite sont déjà armés, le gauche par Kéromnès, le droit par Lacrosse le second radio C'est la première fois que j'utilise la tourelle de queue, faveur que je dois à Kéromnès qui est mon patron armurier.

    Monguillon, aidé par le navigateur Le Coz manœuvre pour nous ramener vers les camions.
    La tourelle avant, puis les blister (tourelles situées de part et d'autre de l'avion derrière les plans) commencent à tirer et à mon tour quand je vois les camions, j'ouvre le feu. Cela fait du bruit car chaque tourelle est équipée de deux mitrailleuses de 12,7.

    Adieu César 6 Bliste10


    Soudain, je vois assez loin derrière, des tirs de DCA, puis d'autres plus près. Je m'apprête à signaler quand j'entends dans le téléphone de bord Le Coz disant :
     - « Chef de bord, vous pouvez dégager sur droite »
    - « D'accord, je vais essayer »

    Cet échange d'une sécheresse inhabituelle chez ces deux gars me surprend.
    Je continue à tirer sur de légères fumées qui peuvent être des départs de tirs. L'avion a un soubresaut, je sors précipitamment pour voir si ce n'est pas la tourelle qui se décroche (J'avais lu ça dans un livre de maintenance quelques jour auparavant). Rassuré, je remonte dans la tourelle et, avant de refermer les portes, je vois Lacrosse sortant de son blister avec un air qui me paraît un peu inquiet. Je mets cela sur le compte des tirs que nous venons de subir et peut-être une panne dans sa tourelle.
    Je reprends mon poste et le tir parce qu'en dessous, la DCA continuait à nous tirer.
    Des étincelles et des flamèches passent sur le côté de ma tourelle et, comme c'est la première fois que je suis à ce poste, je pense qu'elles sont dues aux tourelles qui tirent de l'avant.
    Il se produit un incident de tir sur une mitrailleuse et tout en continuant à tirer avec l'autre, je voudrais le signaler à Monguillon mais il n'y a plus de contact radio.
    Soudain, plusieurs secousses déséquilibrent l'avion, j'ouvre précipitamment mes portes coulissantes et une fumée épaisse envahi ma tourelle Dans ma précipitation, j'oublie la seule façon de sortir : se hisser avec les bras pour dégager les jambes et je me laisser tomber en arrière. C'est à ce moment que d'autres explosions se produisent projetant une multitudes d'éclats.
    La partie supérieure de ma tourelle explose.
    Je me redresse et sors péniblement, la fumée m'asphyxie, je me dirige vers l'endroit où sont accrochés les parachutes en enjambant la trappe photo qui est ouverte. Lacrosse ouvre la porte qui communique avec le poste avant par la soute bombe. C'est un énorme chalumeau. La table au dessus de laquelle se trouve le dernier parachute commence à brûler, la fumée est de plus en plus épaisse, je commence à ne plus savoir ce que je fais.
    J'arrive enfin à décrocher le parachute de la paroi et le fixer à mon harnais.
    Je me dirige vers la trappe photo avec l'intention d'accrocher Lacrosse par la sangle de sécurité qui sert à nous amarrer quand nous prenons des photos mais j'y renonce vite, trop vite peut-être, mesurant le peu de chance de réussite avec si peu de temps et l'urgence de la situation.
    Après un court moment d'hésitation,, je plonge la tête la première et c'est le choc de l'ouverture, le silence qui surprend après le bruit des moteurs en survitesse.
    Devant moi l'avion continue en semi piqué. Tout le plan droit est en feu. Quelques secondes après, il se décroche et tombe en tournoyant avec ses deux moteurs.
    L'avion continue sa trajectoire et s'écrase presque aussitôt sur le flan d'une colline. Une épaisse fumée noire s'élève, les munitions explosent, des flammèches m'entourent mais ne touchent pas mon parachute.
    Derrière moi, je vois deux autres parachutes assez loin mais proches l'un de l'autre. Dans le prolongement j'aperçois une piste qui sera identifiée comme pouvant être celle de Na-San. La descente me paraît longue, je vois 10 à 15 Viets courant dans la direction où je dois tomber. Je ne réalise pas très bien ce qui m'arrive, la fumée m'a comme anesthésié, je sens le cochon brûlé. J'ai le visage et les mains brûlants, j'ai pris un gros coup de chaud.
    J'essaie de diriger mon parachute comme je l'ai lu, dans la direction opposée à celle des Viets mais en tirant trop et mal sur les suspentes, je provoque une glissade. Je préfère laisser faire.
    J'essaie de voir l'avion, mais il est tombé dans la forêt dense et est caché par l'épaisse fumée. J'aperçois une ouverture dans les arbres vers laquelle j'essaie de diriger ma chute mais je reste accroché en haut d'un grand arbre. Je me dépêche de me dégager avant l'arrivée des Viets et me laisse tomber dans un sous-bois épais à cet endroit. Je me relève et cours du côté opposé aux cris qui se rapprochent.
    En débouchant dans une grande clairière, je m'arrête net : une femme avec un balancier sur l'épaule viens vers moi. Elle réalise soudain et laissant tomber ce qu'elle porte, elle se sauve en criant. Je franchis rapidement cette clairière, remonte la pente en face et ne m'arrête qu'à bout de souffle. Je ne savais vers où aller, j'étais comme un animal avec une meute à ses trousses.
    Je n'aime pas la chasse pour cette raison.
    Des signaux, sortes de tam-tam sur des bambous retentissent un peu partout, je me dirige dans la direction opposée. Au bout d'un certain temps, 2 ou 3 h peut-être, ces signaux sont devenus plus lointains. Je suis peut-être sorti du cercle des recherches. J'ai soif, très soif. Je suis découragé.
    Plusieurs fois fois je vois passer des avions dont un Privateer. Je me précipite vers l'endroit le plus dégagé en faisant des grands signes sachant pourtant qu'il n'y a aucune chance d'être vu. Dans cette situation, la moindre lueur d'espoir est à saisir. Ma soif est si forte qu'il me semble apercevoir des canettes de bière Homel par terre et dans les arbres. Ce sont des hallucinations. Je m'assois contre un arbre pour essayer de mettre de l'ordre dans mes idées. Dès que j'ai vraiment réalisé ce qui m'arrive, je comprends que je n'ai aucune illusion à me faire quant à mon sort.
    Je n'avais pas encore terminé le livre "Soldat de la boue" mais ce j'avais lu n'était pas fait pour me rassurer.
    Qu'étaient devenus les deux autres dont j'avais vu les parachutes ? Quant à ceux qui n'avaient pas pu sauter, il n'y avait malheureusement plus d'espoir à avoir. La seule certitude est que cela s'est passé très vite.
    J'étais plongé dans mes pensées, pas très gaies quand j'entends des voix pas très loin et qui se rapprochent très vite. Je me fige, retenant mon souffle et je devine une vingtaine de Viets mi-marchant, mi-courant sur une piste qui se trouve à environ 5 m et que je n'ai pas vue. Je m'écarte de cette piste et à moitié courbé, tellement la végétation est dense, j'avance sans trop savoir où je vais, mais je cherche surtout à descendre pour trouver un point d'eau. Je porte ma tenue marine "gris souris", sous la combinaison de vol et les bottes. Tout est trempé, je dégouline de sueur et cette soif... ! Mon moral n'est pas brillant !
    Jusqu'ici, j'ai pu leur échapper par miracle en évitant les pistes et si, en 5 ou 6 h, j'ai pu m'éloigner de quelques kilomètres du point de chute, il est possible qu'ils ne retrouvent plus ma trace.
    À moins d'avoir tourné en rond !
    Si je pouvais rejoindre cette piste d'aviation, même en altitude un avion pourrait me voir au milieu. Mais où étais-je ? je ne le savais vraiment pas. Ce dont j'étais persuadé, c'est que ce n'était pas du cinéma !
    Essayant de ne pas faire de bruit, j'avance prudemment vers un point haut. En arrivant, j'aperçois vers le bas ce que je prends d'abord pour un mirage, dans un espace découvert, un plan d'eau. Oubliant toute prudence, je dévale, je vole vers l'eau, je me jette sur la petite digue et, me servant de mes mains, je bois, je bois jusqu'à plus soif.
    Enfin ma soif étanchée, je réalise que l'eau est très boueuse mais c'est la meilleure eau que j'ai jamais bue... !
    À quelques mètres se baignait un buffle et juste en face, de l'autre côté de ce point d'eau, à 20 m environ, une jeune femme vietnamienne, que je n'avais pas vue, lavait son linge tranquillement. Comment ne m'avait-elle pas vu arriver en courant, me jeter sur la digue pour boire alors que je n'avais rien fait pour ne pas me faire remarquer. Je ne comprenais pas. Je restais immobile. Je n'osais pas bouger. Elle frottait son linge en me regardant sans me voir..Une autre femme arrive avec des seaux au bout d'un balancier. Elle remplit un seau en me regardant sans me voir elle non plus. Elles plaisantent entre elles. Puis la nouvelle venue réalise soudain que je ne suis pas des leurs et se sauve en criant.
    Je bois rapidement quelques gorgées d'eau boueuse que je trouve tellement bonne et me précipite vers la colline pour m'éloigner.
    En me retournant, j'aperçois un village à 5 ou 600 m environ. Je m'éloigne le plus vite possible parce que je vais avoir des chasseurs à mes trousses.
    Je n'ai plus qu'une préoccupation maintenant que je n'ai plus soif, ne pas être pris. Vers où me diriger ? Si je trouvais un cours d'eau même petit, il me guiderait vers un plus grand et vers la mer.
    J'ai su plus tard en discutant avec d'autres prisonniers du camp que cela aurait été une erreur, beaucoup de villages étant construits sur leurs berges.
    J'entends encore quelques avions que je n'arrive pas à voir tellement la jungle est épaisse. J'arrive sur un sentier étroit, j'en ai marre de marcher courbé. Je décide de l'emprunter un moment pour progresser un peu plus rapidement. Je n'imagine pas un dénouement heureux, un poste français était exclu si près de Diên-Biên-Phù, ou encore un Vietnamien pro-français. Pourquoi pas ? Ces deux hypothèses étant irréalisables, il ne restait que le miracle.
    J'ai enlevé mes bottes pour faire moins de bruit.
    Tout est calme, la nuit commence a arriver. Le tam-tam avec les bambous a cessé. Il n'y a que des oiseaux criards, ça fait un peu lugubre. J'arrive à l'entrée d'une clairière étroite d'une trentaine de mètres de longueur que le chemin traverse, je m'engage, rien ne bouge et soudain arrivé de l'autre côté, trois viets se dressent devant moi. Un seul avec un fusil qui me met en joue, les deux autres ont des coupe-coupe. Je me retourne pour essayer de fuir, par réflexe, mais la clairière est entourée d'une dizaine de Viets tous avec des coupe-coupe. L'homme au fusil me dit qu'il ne me sera fait aucun mal si je ne tente rien. Un autre rampe vers moi, il me fouille en me tâtant pour voir si je ne porte pas d'arme.
    Les autres s'avancent, ils me passent un câble électrique autour du cou avant de nouer aux deux bras, le câble suffisamment tendu de façon à m'étrangler au moindre mouvement.
    Le Viet au fusil, le seul qui ait une arme, marche à côté de moi. Il dit qu'il regrette de ne pas être seul parce qu'il m'aurait accompagné chez les Français. Il ajoute que je n'ai rien à craindre depuis la politique de clémence d'Ho Chi Minh. Il me recommande de ne pas paraître content de ce qu'il me dit. Les autres ne comprennent pas le français, mais il y a des mouchards parmi eux. Il me dit d'ailleurs tout sur un ton très sévère pour donner le change. Nous arrivons dans le village où j'ai pu boire à ma soif. L'accueil des villageois est tout de curiosité sans aucun signe hostile.
    L'appréhension, l'angoisse du début fait place de plus en plus à un certaine détente, un soulagement, mes craintes s'envolent. Une vietnamienne me tend un bambou plein d'eau, une autre, la moitié d'un épi de maïs. Nous reprenons le chemin maintenant avec d'autres Viets qui sont bien armés.
    Avant de quitter le Viet au fusil, je le regarde longuement sans rien laisser paraître mais le remercie intérieurement très fortement pour son comportement qui avait apaisé mon angoisse.
    À chaque fois que nous croisions des Viets sur le chemin, mes accompagnateurs donnaient des explications sur moi, sans jamais remarquer d'animosité, seulement de la curiosité.
    Quand nous arrivons dans un autre village, la nuit est faite. Je suis pris en main par quatre Viets formés en deux équipes et parlant parfaitement le français. Ils sont en uniforme vert, casque avec l'étoile. Ce sont eux qui vont me questionner 5 jours et 5 nuits sans interruption avec quelques joyeusetés…
    …………
    Jean CARPENTIER
    > Extrait de « Les Privateer en Indochine » (Ed : amicale de la 8F-28F)

    (Source site aviateurs.e)
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    Message par junker le Sam 21 Mar - 17:45

    Quelle aventure !! Il a vécu le pire ! Un prisonnier est toujours un mort en sursis !!
    junker
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