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    Un aviateur saute sur Dien Bien Phu !

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    Un aviateur saute sur Dien Bien Phu ! Empty Un aviateur saute sur Dien Bien Phu !

    Message par CASTOR2 le Dim 23 Fév - 18:53

    Un aviateur de l'aéro navale (un "Pingouin"), abattu au-dessus de Dien Bien Phu qui fait son roulé boulé à côté d'Eliane 2 peu de temps avant la fin des combats.
    Un saut dont il se serait peut-être bien passé mais qui lui a fait vivre une page d’histoire…
    Voici son récit que je trouve passionnant. On y trouve  quelques anecdotes originales.
    Je n’ai repris que des extraits pour ne pas alourdir le texte mais je vous conseille la lecture complète.
    ("Pingouin" est le surnom « officieux » des pilotes de l’aéronavale. A leurs débuts les pilotes embarqués avaient tellement de mal à « manœuvrer » leurs appareils sur un porte-avions que les marins leurs avaient donné ce sobriquet !)


    "DIOMEDE" DESCENDU SUR DIÊN BIÊN PHÙ

    Le LV Klotz, qui effectue son troisième séjour en Indochine, est pilote de Hellcat à la 11F embarquée sur l'Arromanches. Le 22 avril 1954, il se présente avec son équipier sur Diên-Biên-Phù pour attaquer les Viets qui se sont emparées d' "Huguette1" la veille.


    Un aviateur saute sur Dien Bien Phu ! Hellca10
    (Photo ECPAD)

    Leader de Savart vert j'entame mon piqué. Le temps est excellent.
    L'objectif est très visible. La DCA également. Il faut être très précis.
    Estimant que mon bombardement ne le sera pas assez j'interromps ma passe et informe mon équipier que je vais la renouveler. En réponse il me signale qu'une fumée blanche sort de mon aile droite. Je n'aime pas ça mais ce qui est urgent c'est de larguer mes bombes sur l'objectif. Je le fais entre 2 et 3 000 pieds et entame une ressource. À ce moment précis je perçois un choc violent sur mon avion tandis que mon tableau de bord éclate. Je songe à me poser sur la piste en terre d' "Isabelle" qui est juste devant moi à une minute de vol.
    Je n'en ai pas le temps. Mon avion est en flammes….

    …Avec mon bras valide, comme le font les vrais parachutistes, je tente d'orienter ma chute en tirant sur les suspentes du côté opposé. Je ne réussis qu'à provoquer un balancement qui va devenir très inconfortable à l'arrivée au sol. Celui-ci me surprend. La terre, soudain, monte brutalement. Je me retrouve allongé sur le dos dans une rizière. J'évalue le sommet d' "Eliane 2" à 300 ou 400 mètres, la Nam Youn aussi, et la première tranchée ennemie à 20 mètres, 30 au maximum d'après le témoignage des observateurs d' "Éliane 2". Peut-être n'y a-t-il personne dedans - aucun bodoï ne se manifeste - mais je n'en sais rien. En revanche je m'aperçois qu'on me tire dessus. Séparé de mon parachute je me mets à ramper. Je pense :
             - « Il faut m'éloigner de ces tranchées et atteindre la Nam Youn où je serai à l'abri. »
    Mais avec un seul bras je suis lent et maladroit. Et l'autre me fait mal. Je comprends que, cette fois, mon sort m'échappe complètement, que je ne peux rien faire pour influencer mon destin. Je me sens seul. Je suis malheureux. Des balles fouettent le sol devant mon visage. Parfois plusieurs à la fois. Je ne suis pas habitué à ce genre de sport. J'ai peur.
    Mon destin est de ramper, ramper en direction de la rivière. Mais jamais les méchants qui me tirent dessus ne me permettront d'aller jusque là.
    Et puis, et puis, en regardant du côté d' "Éliane 2", il me semble découvrir trois silhouettes. Elles descendent la pente. Pendant une seconde je crois à un mirage. Mais non, c'est vrai, trois hommes sont sortis de leur abri pour venir à mon secours. « Seigneur, ô Seigneur, merci !» Ils sont debout et moi je rampe. Alors j'ai honte. Je n'ai plus peur. Je me lève et cours à leur rencontre. L'un d'eux m'arrache ma Mae-west. Elle est jaune et sa visibilité me rend particulièrement vulnérable. Il me prend sous le bras et pratiquement m'emporte jusqu'au sommet d' "Éliane" où se trouve le salut. Les deux autres tirent en direction des tranchées pour au moins faire baisser les têtes….

    Un aviateur saute sur Dien Bien Phu ! Vue-ae10

    …Pendant mon séjour j'ai souvent côtoyé le général (De Castries) qui prenait parfois ses repas avec les officiers de son état-major. Petit à petit je l'ai apprécié. Il était réservé, peu disert et se montrait rarement à l'extérieur.
    Dans le camp retranché on ne le connaissait pas. Langlais et Bigeard, ses grands subordonnés, brillants, actifs, volubiles et populaires, pouvaient donner l'impression d'être les grands patrons. Cela ne le gênait pas, il s'en désintéressait, conscient que son rôle n'était pas de se battre en première ligne mais de garder le contrôle d'une situation dans laquelle Hanoï tenait un très grand rôle.
    Dans son for intérieur, je le crois, il était persuadé que le salut ne viendrait de nulle part mais on lui avait demandé de durer.
    C'est ce qu'il faisait : il durait. Gardait-il un espoir ténu d'une issue valable ? Il évoquait parfois ce qui pourrait ou aurait pu la rendre possible mais c'était à mon avis pour que ses réflexions se propagent. Il citait l'opération Vautour de l'aviation américaine, l'opération Condor, colonne de secours venant du Laos, l'opération Crevecoeur (autre nom de Condor), la pluie qui gênait les Viêts, la boue qui allait les paralyser, la conférence de Genève, etc. Ces thèmes et d'autres encore, plus ou moins mythiques, étaient répandus dans tout le camp. On ne les croyait pas. D'ailleurs on se moquait d'y croire ou non. Et cependant, même pris en dérision, ils entretenaient la foi.
    J'avais quitté Haiphong persuadé que Diên Biên Phu était perdu.
    Après quelques jours passés dans le camp retranché cette idée s'est estompée. Peu à peu j'ai épousé l'état d'esprit dominant de la garnison dans lequel entraient à la fois optimisme, détachement, résignation, confiance et détermination. Ici on ne gagnait pas la guerre, on ne perdait pas la guerre, on la faisait - c'est tout. On oubliait qu'elle pût avoir un sens ou un terme.
    Jusqu'aux premiers jours de mai j'ai eu l'impression, là-bas, de me reposer. À la 11F nous vivions sous tension. Chaque vol était une épreuve. Les siens mais aussi ceux des petits copains dont on attendait le retour avec anxiété. Dans le camp retranché c'était différent. Sauf obus-hasard, qui tombait ici ou là apparemment sans raison, ou quelque balle perdue, je ne risquais pas ma vie. Et ceux qui, à la périphérie, risquaient la leur en permanence, je ne les connaissais pas, je ne les voyais pas et ne pouvais directement leur apporter aucun secours. Le 7 mai, quand la captivité a commencé j'étais en meilleure forme physique que le 23 avril.
    Je m'occupais des opérations aériennes afin de régler au mieux l'activité des avions, de jour parachutages, bombardements et appuis directs, et la nuit, parachutages et éclairage, ce dernier assuré par des bombes éclairantes, dites" lucioles", larguées de Dakota.
    Rapidement, après m'avoir instruit des méthodes, des hommes et des instruments, Guérin m'en avait confié la charge la moitié du temps. Les besoins m'étaient exprimés par les officiers de l'état-major (opérations et logistique), par le colonel Langlais lui-même, qui aimait s'occuper de tout et, parfois, directement par les unités au contact quand il y avait urgence. Il fallait en permanence déterminer les priorités et choisir en fonction des catégories et types d'avions, de leurs chargements, de leur nombre, de leurs contraintes, de la météo, etc. C'était un peu une activité de chef d'orchestre mais ce n'était pas difficile.
    Choisir, cependant, me posait parfois des cas de conscience. Je connus le plus épineux au cours de la nuit du 6 au 7 mai. On se battait avec acharnement partout et les munitions allaient bientôt manquer. Fallait-il éclairer le champ de bataille pour que nous puissions nous défendre, comme la chèvre de Monsieur Seguin, jusqu'à l'aurore, ou le laisser dans l'ombre afin que pleuvent les munitions sans lesquelles nous ne pourrions plus nous battre au-delà de l'aube ?
    En effet, les parachutages de nuit se faisaient à basse altitude ce qui proscrivait l'emploi des "lucioles". Eclairés, les avions auraient été des proies trop faciles pour la DCA.
    Les combattants réclamaient les "lucioles". C'était le plus urgent. Demain serait un autre jour. J'optai pour la lumière.
    Ce rôle ne me déplaisait pas. Il me donnait une signification. Auprès de ces camarades biffins, auxquels j'avais si intensément pensé au cours de mes missions, j'étais à nouveau utile. Avant moi Guérin avait éprouvé le commandant B... pilote du dernier Dakota posé à Diên Bien Phu le 28 mars. Son avion n'avait pas pu repartir. Comme son équipage et comme Geneviève de Galard il était donc resté sur place, espérant qu'un autre appareil ou un hélicoptère viendrait le sortir de là. Mais rien n'était venu et, de pilote héroïque qu'il avait été en posant son avion de nuit pour venir chercher des blessés, dans des conditions très périlleuses, il était devenu le chevalier de la Triste Figure. Je l'ai souvent rencontré. Ce fut chaque fois pour se lamenter sur son sort. Il était accablé mais, curieusement, ses propos invitaient à espérer. Guérin l'avait trouvé inutilisable.
    Au cours de cette nuit manichéenne, qui me fit renoncer à l'ombre et opter pour la lumière, plusieurs avions venus parachuter des colis ou du personnel étaient repartis sans avoir pu larguer leurs charges. À bord de certains d'entre eux se trouvaient une quarantaine de volontaires du premier saut auxquels ma décision aura au moins évité la captivité.
    De tels volontaires, non brevetés parachutistes, sautaient chaque nuit depuis le 15 avril. La garnison perdait en moyenne cent hommes par jour, tués, blessés ou disparus, comme ce fut le cas en ce mois d'avril. Pour être en mesure de continuer à se défendre il fallait les remplacer. Faute de parachutistes encore disponibles dans le corps expéditionnaire on avait donc fait appel à ceux qui ne l'étaient pas. Deux mille volontaires, Français de France, légionnaires, Nord-Africains, Vietnamiens, se sont présentés. Six cent cinquante ont été largués sur la cuvette.
    Ces hommes-là sont pour moi le symbole même de Diên Biên Phu. On leur offrait de sauter pour la première fois de leur vie, de nuit, sur un champ de bataille. Du camp retranché et de son sort probable ils n'ignoraient rien. Ils savaient que les chances d'échapper à la mort ou à la captivité étaient faibles. Certains, infirmiers, secrétaires, cuisiniers, n'étaient même pas des combattants.
    Il est difficile d'imaginer ce que représentait cette épreuve. D'abord le harnachement, les explications sommaires « Si le parachute ne s'ouvre pas, tu tires sur ce machin-là », la nuit, le trajet - une heure et demie - puis la porte de l'avion qui s'ouvre.
    En bas, la terre est remplie d'incendies, de trajectoires lumineuses, de furie. On sait que si l'on hésite une seconde l'avion ira trop loin pour ceux qui suivent. Alors, au signal, on saute. On ne voit pas la terre arriver. On se reçoit sans mal, Dieu soit loué, mais pas toujours. On se retrouve dans la boue, dans une tranchée, au milieu de barbelés, dans la rivière, avec autour de soi le fracas de combats dont on ignore tout. On ne voit personne, tout le monde est sous terre. On appelle. On va de ci, de là. La peur qu'on avait refoulée vous envahit.
    Enfin on trouve un abri habité, ou une ombre qui vous barre le chemin, et parfois cette ombre est un ennemi.
    Le PC-GONO, où je travaillais quand c'était mon tour, était en même temps mon gîte. J'y prenais mes repas. J'y dormais. Les repas variaient peu : riz et singe, c'est-à-dire viande en boîte, de bœuf ou plus souvent de zébu. Ce n'était pas le Pérou mais c'était chaud, privilège qui n'était plus général. En première ligne on se contentait de boîtes de ration. Mon lit n'avait pas changé depuis mon arrivée ; il était au fond de la première niche du PC qui servait en même temps de centre d'opérations. J'y dormais malgré tout très bien, vêtu comme le reste du temps de ma combinaison de vol, vêtement unique, à la fin plutôt lacéré, que je porterai pendant quatre mois et demi. Uniques également étaient mon slip et mes chaussettes ; je n'avais donc pas besoin d'un grand espace pour ranger ma garde-robe.
    Dans ce PC je rencontrais souvent le lieutenant-colonel de Seguin-Pazzis, chef d'état-major du général de Castries, et promu lui aussi le 15 avril. Sa fonction avait été tenue avant lui par un officier tué en décembre 1953 au cours d'une sortie à laquelle il participait. […]
    J'ai mis quelque temps avant d'apprécier cet officier tant il était peu familier avec les membres de son état-major. En cela il différait des ténors Langlais et Bigeard qui, tout en étant sélectifs, cultivaient beaucoup la popularité. Seguin-Pazzis se moquait certainement de la popularité. En revanche, il attachait une grande importance aux relations individuelles, comme si l'amitié lui était nécessaire pour accorder sa confiance. C'était un homme fidèle. Fidèle à ses devoirs, à ses objectifs, à ses chefs mais aussi à ceux auxquels il s'était fié ou qui, à l'inverse, s'étaient attachés à lui.
    Sa position était difficile. Entre un patron qui ne se montrait pas, ce qui dans le camp retranché faisait souvent croire à son inexistence, et les hérauts de la défense, dont l'un avait un grade plus élevé que le sien, il lui fallait, en permanence, œuvrer pour que les relations entre les différents responsables demeurent conciliables et pour que les décisions, d'où qu'elles viennent, soient uniquement dictées par l'intérêt général. Il y avait de tout dans ce camp retranché, des héros et des pauvres types, des gens prêts à tous les sacrifices et des planqués, de grands blessés immobilisés depuis des semaines et de faux porteurs de plâtres. Eh bien, il fallait que tout le monde s'entende. J'ai, dans la préface d'un livre, résumé la bataille de Diên Biên Phu en disant qu'elle était une affaire de fraternité ; Seguin-Pazzis en fut un des piliers.
    Je crois que, un peu comme Guérin, il ne pensait jamais à lui ; son intérêt personnel, même à long terme, n'existait pas. Dans son état-major, bien qu'on le trouvât un peu distant, on appréciait sa placidité, sa sérénité même, quel que soit le niveau des combats. Je n'étais alors qu'un jeune et petit trois galons, il en avait cinq ; de plus j'étais un élément étranger à l'Armée de terre. Cependant nous devînmes là-bas presque des amis.
    Du PC-GONO, j'allais très souvent au PCIA dont le rôle était de contrôler l'activité aérienne au-dessus du centre, de transmettre aux équipages les instructions émanant de l'équipe Guérin-Klotz et d'informer celle-ci de ce qui se passait et se disait dans le ciel. De temps en temps, quand les avions de la Marine étaient présents, je prenais le micro pour leur dire quelques mots. Parfois ils demandaient eux-mêmes à me parler comme pour me montrer que j'étais toujours l'un des leurs. Castelbajac en particulier. Le 29 avril en fin d'après-midi ses propos, sans être précis, me donnèrent l'impression d'un adieu et, pendant quelques heures, je me suis interrogé. Je compris le lendemain en constatant que les avions de la 11F avaient disparu du ciel comme l'avaient fait ceux de la 3F quelques jours auparavant. […]

    ******

    Le 30 avril, dernière journée exempte de furie, la Légion ne manque pas de célébrer Camerone. C'est un rite annuel cher à tout légionnaire et célébré chaque fois avec une grande solennité. Il rappelle un épisode de la guerre du Mexique (30 avril 1863) au cours duquel 64 légionnaires résistèrent pendant onze heures aux assauts de 2000 Mexicains, sauvant de la destruction, par leur sacrifice, un convoi particulièrement important. A Diên Biên Phu, le rappel de ce combat héroïque auquel, directement ou non, la Légion associait toute la garnison, prit un peu une allure symbolique. Chacun sentait confusément que le sacrifice de Camerone pouvait être aussi celui du camp retranché. Ce fut pour tous une journée très fraternelle mais recueillie.
    Cette nuit-là les parachutages furent nombreux, en hommes et approvisionnements, mais la zone de réception était devenue si étroite - un carré de 1 500 mètres de côté - que plus d'un tiers des colis était généreusement donné à l'ennemi. Pour les hommes, les avions passaient à basse altitude et n'en larguaient que quatre ou cinq à la fois, si bien que la plupart arrivaient au bon endroit. Mais cela obligeait les avions à de nombreux passages et le largage d'une centaine d'hommes demandait, dans ces conditions, presque toute la nuit. Souvent, malgré tout, quelques-uns tombaient hors du camp retranché ce qui me paraissait le pire des sorts pour les volontaires du premier saut. […]
    La nuit de Camerone fut la dernière où, de temps en temps, je pus trouver dans le ciel autre chose que des parachutes dégringolant, des éclairs dus aux explosions ou des lucioles. Je me souviens y avoir vu quelques étoiles et écouté quelques silences. Les derniers de la bataille. […]
    Brutalement, le 1er mai à la tombée de la nuit, ce qui jusqu'alors avait été pour moi comme une accalmie devient séjour en enfer. Aux quelques "obus-hasard" quotidiens, auxquels on ne faisait plus attention quand ils ne tombaient pas à proximité, succède soudain un bombardement massif qui semble vouloir n'épargner rien. L'hallali commence.
    La préparation d'artillerie dure trois heures. Autour du PC un obus explose toutes les dix secondes. Des hordes de bodoïs se précipitent ensuite à l'assaut des "Eliane", à l'assaut de "Dominique 3" et à l'assaut de "Huguette 5".
    "Éliane 1" succombe à l'aube. "Éliane 1" où depuis le 10 avril on s'est battu chaque nuit ; où nos casemates étaient à peine éloignées des tranchées viêt-minh d'une dizaine de mètres ; où le jour de Camerone s'était esquissé un geste de fraternité entre les belligérants des deux bords. (L'initiative de ce geste était venue des bodoïs. Ayant récupéré dans leurs lignes un colis parachuté contenant des miches de pain ils offrirent celles-ci à nos soldats. Ceux-ci, en échange, leur firent don de quelques-uns des flacons d'alcool contenus dans les boîtes de ration). "Éliane 1" enfin où, des 180 hommes qui l'ont défendue seuls 17 blessés reviendront.
    "Dominique 3" est elle aussi furieusement attaquée. Les Algériens et les Thaïs qui l'occupent résistent pendant six heures sans plier, résistent jusqu'au sacrifice comme s'ils voulaient racheter l'honneur des rats de la Nam Youn dont la majorité d'entre eux étaient aussi Thaïs ou Algériens.
    À l'ouest nous perdons "Huguette 5". Mais, une fois de plus, l'ennemi se casse les dents sur "Éliane 2" ; "Éliane 2" l'arrogante, qui leur a toujours échappé jusqu'à présent et sur laquelle ils vont se polariser les jours suivants.
    Cette nuit du 1er au 2 mai nous coûte 30 tués, 170 blessés et 300 disparus. ..    

    Un aviateur saute sur Dien Bien Phu ! Plan-d10


    …Au cours de la matinée du 6 mai, Langlais et Bigeard ébauchent un projet de sortie en force en direction du Laos pour les plus valides. S'en iront avec eux les parachutistes et les légionnaires encore debout le lendemain, plus quelques privilégiés considérés comme solides. Bigeard m'avait d'office inscrit sur sa liste. J'en suis très flatté mais, en même temps, cela m'effraie. Je me vois mal essayant de suivre ces coureurs de brousse tout en me protégeant des méchants Viêts présents dans la cuvette. Bigeard baptise cette sortie "Percée de sang"... ; c'est tout un programme. En fait, la sortie n'aura pas lieu, en raison de l'épuisement des hommes prévus pour y participer. De toute façon, on va rapidement s'en apercevoir, c'est déjà trop tard.[...]
    Le paroxysme recommence et s'intensifie même en fin d'après-midi. Aux mortiers lourds s'ajoutent cette fois les roquettes des orgues de Staline, souvenir du siège de Stalingrad en 1943. Douze projectiles de gros calibre qui arrivent en hurlant pour tomber tous à la fois dans un espace restreint, c'est terrifiant. On s'y habitue pourtant. Dans cet univers d'apocalypse qu'est devenu Diên Biên Phu à quoi ne s'habituerait-on pas ? En fait les orgues de Staline font beaucoup de bruit mais elles sont moins précises et beaucoup moins efficaces qu'une artillerie classique. Le 7 mai, ces orgues hurlent toujours mais on ne les entend plus.
    Quand les vagues de bodoïs se précipitent à l'assaut de nos dernières positions, tout le monde est un peu sonné. On se défend quand même partout. A un contre quarante. A deux heures, la sape d' "Éliane 2" engloutissait la moitié des défenseurs. L'autre moitié, sous les ordres de
    Pouget, cesse le combat faute de munitions. A cinq heures, "Éliane 2" - ma bien-aimée - n'est plus. Les Viêts vont-ils s'arrêter au lever du jour comme ils l'ont toujours fait ? Non, ils continuent. A dix heures c'est le tour d' "Éliane 4", à onze heures celui d' "Éliane 3", à midi ils bordent la rive est de la Nam Youn.
    Au PC, comme les autres membres de l'état-major, je suis tout cela avec consternation. À chaque étape, marquée par le silence brutal de celui qu'on écoutait, je me demande à quelle heure viendra notre tour de succomber.
    Vers 17 h 30, un premier bodoï se présente à l'entrée de notre abri PC. Placé non loin de l'entrée, je suis le premier qu'il voit II me regarde. Il n'est pas menaçant. Il sait que depuis 16 h l'ordre a été donné à tous de cesser le feu dans ce qui reste du camp retranché, mais il nous presse de sortir.
    En surface, le spectacle est hallucinant. De partout des hommes sortent de terre, d'une terre ravagée par cinquante-six jours de bombardements. Les derniers combattants, les autres, les rats de la Nam Youn aussi, et même des blessés avec leurs bandages ou leurs plâtres. Des milliers d'hommes. Je suis bouleversé.
    Cette image, je l'ai encore dans les yeux, cinquante ans plus tard, comme une plaie qui n'aurait jamais cicatrisé. Aujourd'hui, quand je pense à Diên Biên Phu, le souvenir que j'en ai est celui de ces hommes en route vers la captivité, victimes d'un sort qu'ils n'avaient pas mérité. J'avais vécu avec eux. Je connaissais leur force d'âme, leurs sacrifices, leurs souffrances. En vérité je savais alors, je sais toujours, qu'ils n'ont pas été vaincus. Ils étaient trop bien trempés pour qu'ils puissent l'être. Ils n'ont pas été vaincus : ils ont été submergés.
                                                                                                                                      Bernard KLOTZ

    Extrait de « Enfer au paradis » (Ed : ARDHAN – 2005)
                               http://www.aeronavale.org/
    Un aviateur saute sur Dien Bien Phu ! Livre10


    Après une marche de 600 km, qui a duré 40 jours et pendant laquelle il a effectué
    3 tentatives d’évasion, Klotz est arrivé au Camp n°1 où il a séjourné plusieurs semaines.
    Après une nouvelle marche de 30 jours, il devait être libéré à Vietri le 2 septembre 1954.

    Un aviateur saute sur Dien Bien Phu ! Klotz-10
    En 1977, il commande le porte-avions Foch.
    En 1982, il succède au vice-amiral Montpellier et prend le commandement de l'aviation embarquée à bord des porte-avions Clemenceau et Foch.

    On pourra lire le récit complet : ICI
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