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    Lieutenant LUCIANI

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    Lieutenant LUCIANI Empty Lieutenant LUCIANI

    Message par LOUSTIC le Lun 9 Déc - 15:54



    Après les témoignages relatant la mort au combat du Lieutenant LUCIANI , c’est au tour du Lieutenant-colonel Michel SCHOULZ de s’exprimer.

    Né le 10 février 1936 à PALINGES (71), engagé au titre de l’ESMIA le 1er octobre 1955 le Lieutenant SCHOULZ est affecté à la 75e CGAP à compter du 1er mars 1959 et servira en Algérie jusqu’en juillet 1961. Chef de section «grottes» d’août à décembre 1960. Brevet parachutiste n° 131 169. Ce témoignage est celui du camarade l’ayant côtoyé d’octobre 1955 à février 1960.

    Deux années d’abord comme élève officier, à Saint-Cyr/Coetquidan. Au cours de la première, un ministre faisait mettre genoux à terre à toute notre Promotion, nous ordonnant de jurer de garder l’Algérie à la FRANCE, et le Général DE GAULLE en personne, pas encore revenu aux affaires, venait nous expliquer, en une conférence magistrale, l’impérieuse nécessité d’une FRANCE forte de Dunkerque à Tamarasset.

    Puis une année de spécialisation «Génie» à l’Ecole d’Application de l’Arme à Angers, clôturée par notre volontariat pour le Génie Aéroporté (1). Nous fûmes alors affectés, en septembre 1958, au C.I.G.A.P 17 à Castelsarrasin, pour un bref rodage comme officiers instructeurs, sous la férule du Capitaine PATRON, et nous dégrossir comme stagiaires officiers-paras, à Pau. La camaraderie se muait rapidement en amitié. Fin décembre 1958, le Chef de Corps nous convoqua un soir dans son bureau : «Une place est libre à la 75, qui est volontaire?» - «Moi» - «Moi» - «Mettez-vous d’accord, donnez moi votre réponse d’ici une heure.»

    A peine sortis du bureau, nous savons qu ‘il n’y a pas d’accord possible sur cette opportunité. L’un de nous tira une pièce de sa poche. A pile ou face c’est LUCIANI qui gagne. Il ne nous a pas fallu trois minutes : le Chef de Corps n’en revient pas ! Le hasard des relèves A.F.N fit que je rejoignis «DOUME» à la 75e CGAP en mars 1959. Lorsque j’arrivai, il était déjà bien «calé» dans sa fonction de chef de section. La Compagnie, unité formant corps, sous les ordres du Capitaine PRIMAUX, était alors détachée de la 25e D.P. auprès de la Zone Est Constantinois, pour participer à la construction du barrage électrifié avancé, à la frontière tunisienne. Elle faisait du barbelé depuis juin 1958 (2) : travail usant, sans repos, sans grand attrait où le parachutiste avait la désagréable impression d’être «englué». Et où les chefs, à tous les niveaux, eurent fort à faire pour motiver et dynamiser leur troupe.

    Seuls moments où nous recevions un peu de sel pour agrémenter ce pain quotidien bourratif et fadasse , les quelques harcèlements de nos bivouacs, quelques participations à du déminage ou quelques trop brèves missions de soutien à des opérations ponctuelles. Un soir d’avril 1959, la compagnie, installée au complet, sous bivouac de tentes, à Ain Zerga fut harcelée assez copieusement, la nuit tombée, au fusil et à l’arme automatique. Le pourtour du camp ayant été sommairement merlonné au buldozer, toutes les sections giclèrent à leur secteur de défense. Au secteur de la 2e Section, le Sous-lieutenant LUCIANI, campé en haut du merlon, la main dans l’échancrure de la veste façon Napoléon, dirigeait, avec son accent corse roulant et chuintant, la riposte de sa troupe.

    Je comprendrai le lendemain qu’il avait voulu exorciser à sa manière, par défi enveloppé d’humour, cette appréhension qu’avait tout jeune officier sortant d’école quant à son attitude au feu, la première fois et devant ses hommes. Eloigner du même coup la crainte de pouvoir galvauder, par une faiblesse, le capital de courage amassé dans les campagnes de la Libération puis en Indo-Chine, par les anciens auxquels, jeunes débutants, nous eûmes à nous frotter à la 75 : les PRIMAUX, BASTID, BENARD, DESBOIS, LORRAI et autres RENAUDOT.

    Bien qu’à la même unité, dans les mêmes bivouacs successifs, et nous rencontrant quotidiennement, nos échanges sont aussi rares et brefs que notre vie est spartiate. Pas le temps, chacun a ses occupations et préoccupations, la charge est lourde, très lourde. Mais point n’est besoin de longs «baratins» pour se comprendre : notre amitié se forge. La désignation en août 1959, par le Capitaine BASTID qui avait relevé le Capitaine PRIMAUX ,de la 2e section pour être spécialisée dans la réduction d’objectifs souterrains, bien entendu, l’enthousiasma. Enfin sorti du barbelé, deux mois avant le reste de la Compagnie, il réintégra le sein de la 25e DP, appliquée aux opérations «Pierres Précieuses». Tout était à faire, pour construire, à partir d’éléments de base élaborés par les artilleurs de la batterie «Armes Spéciales» de Sidi Ferruch, une conception d’emploi et un mode d’action, pour façonner un outil de combat capable de travailler à des missions diversifiées dans leur nature et leur importance, et réparties aléatoirement dans le temps.

    Engagé immédiatement, pratiquement sans rodage, il fit face crânement, malgré des moyens parfois rudimentaires et peu adaptés; Il apprit en marchant, tâtonna : les enseignements sur les hommes, le matériel, la technique s’affinaient au fur et à mesure des missions. Et la réussite de l’opération de réduction, pour le 14e R.C.P, de l’ensemble de grottes de Mechta Bouachra, les quatre derniers jours de décembre 1959 - 46 rebelles tués ou prisonniers, 8 armes et 80 kilos de documents, dont certains importants - fut la preuve irréfutable du niveau auquel il avait élevé sa section. Elle marqua aussi, au sein de l’Etat Major de la 25e D.P, la fin de quelques réticences encore sensibles, qui firent place à une confiance totale dans les aptitudes guerrières de cette formation du Génie, à la troupe entièrement constituée d’appelés du contingent. Ce fut son œuvre aussi ! Nous nous entrevoyons alors de moins en moins souvent.

    Je fus détaché en poste isolé avec deux sections et lui fut éloigné de la base opérationnelle de la Compagnie, à Beinem-Mechta Baboul, pour bivouaquer auprès de la base «Hélicos», à Redjas. Mais quelques correspondances griffonnées à la hâte nous rapprochaient. Je revis «DOUME» une dernière fois fin janvier, début février 1960 au PC de la 75 à Beinem-Mechta Baloul : quelques instants volés sur le temps, en aparté. Il me confia alors qu’il se sentait tendu et fatigué par la succession des risques pris. Il me parla en quelques mots de l’épisode récent d’une grenade dégoupillée qu’un fellagha lui avait tendu sous le nez, par une ouverture, alors que lui-même était coincé dans un boyau étroit. Son réflexe instantané de frapper avec son révolver la main du rebelle lui avait sauvé la vie : ce dernier, sous la douleur du coup, avait retiré sa main sans lâcher la grenade et avait été tué par l’explosion dans la cavité où il se tenait (3). «Je ne sais pas si la prochaine fois j’aurai ce réflexe et cette chance…» conclut-il. Comme je lui proposais de le relever, afin qu’il soufflât quelques temps, il me fit ce simple refus : «Non, plus tard, quand ton gosse sera né….».  

    Nous avons alors, pour cette démarche, été grandement encouragés par deux sapeurs TAP stagiaires avec nous à l’E.A.G : l’Adjudant LE MERRER, ancien d’Indochine et d’AFN promu Sous-lieutenant et le Lieutenant VAQUEZ, officier de réserve en situation d’activité, ancien d’Algérie accomplissant sa formation d’activation. Deux anciens qui nous avaient marqués en bien ! (2) Voir le témoignage du chef de Bataillon MARECHAL dans «PARAS DU GENIE» n° 37. (3) Dans le modeste agenda éphéméride du chef de section de l’année 1960, où il était peu bavard, le Lieutenant LUCIANI, à la page du jour de cet incident, n’avait inscrit qu’un petit dessin : une main tenant une grenade, frappée par une main tenant un pistolet. Le lieutenant BIERME et moi-même nous nous sommes succédés dans la tenue de cet agenda, que j’ai remis plus tard personnellement à la famille.

    Le lieutenant LUCIANI, à 25 ans à peine, était notre aîné à tous. Ceux qui étaient sous ses ordres ont témoigné ici des circonstances de sa fin : en toute lucidité, il s’est sacrifié pour épargner la vie de quelques uns de ses «petits gars». Il est mort en héros, dans la pureté de sa vocation, pour l’HONNEUR, comme le firent 33 de ses camarades Saint-Cyriens de la Promotion Franchet d’Esperey. Dans leur destinée, pas question de servir une carrière, mais uniquement et simplement servir la PATRIE. A la 75e CGAP, alors, pas une once de «tchatche», mais seulement un dur engagement, sans répit, dans le labeur du soldat et du sapeur. Pas besoin de communication pour valoriser nos actions : elles se suffisaient à elle-mêmes. Et là, dans les conditions où nous nous impliquions, grands communicants, commentateurs divers ou autorités désoeuvrées en vadrouille – Tout ce petit monde des grappilleurs de citations «paquetage» n’était pas tenté de pointer son nez. Je ne connais à ce jour que deux photographies de LUCIANI prises pendant ses 14 mois en opérations.

    Une diapositive couleur réalisée à La Calle le 14 juillet 1959, sur la plage, en cette seule véritable journée de repos et quartier libre dont bénéficia la Compagnie dans ses neuf derniers mois d’engagement sur le barrage électrifié avancé de l’est Constantinois. Et une deuxième, prise par un médecin aspirant de la 25e D.P., sans doute à l’issue des quatre jours de la réduction de la grotte de Mechta Bouachra. J’ai envoyé ma diapositive et cette photo noir et blanc aux parents de Dominique LUCIANI qui les ont reçues comme des reliques. Voici ce que me répondit le papa : «La photo en couleur, Dominique y est frémissant de vie. Quel contraste douloureux avec sa dernière photo. Son visage exprime une telle souffrance et un tel épuisement que nous pensons que sa place était plutôt dans un hôpital, ou tout au moins au repos. Donnez mois l’adresse du médecin-aspirant, nous voudrions savoir ce que disait notre fils en ces moments si tragiques.» Il était le contraire d’une «tête brûlée», et je retiendrai de «DOUME» son amour de la Corse, de l’Algérie et de la FRANCE. La Corse, elle lui allumait le regard quand il l’évoquait.

    Je pense particulièrement aux très rares instants où, pouvant se laisser aller à en rêver, il plaçait une main en cornet sur l’oreille et cherchait à retrouver le son de quelque polyphonie natale. L’Algérie, elle l’avait conquis, comme beaucoup d’entre nous, dès qu’il y avait posé le pied. Sur la plage de La Calle, qui lui évoquait celles de Corse, il se lâcha en me confiant : «Vois-tu, mon village, de l’autre côté en Corse, c’est Galéria. Tu déplaces une lettre et tu as Algéria. Alors, ici, c’est comme mon village. J’y serai toujours chez moi…». Il repose pour l’éternité, dans le petit cimetière de Galéria, pas loin de la mer.
    Quant à la FRANCE, il n’a jamais envisagé autre chose que la servir sous l’uniforme militaire. Il avait été élevé dans une famille modeste, avec un papa instituteur.

    Il avait été instruit dans des écoles appartenant encore à une institution sur laquelle on ne pouvait avoir de doute, quant aux qualificatifs d’ «éducation » et de «nationale». Il en avait retenu comme essentiels, le respect de soi au travers du respect des autres et une droiture viscérale qui le faisait se sentir comptable de toutes les vies qui lui étaient confiées. Le sentiment patriotique lui avait été inoculé tout enfant, dans l’enthousiasme de la libération de la Corse, premier département métropolitain avoir été vidé de ses occupants nazis par les Résistants de l’île et quelques unités des Forces Françaises Libres dès septembre 1943, soit huit mois avant le D.DAY Ainsi armé moralement, son objectif éthique était simple à désigner et sa ligne de conduite était clairement tracée : servir et non pas se servir.

    Le Lieutenant LUCIANI est-il mort pour rien ? Je ne puis l’admettre ! D’abord, sa fin tragique témoigne de sa fidélité au serment que la République avait fait prêter à sa promotion d’Elèves Officiers, de garder l’Algérie à la FRANCE. Serment dont aucun politique n’a jamais osé nous dire que nous étions relevés. En donnant sa vie en toute lucidité, il a aussi honoré tous nos Anciens, grands et petits, Français et étrangers, qui se sont sacrifiés pour la FRANCE. Si les plis de nos drapeaux retiennent «HONNEUR et PATRIE», c’est bien à eux, à lui et à ceux qui les ont suivis qu’on le doit.

    Enfin, son sacrifice a témoigné à ses «petits gars», engagés et appelés confondus, que dans sa conception et son action, le métier de soldat ne puisait sa noblesse qu’au delà des rapport hiérarchiques : dans la fraternité d’arme qui implique le don de soi pour l’autre. Dans la situation spartiate qui était la nôtre, il n’avait que sa vie à donner. Il l’a fait, tout simplement… Alors, SIZUN, tu n’as pas à regretter que la mort t’ait ravi un ami potentiel, puisque, comme nous tous, tu as eu un frère, un vrai, qui aurait donné sa peau pour toi comme tu l’aurais donnée pour lui.

    Mais est-on capable, tout en haut, de se souvenir, de méditer, de comprendre et de tirer leçon de cette courte vie exemplaire ? Là, chez moi le doute s’insinue… Alors, salut à toi DOUME ! Et à bientôt. On n’est pas dans le même stick, mais on se retrouvera sur la D.Z…. Ceux qui t’ont aimé et, particulièrement, ceux de tes frères d’arme de la 75 qui se sont exprimés ici, ne t’oublieront pas ! «Debout les paras il est temps de sauter sur notre PATRIE bien aimée !




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    Lieutenant LUCIANI Empty Re: Lieutenant LUCIANI

    Message par LANG le Lun 9 Déc - 17:47

    Merci d'avoir parlé du lieutenant LUCIANI.
    Pour donner une réponse à la question posée même si on n'est pas "tout en haut".
    "Mais est-on capable, tout en haut, de se souvenir, de méditer, de comprendre et de tirer leçon de cette courte vie exemplaire…"
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